Proto rap

Vendredi dernier, je vous parlais de Chuck D, et bien aujourd’hui un p’tit post pour un monsieur qui influença énormément le MC de Public Enemy, Gil-Scott Heron.

Ce personnage apparaît au bon moment dans le paysage musical noir, à savoir au début des années 70’s: après les assassinats de Malcom X, Martin Luther King et les émeutes à Watts. En effet, hormis quelques exceptions, on peut dire que les blacks US musicalement sont assez propret (j’entend en musique dite populaire, je ne parle ni de jazz ni de blues et ni de Little Richard!), le plus bel exemple est la maison de disque Motown, dans le genre consensuel... Heureusement, la fin des années 60 va réveiller les consciences. Deux genres noires vont naître le funk initié par Sly et le dr funkenstein Georges Clinton et ce qu’on peut appeler le proto-rap, avec comme créateur Gil et the last prophet.

On notera qu’après avoir signé ses disques en solo, Gil les signera avec Brian Jackson, pour une très bonne collaboration, Jackson apportant une richesse musicale que n’avaient pas ses premiers disques. Puis ce fut la séparation (d’après le père Jackson, un problème d’égo, sans compter qu’il n’aurait jamais vu les sous venir...), et une bonne grosse traversée du désert pendant les années 80 (tiens comme c’est original), puis finalement un retour dans les années 90 (re-tiens comme c’est original…).

Par contre, aujourd’hui, je ne sais pas s’il est sorti de prison, quelques problèmes de shit…

Pavilhao nove

Cette semaine on va entamée une spéciale musique engagée (et d’ailleurs je posterai pas de Dylan cette semaine, trop prévisible). Et là, s’est posé un léger problème, en effet, je voulais mettre du metal, or musique engagée et metal, à défaut d’être antagoniste, ils se sont peu rencontrés. Donc, comme toujours dans ces cas là, il suffit de chercher des groupes qui furent influencés par le punk, mais même la, c’est pas gagné…

Toujours est il, qu’il en existe quelques un et aujourd’hui j’ai jeté mon dévolu sur un titre de la bande des frères Cavalera. Le groupe fut formé en 1984 par une bande de gamins de 14 ans, qui officiait dans une vulgaire copie carbone des groupes de black metal de l’époque (Venom, Hellhammer ou Bathory), pour évoluer vers un thrash metal proche de la virulence du death, puis incorpora ensuite des rythmes indus, hardcore et autres influences tribales. Or justement le titre d’aujourd’hui est issu de l’avant dernier album avant le départ de Max Cavalera, Chaos AD, celui qui incorpora à merveille leurs dernières influences. La chanson Manifest a pour propos la répression brutale qu’ont subi les prisonniers dans la plus grosse prison d’Amérique du sud, Carandiru, située au Brésil, en réponse à leur révolte. Le Vendredi 2 octobre 1992, la police entra par le ”pavilhao nove”, ouvrit le feu sans sommation, et fit des centaines de morts et de blessés. Heureusement, l’honneur est sauf, officiellement il n’y eut que 8 morts…

Musicalement, on a droit à un très bon morceau de thrash industriel.

Le CNN noir

Je me voyais mal finir cette semaine spéciale New York sans finir avec le GROUPE de rap par excellence, le maître étalon du rap engagé, Public Enemy! Avec un trio complémentaire comme on en fait peu, le revendicatif Chuck D, le trublion Flavor Flav et leur DJ martial Terminator X.

Finalement ce qui fait le plus mal c’est de voir ce qu’est devenu le style quand on écoute Public Enemy. Les rythmes martiaux, concassés, les paroles engagés, le style new-yorkais n’a pas fait long feu par rapport au rap de la côte ouest, racoleur, putassier, facile; du coup beaucoup de rappeurs issus de la côte est ont perdu leur identité au profit du son de la côte ouest. Mais c’est sans doute une remarque de vieux con nostalgique du fameux Golden Age.

Mais revenons à nos moutons et à Public Enemy. Chuck D proclamait que le groupe était le CNN noir, qu’ils disaient ce qui se passait véritablement dans les quartiers. De ce fait, la chanson d’aujourd’hui va de paire avec ses propos puisque c’est 911 is a joke. Pour ceux qui ne le sauraient pas le 911 est le numéro de Police secours au pays de l’oncle Sam. Et justement dans cette chanson, le groupe critique le système US puisque les quartiers étaient (sont encore?) défavorisés en ce qui concerne l’accès au secours. Du coup, si t’es black dans le bronx et que t’appelle les urgences, tu pouvais (peux?) en profiter pour appeler les pompes funèbres...

