Vampire, vous avez dit vampire ? - Tom Holland (1985)

Auteur des scénarios de Class 1984 (1982) puis de Psychose II (1983), Tom Holland écrivit et réalisa son premier long métrage, Vampire, … vous avez dit vampire ?, au mitan de la décennie. Quelque peu refroidi par les adaptations de ses précédents scénarios, The Beast Within (1982) et Scream for Help (1984), pour ne pas les citer, Holland signa en 1985 avec cette comédie horrifique un succès critique et public inattendu, d'aucuns diraient culte tant le film s'inscrivait idéalement, encore aujourd'hui, dans son époque. Hommage au cinéma d'horreur classique, et en particulier au mythe du vampire, Fright Night est désormais disponible en Blu-ray et DVD dans sa restauration 4K depuis le 30 octobre 2019.

Fan de cinéma d'horreur et de l'émission Vampire, ... vous avez dit vampire ? présenté par Peter Vincent (Roddy McDowall), l'adolescent Charley Brewster (William Ragsdale) découvre un soir, depuis sa chambre, l'arrivée de son nouveau voisin Jerry Dandrige (Chris Sarandon) qui porte un cercueil. Convaincu que celui-ci est un vampire depuis l'annonce par la police de plusieurs cadavres de jeunes femmes retrouvés mutilés, Charley demande l'aide auprès de Peter Vincent, face à l'incompréhension de ses proches et de la police locale...
 

Autopsie d'un meurtre - Otto Preminger (1959)

L'histoire est connue. Cinéaste d'origine autrichienne, installé aux États-Unis depuis le mitan des années 30, Otto Preminger devint dix ans plus tard l'un des plus grands réalisateurs de l'âge d'or hollywoodien. Indissociable à ses débuts de la 20th Century Fox [1], auteur de films noir devenus classiques du genre (Laura en 1944 et Fallen Angel en 1945), Preminger entama au début des années 50 une carrière unique de réalisateur-producteur qui lui offrit, cas extrêmement rare à l'époque, une notable autonomie en marge des grands studios (suscitant de fait l'admiration de la cinéphilie européenne), et des pressions exercées par les ligues morales, à l'image du classique L'Homme au bras d’or (1955) ou l'un des premiers longs métrages de cette période traitant explicitement de la drogue. Dans la foulée de son adaptation pour le cinéma de Porgy and Bess avec Sidney Poitier et Dorothy Dandridge, Preminger réalisait en 1959 Autopsie d'un meurtre avec James Stewart, d'après le roman éponyme de John D. Voelker. Modèle inégalé du film de procès, ce portrait féroce et amer du système judiciaire étasunien reste encore aujourd'hui un classique du genre. Édité par Carlotta, Autopsie d'un meurtre est désormais disponible en édition prestige, Blu-ray/DVD, dans sa nouvelle restauration 4K depuis le 30 octobre 2019.

Plus ou moins retiré des affaires, depuis qu'il a quitté son poste d'avocat général, Paul Biegler (James Stewart) occupe son temps à la pêche, joue au piano et plaide de temps en temps pour maintenir à flot son cabinet quelques affaires tels les divorces de "Jane Truc et Jean Fric". Un jour, ce dernier est contacté par Laura Manion (Lee Remick), dont l'époux, le lieutenant Frederick Manion (Ben Gazzara), est jugé pour le meurtre de Barney Quill, qu'il accuse d'avoir violé sa femme. Après avoir mené l'enquête avec son associé Parnell McCarthy (Arthur O'Connell), Biegler constate que Manion ne semble n'avoir aucun souvenir de ses actes, suggérant que celui-ci a tué sous l'emprise d'une "impulsion irrésistible". Biegler va tenter de plaider la folie passagère pour éviter la condamnation de son client… 
 

Cuadecuc, vampir - Pere Portabella (1971)

Producteur de cinéma à la fin des années 50 avec sa société Films 59, avec laquelle il produisit le troisième long métrage de Marco Ferreri, La petite voiture (1960), ou Viridiana de Luis Buñuel, scandaleuse Palme d'or en 1961 tournée en terres franquistes, Pere Portabella se lança dans la réalisation à la fin de la décennie suivante avec Nocturno 29 (1968). Première collaboration entre le natif de Figueras, le poète et auteur dramatique avant-gardiste Joan Brossa et le compositeur Carles Santos, son premier long métrage fut suivi par plusieurs documentaires, dont deux consacrés au peintre Joan Miró. Figure du cinéma catalan, partisan d'un cinéma contestataire, symbolisé par sa critique des conventions cinématographiques et son engagement politique, Pere Portabella présenta en 1971, lors de la Quinzaine des Réalisateurs, un documentaire unique, aboutissement de ses premières expérimentations formelles, nommé Cuadecuc, Vampir. Réalisé sur le tournage Des Nuits de Dracula du madrilène Jesús Franco, ce film hybride oscillant entre le making of expérimental et la fiction post-expressionniste s'inscrit, on l'aura compris, comme un indispensable objet filmique non identifié à découvrir, et édité depuis en Blu-ray par Second Run et par Severin Films [1]

The Astro-Zombies - Ted V. Mikels (1968)

Magicien, acrobate, cracheur de feu, cascadeur et enfin auteur de documentaires éducatifs dans les années 50, Ted V. Mikels réalisa son premier long métrage fictionnel en 1963, Strike Me Deadly, suivi dans la foulée du bien nommé Dr. Sex (1964) signé du pseudonyme Theo Mikacecci puis du brûlot The Black Klansman [1] (1966). Chantre d'un cinéma d'exploitation indépendant, celui-ci fit son entrée dans le cercle très fermé des cinéastes cultes auprès du public bis par la sortie de son sixième long métrage The Astro-Zombies. Cette série Z, éditée depuis en Blu-ray en 2016 par Kino Lorber, est devenue au fil du temps l'un des parangons du cinéma supra-fauché de cette époque, assortie sur le sol étasunien de la réputation non moins flatteuse d'être l'un des pires films jamais réalisés [2]. Ajoutons au dossier à (dé)charge (?) que les Misfits de Glenn Danzig ont rendu hommage au long métrage dans leur non moins culte premier album Walk Among Us, en sus de la présence de la voluptueuse, et figure de la viragophilie chère à Noël Burch, Tura Satana au casting, il n'en fallait pas plus pour attiser la curiosité du préposé à la chronique. Mais n'allons pas trop vite. 

