Combat Shock - Buddy Giovinazzo (1984)

1984, tourné en 16 mm avec un budget de 40 000 $, le jeune new-yorkais Buddy Giovinazzo a écrit, produit, monté et dirigé son premier long-métrage intitulé American Nightmares. Dérive urbaine d'un vétéran de la guerre du Vietnam dans les rues ravagées de Staten Island, le film gagna rapidement en notoriété auprès de l'underground lors de ses passages dans les festivals. Distribuée par Troma par la suite sous le titre Combat Shock, et amputée de huit minutes, cette peinture au vitriol d'un New York en perdition gagna, au fil des années, ses galons de film culte outre-Atlantique. Réédité en DVD en 2009 par la société de Lloyd Kaufman, avec les deux versions disponibles à l'occasion du vingt-cinquième anniversaire du long métrage, Severin Films a sorti le 22 juin 2018 une version restaurée 2K, supervisée par Buddy Giovinazzo, et incluse dans un coffret collector limité à 2 000 exemplaires désormais épuisé. Culte !
 
Frankie Dunlan (Ricky Giovinazzo) vit avec son épouse enceinte de six mois Cathy (Veronica Stork) dans un appartement situé dans le quartier le plus défavorisé de Staten Island. Parents d'un nourrisson handicapé, suite à l'exposition de Frankie à l'Agent orange, le jeune homme est depuis son retour frappé de cauchemars le faisant irrémédiablement revivre le bourbier Vietnamien. Sans argent, sans emploi, sur le point d'être expulsés, lui et sa famille, Frankie va passer, une fois de plus, la journée à errer dans la rue...
 
 

Passé un générique constitué essentiellement de stock-shots et d'une musique faussement héroïque, Combat Shock plonge le spectateur sans préambule dans la psyché tourmentée de Frankie Dunlan, interprété par le frère de Buddy Giovinazzo, Ricky, également compositeur de la bande originale dont le thème principal, musique funky décharnée au synthétiseur, provoque un contraste saisissant. Du fait du budget extrêmement limité mis à la disposition du jeune cinéaste, les flashbacks Vietnamiens furent aussi tournés, avec les moyens du bord, à Staten Island, le long métrage se caractérise par une forme proche du documentaire, le réalisme cru des situations faisant écho aux problèmes d'insalubrité et de précarité qui régnaient à New-York dans l'Amérique ultra-libérale de Ronald Reagan [1]

Croisement improbable entre Eraserhead de David Lynch et Taxi Driver de Martin Scorsese, le premier long métrage de Buddy Giovinazzo n'a rien d'une promenade de santé (mentale). Drame psychologique doublé d'une tragédie nihiliste autour d'un ancien soldat en état de stress post-traumatique, Combat Shock révèle un monde en décrépitude. Cette errance hallucinatoire d'un homme au bord de la folie, dont le quotidien se résume à croiser des dealers, des junkies et des prostituées, n'a pas dès lors vocation, on l'aura compris, à être agréable, la présence du bébé mutant et les séquences gore, dont cette inéluctable conclusion, n'étant nullement étrangères au sentiment de malaise persistant qui se dégage de ce long métrage pessimiste. Dont acte.


A cent mille lieux des futurs films post-Vietnam revanchards produits par Hollywood [2], Combat Shock, non content d'être le seul et unique film de guerre tourné à Staten Island, dixit Lloyd Kaufman, confirme trente cinq ans après sa sortie son statut mérité de film culte. Perturbant.

Deux ans plus tard, Buddy Giovinazzo réalisait le court métrage, Maniac 2: Mr. Robbie, avec Joe Spinell, relecture du film d'horreur The Psychopath (1973) de Larry G. Brown.

"You're not looking for a job... you're waiting for the world to end"






Combat Shock | 1984 | 1.85 : 1 | Couleurs
Réalisation : Buddy Giovinazzo
Scénario : Buddy Giovinazzo
Avec : Rick Giovinazzo, Veronica Stork, Mitch Maglio, Asaph Livini, Nick Nasta, Michael Tierno
Musique : Rick Giovinazzo
Directeur de la photographie : Stella Varveris
Montage : Buddy Giovinazzo ___________________________________________________________________________________________________

[1] Partisan de la fin des aides sociales, l'Administration Reagan supprima dès 1981 une cinquantaine de programmes sociaux. On en devine les conséquences.

[2] Le premier volet de la franchise Portés disparus avec Chuck Norris est sorti la même année, en novembre 1984, en attendant Rambo 2 l'année suivante.

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