Thurston, Lee, Kim et Steve


Et encore une figure rock incontournable de NY! A chaque décennie ses leaders, le Velvet pour les 60’s (qui finalement seront les géniteurs de cette scène rock si particulière), les 70’s et son punk, et donc la jeunesse sonique pour les 80’s.

Quand on y pense, plus de 25 ans, il est certain que ça doit encore surprendre la bande à Thurston, une telle longévité pour un tel groupe. Ce qui me fait rire c’est toute la soupe qui est sortie dans cette décennie, c’est incroyable, sauf cas particulier, les gros vendeurs des années 80, ont soit disparu, soit devenu des has beens, ou ont réussi à toujours surfer plus ou moins sur la vague en bon opportuniste (Madonna en est un parfait exemple).

Enfin bon, tout ça ne les concerne pas, ils n’ont jamais été de gros vendeurs et ont toujours su garder une intégrité, sans doute dû à leur racine punk. Là encore, je voulais choisir une chanson de Sonic Youth des années 80, mais dans quel album piocher, leur début hardcore bruitiste par exemple? Finalement, on va prendre une valeur sûre, Sister, deuxième album de leur fameuse trilogie commencée une année plus tôt en 1986 avec EVOL et qui se terminera en ’88 par leur meilleur album, Daydream Nation.

Jazz libertaire

Le jazz et la grosse pomme, on peut dire que ces deux là sont indissociables. Difficile fut mon choix, en effet, il existe bon nombre de jazzmen lié à NY, et les plus grands, Charlie, Miles, Trane… Mais aujourd’hui, on va rendre hommage à l’homme qui a donné un nom à la New Thing comme on disait à l’époque.

Apres avoir quitté son Texas natal, et être passé par L.A. où il a rencontré sa future bande de terroriste sonore (Don Cherry, Ed Blackwell, Charlie Haden), Ornette Coleman arrive à NYC, et s’installe au club AT The Five Spot. Résumer ce qu’est le free jazz me parait une gageure, pour moi c’est vraiment personnel. A lire d’ailleurs le livre Free jazz black power.

Pour moi, le free est à la fois une réaction musicale et politique. Renier l’harmonie, notion blanche et bourgeoise, revenir à la source, au rythme, à l’Afrique, d’où l’acte politique, dans une Amérique raciste. Ce qui d’ailleurs est à relier au combat à la même époque des droits civiques des afro-américains.

Le titre d’aujourd’hui est issu de l’album de 1960, This is our music, soit une année avant le fameux Free Jazz. D’ailleurs, comme titre d’album, c’est quand même un formidable pied de nez, un véritable bras d’honneur à leurs détracteurs. Et puis la photo de la pochette, je la trouve magnifique, avec ces trois blacks et ce blanc-bec qui posent crânement.

En bonus, un autre grand jazzman avant-gardiste de NYC, John Zorn, qui en 1988, reprendra ce titre (à sa façon) sur son album hommage au grand Ornette, Spy VS Spy.

Au Vent mauvais made in NYC

De manière générale, coller des étiquettes, un critique musical fait ça facilement. Vas y que je te range dans telle case... Mais si y’a bien un sobriquet qui ratisse bien large quand on veut parler de la scène rock new-yorkaise de la seconde moitié des 70’s, c’est bien le terme NY punk! Car à cette époque, au regard des groupes qui se produisaient au fameux CBGB, le terme de punk made in NY offre un éventail suffisamment large: le funk rock rêche et fourre-tout des Talking Heads, Patti Smith la poétesse du mouvement, le rock fifties teinté de disco de Blondie, l’electro déjanté et parano de Suicide ou justement le rock racé et cristallin de Television (je pourrais aussi citer les Ramones, mais comme j’aime pas…).

Tout comme leurs cousins anglais, le NY punk était à mille lieux du Rock ’n’ Roll Circus, loin de l’establishment rock, mais étant de NYC, on a droit à une démarche plus arty.