Alertée par la découverte de plusieurs cadavres mutilés, l'agent Hollman (Wendell Corey) de la CIA conclut rapidement que ces crimes sont signés par le docteur DeMarco (John Carradine), un ex-scientifique renvoyé de l'agence spatiale qui était en charge de créer le premier humanoïde astronaute téléguidé (?!). Secondé par son assistant Franchot (William Bagdad), DeMarco a toutefois a perdu le contrôle de sa création en substituant à son premier cobaye le cerveau d'un tueur psychopathe. Après le meurtre d'une femme travaillant dans l'ancien laboratoire de DeMarco, les agents Eric Porter (Tom Pace) et Chuck Edwards (Joseph Hoover) tendent un piège à la créature, espérant retrouver la trace du docteur...

Blood for Dracula - Paul Morrissey (1974)

Réalisateur incontournable du milieu underground New-yorkais depuis sa rencontre au mitan des années 60 avec Andy Warhol, le cinéaste Paul Morrissey se fit, au départ, connaitre par sa trilogie Flesh (1968), Trash (1970) et Heat (1972) avec l'égérie warholienne nommée Joe Dalessandro. L'année suivante, Morrissey rejoignait le vieux continent afin de réaliser, à l'origine, un seul long métrage produit par la paire Andrew Braunsberg / Carlo Ponti. La suite est désormais connue. D'un premier film, Flesh for Frankenstein, revisitant le mythe du Prométhée moderne créé de l'imaginaire de Mary Shelley, Paul Morrissey tournait dans la foulée, avec les mêmes acteurs principaux, Udo Kier, Joe Dallesandro et Arno Juerging, sa vision toute personnelle du vampirisme avec Blood for Dracula. Dont acte.

Malade, sur le point de mourir, le Comte Dracula (Udo Kier) doit boire du sang de jeunes femmes vierges pour survivre. Trop connu en Roumanie, et sur les conseils de son serviteur Anton (Arno Juerging), il décide de partir chasser en Italie. Sur place, il fait la rencontre des Di Fiore, une famille aristocrate désargentée. Sous le prétexte de chercher une nouvelle épouse, le comte et Anton sont invités à séjourner chez eux, où Dracula pourra choisir parmi les quatre filles...

Cronico Ristretto : Free - Iggy Pop (2019)

Annoncé le 17 juillet dernier, suivi un mois plus tard par la sortie du premier single James Bond, le dix-huitième album solo d'Iggy Pop sortait le 6 septembre dernier. Décrit à la presse comme un disque « exclusivement sombre et contemplatif », à l'image du premier extrait éponyme, Free faisait suite, pour rappel, au remarqué Post Pop Depression (2016), où l'Iguane accompagné de Josh Homme, leader des Queens of the Stone Age [1], se proposait de rendre un hommage appuyé à ses années berlinoises. D'un album, qui s'apparentait davantage à un side-project, annoncé à l'époque par le premier intéressé comme son tout dernier disque, l'année 2019 aura donc vu, une fois encore, l'iguane changer de peau et nous la faire à l'envers. Au jeu du verre à moitié plein ou à moitié vide, et à la décharge du désormais septuagénaire, PPP était effectivement, et sans aucun doute, son dernier album 100 % rock. A l'instar de la voie tracée par ce dernier depuis plus deux décennies, James Osterberg enfilait une fois encore son costume de crooner reptilien. A bon entendeur.

Les mémoires de l'oncle Jess - Jess Franco | Edgard Baltzer (2019)

Publiées une première fois en mai 2004, les mémoires originelles de Jesús Franco Manera, dit Jess Franco, sont enfin disponibles et traduites en France, depuis fin juin, grâce aux bons soins conjoints du traducteur Edgard Baltzer et de l'éditeur Serious Publishing. Mieux, annotées et complétées, elles sont loin d'être une simple traduction littérale de l'autobiographie du cinéaste espagnole, auteur de plus de deux cents films. Complémentaire à la Bible francienne écrite par Alain Petit, Jess Franco ou les prospérités du bis en 2015, ces mémoires incomplètes (on y reviendra) n'en demeurent pas moins une riche source d'informations, tant sur le fond que sur la forme, pour celui ou celle qui souhaiterait en découvrir davantage sur celui qui fut, il n'y a pas encore si longtemps, considéré, avant une réhabilitation cinéphile tardive au soir de sa vie, comme un « escroc doublé d'un vil pornographe ».

Quelque part dans le temps - Jeannot Szwarc (1980)

Auteur mythique du roman Je suis une légende en 1954, l'écrivain et scénariste américain Richard Matheson marqua de son empreinte le grand et le petit écran au cours du 20ème siècle. De ses débuts au cinéma avec l'adaptation de son roman L'homme qui rétrécit par Jack Arnold en 1957 à sa participation à la série créée par Rod Serling La Quatrième dimension entre 1959 et 1964, en sus de ses collaborations avec Roger Corman et Dan Curtis, respectivement dans les années 60 et 70, le pessimiste et rêveur Matheson œuvra au cours de sa vie comme l'une des figures incontournables du genre fantastique et science-fictionnel [1]. En 1975, le romancier, avec Le Jeune Homme, la Mort et le Temps, lauréat du Prix World Fantasy du meilleur roman l'année suivante, s'écartait de la SF pure et dure pour intégrer sous fond de voyage dans le temps une romance entre un jeune dramaturge et une actrice de théâtre. Cinq ans plus tard, fort du succès au box-office en 1978 avec la suite des Dents de la mer, le français Jeannot Szwarc adaptait le roman de Matheson, ce dernier en signant le scénario.

