Gotan Project - Tango 3.0 (2010)

Prétendre que la formation argentino-franco-suisse Gotan Project ne laisse pas indifférent semble un peu présomptueux. Certes, le jeune cadre dynamique pourra toujours mettre en avant la post-modernité de la démarche du trio, au grand dam des traditionalistes, admirateurs fervent du grand Astor Piazzolla. De même, le succès non démenti des disques du Gotan Project peut servir aussi à juste titre d'argumentation aux habitués des ambiances lounge dont la rhétorique creuse n'auraient d'égal que leur manque de personnalité, et pourtant... Force est d'admettre après l'exposition médiatique et les ventes qui suivirent leur premier album, l'efficace La Revancha del Tango, la nouvelle coqueluche des parvenus asexués aurait très bien pu disparaitre et finir aux oubliettes de la cool branchitude telle la baudruche St Germain, ou au mieux rester un témoignage sonore de cette décennie (qui poussa le recyclage sonore dans ces derniers retranchements) à travers ses quelques apparitions dans diverses séries télé ou publicités. Mais Lunático, leur deuxième essai, après cinq années d'absence, tendait sinon à contredire la défiance des cyniques et autres désabusés, avait au moins le mérite d'offrir une alternative crédible au succès légitime de l'album précédent, un disque riche, mélancolique, plus acoustique, la danse cédant sa place à la contemplation, à l'image de leur relecture du thème de Paris, Texas de Ry Cooder. Quatre ans, quasiment jour pour jour, sort le nouvel album du Gotan Project, Tango 3.0, soit une troisième version de leur Electro mâtinée de tango, une mise à jour pertinente avec nombre de plugins originaux ou juste une resucée boiteuse du passé?

Légion - Scott Stewart (2010)

En préambule, une voix lasse vous confie les joies d'avoir eu une mère croyante et d'ouvrir son cœur à dieu chaque soir parce qu'il est "bon, miséricordieux et juste". Seulement voilà, lorsque le mari altruiste préfère quitter le domicile conjugal perdu en plein désert du Mojave non sans déchirement et laisser ainsi le soin de l'éducation des enfants à cette future mère courage, il apparaît que cette dernière tend à radicaliser sa position mystique, en attente de la prophétie "où le monde ne sera plus que ténèbres", le sort de l'humanité étant désormais scellé. Et à la question somme toute légitime de sa fille en guise de conclusion, pourquoi dieu "était-il aussi furieux contre ses enfants" ? Nous avons droit à cette sentence radicalement lyrique : "j'imagine qu'il en a eu assez de toutes nos conneries". Avouons qu'en matière d'introduction, Légion du dénommé Scott Stewart s'annonçait sous les meilleurs augures du navet appellation d'origine contrôlé.

On aurait pu penser l'archange Michael (Paul Bettany) fatigué d'attendre l'apocalypse. Une éternité à préparer un combat contre un dragon [1], c'est long, surtout vers la fin, même pour l'élite de la milice angélique. Or son supérieur hiérarchique a décidé, comme l'évoquait précédemment l'illuminée maternelle, de régler son compte à cette progéniture crasseuse et ingrate nommée humanité. Et se produit le retournement que le mangeur de pellicules hypercaloriques attendait, la venue d'un sauveur, un vrai, un tatoué, Michael, qui décide d'aller à l'encontre des plans génocidaires du grand patron, au grand dam de son plus proche confident, un ami considéré comme la main droite du taulier, et aussi son plus fidèle coursier, célèbre durant l'Antiquité pour la fiabilité de ses annonces prénatales, l'archange Gabriel. Mais ce revirement, acte supposé d'amour envers les hommes, n'est-il pas un moyen déguisé pour faire changer d'avis son patron ? [2]

Les sept morceaux qui tournent en ce moment III


Pyramid of The Moon - Shrinebuilder [2009]

2009 aura vu l'une des belles surprises du doom metal et apparenté, un casting de luxe pour un supergroupe qui ô joie n'enquille pas les déceptions et autres désillusions à grand renfort de publicités ravageuses. Cela dit, qui à part un amateur de riff rampant peut s'émerveiller de voir Scott "Wino" Weinrich des cultes St Vitus/The Obsessed, Scott Kelly le leader de Neurosis, le bassiste de Om/Sleep Al Cisneros et rien de moins que le batteur des Melvins, Dale Crover au sein d'une même formation? Un casting de luxe, pour un album réjouissant, mise en boîte en seulement trois jours, où chacun apporte sa touche personnelle à des compositions bien plus inspirées que les dernières productions des dits musiciens: tel Wino et sa science stoner, baroudeur d'un psychédélisme mal embouché ou Cisneros nous conviant le temps d'un Pyramid of The Moon à une de ses transes stoner dont il a le secret. Shrinebuilder ou l'exception confirmant la règle que quelquefois, supergroupe ne rime pas avec baudruche. Le 20 avril à La Maroquinerie sur Paris.