La bande à Tom Verlaine, en 1977, sort donc leur 1er album Marquee Moon. Album CULTE, et je ne sous estime pas mon propos, qui influença énormément finalement toutes les formations de rock à guitares des années à venir. La force du groupe provient de l’unité que forme ses musiciens, avec des solos lyriques excellents, nous montrant qu’il existe bien une alternative entre le destroy anglais et le rock pompier. Écoutez le morceau qui donne son nom à l’album, c’est de l’ambroisie.

PS1 : seul petit bémol, la voix de Tom Verlaine, cette dernière pourrait en rebuter quelques un.

PS2 : ce post me permet par la même occasion de rendre hommage au CBGB qui a fermé définitivement il y a environ 10 jours.

New-York, New-York !!

Y’a quinze jours, je vous parlais d’une variante du punk à savoir le grindcore. La grosse pomme a connu un groupe qui justement officiait dans ce registre mais pas seulement. Brutal Truth trouvant que ce n’était pas suffisant, ces derniers ont mis un peu de death metal à leur grind, mais en bon new-yorkais, ils ont aussi ajouté une dose d’originalité propre à l’esprit créatif de la ville. De ce fait, on navigue entre brutalité primaire et expérimentation sonore.

Ma Billie Holiday blanche

Fichtre, je me rends compte que mes deux chanteuses préférées étaient sévèrement à croc à la seringue... D’ailleurs, j’ai hésité pour ce post entre la chanteuse intemporelle de Strange Fruit et Nico. Finalement, j’ai décidé de choisi l’ex-chanteuse du Velvet.

Hormis, ce point commun qui n’est finalement pas très flatteur, on retrouve chez Nico la même douleur, la même tristesse, le même malaise que chez Billie. Mais tandis que chez l’une, sa culture musicale est enracinée dans le blues, Nico étant européenne, n’a pas été initiée à l’influence des Negro-Spiritual. Son chant est beaucoup plus froid, on pourra même dire glacial (son accent allemand aidant). A l’écoute de la vague goth qui déferlera dans les années 80, on comprend d’ailleurs l’influence qu’elle a pu avoir ; sauf que cette dernière est intouchable…

Les deux titres proposés sont issus de son second album solo, The Marble Index, mais le premier en tant que compositrice. Secondé et produit par le fidèle John Cale (le deuxième chronologiquement qui ait été viré du Velvet par Lou), l’album, sorti en 1968, fait vraiment figure d’ovni dans le paysage musicale de l’époque (et d’aujourd’hui). Pour les plus people d’entre vous, vous noterez que la seconde chanson est dédicacée à son fils Ari Boulogne (dont le père serait un certain A. Delon…)

Après le gars d’à coté

Avant de tourner casaque, et de se la jouer crooner parmi les corbeaux, Nick Cave fit parti d’un des groupes les plus allumés des années 80, The Birthday Party, qui naît des cendres de Boy Next Door en quittant l’Australie pour Londres. Le groupe officie dans un post punk extrémiste qui rappelle la scène No Wave qui officie à NYC. A la différence des autres groupes post punks, qui sont généralement plus froid, désespéré, The Birthday Party est plus violent, plus crade.

A l’écoute de Fun House des Stooges, on peut regretter qu’il n’exista pas de filiation directe à cette oeuvre. Or justement (il aura fallu attendre 10 ans), ces camés australiens sont la suite du groupe d’Iggy, un rock incandescent proche du free jazz dans la démarche et drogué accessoirement (d’ailleurs le groupe reprendra en live souvent le titre Fun House). Le plus ou plutôt l’apport de Cave est sans contexte la noirceur, qu’on retrouvera par la suite évidement dans sa carrière solo.

Mr Clarinet fait partie du tout 1er album, et déjà ça détonne!

Vous prendrez bien un p’tit fix avant la route

Dans la série, heroinoman, je voudrais le père du Metal Industriel. Ca fait déjà 3 ans qu’ Al Jourgensen a accouché de la bête immonde qu’ont récupéré joyeusement NIN, Marylin Manson et autre Rammstein. En 1991, une année avant la parution de l’album le plus connu de Ministry Psalm 69: The Way to Succeed & the Way to Suck Eggs, parait deux singles monstrueux Jesus Built My Hotrod (qui sera d’ailleurs étonnement la meilleur vente de la Warner) et Just One Fix. Pour cette dernière ritournelle, le père Al va s’adjoindre les services de l’un des papes de la Beat generation Mr William S. Burroughs (que l’on voit si je ne m’abuse dans le clip).