Mai 1972. Le soir de la première représentation de sa toute première pièce de théâtre, Richard Collier (Christopher Reeves) est abordé par une vieille dame (Susan French) qui lui remet une montre de poche et lui confie ces mots mystérieux : « Reviens-moi ». Huit ans plus tard, alors qu'il essaie de trouver l'inspiration pour sa nouvelle pièce, Richard est étrangement captivé par la photographie d'une jeune femme exposée au musée du Grand Hôtel situé sur l'île Mackinac dans le Michigan. Avec l'aide d'Arthur Biehl (Bill Erwin), un vieil homme qui travaille à l'hôtel depuis 1910, Richard découvre que cette femme se prénomme Elise McKenna (Jane Seymour), une célèbre actrice des années 1920 qui séjournait dans l'établissement en 1912. En approfondissant ses recherches auprès de Laura Roberts (Teresa Wright), biographe d'Elise McKenna, il apprend que cette dernière était la vieille dame qui lui avait remis la montre huit ans plus tôt, et qu'elle est morte le soir de leur rencontre...
   

Emanuelle chez les cannibales - Joe D'Amato (1977)

Avant-dernier long métrage des Black Emanuelles réalisées par Joe D'Amato, Emanuelle chez les cannibales marque une nouvelle étape dans la longue liste des films produits depuis le premier volet de la série créée par Bito Albertini. Fort du succès du Dernier monde cannibale de son compatriote Ruggero Deodato, et assisté désormais au scénario de Romano Scandariato, scénariste de La mort a souri à l'assassin (ou l'un des rares longs métrages qu'il signe de son vrai nom, Aristide Massaccesi), Joe D'Amato, passé maître dans l'hybridation bis (mention extrême) depuis son retentissant Black Emanuelle en Amérique, se distingue l'année suivante par un nouveau coup d'éclat. Mieux, de cette rencontre improbable entre le cinéma érotique et le film de cannibales, ce quatrième épisode mis scène par D'Amato s'inscrit comme le premier fait d'arme 100 % gore d'un réalisateur, qui se fera connaitre par la suite pour sa capacité à dépasser les limites du genre avec sa trilogie composée de Blue Holocaust, Anthropophagous et Horrible.

New-York. En immersion dans un hôpital psychiatrique pour un de ses reportages, Emanuelle (Laura Gemser) assiste à un cas unique d'anthropophagie : une jeune femme internée a mangé le sein d'une des infirmières. Découverte en Amazonie, son tatouage sur son pubis indique qu'elle aurait été élevée par une tribu cannibale. Emanuelle contacte le Professeur Mark Lester (Gabriele Tinti), conservateur du Museum d'Histoires naturelles afin de le convaincre de monter une expédition... Arrivés au Brésil, les deux amants retrouve Wilkes, une veille connaissance de Lester. Le lendemain, accompagnés de sœur Angela (Annamaria Clementi), d'Isabelle (Mónica Zanchi), la fille de Wilkes, et de deux guides, Emanuelle et Mark doivent rejoindre la mission du père Morales...
 

Razorback - Russell Mulcahy (1984)

Deuxième long-métrage de Russell Mulcahy, après le méconnu Derek and Clive Get the Horn (1979) avec le duo comique Dudley Moore et Peter Cook, Razorback s'inscrit, on ne saurait le réfuter, comme l'une des figures marquantes de la Ozploitation des 80's. Engagé par Hal McElroy, producteur, la décennie précédente, des trois films de Peter Weir, Des voitures qui ont mangé Paris (1974), Pique-nique à Hanging Rock (1975) et La dernière vague (1977), Mulcahy s'était davantage fait remarquer comme réalisateur de vidéo clips en signant ceux de Duran Duran et d'Elton John [1]. Présenté comme une variation dans l'Outback australien des Dents de la mer de Steven Spielberg, Razorback s'avéra toutefois à sa sortie un échec commercial dans son pays d'origine en Australie ou bien Outre-Atlantique. En compétition au Festival du film fantastique d'Avoriaz en 1985, le film fut au contraire mieux accueilli sur le vieux continent [2], avant de connaitre, par la suite lors de son exploitation en vidéo, ses galons mérités de film culte. Édité par Carlotta, Razorback est désormais disponible pour la première fois en édition Blu-ray dans sa nouvelle restauration 4K depuis le 10 juillet 2019.

Une nuit, dans une maison isolée, au fin fond du désert australien, Jake Cullen (Bill Kerr) est le témoin impuissant de l'attaque brutale d'un sanglier géant qui détruit sa maison et emporte son petit-fils. Accusé de l'avoir tué, Cullen est finalement acquitté faute de preuves suffisantes. Désormais, il vouera sa vie à exterminer chaque razorback qui croisera sa route et à retrouver le spécimen qui a anéanti sa vie. Deux ans plus tard, Beth Winters (Judy Morris), une journaliste américaine, débarque dans la région pour enquêter sur les massacres de kangourous. Face à la défiance des autochtones, Beth part à la conserverie Pet Pak, tenue par les frères Baker, Benny (Chris Haywood) et Dicko (David Argue), où les marsupiaux sont étripés et débités...

China Gate - Samuel Fuller (1957)

Premier long métrage ayant pour sujet le conflit indochinois, et, par extension, premier film étasunien pré-Viêt Nam, China Gate de Samuel Fuller compte parmi les films de guerre majeurs de la riche filmographie du cinéaste. Second film réalisé pour le compte de la 20th Fox de Darryl F. Zanuck avec Quarante tueurs en 1957, en sus du Jugement des flèches pour la RKO, China Gate s'inscrit dans la droite lignée des classiques J'ai vécu l'enfer de Corée et Baïonnette au canon!. Interdit en France [1] lors de sa sortie, le film est désormais disponible chez Carlotta en version restaurée en en Blu-Ray et DVD depuis le 12 juin dernier.

