mercredi 25 janvier 2012

Cronico Ristretto : Afrodisian Orchestra - Satierismos (2011)

Dans les souvenirs du préposé, la première incursion jazz d'une des compositions du maître Erik Satie datait de 1971, celle où sur son album In The Beginning le flûtiste Hubert Laws reprenait le premier thème des Gymnopédies. Une relecture respectueuse à la croisée du jazz et des arrangements somptueusement soul de la maison CTI. Quatre décennies passées, le haut-normand reste une source d'inspiration pour les jazzmen en herbe, à l'image de cet Afrodisian Orchestra, big band en provenance de la péninsule ibérique et leur Satierismos

L'Afrodisian Orchestra fondé à Madrid en 2008 sous la tutelle du bassiste Miguel Blanco sort son premier disque Mediterraciones l'année suivante. Le big band espagnol se produit alors régulièrement dans les clubs madrilènes, et à l'occasion dans divers festivals ibériques, tels que le festival de jazz de Madrid ou celui de Zamora. Comme tout grand ensemble de jazz, l'Afrodisian est caractérisé par une section cuivre pléthorique, neuf souffleurs abonnés à la trompette, au trombone et aux saxophones de toute sorte... et deux flûtes traversières pour les boulimiques restants! Ajoutez y une section rythmique comportant un pianiste, un guitariste, un bassiste et deux percussionnistes, l'Orchestra est taillé pour faire rugir une incandescence jazz aux accents latins de Cuba en passant par le Brésil. 

Or leur deuxième album sorti l'année dernière propose un hommage à Erik Satie, un choix sinon contraire tout du moins surprenant, risqué et par conséquent attisant la curiosité de l'amateur du natif de Honfleur. Habiller les Gymnopédies et autres Gnossiennes de tels arrangements riches en couleur pouvaient faire craindre le pire tant ce numéro d'équilibriste s'avérait des plus périlleux... 

Et l'hommage rendu qui apparaissait comme une gageure s'avère être au final suffisamment convaincant pour éviter la case des anecdotiques. Si pari il y a eu, Miguel Blanco et son orchestre l'a dans son ensemble réussi grâce à une prise de risque salvatrice, tel l'apport du chant flamenco (Gnossienne 3 (Tientos)) ou du phrasé hip-hop (Le fils des étoiles), et bien évidemment ces cuivres rugissants et chaleureux offrant un contre-emploi appréciable sur le brésilien Gnossienne 1 (Baiao) ou le cubain Gymnopédie 2 (Descarga). Mais que les esprits renfrognés soient rassurés, le disque ne fait cependant pas l'impasse sur les mélodies douces et mélancoliques d'Erik Satie à l'image du Nocturne n°3 ou de la 3ème Gymnopédie (Balada)

Un album à découvrir pour ceux qui auront l'ouverture d'esprit, la curiosité (et accessoirement le courage de passer outre l'apport démonstrativement creux du guitariste soliste (*) ouvrant ce sympathique Satierismos (1)).


Le fils des étoiles et Gnossienne 1 (Baio) en écoute sur leur site internet.

Album en écoute sur Deezer.

(*) Ami(s) de l'onanisme guitaristique, vous devrez attendre 2'30" avant d'en "prendre plein les oreilles"
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(1) Fort heureusement, ce dernier ne "pollue" que le titre d'ouverture...

dimanche 8 janvier 2012

Cronico Ristretto : Kosmograd - Kosmograd (2011)

A défaut d'avoir conclu 2011 par la chronique d'un album de sludge, entamons la nouvelle année et corrigeons cette bévue par le premier album éponyme de Kosmograd sorti en septembre dernier. Et débutons cette chronique serrée par une question qui ne laissera planer aucun doute sur la santé mentale des protagonistes et le bien fondé de leur dernière livraison : quand vos centres d'intérêt se limitent à la vie, aux dinosaures, à l'espace et en particulier à la vie des dinosaures dans l'espace (1), un groupe peut-il être foncièrement mauvais?

Basés à Toronto et formés depuis 2009, les quatre musiciens après diverses démos égrenées en 2010, enregistre l'année suivante un premier album de 5 titres fleurant bon le sludge et plus si affinités. Variant autant les rythmes et les ambiances que les durées, avec un goût néanmoins prononcé pour les formats longs, les Kosmograd combinent volontiers leur sludge avec un heavy épique, une bonne dose de psychédélisme et bien sûr du grooooove en veux-tu en voilà...

Fait relativement inhabituel, ce premier disque s'ouvre par un instrumental, The Weather Of Hangman, avoisinant tout de même les neuf minutes, une mise en bouche attendue pour l'amateur d'envolées graisseuses, quoiqu'assez déconcertante pour celui qui voulait du rugueux rampant. Les autres attendront le tout aussi long Hard Six, mieux construit et plus représentatif de l'album, soit une alternance de rage hardcore appuyée par deux vocalistes hargneux et complémentaires (à la Kylesa), et de poussées progressistes voire folk (2).

Du space rock mâtiné de sludge et inversement ce Kosmograd? En quelque sorte à l'écoute du final The Owl. A suivre.