Au final, voix écorchée, guitares métalliques, structure désarticulée, rythmes binaires, un titre CULTE.

le clip

Le Lou Reed du mois

Comme je l’avais souligné le 15 Septembre, les années 80 ont été moins préjudiciables à Lou Reed qu’à d’autres dinosaures issus des années 60 ou 70. Il faut dire que la production made in 80’s est déjà indigente et si vous ajoutez à cela une panne d’inspiration, on se retrouve avec des albums type Landing on the water du père Young (je crois que je m’y ferais jamais à sa période Geffen...).

Or Lou, justement, s’en tire pas trop mal. Après avoir quitté la décennie 70’s avec un album mariant son rock urbain et le jazz libertaire The Bells (avec le support de Don Cherry quand même), et un album très moyen en 1980, le sieur revient en 1982 sous les meilleurs hospices (une cure de desintox aidant).

En cette année, fini les égarements de production, on revient au bon vieux son rock sans fioritures et à la formule basique guitares/basse/batterie. Du coup l’album sonne intemporel si on le compare aux disques de l’époque, la facilité aurait été de se coller au son actuel, ce bon vieux rock FM, avec comme étendard Dire Straits, oui mais non…

Quand on pense qu’à pratiquement la même époque Dylan se fait produire par Mark Knopfler, sic...

Pour le seconder le bonhomme fait appel en plus à de très bons musiciens dont le guitariste Robert Quine, qui officia précédemment chez l’une des pointures du punk new-yorkais Richard Hell & the Voidoids.

Par contre seul fausse note de l’album, sa pochette, on reprend Transformer, on recadre et on rajoute du bleu... Mais bon, ce n’est qu’une pochette…

L’ancien décadent chauve

Avant de commencer, vous noterez que cette semaine c’est une spéciale 1982, année qui m’est cher pour une raison bien particulière d’ailleurs. Et justement, c’est à cette époque que Brian Eno clôt sa quadrilogie Ambient, commencée quatre ans plus tôt, avec On land. D’ailleurs l’album regroupe justement des enregistements qui datent de ces quatres années, histoire de finir et de synthétiser en beauté cette quadrilogie.

Eno est donc à l’origine de la musique dite ambient, à la fois dans la continuité finalement de la musique minimaliste d’un Steve Roach ou celles composées par les allemands de Kraftwerk ou Tangerine Dream. Pour la filiation dans le meilleur des cas, on retrouve l’influence d’un Eno chez the Orb ou les premiers Aphex Twin, et de manière putassière malheureusement dans la New Age.
Personnellement, c’est mon préféré dans cette série d’albums, le plus sombre en tout cas.

Le patron dépouillé

Y’a quelques temps, le magazine US Rolling Stone a sorti un numéro spécial avec le classement des 500 meilleurs albums. Déjà, le principe des classements je trouve ça complètement ridicule. Et on en revient toujours au principe du prêt à penser, et finalement à un résultat consensuel. Et ça, j’exècre.

Pour finir dans les vingt premiers albums doit y avoir au moins quatre albums des Beatles et des Stones… choix qui me parait plus ce que discutable… Sans compter qu’il ne s’agit que d’artistes anglo-saxons…et que de pop-rock en général…

Quand je vois que Kind of Blue et Love Supreme sont très loin dans le classement, on sait déjà qu’on a à faire à des guignols… Idem pour Bowie, son premier album est Ziggy, hors tout bon fan de David Jones choisirait soit Low ou Hunky Dory… Et là, j’en viens au post d’aujourd’hui, pour le Boss, les deux premiers sont Born to Run et Born in the USA… Hors, si y’a bien un album qui me parait intouchable de Springsteen c’est bien Nebraska. J’ai jamais vraiment aimé la musique du Boss, jamais accroché à son rock, idem pour ses arrangements. Mais en 1982, le bonhomme nous pond une merveille de folk intimiste, parlant déjà des laisser pour comptes, album sombre, une perle noire.

Seul avec sa guitare sèche et son harmonica, les compos sont toutes excellentes. A noter qu’à partir d’un folk, il arrive à rendre hommage au groupe électro-punk Suicide sur le titre State Trooper, fort le gars.

