Class of 1984 - Mark L. Lester (1982)

Au risque de surprendre mon lectorat (1), la soumission peut prendre plusieurs formes, quoi de plus évident pourrait me rétorquer celui qui fut prénommé La crampe par le dénommé Zed. Prenons un exemple simple et aucunement personnel. Un soir, une demoiselle vous propose par le plus grand des hasards, mais non sans insistance (2), de regarder un film supposé générationnel, un long-métrage qui réconcilierait les petits-enfants de Jules Ferry et ceux de Charles Branson. Et du fait de votre moue dubitative (3), vous vous retrouvez attaché et obligé à subir ce film de Mark L. Lester contre votre gré, votre nouvelle condition d'homme soumis ne pouvant plus lutter contre les premiers assauts musicaux d'Alice Cooper chantant à qui veut l'entendre I am the future (4). Mais il est déjà trop tard, la mutation est en en marche, vous, l'homme libre et innocent, vous êtes désormais devenu esclave et l'objet de cette torture mentale porte un nom: Class of 1984.

Le cinéma nord-américain s'était emparé du problème de la violence scolaire de manière juste et engagée en 1955 dans Blackboard Jungle (VF: Graine de violence) avec Glenn Ford et le jeune Sidney Poitier (5), mais quand l'ancien réalisateur de Ça cogne et ça rigole chez les routiers et futur cinéaste de Commando décide d'en faire de même, à quoi pouvait-on s'attendre?

Le début des années 80 marque un tournant dans les thèmes abordés par le cinéma d'exploitation, en particulier depuis deux œuvres choc sorties au tournant de la nouvelle décennie: Mad Max de George Miller en 1979 et Escape from New-York de John Carpenter en 1981. Dès lors, le cinéma (ultra)bis va s'engouffrer dans la brèche du post-apocalyptique avec en point d'orgue 1982 qui verra la même année sur les grands écrans cohabiter le meilleur, Mad Max 2: The Road Warrior ou le délicieusement nanar 1990 : I Guerrieri del Bronx (VF: Les guerriers du Bronx). Le film canadien Class of 1984 surfe ainsi plus ou moins sur la même mouvance, un vigilante en milieu scolaire mais avec des jeunes "punks" tout droit sorti d'un post-apocalyptique transalpin avec cerise sur le gâteau, l'aspect anticipation puisque les faits se passe dans un futur proooooche... tremblez jeunes gens... A y voir une publicité déguisée pour l'enseignement privé...

1984, le fringuant professeur de musique Andrew Norris (Perry King alias Coddy Allen dans la série typiquement 80's Riptide) fraichement débarqué de sa campagne se retrouve muté au lycée Lincoln connu des environs pour sa faune rebelle et inhospitalière (6). Premier point, cette mutation ressemble étonnamment à une promotion vu l'enthousiasme et l'œil vif de notre professeur à la veste de velours, étrange... encore un idéaliste que la réalité du quotidien va briser. Tout en faisant connaissance avec son collègue professeur de biologie Terry Corrigan (Roddy McDowall) et avec les détecteurs de métaux situés à l'entrée, Norris découvre assez rapidement que son amour des gammes risque de n'être pas suffisant tant les esprits de mauvais volontés font corps à Lincoln... et en particulier un certain monsieur Peter Stegman, jeune punk (de bonne famille), qui fait rien qu'a faire exprès de saper l'autorité du gentil professeur Norris. Non content de refuser le fougueux et brillant Stegman dans l'orchestre du vill... du lycée, le cuistre Andrew Norris décide de remettre en cause les divers trafics de Stegman et sa bande. S'en suit une scène torride dans les toilettes du lycée, où Norris tente de subtiliser la drogue de Stegman, et le point de non retour est franchi lors de la mort accidentelle d'un élève sous l'emprise de la drogue: la tension monte, les menaces fusent, la taule des voitures se froisse, la police semble dépassée... la guerre entre les deux protagonistes est inévitable et qu'importe les dommages collatéraux tel ce massacre de lapins innocents sacrifiés sur l'autel de la vengeance juvénile.