1954, à la fin de la guerre d'Indochine, un commando de la Légion étrangère s'apprête à effectuer une dernière mission : détruire les tunnels renfermant le stock d'armes des combattants communistes menés par le commandant Cham (Lee Van Cleef). Pour cela, ils font appel à une séduisante Eurasienne surnommée Lucky Legs (Angie Dickinson). Ayant mis en place un trafic d'alcool dans la région et connaissant bien Cham, elle seule peut les aider à mener à bien leur mission. Mais la présence de son ex-mari, le sergent Brock (Gene Bary), va créer de nombreuses tensions au sein du groupe…
 

Schlock - John Landis (1973)

Préposé au courrier à la Fox, assistant de production pour De l'or pour les braves (1970) de Brian G. Hutton, cascadeur en Europe pour diverses productions, John Landis multiplia les métiers dans le cinéma, avant de réaliser, crânement, à seulement 21 ans, à son retour aux États-Unis, son premier long métrage nommé Schlock. Auto-financé pour moitié par John Landis, ce Schlockthropus, sous-titré en français par le non moins foutraque Le tueur à la banane, avait tout du mauvais film. Pire, encore aujourd'hui, le cinéaste s'amuse, non sans malice, à s'excuser d'être l'auteur de ce supposé méfait. Or, si cette comédie ne prédisposait pas à la future carrière de ce jeune frondeur, cadet de la génération des movie brats (Brian De Palma, Francis Ford Coppola, George Lucas, Steven Spielberg, etc.), Schlock marque également les débuts d'une autre figure notable du cinéma étasunien des quarante dernières années : ceux du maquilleur Rick Baker. Fort d'une nouvelle restauration 4K approuvée par John Landis, Schlock est disponible ce 3 juillet pour la première fois en Blu-ray chez Carlotta Films.

Depuis trois semaines quelque part en Californie, la ville de Canyon Valley est le théâtre d'une série de meurtres sanglants. Pas moins de huit cent victimes ont déjà été recensées dont les dernières sont celle provenant d'un parc de loisirs où plus de deux cent personnes, femmes et enfants compris, ont trouvé la mort. Surnommé le « tueur à la banane », le dangereux criminel est en réalité un gorille, présenté comme le chaînon manquant, âgé de vingt millions d'années, le Schlockthropus…

Black Emanuelle autour du monde - Joe D'Amato (1977)

Quatrième long métrage mettant en scène l'héroïne créée par Bito Albertini, Black Emanuelle autour du monde se présente, sans aucun doute, comme le volet le plus déstabilisant des cinq films réalisés par Joe D'Amato. Tournée dans la foulée de Black Emanuelle en Amérique, cette suite directe convie une fois encore le spectateur à suivre les aventures de la célèbre photo-reporteur globetrotteuse du sexe à travers le globe. Salué comme il se doit par les censeurs du monde entier, ce troisième chapitre signé D'Amato se démarque toutefois davantage par sa radicalité intrinsèque, que par ses excès formels hérités des précédents épisodes. Mieux, le réalisateur romain confortait, depuis le séminal Emmanuelle et Françoise [1] deux ans plus tôt, sa position unique de moraliste du cinéma bis. Mais n'allons pas trop vite.

San Francisco. De retour d'une île déserte, Emanuelle (Laura Gemser) rencontre dans un hôtel son amie journaliste Cora (Karin Schubert) qui rédige un article dont le sujet est la violence à l'égard des femmes. Dans sa chambre, Emanuelle est victime d'une tentative de viol, mais est sauvée par Malcolm Robertson (Ivan Rassimov), président d'un comité d'aide au Tiers monde pour les Nations-Unis. En dépit de leurs engagements professionnels respectifs, Emanuelle et le Dr Robertson se promettent de se revoir de nouveau, quand Emanuelle est envoyée par son directeur en Inde pour interviewer un gourou (George Eastman), qui prétend avoir découvert le secret de l'orgasme infini...

Le temps des gitans (Dom za vesanje) - Emir Kusturica (1988)

Lauréat en 1981, pour son premier long métrage, Te souviens-tu de Dolly Bell ?, du Lion d'or de la Première œuvre à La Mostra de Venise, puis de sa première Palme d'or à Cannes, à tout juste 30 ans, quatre ans plus tard, pour Papa est en voyage d'affairesEmir Kusturica, ancien étudiant de la prestigieuse Académie du film (FAMU) de Prague [1], revint en 1988 avec Le temps des gitans. En compétition officielle au Festival de Cannes l'année suivante, ce troisième long métrage, non content d'inscrire une nouvelle fois son nom au palmarès avec le Prix de la mise en scène, ouvrit cette fois-ci à Emir Kusturica les portes de la reconnaissance publique internationale. Pierre angulaire de son cinéma liant réalisme social et imaginaire débridé, Le temps des gitans est disponible depuis le 22 mai en Blu-ray et DVD.

Né d'un soldat slovène et d'une mère rom, Perhan (Davor Dujmovic) et sa jeune sœur infirme Danira (Elvira Sali) sont élevés par leur grand-mère maternelle Khaditza (Ljubica Adzovic) en périphérie de Skopje en Yougoslavie. Il aimerait épouser son amour d'enfance, Azra (Sinolicka Trpkova), mais la mère de la jeune fille s'y oppose fermement, Perhan n'ayant ni argent ni situation. Un jour, Ahmed (Bora Todorovic), qui a fait fortune en Italie, revient avec ses frères dans le bidonville. Pour avoir sauvé son jeune fils Roberto, Ahmed promet à Khaditza d'emmener Danira dans un hôpital à Ljubljana pour qu'elle se fasse soigner. Accompagnant sa sœur durant le trajet, Perhan se fait convaincre par Ahmed arrivé à destination de ne pas rester auprès de Danira à Ljubljana, mais de venir avec lui à Milan pour travailler...
  

