Live report : Benjamin Booker @ La Maroquinerie, Paris, 10 novembre 2017

Révélation de l'année 2014 avec son premier album éponyme sorti aux USA sur ATO Records [1] et en Europe sur Rough Trade Records, Benjamin Booker est revenu cette année avec un deuxième album dénommé Witness. Un disque attendu, objet de curiosité, tant le jeune compositeur s'inscrivait d'une certaine manière, dès son premier opus, comme le petit cousin de feu Jeffrey Lee Pierce du Gun Club. Guitariste influencé par le blues d'un Blind Willie Johnson sans toutefois renoncer aux fulgurances du garage-punk, Booker signait en juin dernier un deuxième disque sinon surprenant, du moins plus ambitieux. Marqué par la montée en puissance du mouvement antiracisme Black Lives Matter, son écriture gagnait en maturité, et un engagement politique qui ne pouvait dès lors que renvoyer le musicien vers sa passion pour les musiques afro-américaine, du gospel, à la soul, en passant bien évidemment par l'éternel blues et le R&B.


Poussières dans le vent - Hou Hsiao-hsien (1986)

Inclus dans le récent coffret consacré aux 6 œuvres de jeunesse [1] du réalisateur Hou Hsiao-hsien sorti le 8 novembre dernier, Poussières dans le vent est considéré, depuis sa sortie en 1986, et du propre aveu de son réalisateur, comme l'aboutissement de la première partie de sa filmographie. En compétition au Festival des 3 Continents en 1987 [2], ce cinquième long-métrage s'inscrit comme le dernier volet de son cycle autobiographique, constitué également des Garçons de Feng-Kuei (1983), Un été chez grand-père (1984) et Un temps pour vivre, un temps pour mourir (1985). Du scénario original coécrit par Chu T'ien-wen, Poussières dans le vent s'inspire, cette fois-ci, des souvenirs d'enfance de l'écrivain et co-scénariste Wu Nien-jen, figure marquante de la Nouvelle vague Taïwanaise au côté d'Edward Yang [3] et de Hou Hsiao-hsien.

Taïwan, au milieu des années 60. Amis d'enfance, A Yuan (Wang Ching-wen) et A Yun (Hsin Shu-fen) ont grandi côte à côte dans un petit village de montagne. Décidé à quitter le lycée pour rejoindre Taipei, A Yuan trouve un travail dans une imprimerie, tout en suivant des cours du soir. A Yun le rejoint peu de temps après où elle apprend le métier de couturière. Peu à peu, ces deux déracinés se familiarisent à leur nouvelle vie dans la capitale, tout en revenant de temps en temps dans leur village natal. Puis leur amitié se mue sensiblement en amour. Un jour, A Yuan reçoit son appel pour effectuer son service militaire sur l'île de Kinmen...

La fille du Nil (Ni luo he nu er) - Hou Hsiao-hsien (1987)

Présenté en 1988 à la Quinzaine des réalisateurs du festival de Cannes, La fille du Nil de Hou Hsiao-hsien marque une parenthèse dans la première partie de la filmographie du Taïwanais. Tourné juste après sa tétralogie autobiographique, Les garçons de Fengkuei (1983), Un été chez grand-père (1984), Un Temps pour vivre, un temps pour mourir (1985) et Poussières dans le vent (1986), ce neuvième long-métrage, dont l'action se déroule dans le Taipei contemporain des années 80's, peut également se situer, en préambule, comme une transition sociologique avant la trilogie historique [1] que réalisera Hou Hsiao-hsien entre 1989 et 1995. En écho avec la rétrospective initiée par Carlotta l'année dernière en août 2016, qui regroupait cinq œuvres de jeunesse du cinéaste en version restaurée, s'adjoint au coffret Blu-ray et DVD [2] qui sort ce 8 novembre, ce sixième film, La fille du Nil.

