La bête d'amour (Tanya's Island) - Alfred Sole (1980)

Il est des films, au-delà de leur supposé qualité, qui suscitent plus que d'autres une curiosité, un intérêt qui grandit au fil du temps, voire une frustration inassouvie depuis la découverte de leur titre français et une photo illustrative qui a accompagnée, dans un passé plus ou moins lointain, un court article dans un ancien numéro de Mad Movies. Laissant entrevoir de multiples possibilités, Tanya's Island, longtemps indisponible en DVD [1], s'inscrivait par conséquent dans cette catégorie floue du film fantasmé. Réalisé par l'auteur du remarqué thriller Alice Sweet Alice (1976) avec la débutante Brooke Shields [2], le troisième métrage d'Alfred Sole avait de solides arguments pour assouvir une saine déviance filmique, ou la relecture du mythe de La Belle et la Bête sur une île paradisiaque avec jeune femme fortement dévêtue en sus.

Tanya (Vanity) est une mannequin à la vie sentimentale compliquée. Déchirée entre son métier et sa relation conflictuelle avec son compagnon et peintre Lobo (Richard Sargent), la jeune femme doit faire un choix si elle veut continuer dans le mannequinat, comme lui indique la productrice Kelly (Mariette Lévesque). Après une énième dispute avec son petit ami, Tanya rentre chez elle se coucher. Au matin, elle se réveille sur une île déserte, Lobo à ses côtés. Si les premiers jours apparaissent idylliques, Tanya s'ennuie rapidement, son homme étant davantage intéressé par la peinture. Au cours d'une journée, la belle s'échappe à cheval et découvre un gorille aux yeux bleus (?!) dans une grotte (?!!), qu'elle baptise dans un accès d'originalité Blue. Mais une fois découverte, cette amitié n'est pas du goût du possessif Lobo...

Dark Side of the Spoon - Ministry (1999)


A l'image de son leader Al Jourgensen, Ministry aura connu au cours de son existence moult mutations. De la new wave des débuts, à la transition EBM, jusqu'à l'émergence du metal industriel dont la formation fut l'un des fondateurs, l'histoire du groupe peut se définir par cycle. Après le séminal The Land of Rape and Honey (1988), et sa séquelle The Mind Is a Terrible Thing to Taste l'année suivante, Psalm 69: The Way to Succeed & the Way to Suck Eggs (1992) marqua pour Ministry, devenu entre temps entité bicéphale depuis l'arrivée du bassiste Paul Barker en 1986 [1], la fin de leur premier cycle industriel. Disque de platine aux États-Unis, le disque concrétisait la montée en puissance métallique de ces freaks, en leur ouvrant les portes d'une reconnaissance publique paradoxalement opposée aux usages en cours [2]. Fort de ce succès et de la récente popularité du genre au milieu des années 90, avec en point d'orgue The Downward Spiral (1994) de Nine Inch Nails, le nouveau disque devait asseoir un peu plus la notoriété du duo. Mais peu enclin à se répéter, la paire prit sinon le contrepied, du moins s'éloigna suffisamment de la formule gagnante de 1992 pour en refroidir plus d'un.

Janvier 1996, Ministry brisait enfin le silence avec Filth Pig. Quatre longues années d'attente et de retard [3] qui permirent finalement au groupe de rabattre les cartes et débuter une nouvelle trilogie, qui se conclura par le départ de Barker en 2003 après l'album Animositisomina et leur Fornicatour. Trois albums qui furent dans leur ensemble mal perçus et conjointement sous-estimés par la critique et le public. Deuxième volet de ce cycle maudit et dernier album studio pour Warner Bros [4], l'ironique Dark Side of the Spoon s'inscrivait dans la lignée de son prédécesseur sorti trois ans plus tôt, un metal industriel organique jouant désormais à élargir la palette de ses influences.

Third - Portishead (2008)

Onze années séparaient la sortie de leur éponyme deuxième album et Third. Premier constat, le trio Beth Gibbons / Geoff Barrow / Adrian Utley aura pris son temps (1). Une décennie synonyme de pause ou de mis en suspens qui pouvait laisser planer le doute sur les intentions de Portishead, eut égard aux différents précédents qu'offrit la musique populaire ces quarante dernières années (2).

Or à l'instar de la pochette, le titre de l'album souligne un minimalisme bienvenu, et une sobriété finalement en accord avec la ligne de conduite à laquelle s'est toujours tenue la formation de Bristol. Enfin remarque annexe en guise de préambule, le titre Third fait irrémédiablement penser à un autre album, celui de Soft Machine. Et à défaut d'y voir une coïncidence, force est de constater dès à présent que ces deux disques s'ils n'ont que peu de points communs formels, se rejoignent sur le fond : l'intégrité des protagonistes et la remarquable qualité du dit album. Mais n'allons pas trop vite.

El siniestro doctor Orloff - Jess Franco (1982)

Cinéaste de l'obsession, Jess Franco œuvra toute sa vie à la perpétuelle relecture de sa filmographie. L'horrible docteur Orlof qui était déjà lui même une réappropriation des Yeux sans visage de George Franju, fut ainsi l'acte premier de cet immuable mouvement récréatif dès 1961. Loin d'être synonyme de facilité, ces révisions attestèrent au contraire, dans leur grande majorité, de la vitalité d'un réalisateur à la recherche d'une nouvelle forme, entre abstraction et frénésie érotomane, à l'image du Portrait de Doriana Gray, relecture contemplative et hallucinée de La comtesse noire mise en scène deux années plus tôt en 1973.

Nouvelle décennie, nouvelle donne, les années 80 sonnèrent le retour de Jess Franco sur ses terres natales. Affranchie du poids de la censure, l'Espagne lui offrait désormais un espace de liberté qui l'incita à revisiter quelques uns de ses films fondateurs. En 1981, il mettait ainsi en scène l'hallucinatoire et hypnotique Macumba Sexual, relecture de son culte Vampyros Lesbos, avec Lina Romay et Ajita Wilson. L'année suivante, entre deux films érotiques et autres bisseries, le madrilène sortait de sa retraite son torturé docteur [1], accompagné cette fois-ci de son fils tout aussi tourmenté, interprété respectivement par Howard Vernon et Antonio Mayans.