The Dead Don't Die - Jim Jarmusch (2019)

L'annonce faite au détour d'une interview de Bill Murray, en printemps 2018, ressemblait à une (mauvaise) blague. Après s'être penché sur le mythe du vampire, avec (le mitigé) Only Lovers Left Alive (2013), Jim Jarmusch allait réaliser un nouveau film fantastique, autour d'une autre figure incontournable du cinéma d'horreur, à la mode depuis les années 2010's, celle du zombie. Doté d'un casting prestigieux, la majeure partie des actrices et acteurs ayant déjà collaboré [1] par le passé avec le réalisateur de Down by Law, le dénommé The Dead Don't Die était également annoncé en avril dernier comme le long métrage qui ferait l'ouverture, en compétition officielle, du Festival de Cannes 2019. Sorti en France simultanément à la première mondiale du film le 14 mai, les morts-vivants façon Jarmusch pouvaient débarquer dans les salles obscures hexagonales.

Dans la sereine petite ville de Centerville, quelque chose cloche. La lune est omniprésente dans le ciel, la lumière du jour se manifeste à des horaires imprévisibles et les animaux commencent à avoir des comportements inhabituels. Personne ne sait vraiment pourquoi. Les nouvelles sont effrayantes et les scientifiques sont inquiets. Mais personne ne pouvait prévoir l'évènement le plus étrange et dangereux qui allait s'abattre sur Centerville : les morts sortent de leurs tombes et s'attaquent sauvagement aux vivants pour s'en nourrir ! La bataille pour la survie commence pour les habitants de la ville.

The Satanist - Zoltan G. Spencer (1968)

Longtemps considéré comme perdu, The Satanist, long métrage de Spencer Crilly, plus connu sous le pseudonyme de Zoltan G. Spencer, fut exhumé et projeté un soir de juillet 2014 en clôture du Forgotten Film Festival de Philadelphie. Fort du succès de la projection, la société Garagehouse Pictures édita deux ans plus tard, en octobre 2016, le jour d'Halloween, une version inédite restaurée 4K en Blu-ray de cet obscur film déviant. Invisible auprès des initié.e.s depuis plus de quatre décennies, ce croisement sulfureux entre l'érotisme débridé de Russ Meyer et les préceptes prônés par Anton LaVey, fondateur de l'Église de Satan, avait tout pour attiser la curiosité du préposé. Mieux, en dépit de ses limites intrinsèques, The Satanist demeure une bonne surprise. Mais n'allons pas trop vite.

Un romancier, prénommé John, s'installe avec son épouse Mary (Mary Bauer) à la campagne, afin de se remettre de sa précédente dépression et quitter l'agitation urbaine. Un jour, par mégarde, au volant de sa voiture, John renverse une jeune femme à vélo, Shandra (Pat Barrington), qui n'est autre que la voisine du couple. Celle-ci, nullement rancunière, les invite à prendre un verre chez elle. Au cours de la soirée, Shandra qui se présente comme une "élève de l'occulte" offre à John un ancien livre sur la sorcellerie... 
  

Shampoo - Hal Ashby (1975)

Quatrième long métrage du réalisateur étasunien Hal Ashby, deux ans après La dernière corvée avec Jack Nicholson, Shampoo fut l'un des plus grands succès publics de ce réalisateur, quelque peu oublié [1], longtemps associé au Nouvel Hollywood. Produit, coécrit et interprété par Warren Beatty, cette comédie, supposée capillaire, si on en croit son titre, narre les aventures d'un Don Juan contemporain à Los Angeles à la veille de l'élection présidentielle de 1968. Disponible en Blu-ray et DVD le 6 mai prochain, dans sa version restaurée 4K, Shampoo n'en demeure pas moins, sous son verni faussement léger, une critique douce-amère des mœurs sexuelles et sociales de la fin des années 1960. Mais n'allons pas trop vite.

Novembre 1968. Coiffeur pour femmes dans un salon de Beverly Hills, George Roundy (Warren Beatty) a toujours usé de ses charmes pour séduire sa clientèle. C'est par ce biais-là qu'il a rencontré sa petite amie Jill (Goldie Hawn), sa maîtresse Felicia (Lee Grant) et son ex-petite amie Jackie (Julie Christie). Sexuellement comblé, George est pourtant professionnellement frustré : simple employé, il ambitionne d'ouvrir son propre salon de coiffure...

Live report : All Them Witches @ La Maroquinerie, Paris, 22 avril 2019

Annoncé complet bien avant la tenue dudit concert, le retour des étasuniens, from Nashville, All Them Witches, trois après leur première venue à La Maroquinerie [1], s'annonçait, sans surprise, sous les meilleurs hospices. Auteurs l'année dernière de l'album sobrement intitulé ATW, paru le 28 septembre 2018 sur le label New West Records, les musiciens entamaient ce 22 avril la huitième date de leur tournée européenne, débutée onze jours plus tôt à Helsinki, après une première tournée nord-américaine terminée, comme il se doit, à Nashville les 28 et 29 décembre.

Produit par leur guitariste Ben McLeod, ATW avait gommé les quelques réticences nées du précédent disque, la faute, avouons le, à une production trop tendre. Mieux, sans renier la qualité intacte de leur songwriting, le groupe quittait les routes un peu trop balisées de Sleeping Through The War. D'un retour apprécié aux sources bluesy et de chansons, on l'imagine, fruits de nombreuses jam sessions, le nouvel album se distinguait par son nombre de compositions tour à tour hypnotiques et minimalistes à l'image du désormais classique Diamond. Enfin, mention utile, peu de temps après l'ouverture de leur tournée nord-américaine, la formation, par la voix de leur chanteur et bassiste Charles Michael Parks, Jr, indiquait que, désormais, le groupe continuerait sous la forme d'un trio.