Suite aux décès conjoints de sa mère et de son grand frère, et à l'absence prolongée de son père, Hsiao-yang (Yang Lin) s'occupe seule de sa famille. Entre son petit boulot dans un fast-food et ses cours du soir, la jeune femme doit également veiller à l'éducation de sa jeune sœur. En parallèle, son frère Hsiao-fang (Jack Kao), délinquant depuis des années, a ouvert avec ses amis un restaurant, avec l'appui de la mafia locale. Face à la brutalité du monde qui l'entoure, Hsiao-yang aime se réfugier dans la lecture du manga La Fille du Nil
  

Trauma (Burnt Offerings) - Dan Curtis (1976)

A l'image de son soap opera gothique Dark Shadows, diffusé aux États-Unis de 1966 à 1971, puis une adaptation [1] au cinéma par Tim Burton en 2012, Dan Curtis fut l'une des figures incontournables du genre fantastique à la télévision américaine dans les années 70's. L'équivalent pour le petit écran de ce que fut la Hammer durant les décennies 50's-60's, ce producteur, réalisateur et scénariste fut à l'initiative d'un grand nombre d'adaptations des grands mythes du fantastique : Dracula, Frankenstein, loup-garou, zombies et autres figures du genre (Dorian Gray), en s'associant également, à l'instar de Roger Corman, avec le grand Richard Matheson sur plusieurs projets. Après plusieurs années consacrées au petit écran, dont deux téléfilms en 1975, l'horrifique Trilogy of terror (coécrit avec l'auteur précité de Je suis une légende) et The Kansas City Massacre, second spin-off pour la télévision du Dillinger de John Milius avec Warren Oates, Dan Curtis revint finalement au cinéma l'année suivante avec Burnt Offerings, sa troisième réalisation après House of Dark Shadows (1970), long métrage adapté de son soap opera à succès, suivi de sa séquelle Night of Dark Shadows (1971).

A la recherche d'une maison en location pour leurs vacances d'été, la famille Rolfe répond à l'annonce publiée par Arnold (Burgess Meredith) et Roz Allardyce (Eileen Heckart). Marian (Karen Black), son époux Ben (Oliver Reed), et leur fils Davey (Lee H. Montgomery) découvrent sur place une immense demeure victorienne, pour lequel les deux vieillards ne demandent qu'un loyer de 900 $ pour tout l'été. Seule condition, la famille devra s'occuper durant leur séjour de leur vieille mère, qui ne quitte jamais sa chambre, en lui préparant trois fois par jour un repas servi sur un plateau. Le 1er jour de juillet, comme convenu, la famille Rolfe accompagnée de la tante de Ben, Elizabeth (Bette Davis), emménagent dans la demeure. En charge des repas, Marian devient rapidement obsédée par la maison, passant la majeure partie de son temps libre dans la pièce à côté de la chambre de la vieille dame, où elle passe des heures à contempler la vaste collection de photos de madame Allardyce, tandis que d'autres événements étranges commencent à survenir...
  

Pyromaniac (Don't Go in the House) - Joseph Ellison (1980)

Don't Go in the House, premier long-métrage de Joseph Ellison, jouit depuis sa sortie en salles, au début de la décennie 80's, d'une certaine notoriété auprès des initiés bissophiles (Quentin Tarantino le mentionnant comme l'un des films les plus perturbants qu'il ait pu voir [1]). Victime de la censure, subissant diverses coupes dans plusieurs pays [2] au cours de son exploitation au cinéma, puis en vidéo, cette série B fut réalisée, détail loin d'être anodin tant ces deux films se nourrissent des mêmes influences, quelques mois avant le culte Maniac. Enfin, pour ajouter un peu plus à la confusion, Don't Go in the House fut renommé en France sous le titre, Pyromaniac, une réinterprétation très libre cachant sans aucun doute le souhait des distributeurs hexagonaux de vouloir avant tout profiter, postérieurement, du succès du premier long-métrage de William Lustig.

Donny Kohler (Dan Grimaldi) travaille dans un centre d'incinération dans le New-Jersey. Obsédé par le feu, celui-ci reste tétanisé quand un de ses collègues, Ben (Charles Bonet), se fait surprendre par l'explosion d'un aérosol, devenant la proie des flammes. Perçu comme un fou par son responsable, Donny décline l'invitation de son ami Bobby (Robert Carnegie) d'aller boire un verre, prétextant qu'il doit s'occuper de sa mère malade. Maltraité durant son enfance par sa mère, qui lui infligeait des brûlures graves aux avants-bras, Donny découvre le soir même son décès. Désormais libre, en proie à d'étranges hallucinations auditives et visuelles, la vengeance de Donny, envers celles qui ont la malchance de croiser son chemin, peut débuter...

