Mutants - Amir Valinia (2008)

Comme me confiait il y a peu un admirateur dévot de Tom Waits sous couvert d'anonymat, il ne suffit pas d'avoir la voix ravagée d'un cancéreux se gargarisant au whisky frelaté pour prétendre avoir le talent de l'interprète de Blue Valentines. De la même manière, l'équilibre entre un mauvais film sympathique de faible niveau et un sinistre navet semble être ténu pour l'habitué des multiplexes errant tel un zombie dans les centres commerciaux en mal de blockbusters hypercaloriques. Combien de crapauds malodorants et autres princes miteux pour un charmant et noble souverain à l'apparence altière et aux poils brillants ? Voici donc l'art délicat auquel s'est tenu la fine équipe composée de Jodie Jones, Evan Scott et Sam Sullivan (troisième du nom faut-il le préciser) pour écrire ce petit nanar horrifique sans grande prétention (enfin j'espère pour eux et leurs héritiers...) intitulé Mutants sous la direction du non moins inconnu Amir Valinia.
  
Parmi les nombreuses recettes susceptibles de transformer une vulgaire plante potagère en un mets nanar de premier (ou second) choix, deux exemples caractérisent à merveille le film du jour : une idée de départ improbable, frisant tellement foutraque qu'on en vient à émettre de sérieux doutes sur la santé mentale des trois protagonistes sus-cités, pimentée par une touche de glamour, tout du moins prestigieuse dans le cas présent, par le choix d'inviter un hôte de marque pour rehausser votre casting famélique, comprendre un acteur avec suffisamment de notoriété venu cachetonner sans vergogne, n'hésitant pas une minute à saigner à blanc votre budget anémique qui n'en demandait pas tant.
 

Is This It ? - The Strokes (2001) ou le ventre mou du revival rock ?

En lisant la proposition innocente de Thom et son souhait de définitivement régler son compte à une décennie à qui l'on doit la remise au goût du jour du télé-crochet et sa cohorte de produits avariés, le jean slim ou la création de la techtonik, l'auteur de ses lignes n'a pu refréner qu'un sourire sarcastique, quoique honteux. Tirer sur les années 2000 ou celles où on ne dénombre aucun mouvement musical marquant, pour le glorieux, on repassera (1)... tout comme l'énoncé des poncifs cités précédemment? Par contre pour la gaudriole et le fiel, c'est autre chose. Et quoi de mieux qu'un bon vieux Top of the Flops of the Pops of the Blogs of the 2000's ou comment en finir avec cette putain de décennie, pour ainsi couper l'herbe sous le pied aux futurs classements et autres tops que n'importe quel glandu au cours des prochaines semaines va s'empresser de compléter, tout en critiquant au possible celui de son voisin de rédaction. 2001 sonnait enfin le retour du rock, du vrai, avec des guitares (2). Une nouvelle génération de rockeurs prêt à en découdre et à faire rugir les amplis... ou pas.

Is This It ? des Strokes, si on en croit les milieux érudits, n'est rien d'autre que l'un des disques de la décennie écoulée voire carrément une œuvre indispensable à ranger précieusement près d'un Raw Power ou d'un What's Goin' On (3). Rappelons-nous que cet album fut aussi considéré ni plus ni moins comme l'une des meilleurs raisons pour écouter du rock en ce début de "morne" millénaire à grand renfort d'effet de manche et de poudres de perlimpinpin. Les Strokes viennent de New-York, alors n'hésitons plus une minute et réveillons les morts ou anciennes figures du CBGB's et consorts, quitte à se prendre les pieds dans le tapis (4). Bref, sonnez la charge, faites de la place à la nouvelle figure de proue du garage rock en provenance de la Big Apple (5).

Treasure Island - Keith Jarrett (1974)

Serait-il si dommageable, et pas seulement parce que cela vient de ma vile personne, de ne retenir aujourd’hui de Keith Jarrett que ses caprices de diva qui font la joie et le délice des festivaliers pétomanes ou autres bronchiteux ? [1]. Et quand bien même le pianiste s'est aussi taillé une reconnaissance mondiale justifiée comme improvisateur de premier rang à travers ses diverses prestations solos  [2], l'ancien sideman de Miles Davis, identifiable à sa moustache et sa coupe afro durant les années 70, vaut sinon mieux, tout du moins plus, que ce personnage chantre d'un classicisme (d'une préciosité ?) auquel il s'attache depuis presque vingt ans avec son trio attitré (Gary Peacock et Jack DeJohnette) sur les scènes du monde entier [3].