Network, main basse sur la TV - Sidney Lumet (1976)

Cinq ans après avoir signé le scénario de L'hôpital (1971) de Arthur Hiller, qui lui valut son deuxième Oscar pour le meilleur scénario original, après Marty (1955) de Delbert Mann, l'année 1976 marquait le retour de Paddy Chayefsky avec le long métrage intitulé Network. D'un récit se faisant fort de critiquer l'importance du petit écran, le film réalisé par Sidney Lumet provoqua à l'époque une véritable onde de choc dans les médias aux États-Unis. Peinture corrosive du quotidien d'une chaine de télévision, le long métrage prenait la forme d'un réquisitoire sans concession. Récompensé par quatre Oscars, Network, sous-titré en français par la mention main basse sur la TV est désormais disponible par les bons soins de Carlotta dans sa version restaurée 4K depuis le 17 avril en Coffret Ultra Collector Blu-ray + DVD + livre et éditions Blu-ray/DVD.

"Voici l'histoire d'Howard Beale (Peter Finch), le présentateur du journal télévisé d'UBS. Il fut un temps où Howard Beale était un mandarin de la télé, le grand monsieur du journal, avec un audimat de 16, une part d'audience de 28. Mais en 1969, la roue commença à tourner. Sa part d'audience tomba à 22. L'année suivante, sa femme décéda. Il était veuf, sans enfant, avec un audimat de 8 et une audience de 12. Il devint morose, s'isola, et se mit à boire plus que de raison. Le 22 septembre 1975, on le licencia avec deux semaines de préavis...". Désespéré, Howard Beale annonce son suicide en direct à la télévision. Dès lors, sa cote de popularité explose et Diana Christensen (Faye Dunaway), responsable de la programmation, lui donne carte blanche pour animer sa propre émission…

Black Emanuelle en Amérique - Joe D'Amato (1976)

Deuxième long métrage de la série mis en scène par Joe D'Amato, Black Emanuelle en Amérique est, à la fois, l'épisode le plus connu, et celui qui a fait couler le plus d'encre (CQFD). Pouvait-il en être autrement tant le réalisateur Romain s'affranchit, dans ce troisième volet, encore un peu plus, d'une bienséance qui n'a pas sa place, et d'un bon goût qui n'a pas lieu d'exister. Mieux, non content d'avoir subi précédemment, déjà, les affres de la censure avec Black Emanuelle en Orient, D'Amato comprend qu'il n'est pas allé assez loin dans la transgression, et dépasse définitivement les bornes en frappant, à dessein, du sceau de l'infamie un film qui n'aurait pu être, au départ, que le troisième chapitre des aventures érotiques de sa belle héroïne. Mais n'allons pas trop vite.

New-York. Voyageant à travers le monde en quête de scoops, Emanuelle (Laura Gemser) suit à la fois une carrière de photo-reporter à succès et de photographe de charme. A la sortie d'une séance, celle-ci est prise en otage par le petit ami puritain d'une de ses modèles, Janet, qui l'accuse de l'avoir promise à la damnation. Après avoir désamorcé la menace en séduisant le jeune homme, Emanuelle se prépare pour sa nouvelle enquête, infiltrer le harem du milliardaire Eric Van Darren (Lars Bloch), composé de douze femmes, chacune correspondant à un signe zodiacal. Or Il lui manque depuis peu une Vierge...

Cronico Ristretto : Heads For The Dead - Serpent's Curse (2018)

Paru le 24 septembre 2018 sur le label Transcending Obscurity Records, le premier album des Heads For The Dead, Serpent's Curse, aura été sans aucun doute, du moins de notre point de vue, l'une des révélations deathmetalliques de l'année passée. Comptant dans ses rangs le vocaliste Ralf Hauber de la formation native d'Aalen en Allemagne Revel in Flesh, HFTD aurait pu se limiter à n'être que le nouveau des nombreux side-projects du genre du multi-instrumentiste Jonny Pettersson, déjà responsable des dénommés Wombbath, Just Before Dawn, Henry Kane ou Ursinne avec Dave Ingram, ex-Benediction. Or, il n'en est rien.

Inspirés par les vieux films d'horreur (les amateurs reconnaitront, dès les premières secondes du clip de la chanson éponyme Serpent's Curse la belle actrice francienne Britt Nichols dans le culte La révolte des morts-vivants d'Amando de Ossorio [1]), ce premier disque convoque autant l'esprit des grandes formations suédoises du siècle dernier (Entombed, Dismember, Unleashed) que l'efficacité rugueuse crust punk (l'album contient en guise conclusion une chanson du groupe Wolfbrigade).

Live report : Pestilence @ Gibus, Paris, 28 février 2019

2008 avait sonné le réveil de Pestilence, après la séparation du groupe, quatorze ans plus tôt, et la tournée de leur controversé album Spheres. Trois albums plus tard et le retour du guitariste originel Patrick Uterwijk et du bassiste Jeroen Paul Thesseling, le leader Patrick Mameli avait de nouveau mis en pause sa formation, avant un deuxième come-back, et la sortie du dernier album studio en date Hadeon en janvier de l'année dernière. Faisant suite à leur précédente tournée 2018 intitulée "Fight the Plague" [1], Mameli sacrifiait cette année à la mode des tournées hommages au glorieux passé, en conviant la troupe des nostalgiques et autres quadragénaires à fêter le trentième anniversaire du deuxième album du groupe.

Cinq ans après leur dernier passage au Gibus, les néerlandais revenaient sur Paris, avec cet unique concert français de leur tournée européenne "Reduced to Ashes" de 29 dates, débutée à Glasgow sept jours plus tôt [2]. Accompagné des nouveaux membres, Calin Paraschiv à la guitare, Septimiu Hărşan à la batterie, et Edward Negrea à la basse, Patrick Mameli investit la scène du Gibus en terrain conquis, fort de l'aura culte de sa formation et de l'album qui allait concentrer la majeure partie de la setlist du concert, le non moins culte Consuming Impulse.

Auteur d'un disque fondateur du death metal made in Europe, quelques mois avant le séminal Left Hand Path des scandinaves Entombed, Pestilence avait signé avec ce deuxième album en 1989 un opus du même calibre que les récents Slowly We Rot et Altars of Madness de leurs pairs étasuniens Obituary et Morbid Angel, sans, détail notable, jouer les imitateurs. Produit par Harris Johns (Kreator, Sodom), Consuming Impulse se distinguait enfin pour être le dernier disque avec Martin Van Drunen au chant et à la basse, Mameli se chargeant par la suite (bon an, mal an) des vocaux.