Alien Raiders - Ben Rock (2008): Terror in the supermarket

On a beau se faire le spécialiste, tout du moins se considérer comme un amateur aguerri en matière de nanar SF avec budget famélique en option [1], il est toujours agréable de constater que certains artisans arrivent encore de nos jours à sortir leur épingle du jeu. Alien Raiders ou un bon petit film de Science-Fiction horrifique, qui tend à prouver qu'un direct to video peut très bien rimer avec efficacité, et pas seulement avec long-métrage crapoteux... le titre dudit film pouvant pourtant susciter quelques soupçons légitimes.

Un groupe d'individus se prépare lors du générique à pratiquer une attaque à main armée, tout est prêt : armes, munitions, plan du bâtiment, plus étrange des caméscopes numériques, et enfin l'itinéraire et le lieu du rendez-vous indiqués sur une carte, Buck Lake, Arizona. Une fois arrivé après avoir pisté une certaine voiture rouge, le petit groupe armé se dirige vers une quelconque supérette à l'heure de la fermeture. Contrairement à ce qui est annoncé par le leader, ce "banal" braquage tourne vite au carnage sans sommation. Après avoir été scannés par un "renifleur", plusieurs clients du supermarché sont abattus froidement sous les yeux des futurs otages, le dénommé Spooky alertant ses acolytes par un "c'en est une!" en désignant une femme qui semblait plus apeurée que désignant une véritable menace. Mais cette promenade punitive se complique lorsque l'un des clients qui n'est autre qu'un policier, non content d'alerter ses collègues par radio, tue l'un des assaillants mais aussi l'étrange Spooky...

Subsets of Sets - Jakob (2001)

Dans la série groupe exotique, après avoir mis en lumière un trio danois chantre du stoner rock, faut-il s'étonner de noter la présence d'un trio néo-zélandais adepte de post-rock en ces lieux ? Amis du tropisme musical rock'n'rollesque, bienvenue !

Jakob nous vient de Napier, ville dont le patronyme ravira sans aucun doute les admirateurs de Russ Meyer [1]. Le trio formé en 1998 par le guitariste Jeff Boyle, le bassiste Maurice Beckett et le batteur Jason Johnston profita de ses jeunes années pour faire la tournée des pubs de la région et ainsi assoir sa réputation au niveau local [2], profitant de ce tremplin pour sortir un premier EP éponyme l'année suivante. Après un single intitulé Erfo début 2000, le trio enregistre son premier album Subsets of Sets fin de la même année avant sa sortie au mois d'août 2001.
 

Cronico Ristretto: Jarmusch - Herzog - Boorman


Peut-on s'émouvoir du peu de retentissement médiatique du dernier Jarmusch ? The Limits of Control aurait-il le privilège (risible) de faire partie des films incompris et injustement boudés par la critique et le public? Après les presque deux heures de visionnage, la réponse est sans appel... le cinéaste de Down by Law vient de réaliser son plus mauvais film. Son envie de continuer à rendre hommage au cinéma de Melville, The Limits of Control narrant l'histoire d'un tueur à gage (Isaach de Bankolé) solitaire et énigmatique à travers l'Espagne, pouvait sembler sinon louable, tout du moins attiser la curiosité. Las... à moins que Jarmusch ait décidé avec ce long-métrage de lorgner vers le comique décalé voire surréaliste, or l'ennui et le ridicule sont à la croisée des chemins. Le personnage principal, quasi muet, marche dans les rues de Madrid, rode dans les musées, aime le flamenco, boit du café et rencontre des personnages incongrus faisant office de contact [1]. Ils s'échangent des boites d'allumettes, celles-ci détenant un message codé indiquant le prochain lieu de rendez-vous, en attendant de rejoindre le lieu du dit contrat. Que retenir finalement de The Limits ?