Le Lauréat (The Graduate) - Mike Nichols (1967)

Long métrage qui a révélé au grand public un dénommé Dustin Hoffman, Le lauréat reste, cinquante ans tout juste après sa sortie, un incontournable du cinéma étasunien des années 60. Réalisé par le débutant Mike Nichols, qui avait fait ses premières armes l'année précédente en tant que metteur en scène en signant l'adaptation de la pièce de théâtre Qui a peur de Virginia Woolf? avec le couple mythique Elizabeth Taylor / Richard Burton, le film sorti fin décembre 1967 récolta autant de critiques positives qu'il fut un succès massif auprès du public. Satire de l'american way of life des classes moyennes de la côte Ouest, Le Lauréat marque encore les esprits de nos jours par sa capacité à décrire avec justesse et acidité cet instant transitionnel de l'histoire des Etats-Unis. À découvrir pour son cinquantième anniversaire dans sa nouvelle version restaurée au cinéma depuis le 12 juillet.

Âgé de vingt et un ans, Benjamin Braddock (Dustin Hoffman) revient chez ses parents après avoir obtenu sa licence où ses derniers ont organisé une soirée afin de fêter son diplôme. En dépit de sa réussite, le jeune homme n'en demeure pas moins mal à l'aise quand ses parents et leurs invités le questionnent sur son avenir, ce dernier préférant s'éclipser. Au calme dans sa chambre, Benjamin fait la connaissance de Mme Robinson (Anne Bancroft) qui le séduit et en fait rapidement son amant. Les parents de Benjamin, qui ignorent tout de cette relation, incitent leur fils à sortir avec Elaine (Katharine Ross), la fille des Robinson. D'abord réticent, souhaitant mettre fin rapidement à ce rendez-vous, Benjamin réalise au cours de la soirée qu'il a des sentiments pour l'étudiante…
   

La dixième victime - Elio Petri (1965)

Cinquième long métrage du cinéaste transalpin Elio Petri (1), La Dixième Victime pourrait facilement faire figure d'OFNI dans la filmographie de l'auteur d'Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon. Appartenant au genre de l'anticipation ou, plus précisément, de la dystopie, ce long métrage tendrait à s'écarter frontalement des précédentes réalisations de l'italien. Mis en scène par Pietri après deux comédies, Il Maestro di Vigevano et le segment Peccato nel pomeriggio du film à sketches Haute fidélité, plus sa participation au scénario des Monstres, monument de la comédie à l'italienne signé Dino Risi, La Dixième Victime marquait en premier lieu le retour de l'acteur Marcello Mastroianni, interprète principal de son premier long métrage L'assassin, et du grand Tonino Guerra, scénariste de ses deux premiers films « Antonioniens » (2). Nourri de ces diverses expériences, avec plus ou moins de succès (en particulier Il Maestro di Vigevano dont Pietri fut insatisfait) dans le genre comique, Petri surprit donc en décidant d'adapter la nouvelle La Septième Victime de l'Américain Robert Sheckley. Transposé dans le futur, l'univers de la nouvelle recouvrait toutefois certains traits propres au cinéma de l'italien, dont sa nécessité de questionner les évolutions de la société italienne, livrant ainsi une satire sociale aux accents résolument « pop ». À découvrir dans sa version restaurée 2K depuis le 12 juillet en DVD et Blu-ray dans le cadre de la Collection cinéma italien éditée par Carlotta. Mais n'allons pas trop vite...

Dans un futur proche, pour abolir les guerres et canaliser la violence humaine, le meurtre a été légalisé à l'échelle mondiale pour les candidats qui participent à la Grande Chasse. Le principe : un chasseur et une victime, désignés au hasard, doivent s'entre-tuer. Règle n° 1 : chaque membre devra participer à 10 chasses, 5 comme chasseur et 5 comme victime en alternance. Règle n° 2 : le chasseur connaît l'identité de sa victime, son nom, son adresse, ses habitudes. Règle n° 3 : la victime ignore l'identité de son chasseur. Règle n° 4 : le vainqueur de chaque chasse gagnera de l'argent. Celui qui sera encore en vie après sa dixième chasse sera proclamé Décaton et recevra un million de dollars. En cours de remporter sa dixième victoire consécutive, l'Américaine Caroline Meredith (Ursulla Andress) apprend que sa dernière victime est l'Italien Marcello Poletti (Marcello Mastroianni)...

Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon - Elio Petri (1970)

Grand Prix du Jury au Festival de Cannes en 1970 et Oscar du meilleur film étranger en 1971, Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon afficha un tournant dans la filmographie du cinéaste italien Elio Petri. Premier volet de sa « Trilogie de la névrose », née de la collaboration avec l'écrivain Ugo Pirro, avant La classe ouvrière va au paradis (« la névrose du travail ») et La Propriété, c'est plus le vol (« la névrose de l'argent »), ce long métrage dédié à la « névrose du pouvoir » s'inscrivait de manière plus large dans la dynamique politique prise par le cinéma italien, depuis les années 60, dans le sillage des œuvres de Francesco Rosi. Marqué par l'engagement politique de Petri, ce dernier considérant le cinéma aussi bien comme un espace de dénonciation, de confrontation et d'apprentissage, le film n'a rien perdu de son acerbe acuité et de sa clairvoyance plus de quatre décennies après sa sortie. Portrait corrosif et amer de la société italienne à l'orée des « années de plomb », Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon ressort dans sa version restaurée dans une nouvelle édition en Blu-ray et DVD le 12 juillet 2017 dans le cadre de la Collection cinéma italien (1) éditée par Carlotta.

Italie, au début des années 70, le chef de la brigade criminelle surnommé « le docteur » (Gian Maria Volonté) est nommé au poste de directeur de la section politique. Le jour de sa promotion, il égorge sa maîtresse Augusta Terzi (Florinda Bolkan) chez elle au cours de leurs joutes amoureuses. Persuadé que ses fonctions le placent au-dessus des lois, il met tout en œuvre pour prouver que personne n'aura l'intelligence, ni même l'audace, de le soupçonner et ainsi de troubler la bonne hiérarchie sociale...
   

Live Report : Tindersticks présente "Minute Bodies" - Cité de la Musique, 2 juillet 2017

Dans le cadre de la huitième édition du festival Days Off du 30 juin au 10 juillet prochain, les Tindersticks présentaient le dimanche 2 juillet au public parisien, à la Cité de la Musique, leur nouvelle création, le ciné-concert Minute Bodies. Présenté quelques mois plus tôt, en avant-première en février, lors du Festival International du Court Métrage de Clermont-Ferrand, avant de parcourir avec parcimonie l'Europe (1), Minute Bodies rend un hommage au naturaliste et documentariste Percy Smith. D'un montage signé par le chanteur Stuart Staples à partir de divers courts métrages réalisés par l'un des pionniers de la photographie « accélérée » ou time-lapse et du micro-cinématographe (The Birth of a Flower en 1910), produits pour le British Instructional Films entre les années 20 et le mitan des années 40, le ciné-concert avait l'occasion de montrer une fois encore une nouvelle facette du talent unique de la formation originaire de Nottingham.
 
 
Ciné-concert joué en deux représentations le même jour, une première en fin d'après-midi (celle à laquelle nous assistâmes) puis une seconde en début de soirée, chacun des deux sets se virent également suivi en guise de seconde partie par un concert des Tindersticks d'un peu moins d'une heure.

Cronico ristretto : Premier contact (Arrival) - Denis Villeneuve (2016)

Présenté en avant-première au Festival de Venise en septembre 2016, Premier contact, premier film de science-fiction du cinéaste québécois Denis Villeneuve, avant en fin d'année son attendu Blade Runner 2049, fut marqué à sa sortie autant par un consensus critique, qu'un succès au box-office. Mieux, le métrage confirmait la possibilité de produire encore de nos jours un film de SF sans forcément verser dans le grand spectacle ou la série B surboostée. De par son ambition à vouloir toucher un public plus vaste, tout en s'attachant à traiter de thématiques science-fictionnelles, Premier contact avait le mérite apparent de vouloir ainsi s'éloigner du genre traditionnel et d'y apporter un sang neuf bienvenu. Las. Mais n'allons pas trop vite...   

