Lone Wolf McQuade (Œil pour œil) - Steve Carver (1983)

N'en déplaise aux (jeunes) mécréants ne retenant de lui que ses aventures digestivo-dominicales, ses jeans moulants et son omnipotence (pourtant maintes fois démontrée), il fut un temps où les mots Chuck et Norris faisaient frémir d'effroi les cuistres, la racaille communiste et les terroristes barbus en tout genre. Rappelons nous, Chuck Norris était le dernier rempart du monde libre combattant la haine... par passion de la vie (1). Un temps béni évoquant, aux trop rares aficionados de l'époque, la supériorité manifeste du rouquin en matière de films d'action? Si la formule parait aisément exagérée, le cinéphile déviant, fan des productions eighties de la sacro-sainte Cannon, pourra néanmoins revoir sa copie et ses quelques rires sardoniques après ce Lone Wolf McQuade (Œil pour œil)... étonnant, non?

Ce film signé Steve Carrer, à qui l'on devait déjà deux années plus tôt An Eye for an Eye (Dent pour dent) toujours avec Chuck Norris (2), est en effet loin d'être la plante potagère que laissait trivialement supposer l'affiche de cette, finalement, divertissante série B. Sorti une année avant l'exploitation golano-globussienne (3), le film apparaît comme un véritable mélange des genres où se croiseront des influences hétéroclites provenant aussi bien du western spaghetti, du policier et bien évidemment du film d'arts martiaux... ajoutez à cela une femme fatale et une romance en option, Oeil pour œil s'affirme comme un véritable fourre-tout, patchwork de diverses séries B où la présence de Chuck Norris devient finalement assez surprenante.

Et après on ose douter de l'omnipotence de Chuck Norris...

McQuade est Texas ranger (4). Un homme de loi solitaire, efficacement rugueux mais rugueusement efficace. Un mâle, un vrai, un barbu aux méthodes parfois radicales mais qui ont su porter leur fruit quand il s'agit par exemple de sauver des chevaux sauvages aux prises avec des gredins mexicains. Et si ce loup solitaire aux allures faussement rustre n'a cure des réprimandes de son supérieur, notre héros devra tout de même entendre le sermon de ce dernier: "un ranger, ça se limite pas à battre des records d'arrestation, faut y mettre les formes... et de la classe! On arrive à rien sans la classe!" lui rappelle ainsi en guise de conclusion son capitaine... qui sort des toilettes, remontant d'un geste noble sa braguette sous les yeux d'un McQuade quelque peu dubitatif. A charge pour notre Texas ranger de jouer les chaperons et de collaborer dès lors avec les autorités locales en la personne du dénommé Kayo Ramos. Un collègue de fortune qui aura toutes les peines du monde à suivre les traces, au sens propre comme au sens figuré, du légendaire McQuade, mais qui apportera une aide judicieuse et appréciable pour retrouver ceux qui ont osé toucher à la fille de notre héros... celle-ci étant le témoin gênant d'un trafic d'armes et de matériels militaires.

 C'est troublant un Chuck Norris amoureux...

Si Lone Wolf McQuade surprend de prime abord, ce n'est pas par sa subtilité, le film de Steve Carver ne s’embarrasse pas de ce genre d'artifices. Carver tel son premier rôle Chuck Norris, chantre du sidekick dans la gueule, va droit au but. Le métrage suit dès lors un cahier des charges bien précis, celui de la série B efficace, une psychologie réduite à sa plus simple expression et des personnages à la limite de la caricature. Pourtant, force est d'admettre que ces limites n'enrayent nullement la mécanique du film, ce dernier offrant peu de temps mort. Certes, le réalisateur joue les piques-assiettes, et à défaut d'une once de personnalité, Carver emprunte ici ou là des p(l)ans entiers appartenant à ses pairs, on pense en premier lieu au western de Sergio Leone (5), au Dirty Harry de Don Siegel mais aussi quelques références-hommages plutôt sympathiques comme Falcon version moderne et capitaliste d'un dr Loveless (Les mystères de l'ouest) et d'autres plus étonnantes comme Mad Max.