Black Emanuelle en Orient - Joe D'Amato (1976)

Première séquelle officielle du long métrage Black Emanuelle [1] mis en scène une année plus tôt par le transalpin Bitto Albertini, Black Emanuelle en Orient fut le premier volet de la série réalisé par celui qui allait lui donner ses lettres de noblesse supra-déviante, Joe D'Amato. Produit dans la foulée de Voluptueuse Laura, Laura Gemser y reprenait son rôle de journaliste hédoniste, concluant par la même occasion pour la seule année 1976, sa troisième collaboration avec l'auteur des quatre futurs autres épisodes [2] (Black Emanuelle en Amérique, Black Emanuelle autour du monde, Emanuelle chez les cannibales ou Emanuelle et les filles de Madame Claude). Mieux, et comme pouvait le laisser supposer les deux précédents longs métrages réalisés par Aristide Massaccesi, de son vrai nom, ces nouvelles aventures sensuelles de la belle Emanuelle noire allaient recevoir les félicitations des censeurs du monde entier. Mais n'allons pas trop vite.

Quittant Venise, Emanuelle (Laura Gemser), accompagnée de son ami et archéologue Roberto (Gabriele Tinti), se rend à Bangkok, en Thaïlande, dans le but d'interviewer et de photographier le Roi. Sur place, elle rencontre le Prince Sanit (Ivan Rassimov), cousin du Roi, qui l'initie au plaisir de la relaxation orientale. Devenu amie avec sa masseuse Gee, Emanuelle fait la connaissance par l'intermédiaire de Roberto d'un couple d'américains, Jimmy (Giacomo Rossi Stuart) et Frances (Ely Galleani). Tandis que son ami quitte l'Asie pour de nouvelles fouilles près de Casablanca, Emanuelle reçoit des nouvelles du Prince qui lui a arrangé un rendez-vous avec la première maîtresse du Roi qui vit désormais dans un temple abandonné...
 

Les Funérailles des roses - Toshio Matsumoto (1969)

Pionnier du cinéma expérimental nippon, auteur de plusieurs courts métrages documentaires depuis le mitan des années cinquante, Toshio Matsumoto réalisa à la fin de la décennie suivante son premier long métrage intitulé Les Funérailles des roses. Manifeste cinématographique, peinture brute de la contre-culture tokyoïte, document rare sur la communauté gay du quartier de Shinjuku, ce film, à la croisée des genres, s'est imposé comme une œuvre maîtresse de la Nouvelle Vague japonaise aux côtés, au hasard, des longs métrages sulfureux de Nagisa Oshima. Le film est à découvrir, pour la première fois en France, en copie restaurée 4K à partir du 20 février dans les salles.

Tokyo, fin des années 1960. Eddie (Peter), jeune travestie, travaille le soir comme hôtesse au bar Genet, dont elle est devenue l'icône. Amante de Gonda (Yoshio Tsuchiya), trafiquant de drogue et propriétaire du bar, Eddie occupe ses journées en compagnie d'autres marginaux, dont son ami réalisateur d'avant-garde surnommé “Guevera”. Or la maîtresse de Gonda, Leda (Osamu Ogasawara), plus âgée et tenancière du bar, découvre la relation entre Eddie et Gonda...
  

Le chevalier du monde perdu - David Worth (1983)

L'histoire est connue des initiés. Après le succès croisé d'Escape from New-York (1981) de l'américain John Carpenter et de Mad Max 2 (1981) de l'australien George Miller, tout un pan du cinéma d'exploitation, en particulier celui produit en Italie, copia, recycla jusqu'à l'usure l'univers de ces deux succès du cinéma mondial. Fort de ce mélange de science-fiction et d'aventures, ces diverses fictions dites post-apocalyptiques pouvaient également compter sur une bonne dose de délires foutraques en adéquation avec les maigres budgets qui leur étaient dévolus. A ce titre, 1983 peut être considérée comme l'année phare des productions made in Italy du genre avec 2019 après la chute de New York de Martin Dolman (Sergio Martino), Le gladiateur du futur de Steven Benson (Joe D'Amato), Les exterminateurs de l'an 3000 de Jules Harrison (Giuliano Carnimeo), Les nouveaux barbares d'Enzo G. Castellari, et enfin cette production italo-américaine, sans aucun doute celle que les amateurs auront à raison oublié de la liste, Le chevalier du monde perdu de David Worth, avec trois habitués du cinéma bis, Robert Ginty, Donald Pleasance et Fred Williamson. Mais n'allons pas trop vite.

"Dans un monde régi par la tyrannie et la violence", après les guerres atomiques et l'effondrement des nations, le Motard (Robert Ginty) sillonne les routes de la région interdite, le Wasteland, au guidon d'une moto ultramoderne supersonique dotée d'un super-ordinateur baptisé Einstein. Sauvé par un groupe de résistants vivant dans les montagnes, nommés les Anciens éclairés, il est désigné par ces derniers comme l'élu qui les aidera à combattre la Force Omega, aux ordres du tyran Prossor (Donald Pleasance). Accompagné de Nastasia (Persis Khambatta), le Motard s'infiltre dans la base de Prossor afin de libérer le père de la jeune femme et chef de la résistance, le professeur McWayne (Harrison Muller) ...

Voluptueuse Laura (Eva nera) - Joe D'Amato (1976)

Indissociable d'Aristide Massaccesi, plus connu sous le pseudonyme Joe D'Amato, Laura Gemser, avant de devenir l'une des égéries du réalisateur de La nuit fantastique des morts-vivants, fut découverte aux yeux des initiés pour son rôle de masseuse dans la séquelle du long métrage de Just Jaeckin, Emmanuelle: L'antivierge (1975) de Francis Giacobetti. Choisie quasiment dans la foulée pour incarner le personnage qui la rendra célèbre dans le monde entier, la sublime interprète de Black Emanuelle de Bitto Albertini, fut à l'affiche l'année suivante, dans trois films réalisés par Joe D'Amato, marquant ainsi ses débuts auprès du cinéaste transalpin : Vœu de chasteté, le film qui nous intéresse Voluptueuse Laura, et enfin Black Emanuelle en Orient.