Phase IV - Saul Bass (1974)

Graphiste qui révolutionna l'art de réaliser les génériques (de Sueurs froides d'Alfred Hitchcock à Casino de Martin Scorsese) et de concevoir des affiches de films (au hasard L'Homme au bras d'or ou Autopsie d'un meurtre d'Otto Preminger) dans la deuxième moitié du XXème siècle, Saul Bass fut également l'auteur d'un seul et unique long-métrage de science-fiction nommé Phase IV, après trois courts-métrages remarqués mis en scène la décennie précédente [1]. Lauréat du Prix spécial du jury au Festival du film fantastique d'Avoriaz en 1975 [2], Phase IV s'avéra à sa sortie être un échec commercial [3], mettant un terme définitif à la carrière naissante de cinéaste de Bass (il réalisa par la suite trois autres courts-métrages entre 1978 et 1984). Réévalué depuis, le film gagna au fil des années ses galons de film culte, mais n'allons pas trop vite... 

Le biologiste anglais Ernest Hubbs (Nigel Davenport), professeur à l'Institut Coronado, fait une découverte alarmante. Il remarque que, suite à un mystérieux phénomène cosmologique, certaines espèces de fourmis agissent étrangement: elles s'unissent, ont éliminés leurs prédateurs et construisent des structures inhabituelles. Selon ses conclusions, si cette situation perdurait, elle mènerait fatalement à un accroissement de la population des fourmis, conduisant à une réelle la menace biologique. Associé à James Lesko (Michael Murphy), spécialiste du traitement des informations, le scientifique suggère d'installer un laboratoire en Arizona, lieu où les récents phénomènes se sont produits, afin d'étudier le comportement des fourmis...
 

Brain Damage - Frank Henenlotter (1988)

Cinéaste franc-tireur nourri aux films d'horreur des années 50-60, dont la production se situe à l'opposé du cinéma de genre produit en masse par les majors et autres grands studios (la franchise Vendredi 13 au hasard), Frank Henenlotter pourrait aisément être présenté comme le chaînon manquant 80's entre William Castle et John Waters. Proche de l'underground de par les maigres budgets alloués à ses films, le réalisateur revenait en 1988, six ans après son culte Basket Case avec sa nouvelle création, Brain Damage, relecture à peine voilée de son premier long métrage. De ses six longues années de frustration et de lutte contre une industrie ne lui proposant que des scénarios de sous-slashers, le déterminé new-yorkais marquait, de nouveau, de son empreinte le cinéma de genre avec un conte horrifique à l'humour très noir, et à la clef une seconde œuvre culte. 

Une nuit, Brian (Rick Hearst) se réveille et découvre qu'il est devenu l'hôte, bien malgré lui, d'un étrange parasite nommé Aylmer [1]. Accroché au cerveau du jeune homme, cette sangsue d'un autre genre prodigue à son bénéficiaire une drogue hallucinogène aussi puissante qu'addictive. Devenu dépendant dès sa première prise, sans en connaitre les néfastes conséquences, Brian apprend parallèlement le prix à payer : Aylmer doit se nourrir de cerveaux humains...
 

Le Casanova de Fellini - Federico Fellini (1976)

Disponible en Blu-ray et DVD le 11 octobre 2017 dans une nouvelle édition, dans le cadre de la Collection cinéma italien éditée par Carlotta, Le Casanova de Fellini s'inscrit désormais comme une œuvre majeure du réalisateur romain. Adaptation toute personnelle des Mémoires du Don Juan vénitien, le long métrage renouait visuellement avec le baroque flamboyant de Satyricon (1969), en gardant une structure narrative proche de ses deux précédents films, Fellini Roma (1972) et Amarcord (1973). Quintessence de l'art Fellinien, offrant à l'acteur canadien Donald Sutherland un rôle-titre à contre-emploi, cette réinterprétation de la vie de Casanova surprend encore plus aujourd'hui par sa férocité, et par cette entreprise de démythification en règle envers cette figure historique italienne. Mais n'allons pas trop vite.  

Venise au XVIIIème siècle. Giacomo Casanova (Donald Sutherland), habillé en Pierrot, assiste au traditionnel carnaval. Il reçoit l'invitation d'une religieuse qui désire faire plus ample connaissance sur la rive de San Bartolo. Sur place, il apprend non sans satisfaction que leurs futurs ébats seront observés pour plaire au voyeurisme de l'amant de la nonne, l'abbé de Bernis, ambassadeur de France auprès de la République de Venise. De l'espoir de faire valoir ses valeurs, auprès du roi de France, dans les Sciences, les Lettres ou la Politique, au constat que Bernis n'était finalement intéressé que par ses prouesses sexuelles, Casanova est finalement arrêté à son retour par l'Inquisition, accusé d'être coupable d'exercice de magie noire et d'être l'auteur d'écrits hérétiques...