En faisant abstraction du sujet polémico-réactionnaire de Class of 1984, les esprits les plus impartiaux noteront tout de même que la pilule a du mal à passer. Le genre vigilante étant déjà en soi des plus rebutants, le fait de placer l'action dans un lycée a de quoi laisser dubitatif... d'autant plus que l'aspect anticipation est avant tout un prétexte. Certes, la fiction aura dépassée la réalité si on tient compte de l'exemple de la présence des détecteurs de métaux, mais c'est tout de même peu. Disons qu'il aurait été plus intéressant de s'intéresser aux désœuvrements d'une jeunesse en manque de repère, même de manière secondaire, thème qu'on retrouve dans le chef d'œuvre de Katsuhiro Ōtomo Akira par exemple. Mais alors, que reste-t-il? Roh mais quelques détails qui pourront toujours ravir l'amateur déviant: des situations aussi grotesques que prévisibles, des personnages frisant plus d'une fois le ridicule: Tim Van Patten (7) jouant le jeune voyou Stegman étant aussi crédible que la femme de Norris est émancipée, et plus grave pour un film qui se veut avant tout un divertissement (réac): une action molle et stéréotypée (de quoi ravir le nanarophile mais les autres...) mais qui fit illusion puisque la violence du film aura réussi en son temps à émouvoir certains (le film fut interdit aux mineurs de moins de 18 ans en France).

Pour finir, il convient de souligner, comme d'autres films par le passé, Class of 1984 eut droit à la mention "film culte" et comme souvent, contexte historique ou non, la dite mention a de quoi faire sourire un quart de siècle après. Certes, ce long-métrage en plus de ses deux autres séquelles moisies ouvrit la voie à d'autres navets du genre dont les fameux The Subsitute avec les deux ringards de service Tom Berenger et Treat Williams, ou le crédible Dangerous Minds (VF: Esprits rebelles) avec Michelle Pfeiffer en ancienne militaire du corps des marines... toujours est-il que pour le côté générationnel, vous repasserez, quant au ridicule et à la morale nauséabonde, merci pour eux, ils se portent bien.

Class of 1984, un triste nanar faussement culte qui a la primeur d'avoir en son casting l'un des premiers rôles de Michael J. Fox dans le rôle d'Arthur "je sais qui a vendu la drogue, je sais qui m'a poignardé mais je dirais rien!".


Bande-annonce de Class of 84 (VO)

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(1) Oui enfin ceux qui découvriraient ce blog, les habitués... je me demande encore où pourrait bien se situer la surprise. Donc d'après les dernières statistiques que m'a fournit mon agent comptable, les chiffres parlent d'eux-même: 57% de nouveaux visiteurs ce mois-ci... Donc c'est à vous, jeunes lecteurs, qu'est destiné le début de cette introduction (qui risque au passage encore une fois de partir quelque peu en vrille...).

(2) Déjà là, l'homme, sain de corps et d'esprit que je suis, aurait dû sentir le piège se poindre.

(3) Nan mais c'est vrai quoi, quitte à mater un bon vigilante des familles, quoi de plus indiqué qu'un bon Death Wish avec Charles Branson (je vous laisse le choix par contre du numéro, en sachant que notre moustachu en a tourné cinq). Au passage, j'apprends avec émotion que Sylvester Stallone devrait réaliser un remake du Justicier dans la ville et ainsi reprendre le rôle de Paul Kersey (roh la transition tout de même avec mon post précédent, j'en reviens pas moi-même... Hancock ayant composé la bande-originale du premier Death Wish).

(4) Quoi de plus ironique d'écouter le guignolesque Cooper chanter Je suis le futur alors qu'il est devenu un bon gros ringard depuis la fin des 70's. Morceau qui au passage fait partie de son album de 1982 Zipper Catches Skin, soit un Alice qui laisse de côté son incursion vers la disco, pour la pop... en attendant son passage Hard FM sur Constrictor trois ans plus tard...