Quant à Chuck Norris me direz-vous, il trouve un rôle à sa mesure, le film et son traitement binaire s'accordant parfaitement avec le jeu limité de notre baroudeur au pied vengeur. Il faut ajouter que contrairement au reste de sa filmographie, l'ex-champion de karaté est plutôt bien entouré, comprendre que l'édifice ne repose pas entièrement sur son personnage et ses talents primaires. De par la présence du bad guy de service, joué par un perfide David Carradine (semble t-il fâché avec la préposée aux costumes), et celle de la petite amie amourachée 5 minutes montre en main (la belle Barbara Carrera), Œil pour œil réussit haut la main à être un des films les plus recommandables de Chuck Norris. Ainsi en acceptant le postulat de départ de regarder une série B des plus basiques, on s'étonnera d'avoir passé globalement un bon moment, se souvenant même de quelques scènes désormais gravées dans la mémoire du préposé à la chronique: Chuck et Barbara s'amusant avec le jet d'eau du tuyau d'arrosage, le trio amoureux Chuck, la bière et Barbara, et enfin le combat final entre Norris et Carradine où ce dernier s'amuse à reprendre quelques gimmicks de Bruce Lee (6).

 Deux visions d'horreur: Chuck à terre... et le pull de David

Au final, cette série B aurait gagné à incorporer plus d'humour et surtout plusieurs niveaux de lecture ou de second degré, mais eu égard à la filmographie de Chuck Norris, Lone Wolf McQuade reste une agréable surprise, bien loin de la bêtise crasse d'un Delta Force par exemple (d'où cette note légèrement surévaluée).





Lone Wolf McQuade (Œil pour œil) | 1983 | 107 min
Réalisation : Steve Carver
Scénario : B.J. Nelson
Avec : Chuck Norris, David Carradine, Barbara Carrera, Leon Isaac Kennedy, Robert Beltran, L.Q. Jones
Musique : Francesco De Masi
Directeur de la photographie : Roger Shearman
Montage : Anthony Redman
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(1) Enfin si on en croit l'affiche française d'Invasion USA (1986).

(2) Le préposé indique qu'il n'a à ce jour toujours pas visionné ce long métrage mais en apprenant que Chuck Norris partage l'affiche avec Christopher "Hurlements 2" Lee, tous les délires fantasmagoriques sont possibles... et puis notez la subtilité des distributeurs français quant aux titres choisis pour les deux films précités: Dent pour dent, Oeil pour oeil...

(3) Missing in Action (Portés disparus), la première production Cannon avec Norris est sortie en 1984.

(4) Et oui, nous tenons fébrilement dans nos mains le premier rôle de texas ranger de Chuck Norris. Si des problèmes de droit n'avaient pas contrarié son entreprise, la série aurait probablement eut le patronyme de McQuade au passage.

(5) Encore que la référence ou le plagiat le plus manifeste concerne la bande-originale écrite par l'italien Francesco De Masi, Ennio Morricone aurait très bien pu lui demander des comptes...

(6) Savoureux quand on se rappelle que les producteurs de l'époque auront préféré Carradine à Lee pour jouer dans la série Kung-Fu.

4 commentaires:

  1. Que voilà un bon papier, dites-moi !
    Sans charre: un bel équilibre entre l'ironie goguenarde, l'authentique tendresse et l'appréhension "cinéphile"... bravo !

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  2. @ Mariaque: merci, oui j'ai tenté cet équilibre périlleux, je vois que je ne me suis pas trop planté :-)

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  3. Non, non, c'est très bien... la blogosphère de Genre manque cruellement de gens comme vous, mon petit bonhomme !
    Je pense que ma fréquentation de votre colonne ira croissant si les choses sont ainsi, par ici...

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