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(1) Dixit leur page Facebook

(2) Le furieux Velossaraykin se concluant par un sample ressemblant à du Vladimir Vyssotski.

vendredi 30 décembre 2011

Lulu - Lou Reed & Metallica (2011)

L'annonce ressemblait à un poisson d'avril... excepté que la saison des canulars printaniers n'étaient plus d'actualité. Lou Reed et Metallica collaborant à un album commun, de quoi attiser la curiosité du badaud? Du préposé, pas vraiment, tant le dernier The Raven de papy Reed avait refroidi l'enthousiasme suscité par l'excellent Ecstasy (2000). Intérêt d'autant plus relatif à l'écoute de la dernière livraison des four horsemen (comme on dit dans le milieu), Death Magnetic, qui tentait de revenir (en partie) vainement au thrash de leurs jeunes années. Bref, à part être attiré par une curiosité malsaine et morbide, la sortie de Lulu n'allait aucunement bouleversé le quotidien des amateurs de musique... c'était oublier un peu vite le goût pour la viande faisandée qui anime ce site.

Prétendu comme le chaînon manquant entre le lourdingue Berlin (1973) et le heavy Master of Puppets (1986), Lulu pouvait-il dans ce cas susciter un quelconque regain d'intérêt? Sur le papier, le doute restait de mise, mais en bon charognard, la chronique d'une catastrophe annoncée restant toujours une expérience à vivre pour l'amateur déviant, la date de sortie du délit méritait donc d'être noté quelque part... le 31 Octobre 2011.

Inspiré par deux pièces de théâtre écrites par l'Allemand Frank Wedekind, l'album du quintette (accompagné d'un ensemble à cordes) se décompose (1) en deux disques d'une quarantaine de minutes pour 10 chansons au total : faite le calcul, gare à l'indigestion...

Mais à qui s'adresse dès lors ce Lulu? Pas aux fans de Lou Reed, ce dernier dans un élan de morgue habituelle (et désormais vain) déclarant qu'il n'en avait plus depuis 1975 et la sortie de son entreprise de démolition prénommée Metal Machine Music. Aux fans de Metallica alors? Encore moins, l'album étant hors des zones de prédilection du metalheads de base, soit très éloigné du pré carré métallique moyen. Resterait alors les autres, une poignée de pervers adeptes d'expériences musicales masochistes de toute sorte? Pas sûr finalement.

Si le miracle (s'il on peut le nommer ainsi) avait eu lieu en 1973 avec un concept-album fait de bric et de broc (2), les récentes démos de Reed revues à la sauce métallique offrent une autre destinée, naviguant entre le mauvais, le passable, le pathétique et contre toute attente deux trois exceptions suffisamment pertinentes pour sortir l'auditeur du marasme sonore ambiant. A cela, on retiendra un premier disque digne des pires productions de cette chimère musicale, un vieux au bord de la sénilité à la voix chevrotante récitant son texte imbitable appuyé par 4 lourdauds sourds comme des pots. Le trait parait forcé? Ecoutez donc la triplette Mistress Dread, Iced Honey ou Cheat On Me (3)... Le premier extrait de l'album présenté fin Septembre The View avait reçu une volée de bois vert, ce dernier reste pourtant après coup la chanson la plus présentable de ce premier disque, étonnant, non?

En partant de si bas, pouvait-on, pouvaient-ils faire pire? Heureusement pour eux, heureusement pour nous, non. Et pourtant la moyenne des titres n'a rien d'engageant : Frustration et Little Dog 8 minutes, Dragon 11 minutes et enfin Junior Dad quasi 20 minutes, gloups... Premier point, le fait de ne plus entendre James Hetfield, relégué à sa guitare, ne joue plus en la défaveur du second disque. Or comme sous-entend la durée des chansons relevée précédemment, ces dernières aurait amplement mérité quelques coupes, mais après l'épreuve passée des 6 premières chansons, une certaine indulgence, née d'un syndrome de Stockholm après l'écoute douloureuse sus-mentionnée, rend ces 4 dernières chansons plus... agréables? Apparaît également l'interrogation suivante : Metallica était-il le meilleur Sparring-Partner pour l'atrabilaire Reed? A l'écoute de Dragon et des 3 autres, la réponse est plutôt affirmative, pour le reste d'autres groupes auraient sans doute été plus en mesure de coller avec l'écriture du géniteur du mal-embouché Street Hassle, qu'importe... (4).

En conclusion, Lulu (comme pouvait le laisser supposer les réticences et doutes du préposé en préambule) ne restera pas dans les annales de la musique, mais évite tout de même de justesse le titre de catastrophe... Et puis, faut-il être fan de Metallica et retardé congénital pour avoir cru que les quatre de Los Angeles auraient eu le premier rôle, c'était mal connaitre la "démocratie" reedienne.

  
Disque 1
Disque 2
En écoute sur Grooveshark
   



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(1) Les mauvaises langues diront "se décompose" au sens propre comme au sens figuré...

(2) Rappelons nous que nombre de chansons de Berlin existaient déjà au format démo lorsque Reed et le Velvet Underground ne faisait qu'un, pour la continuité et le supposé concept de 73, on repassera...

(3) En vous laissant le libre choix de faire le jeu de mots facile approprié.

(4) Bien que Reed s'en défende, Metallica lui permettait également une plus grande couverture médiatique que s'il s'était attaché les services de Sunn 0))) ou Today Is The Day.