Cronico Ristretto : Broken Limbs Excite No Pity - Bruce Lamont (2018)

Sept années après son fort remarqué premier effort solo [1], Feral Songs For The Epic Decline, Bruce Lamont mettait fin à ce long hiatus le 23 mars dernier avec la sortie de son deuxième album, Broken Limbs Excite No Pity, sur le label War Crime Recordings. Depuis Beyul (2012), dernier album en date de Yakuza, l'homme n'a pas pourtant pas chômé. Au contraire. Fort de sa participation à de multiples side-projects, de Corrections House, avec Scott Kelly (Neurosis), Mike IX Williams (Eyehategod) et Sanford Parker (Minsk), à Brain Tentacles, Bloodiest, en passant par son récréatif groupe de reprises Led Zeppelin 2 Live, cette figure de la scène underground chicagoienne, on l'aura compris, a plusieurs cordes à son arc. Dès lors, Broken Limbs Excite No Pity n'avait aucune raison de réfuter les expérimentations passées ou de cadenasser la versatilité de cet explorateur des genres et homme-orchestre [2]. Folk, drone, électro, ambient, jazz, noise, rock, etc., tous ont été conviés. Dont acte.
  

Black Moon - Louis Malle (1975)

Dernier film français de Louis Malle, avant son départ et le début de sa carrière étasunienne, Black Moon ne déroge pas à la filmographie hétéroclite du réalisateur du Feu follet. Mis en scène juste après le controversé Lacombe Lucien, cette lune noire suit la règle établie que chaque film de Malle se dresse contre le précédent. Ainsi, après le semi-autobiographique récit d'un jeune paysan qui bascule dans la Collaboration, Black Moon se place « en marge de la réalité » pour reprendre les mots de son auteur, ce dernier signant ici son unique essai fantastique, teinté de surréalisme. 

Dans un futur proche, sur une route de campagne isolée, la jeune Lily (Cathryn Harrison) fuit au volant de sa voiture la guerre qui oppose les hommes contre les femmes. Arrêtée à un barrage, elle est témoin de l'exécution de combattantes par des soldats portant des masques à gaz. Vite confondue par ses longs cheveux blonds, Lily réussit toutefois à s'échapper en coupant à travers le champ voisin. En chemin, elle fait la connaissance d'une licorne et découvre une maison retirée où vivent, à l'écart de ce monde déchiré, une étrange famille composée d'une vieille femme et de ses deux enfants, un frère (Joe Dallesandro) et une sœur (Alexandra Stewart), prénommés tout deux Lily...
  

La chute des aigles - Jess Franco (1989)

Fort du succès de leurs deux précédentes productions Dark Mission et Esmeralda bay, réalisées chacune par Jess Franco, Eurociné et son emblématique patron Marius Lesoeur décidèrent de battre le fer pendant qu'il est encore chaud en produisant leur superproduction, celle qui devait asseoir l'essor de la société domiciliée au 33 Champs-Elysées, La chute des aigles, avec, excusez du peu, Christopher Lee, Mark Hamill et... Ramon Estevez, fils de Martin Sheen, et cadet de la fratrie. Or ce changement d'ambition notable se solda par un échec cuisant, marquant la fin de l'aventure eurocinéenne trois décennies après sa création. Pire, ce film maudit qui précipita la « Chute de la maison Eurociné » [1] fut également responsable d'une brouille durable entre le réalisateur madrilène et la famille Lesoeur. Une triste fin, en somme, à l'image de ce film démodée éloigné des fondamentaux de la société qui produisit Le Lac des morts vivants, son plus grand succès. Mais n'allons pas trop vite...

Berlin, 3 septembre 1939. Le banquier Walter Strauss (Christopher Lee) organise une réception pour fêter l'anniversaire de sa fille unique Lilly (Alexandra Ehrlich). Épris par Peter (Mark Hamill), brillant officier, et Karl (Ramon Estevez), musicien et compositeur, Lilly choisit le jeune artiste, leur amour de la musique étant plus fort que les diatribes de Karl envers l'idéologie du parti au pouvoir. Tenu en haute estime par les dirigeants nazis, les officiers présents lors de l'anniversaire annoncent à l'assistance, dans l'allégresse, la bonne nouvelle tant attendue, la France et le Royaume-Uni viennent de déclarer la guerre à l'Allemagne. Mobilisé sur le front d'Afrique du Nord, Peter n'a d'autre choix que de s'engager...

Cronico Ristretto : Ubiquitous Falsehood - Cavernlord (2018)

Obscur. Ce side-project l'est assurément. A l'instar de son instigateur, le dénommé Nathaniel Leveck. De son auteur, nous devrons nous contenter d'une biographie officielle des plus succinctes. Né au milieu des années 70 dans le Midwest, et désormais résident au Wyoming depuis 2005, nous n'en saurons pas plus sur celui que se fait également appelé Namtaräum. Qu'importe. L'homme alterne depuis cinq années les différentes formations, toutes auto-produites, à un rythme soutenu, symptôme d'une schizophrénie stakhanoviste avec pas moins de trois groupes officiels, les black metal Natanas (d'obédience doom) et Telerumination (d'obédience dark ambient) et l'introspectif Uls De Tol, et une cohorte de side-projets, dont le noise Hydrogen Sulfide et celui qui nous intéresse, le sludge Cavernlord dont le récent Ubiquitous Falsehood vient de paraitre le 26 février dernier.

Deuxième véritable album après un disque éponyme sorti quasiment une année auparavant, et deux E.Ps sortis sur Vibrio Cholerae Records, l'évidence, du moins le réflexe premier, serait de s'arrêter sur cette expressive pochette tirée dont on ne sait quelle maison close crapoteuse du début du siècle dernier.