Weimar 1919

Ça fait déjà trois ans que ces quatre anglais se sont fait connaître par leur premier et déjà cultissime disque Bela Lugosi’s Dead sorti en 1979. Bauhaus, car c’est d’eux dont il s’agit, font parti de ces groupes cultes que finalement peu de personnes connaissent mais qui ont eu une influence dans la musique inde. En effet, avec Joy Division, ces derniers sont les géniteurs d’un courant musical que l’on appellera plus tard gothique, enfin j’entends par leur progéniture, car ces deux groupes ne sont pas goth.

Tout comme le Ian Curtis band, Bauhaus fut influencé par le thin white duke (David Bowie), mais autant les mancuniens ont surtout retenu sa période berlinoise, nos quatre gaillards penchent plutôt pour sa période glam (ils reprendront d’ailleurs Ziggy Stardust). En effet, Bauhaus joue un rock nerveux, decadent reprenant le glam à leur propre compte, une version plus sombre, chaotique, torturé (le punk est passé par là). On retrouve le même gros son de basse que Joy Division, mais avec cette fois ci une batterie plus humaine et une guitare bien plus saturée et expérimentale. Et l’autre grosse différence vient du fait que Peter Murphy n’est pas neurasthénique, son chant est habité (c’est un admirateur d’Antonin Artaud).

Leur troisième album, The Sky’s Gone Out, dont est issu le titre proposé d’aujourd’hui, n’est sans doute pas leur meilleur album mais finalement celui qui synthétise le mieux leur style, la batcave. On retiendra que cet album s’ouvre sur une reprise d’un autre grand monsieur, Brian Eno, pour un Third Uncle, qui finalement fait plus fort que l’original (a mon avis).

Au final, Billy Corgan (The Smashing Pumpkins) peut les remercier…

Ne rien entendre, ne rien voir, ne rien dire

Un peu de punk ça manquait dans ce blog ! En 1982 sort un album qui fera date dans le petit monde du keupon illustré Hear Nothing See Nothing Say Nothing. Discharge fait parti de la seconde scène anglaise celle de l’apres Pistols et autre Clash, celle qui naît quand finalement le mouvement ou plutôt la mode punk disparaît, car le punk ne meurt jamais comme le clamera en ’79 Wattie Buchan « Punk’s not dead ».

La fin de l’utopie punk voit donc l’émergence de groupes tel que Discharge, The Exploited ou Crass. A la différence de leurs aînés, ces derniers sont plus radicaux, plus politiques et musicalement plus violents. Dans le cas qui nous intéresse, Discharge est à l’origine d’un style appelé le crust, à savoir un punk sale, lourd, minimaliste et rapide qui annoncera une autre évolution du punk encore plus extrême le grindcore. Il est aussi intéressant de noter qu’à la même période aux USA, le punk évolue de manière relativement similaire (en moins crade et politique quand même), on l’appellera le hardcore.

Apres avoir sorti bon nombre d’Ep’s, le combo se décide de sortir enfin son premier album en 1982. Et pour le coup, soit 24 ans après sa sortie, on comprend l’influence qu’a pu avoir l’album sur toute la scène extrême anglaise voir outre-atlantique. Le disque est violent, âpre, les morceaux sont basiques, courts mais en contre partie très efficaces et le disque a un son tout bonnement énorme, puissant, même encore aujourd’hui. Les vocaux de Cal sont à l’image de la musique, violents, très vindicatifs et les paroles ressemblent à des slogans politiques.
Un classique du punk donc, j’adore.