Eva (Laura Gemser) débarque à Hong Kong où elle fit la rencontre durant son vol de l'homme d'affaire Jules Carmichael (Gabriele Tinti). Danseuse, elle invite Jules à sa première qui se tient le soir même dans un night-club. Peu enclin à l'accompagner au départ, Judas (Jack Palance) se laisse convaincre par son frère, avant que l'ainé de fratrie tombe sous le charme, subjugué par la performance de la jeune femme, dansant à moitié nue avec un python. Judas l'invite le lendemain à déjeuner dans son restaurant préféré, puis chez lui, où cet homme fortuné lui présente un surprenant marché : sans rien attendre d'Eva, il lui propose de vivre dans son grand appartement et de lui offrir tout ce qu'elle désire...

Combat Shock - Buddy Giovinazzo (1984)

1984, tourné en 16 mm avec un budget de 40 000 $, le jeune new-yorkais Buddy Giovinazzo a écrit, produit, monté et dirigé son premier long-métrage intitulé American Nightmares. Dérive urbaine d'un vétéran de la guerre du Vietnam dans les rues ravagées de Staten Island, le film gagna rapidement en notoriété auprès de l'underground lors de ses passages dans les festivals. Distribuée par Troma par la suite sous le titre Combat Shock, et amputée de huit minutes, cette peinture au vitriol d'un New York en perdition gagna, au fil des années, ses galons de film culte outre-Atlantique. Réédité en DVD en 2009 par la société de Lloyd Kaufman, avec les deux versions disponibles à l'occasion du vingt-cinquième anniversaire du long métrage, Severin Films a sorti le 22 juin 2018 une version restaurée 2K, supervisée par Buddy Giovinazzo, et incluse dans un coffret collector limité à 2 000 exemplaires désormais épuisé. Culte !
 
Frankie Dunlan (Ricky Giovinazzo) vit avec son épouse enceinte de six mois Cathy (Veronica Stork) dans un appartement situé dans le quartier le plus défavorisé de Staten Island. Parents d'un nourrisson handicapé, suite à l'exposition de Frankie à l'Agent orange, le jeune homme est depuis son retour frappé de cauchemars le faisant irrémédiablement revivre le bourbier Vietnamien. Sans argent, sans emploi, sur le point d'être expulsés, lui et sa famille, Frankie va passer, une fois de plus, la journée à errer dans la rue...
 

Cronico Ristretto : L'alliance - Christian de Chalonge (1970)

Deuxième long métrage de Christian de Chalonge, L'alliance s'écartait de la veine semi-documentaire de son précédent film, Prix jean Vigo 1968, O Salto, dont le sujet était l'immigration portugaise au crépuscule de la dictature salazarienne. Adaptation par (et avec) Jean-Claude carrière de son roman éponyme publié en 1962, le film marquait la première incursion de son réalisateur dans l'étrange, à l'orée du fantastique, avant sa chronique paysanne post-apocalyptique onze ans plus tard nommée Malevil.

Vétérinaire de profession, Hugues Tribois (Jean-Claude Carrière) fait appel aux services de l'agence matrimoniale Duvernet afin de trouver une épouse. Un jour, il rencontre Jeanne (Anna Karina), jeune femme qui correspond idéalement à son unique critère, celui de posséder un appartement suffisamment grand où il pourrait installer son cabinet. Le couple se marie dans la foulée. Au retour de leur voyage de noce en Bretagne, Hugues emménage chez Jeanne. De ce mariage de raison, nourri des absences répétées de Jeanne chaque après-midi, et de la découverte dans la penderie fermée à clef d'affaires appartenant à un homme, nait un sentiment de paranoïa et de jalousie maladive de la part du quadragénaire...

Retour à Howards End - James Ivory (1992)

Cinq et sept années après Chambre avec vue (1985) et Maurice (1987), le plus britannique des cinéastes étasuniens, James Ivory, adaptait pour la troisième fois un classique de l'écrivain E.M. Forster, Retour à Howards End, paru en 1910. Auréolé de plusieurs prix, dont celui du quarante-cinquième anniversaire du Festival de Cannes, trois Oscars, dont celui de la meilleure actrice pour Emma Thompson et de la meilleure adaptation pour Ruth Prawer Jhabvala, deux BAFTA, dont celui du meilleur film [1], cette vingtième collaboration entre le cinéaste et le producteur Ismail Merchant s'inscrit, on l'aura compris, comme l'un des incontournables de leur riche filmographie. En salles au cinéma en version restaurée depuis le 26 décembre 2018 par les bons soins de Carlotta.

Angleterre édouardienne, début du XXe siècle, suite à la liaison sans lendemain entre Helen Schlegel (Helena Bonham Carter) et l'un des fils de la famille Wilcox, riches industriels conservateurs, sa sœur ainée Margaret (Emma Thompson) fait la connaissance de Mme Wilcox (Vanessa Redgrave). Issue de la bourgeoisie intellectuelle londonienne, Margaret se lie d'amitié, en dépit de leurs différences sociales, avec l'épouse du patriarche, Henry Wilcox (Anthony Hopkins), directeur de l'Imperial West African Rubber. Juste avant de mourir, cette dernière décide de léguer à Margaret sa demeure de Howards End, propriété familiale léguée en son temps par son frère, mort aux Indes, à laquelle elle est très attachée. Heureusement pour les Wilcox, le document n'est pas officiel et la dernière volonté de la défunte ne sera pas respectée. Mais lorsque Henry Wilcox fait enfin la connaissance de Margaret, il tombe sous son charme…