Douze vaisseaux extraterrestres apparaissent à différents endroits du globe. L'armée américaine par la présence du colonel Weber (Forest Whitaker) dépêche l'experte en linguistique comparée, Louise Banks (Amy Adams), afin de pouvoir établir un contact avec les extraterrestres qui ont posés un de leurs vaisseaux dans une vallée du Montana. Avec l'équipe composée du physicien théoricien, Ian Donnelly (Jeremy Renner), Louise devra découvrir les intentions de ces mystérieux aliens. Au cours de sa mission, Louise est sujette à des flashbacks où apparaît une fillette qui semble être sa fille...

Vers un destin insolite, sur les flots bleus de l'été - Lina Wertmüller (1974)

Troisième collaboration entre Lina Wertmüller et le couple formé par les comédiens Giancarlo Giannini et Mariangela Melato, après Mimi métallo blessé dans son honneur (1972) et Film d'amour et d'anarchie (1973), Vers un destin insolite, sur les flots bleus de l'été, réalisé l'année suivante en 1974, confortait autant le goût de la réalisatrice italienne pour les titres décalés que sa position de cinéaste engagée. Continuant sur la même veine corrosive qui l'avait vu tordre le cou à la lutte des classes lors de sa précédente trilogie (terminée la même année avec Chacun à son poste et rien ne va) en recourant à la fois à la comédie, au mélodrame et au pamphlet social, l'ancienne assistante du maestro Frederico Fellini signait cette fois-ci un nouvel essai subversif en mettant en scène une fable allégorique où se joignaient désormais la guerre des sexes. Mais n'allons pas trop vite. A (re)découvrir dans les salles pour la première fois en version restaurée depuis le 21 juin.

Raffaella (Mariangela Melato), une bourgeoise riche et arrogante, invite des amis à passer quelques jours sur un yacht dans la mer Méditerranée. Tandis qu'elle se moque ouvertement de l'inutilité de la gauche politique, Raffaella prend en grippe un des matelots à bord, Gennarino (Giancarlo Giannini), un communiste qui s'efforce de ne pas laisser éclater ses opinions politiques. Le jour suivant plus tard dans la soirée, en dépit d'incessantes insultes et d'humiliations, Gennarino accepte d'emmener Raffaella faire un tour en bateau, mais le moteur tombe en panne. Après une nuit en mer, les deux échouent sur une île déserte. Leur relation va s'en trouver bousculée…
  

L'homme aux cent visages - Dino Risi (1960)

Premier film du duo le réalisateur Dino Risi / l'acteur Vittorio Gassman, L'homme aux cent visages sorti en Italie en 1960 s'inscrit de prime abord historiquement dans le renouveau de la comédie italienne initié quelques années plus tôt au début de la décennie précédente. De ses débuts de documentariste d'après-Guerre à son passage définitif à la fiction après 1953 et son long métrage Le chemin de l'espérance, Dino Risi se fit remarquer par la série des Pauvres mais beaux ou bien encore par Le signe de Vénus avec Sofia Loren et Vittorio De Sica (1). En parallèle, son futur partenaire Vittorio Gassman consacrait essentiellement son temps au théâtre, prenant à la légère une carrière cinématographique débutée également après 1945, avant sa rencontre avec Mario Monicelli et le succès du film Le pigeon (1958). Dans le sillage du sarcastique La Grande Guerre signé Monicelli avec de nouveau Gassman, Risi signait avec Le veuf une de ses premières œuvres majeures, avant d'entamer l'année suivante son nouveau projet, Il Mattatore, coécrit avec Ettore Scola et Ruggero Maccari au scénario, et cette fois-ci l'une des figures de la comédie italienne et son futur acteur fétiche, Vittorio Gassman. A (re)découvrir dans les salles en version restaurée depuis le 14 juin.

Gerardo Latini (Vittorio Gassman) et sa femme Annalisa mènent depuis quelque temps une existence tranquille et sans histoire, au grand dam de celui-ci. Un jour, un homme sonne à leur porte pour essayer de leur vendre un chandelier. Gerardo sent rapidement l'arnaque, et pour cause : celui-ci était jadis expert en escroquerie en tout genre, surnommé Gerardo l'artiste pour sa capacité à incarner de multiples personnages dans le but d'extorquer les gens…