John McNaughton

Henry: Portrait of a Serial Killer, premier véritable long métrage du bonhomme après quelques documentaires. Derrière ce titre assez racoleur, on s’attendrait à voir un de ces navets diffusés sur M6 ou TF1 en seconde partie de soirée, encore un téléfilm US bien foireux. Que nenni, on a droit à une sacrée baffe, une tranche de vie sans concession où nous est relaté la dérive criminelle de Henry (librement inspirée par la véritable histoire d’Henry Lee Lucas).
A la vision du film, on constate qu’effectivement, le père Robert vient du documentaire, pas d’artifice, c’est très cru ! Images dégueulasses, qu’on croirait sorties d’une série TV, pas de cinémascope, et une photo bien terne... Donc ce ne sont pas ses qualités formelles qui vont nous intéresser. Mais plutôt l’approche du réalisateur, il nous montre la « bête » au quotidien, comment celle ci vit et supporte ses pulsions criminelles. Et finalement, le fait que formellement le film ne soit pas aguichant nous permet au contraire de nous plonger un peu plus dans le fond et dans l’horreur.
Le sujet nous narre donc les crimes perpétrés par Henry Lee Lucas, ainsi que ceux fait avec son colloc, Otis, qu’ils filmeront d’ailleurs sur vidéo...Parallèlement la soeur d’Otis semble attirée par Henry…
Au final, un film brut (la fin l’est vraiment !), proche du docu, on a rarement fait mieux, l’anti-Silence des agneaux, qui était une version hollywoodienne du mythe (?!) du serial killer, le tueur ultra intelligent itou itou...(enfin surtout Hannibal, car Buffalo Bill...). A noter que John McNaughton a eu du mal à sortir son film (tu m’étonnes !), tourné en 1986, ce dernier eu droit a sa sortie officielle que 4 années plus tard...
Pour la musique, comme sieur Carpenter, le sieur a aussi composé la musique du film, une vraie comptine pour enfant... En prime, la cover de Fantômas, l’un des nombreux projets du sieur Mike Patton.
Pour les plus curieux voici un lien nous narrant la véritable vie de Henry Lee Lucas
http://www.artezia.net/sk/henry_lucas/henry_lucas.htm



Abel Ferrara

Un des personnages les plus sympathiques qui soient. Un réalisateur complètement allumé. Un fou de musique. Un new-yorkais. Je suis fan.
Parmi les nombreux films que le bonhomme a réalisé, The addiction, est un cas à part. Tout d’abord, il est à noter que ce dernier est plus le bébé de son ex-scénariste attitré Nicholas St John que du géniteur de Bad Lieutenant. Mais ne nous arrêtons pas là, en effet ce long métrage reste cependant intéressant à plus d’un titre. Tout d’abord, addiction, oui mais à quoi ? Au sang ! Ou comment faire un parallèle entre l’addiction subie par un junkie et celle d’un vampire. Nous suivons donc les pérégrinations d’une doctorante (Lili Taylor) en philosophie (ce qui fait que par moment, le film est assez baveux, on note alors au passage la vampirisation du réalisateur par le scénariste …) qui se fait croquer la jugulaire un soir (en même temps, j’en conviens, les vampires attaquent rarement en pleine journée). On assiste donc à sa transformation, à son devenir et à ses nouvelles rencontres (mention spéciale à Christopher Walken en vampire ascète et a la belle Annabella Sciorra).
Ma scène préférée ? Le pot de thèse qui finit en carnage.


Claire Denis

Trouble Every Day, voila un film qui ne laisse pas indifférent. Je me souviens la première fois que je l’ai vu au cinéma (oui car je suis allé le revoir une deuxième fois...) la salle se dépeuplait au fur et a mesure que l’intrigue avançait. Il faut dire que le préambule s’annonçait des le départ assez particulier, faire coexister le cinéma d’auteur avec le cinéma gore. L’histoire raconte comment deux êtres atteints d’un même mal (l’acte sexuelle se traduit par des actes de cannibalisme) survivent, la femme subissant ses pulsions, l’homme quant a lui les refoulant par l’abstinence.
A la différence d’un film gore, le porteur de la maladie est toujours l’autre, les principaux protagonistes devant survivre. Sauf que dans ce cas, nous sommes du point de vue de l’autre justement, de la personne infectée, d’ou un certain malaise. Nous n’avons pas a faire a un « slasher »movie, le rythme du film est plutôt lent, ce qui a du en rebute r quelques un. Pourtant c’est bien la première fois qu’on ressent vraiment de la douleur dans un film classe horreur, ça sonne vrai, du coup pour les âmes sensibles, le regard détourné ne suffit pas, il faut aussi se boucher les oreilles (le meurtre de Florence Loiret est assez éprouvant).
C’est un film qui se nourrit des influences d’Abel Ferrera, David Cronenberg, voir d’un David Lynch, tout en restant personnel, charnel. Comme hier, on retrouve parmi les acteurs Vincent Gallo (qui avait déjà participe a plusieurs de ses films), Béatrice Dalle et Tricia Vessey (que l’on a pu voir dans le film de Jarmusch Ghost Dog). Tout comme Gallo, pour la musique, en vieux compagnon de route de Claire Denis, les anglais Tindersticks nous offrent une partition vénéneuse, mélancolique, à recommander pour vos fêtes de fin d’année, à mettre entre un Carlos et un Patrick Sébastien.