Cronico Ristretto : Fouth - Lento (2017)

Cinq longues années sans nouvel album de la part de nos romains préférés. Une éternité tant leurs trois premiers disques, en sus du tellurique Supernaturals record one enregistré de concert avec leurs compatriotes d'Ufomammut, avaient marqué nos esprits amateurs de déflagrations soniques. Et cinq longues années synonymes également de remise à plat pour cette formation instrumentale. Du line-up originel qui comptait trois guitares en 2004, Lento est désormais un trio. Un changement et une formule première sinon salutaires, qui apportent du moins aux italiens un certain renouveau dans l'approche de leur musique hybride, après leur complexe et avant-dernier effort, Anxiety Despair Languish [1], dernier disque signé sur le label Denovali Records.

Enregistré et mixé par le guitariste Lorenzo Stecconi à Rome entre octobre 2016 et février 2017, le nouveau disque Fourth se distingue, on l'aura vite deviné, par sa maturité, l'écriture des compositions ayant débuté, deux ans plus tôt, à partir de décembre 2014. Un disque donc mûrement réfléchi qui profite toutefois des possibilités offertes par la trinité rock guitare-basse-batterie. Plus direct, moins sophistiqué que leur précédent opus, ce quatrième album marque une nouvelle étape dans leur discographie.

Duel au soleil - King Vidor (1946)

Quatre mois après leur Coffret Ultra Collector consacré aux années Selznick d'Alfred Hitchcock, Carlotta édite une nouvelle édition luxueuse dédiée à l'autre production Selznick, après Autant en emporte le vent, rentrée dans la légende du cinéma, Duel au soleil. Film le plus onéreux jamais tourné à l'époque, tournage rocambolesque étalé sur près de deux années, etc., Duel au soleil et sa « monstrueuse » fabrication furent autant une entreprise démesurée, que la marque de la mégalomanie de son producteur. Triomphe commercial et critique à sa sortie, symbole d'un âge d'or hollywoodien qui connaissait alors ses derniers instants, Duel au soleil est désormais disponible pour la première fois dans sa version restaurée à partir du 21 mars prochain en Coffret Ultra Collector Blu-ray + DVD + livre et éditions Blu-ray et DVD [1].

Après l'exécution de son père, condamné à mort pour avoir tué sa femme indienne et son amant, la jeune Pearl Chavez (Jennifer Jones) part s'installer chez les McCanles, de riches cousins éloignés vivant au Texas. Sa peau métissée lui vaut de connaître l'hostilité du patriarche (Lionel Barrymore), et sa beauté d'attiser les tensions familiales, notamment entre les deux frères Jesse (Joseph Cotten) et Lewt (Gregory Peck). Car l'aîné, brillant diplômé en droit, est aussi pondéré et droit que le cadet, jeune voyou sans foi ni loi, est impulsif et passionné. Entre ces deux frères rivaux, Pearl va devoir choisir…
  

Brigitte Lahaie, L'amour c'est son métier : 1976 - 1980


Chronique précédemment publiée dans le numéro 28 de la revue L'Indic, Noir magazine.

Brigitte Lahaie : céder à la tentation de vouloir résumer ses cinq années dans le cinéma X par le titre du film de l'iconoclaste José BenazerafL'amour c'est son métier, est des plus séduisantes. Mais si l'amour pouvait prendre diverses formes sur grand écran chez cette icône du cinéma d'exploitation, les métiers exercés par la belle l'étaient tout autant. A charge pour le rédacteur de ce billet de répertorier, consciencieusement, les professions fantasmatiques (du moins présentées comme telle) pratiquées par celle qui imposa, avec grâce, sa sculpturale présence dans les productions Alpha France et consorts, de ses premiers pas en 1976 à son arrêt du X en 1980.

American Cyborg: Steel Warrior - Boaz Davidson (1993)

Compagnon de route des cousins Golan et Globus depuis la décennie 70's avec Lupo B'New York (1976) jusqu'au plus récent Salsa (1988) produit sous le sceau de la sacrosainte Cannon (1988), Boaz Davidson signa au début des années 90 deux films post-apocalyptiques connus des seuls initiés : American Cyborg: Steel Warrior en 1993, et deux ans plus tard, Lunarcop avec Michael Paré.

Relecture à peine voilée de la précédente production Golan et Globus, à savoir Cyborg (1989) avec Jean-Claude Van Damme, ledit American Cyborg, au titre de dernière production des studios Cannon, pouvait compter en premier lieu sur les services d'un jeune acteur prometteur (NDLR : de trente-deux ans tout de même) dénommé Joe Lara, afin de pallier l'absence remarquée des Muscles from Brussels partis vers d'autres horizons plus lucratifs [1]. A charge dès lors pour l'interprète du téléfilm Tarzan à Manhattan de faire oublier aux amateurs de pirouettes pugilistes les performances de JCVD. Or c'était sans compter sur un scénario en béton en armé avec son quota de punks dégénérés, de vils mutants, et d'un méchant moustachu...

2020, après la guerre nucléaire qui dévasta la planète dix-sept ans plus tôt, un espoir renait en la personne de Mary (Nicole Hansen). Parmi cette population survivante et stérile dominée par les machines, la jeune femme incarne l'avenir de l'humanité en devenant la mère du premier enfant sain depuis l'apocalypse. Désormais en danger, Mary doit fuir au plus vite la cité. Pourchassée par un tueur cybernétique (John Saint Ryan), elle fait la rencontre du dénommé Austin (Joe Lara) ...