Durant un passage éclair chez Miles Davis au cours de l'année 1970 qui verra l'atrabilaire trompettiste jouer devant 600 000 personnes au festival de l'île de Wight, Jarrett s'essaie un temps à la fée électricité. Bref instant où la mémoire collective retiendra en premier lieu ses joutes sonores avec son compagnon de claviers et duelliste pour l’occasion Chick Corea sur Miles Davis at Fillmore, puis seul aux commandes sur le Live/Evil du même Davis [4]. Mais l’année suivant, l’ancien sideman du saxophoniste Charles Lloyd décide de revenir à ses premiers amours, le jazz acoustique (ce qui ne l’empêcha pas par exemple, et sans aucun doute par amitié pour le trompettiste Freddie Hubbard, enregistrer encore quelques disques avec un piano électrique comme sur Sky Dive en 1972 voire même en tant que leader sur Ruta and Daitya avec Jack DeJohnette la même année). 1971, année qui vit le label Atlantic se séparer de Jarrett, non sans se mordre les doigts bien des années plus tard… Jarrett signant en novembre de la même année sur le jeune et prometteur label munichois de Manfed Eicher, ECM. Collaboration fructueuse et riche puisque cette décennie verra Keith Jarrett mener à bien deux quartettes distincts, l'un profondément ancré dans la culture américaine et l’autre avec en son sein trois musiciens européens (soit Jan Garbarek, Palle Danielsson et Jon Christensen).

Ninth Moon Black - Ninth Moon Black (2008)

Pour ceux qui l'ignoraient encore (les bienheureux?), le préfixe post pour définir une musique [1] peut très bien s'accommoder à toutes les sauces... même les plus épicées. Et en matière de rock' n' roll [2], le punk fut sans doute le premier à avoir eut droit à ce sobriquet gentiment foutraque. Le post-punk ayant même la délicate attention de pousser du pied son ainé avant même que ce dernier n'eut le temps de pousser son dernier soupir [3]. Le début des hostilités ayant été sifflés, vinrent à la pelle comme on ramasse les feuilles mortes, le post-rock, le post-hardcore et certains poussant même le vice à créer l'étiquette post-grunge... Jamais avare à imaginer une nouvelle branche à son arbre déjà bien garni, le metal, sous la houlette des groupes précurseurs tels que les Melvins, Godflesh et surtout Neurosis, vit ainsi l'émergence courant 90's du post-metal, genre métallique faisant ainsi le lien entre le post-rock et le metal... tout en n'oubliant pas d'incorporer des influences aussi diverses que l'ambient, le drone, l'industriel ou le hardcore pour les plus gourmands/aventureux, avec comme figures tutélaires les précédemment cités Neurosis, Isis ou Pelican. Voici pour les présentations d'usage.

Crazy Life - Gino Vannelli (1973)

On a beaucoup glosé sur l'influence qu'a pu avoir la diaspora italo-sicilienne dans la musique, et cette propension à regarder tomber la neige, quand la demoiselle ne vient pas le soir. Pourtant, on aurait tort ô sinistre public français d'oublier l'un des plus bels étalons que la Botte transalpine ait offerte au continent nord-américain et au monde entier [1], le beau et fringant Gino Vannelli.

Découvert il y a peu par le préposé, le hasard faisant décidément bien les choses, notre chanteur à la crinière au vent fait étrangement partie des rares artistes anglophones mondialement connus, qui furent sacrifiés sur l'autel de la sacro-sainte diversité culturelle française. C'était également sans compter, faut-il le rappeler, le monopole, voire la vile OPA lancée par les chanteurs italo-belges sur notre belle contrée barrant ainsi sournoisement la route à un artiste au charme ravageur, dont le seul défaut aura été de chanter dans la langue de Barry Manilow.

Notre bellâtre canadien à la peau mat et chemise ouverte eut très tôt droit à une éducation musicale, le jeune Gino ayant grandi dans une famille où la musique tenait une place importante avec un père chanteur de jazz. Se forgeant ainsi une oreille au cours de son adolescence passant du jazz, à la pop en passant par le R&B et la musique classique, Vannelli s'octroyait une formation solide et un passeport pour une future carrière dans la chanson, comptant sur son éclectisme et sa fougue pour lui ouvrir les portes de la gloire.

Infinite Search - Miroslav Vitous (1969)

Hasard du calendrier, après des journées entières d'interrogation à se demander sur qui, sur quoi, le préposé pourrait bien divaguer, ce dernier s'est rappelé au bon souvenir de l'année 1969 et de la nouvelle révolution Davisienne qui lança l'éclosion d'une nouvelle génération de musiciens.

Et parmi ces jeunes qui firent leurs gammes durant les 60’s avant que leur popularité n'explose la décennie suivante [1], le jeune tchèque Miroslav Vitous reste comme l'un, sinon, LE bassiste prodige des jeunes années du jazz-rock de la fin des années 60 au début des années 70, au sein du Weather Report (avec comme autres chefs de fil le saxophoniste Wayne Shorter et le claviériste Joe Zawinul).