(5) Premier film hollywoodien contenant un morceau de rock'n roll: Rock around the clock de Bill Haley.

(6) On peut supposer que l'action se passe dans un Los Angeles proche, mais Mark L. Lester a l'idée faussement judicieuse de ne pas être explicite à ce sujet, croyant bon d'ajouter en guise d'introduction à son film: Ce film est basé sur des faits réels, même si peu de lycées sont à l'image de celui-ci aux États-Unis. Ce qui va se passer devant vos mirettes ma bonne dame peut arriver n'importe où! Enfin dans deux ans, il vous reste ce laps de temps pour déménager à la campagne.

(7) Van Patten étant plus (re)connu pour ses talents de réalisateur TV puisqu'on lui doit des épisodes de: The Sopranos, The Wire, Sex & the City, Rome ou Deadwood.

7 commentaires:

  1. Je ne sais jamais s'il faut te remercier ou non quand tu rappelles à notre bon (???) souvenir ce genre de films...

    Par contre, merci de me faire repenser à "Death Wish" de Hancock. C'est toujours bon à prendre pour une future Petite Musique de film.

    (en tous cas, ton blog n'est plus agonisant, et ça, ça vaut tout l'or du monde!) :D

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  2. Connaissant plutôt bien l'œuvre de Hancock, j'aurais tendance à dire que sa BO pour "Deathwish" est une petite BO, reprenant pas mal d'anciens plans. Maintenant, replaçons nous dans le contexte (voulez-vous :P) , si cette BO a pu donner envie à des personnes de découvrir la musique du monsieur, le contrat est plus que rempli. :-)

    "Je ne sais jamais s'il faut te remercier ou non quand tu rappelles à notre bon (???) souvenir ce genre de films..."
    Oui je sais, je mérite une punition pour rappeler de tels films, je suis un très vilain garçon ;-)

    Ceci dit, je tiens quand même à souligner que 1/ On m'a forcé la main pour regarder ce film 2/ la même personne a fait de même pour que j'écrive une chronique sur ce piètre nanar... En résumé, je suis innocent mademoiselle la procureur :-P

    Merci pour ce compliment final, mais tu as aussi joué une part dans ce retour, implicitement ou non, tu m'as aidé. :-)

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  3. Un film qui nous tient fortement en réflexion : Jusqu'ou faut-il aller pour que tout cela cesse ? Pourquoi tant de haine chez les jeunes d'aujourd'hui ?

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  4. Merci pour cette chronique avec notamment ces héros qui font prendre conscience à ces petits motherfuckers la drogue n'est pas une option (enfin sauf qu'on est un trader respectable).
    Sinon que penses-tu de "Death Sentence" ? Je ne me souviens plus si on a eu l'occasion d'en parler mais pour ma part je trouve que c'est un vigilante assez fun (enfin bon pour le genre...).

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  5. Oui je connais de nom, je sais qu'il est avec Kevin Bacon mais nan je ne suis jamais allé plus loin. Mais à l'occase, promis, je regarderai.

    Et puis n'oublion pas que ma révérence envers Charles Branson m'empêche de regarder d'autres vigilantes... et "Class of 84" alors? C'est différent, j'étais attaché pour rappel! ;-)

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  6. Je suis obligée de sortir de ma Crypte, afin de donner quelques explications quant à l'intro de ce Post: oui, j'avoue j'ai obligé le docteur Furter à regarder par un soir de pleine lune "Class 1984". Son nouveau statut d'homme soumis l'a contraint au visionnage de cette perle cinématographique. Par contre, assister à sa liquéfaction à mesure des images de ce "chef-d'oeuvre", a été pour sa Maîtresse un réel plaisir ! Quant au fait qu'il soit attaché pendant tout le visionnage de "Class 84", ce n'était qu'une simple répétition pour la séance post-Dvd...
    Dame Eolia

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  7. death sentence sous-titré en québecquois... un pur moment de n'importe quoi, les motherfucker traduit en hosties de calices... un vrai bonheur

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