la belle et la bete

Vincent Gallo

Ah !! Ce bonhomme je l’adore ! Il s’est mis presque tout le monde a dos dans le circuit très ferme du ciné inde US, du coup ça fait un bail qu’il a pas tourne... Une grande gueule, avec un ego, ma foi, conséquent, et même temps on sent chez le personnage des fêlures.
Le type veut qu’on l’aime, cherche une certaine reconnaissance, et même temps fait tout pour provoquer l’inverse. Personnage complexe donc...
Et en plus, notre gars souffre du syndrome Alain Delon, acteur, scénariste, producteur, et compositeur interprète... A savoir s’il parle a la troisième personne du singulier...
En 1998 sort son premier long métrage Buffalo ’66, qui n’a rien à voir avec la route du même numéro, mais plutôt avec l’équipe de Buffalo de 1966... L’expression qui me vient à l’esprit à la vision de ce film est « les loosers magnifiques », car dans ce film, on en a une sacrée brochette ! Deux trentenaires qui n’ont pas quitter l‘enfance, une mère fan de l’équipe de foot US, qui se repasse sans cesse la finale perdue de son équipe favorite...
Le résume du film est assez simple, après cinq années de prison, Billy Brown, libéré, kidnappe une lolita et lui demande de jouer le rôle de sa femme le temps d’un après-midi, notre homme rendant visite a ses parents.
Je retiens plusieurs moments forts, comme ceux ou le personnage joue par Christina Ricci fait des claquettes dans un bowling accompagnée par la musique de King Crimson « Moonchild », le père joue par Ben Gazzara qui reprend du Sinatra ou qui pète un câble pour une histoire de couteau pose sur une table, toutes les apparitions d’Anjelica Houston, complètement a la masse, ou la scène d’ouverture du film...
Parmi les deux extraits sonores, le second correspond justement à la première scène. Le personnage sort juste de prison, et apparaît des instantanés de sa vie en prison sur l’écran sous forme de post-it qui s’ajoute au fur et a mesure. La musique ressemble quant a elle, a du Brian Eno, période ambiant, mais jouée au piano, top délire mega cool comme dirait l’ami Boris donc.
Le premier extrait accompagne la première image du film, une photo de Billy Brown a l’age de cinq ans. Finalement, avec une musique pareille, on est déjà dans le bain...

« When I was a boy
All my life I've been this lonely boy »



on sent deja que le type a un leger probleme...

Vincent Gallo – Lonely Boy
Vincent Gallo – A Cold And Grey Summer Day

Michael Mann

Vivant dans un pays où la cinéphilie est aussi développée que l’amour que je porte à mon prochain, j’ai décidé, par nostalgie, cette fois-ci de faire cette semaine une thématique bande originale de film.
Et comme on est lundi, on va s’écouter quelque chose de bien barré (enfin plus que la normale).
Michael Mann, dont le dernier film est sorti il y a quelques semaines, Miami Vice (bel objet mais sonnant un peu creux), est surtout connu pour son film Heat, ou la rencontre (encore que, une seule scène ensemble) entre deux icônes du cinéma US, Al Pacino et Robert De Niro.
Or ce réalisateur, à l’instar d’un Martin Scorsese, a un talent certain pour choisir des chansons pour ses BO. En effet, peu de réalisateurs auraient eu l’audace d’ajouter a leur film un titre des « bâtiments neufs qui s'effondrent », groupe berlinois considéré comme un des précurseurs de la musique industrielle au même titre que Throbbing Gristle ou Cabaret Voltaire. Le groupe est surtout connu pour ses performances scéniques mélangeant instruments conventionnels (guitare, basse) et divers objets, utilisés comme matériaux sonores surtout pour les percussions. Beaubourg se souvient encore de ce jour ou, en 1987, le groupe jouait avec un marteau-piqueur...
Armenia est paru en 1983 sur l’album Zeichnungen des Patienten O.T.


Einstürzende Neubauten – Armenia