dimanche 19 mai 2013

Des diamants pour l'enfer (Women Behind Bars) - Rick Deconnink (1975)

Nouvelle (et dernière ?) visite du préposé dans l'univers merveilleux du Women in Prison francien, Des diamants pour l'enfer signé par un énigmatique patronyme flamand Rick Deconnink (pour les besoins de cette co-production franco-belge) aura à l'instar de Frauen für Zellenblock 9 davantage marqué les esprits des prudes censeurs britanniques du BBFC (British Board of Film Censors) que le grand public. Grave erreur se targuera de souligner le cinéphile déviant tant ce Women Behind Bars apporte un éclairage original, à la fois sur l'oeuvre du cinéaste madrilène, et sur son association avec le producteur Daniel Lesoeur et Eurociné. Film de transition en attendant des lendemains encore plus excessifs avec l’helvète Erwin C. Dietrich, ce long métrage propose toutefois moult détails qui rassureront les amateurs du genre : production fauchée, jeunes femmes nues et tortionnaires sadiques en toc. A-t-on dès lors besoin d'ajouter la présence du duo francien, Lina Romay et Martine Stedil, pour convaincre les derniers récalcitrants ?

Quelque part en Amérique Centrale, trois hommes masqués, dont Perry Mendoza (Raymond Hardy), volent dans une jonque chinoise une valise contenant une grande quantité de diamants. Peu désireux de partager ce trésor, Mendoza abat froidement sur une plage ses comparses, puis part rejoindre sa petite amie, Shirley Fields (Lina Romay) dans leur nightclub. Découvrant la disparition des diamants de la mallette  la jeune femme tue à son tour son compagnon, et avoue dans l'instant son méfait à la police par téléphone (?!). Condamnée à six ans pour crime passionnel, Shirley est envoyée dans la prison dirigée par le colonel Carlo de Bries (Ronald Weiss). Rapidement accueillie par le directeur des lieux, celui-ci ayant eu vent des circonstances de la mort de Mendoza, de Bries n'a qu'un but : découvrir par tous les moyens nécessaires où les diamants ont été cachés. Il demande dans un premier temps à sa maîtresse, et détenue (interprétée par Martine Stedil), de sympathiser avec Shirley afin de lui soutirer des informations, tout en n'hésitant pas à passer à des méthodes plus coercitives si besoin. Pendant ce temps, Milton Warren (Roger Darton) qui travaille pour une compagnie d'assurances, cherche également la trace de ses précieuses pierres...

 

Comme énoncé en préambule, ce Women behind bars se démarque assez rapidement des autres WIP francien, du séminal L'amour dans les prisons des femmes (99 Women) au prochain Femmes en cage (Frauengefängnis) : point d'île perdue ou de jardin d'acclimatation faisant office de jungle luxuriante, juste une prison située en centre ville. Si dans l'esprit tous les éléments pré-cités sont présents, Franco semble néanmoins plus porté par la maigre intrigue policière (1) et par une mystérieuse dilatation temporelle du récit. Le réalisateur met ainsi à rude épreuve la patience du spectateur, lui intimant d'attendre pas moins de quarante minutes, soit la moitié du métrage pour voir apparaître (enfin) la première scène de torture. Un supplice pour les nerfs, une saine lenteur vénéneuse, qu'il conviendra également d'apprécier avant la libération des corps des deux actrices, à l'instar de Roger Darton profitant de cette accalmie sensorielle pour boire et savourer la quiétude de sa chambre d'hôtel.

Tourné en partie dans les Alpes Maritimes et non en Amérique latine (les plaques d'immatriculation ne trompent pas), Des diamants pour l'enfer s'adresse avant tout aux habitués du style francien. L'amateur de gros plans et d'angles propices à satisfaire son voyeurisme saura dès lors trouver son bonheur : Lina Romay et Martine Stedil lui offrant matière à jouir de leur exhibition, et autres (brefs) instants de tendresse saphique. Seul regret, le format Cinémascope apporte peu (2), à l'exception (bien évidemment) des plans où ces demoiselles s'allongent nues sur leur lit de fortune (3).

 

Interdit sur le sol de la Perfide Albion pour ses deux scènes de tortures en toc, dont celle où Ronald Weiss fait goûter aux parties intimes de Lina Romay les joies de la fée électricité, Women Behind Bars (4) s'inscrit dans la série des films d'exploitation ayant bénéficié paradoxalement du manque de discernement d'une certaine censure. Film de prison pour femmes imparfait, Des diamants pour l'enfer est à conseiller principalement aux fans de Lina et Martine, et bien entendu aux boulimiques de sexploitation 70's.



Jesús Franco is Dirty Bill, le complice de Roger Darton


Des diamants pour l'enfer (Women Behind Bars) | 1975 | 80 min
Réalisation : Jesús Franco (Rick Deconnink)
Production : Daniel Lesoeur
Scénario et adaptation : R. Marceignac
Avec : Lina Romay, Martine Stedil, Roger Darton, Jesús Franco
Musique : Daniel White
Directeur de la photographie : Gérard Brisseau
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(1) Par contre pour la crédibilité de l'intrigue (et des lieux), vous êtes cordialement invités à ne pas trop y porter attention. Là n'est pas la question ou l'intérêt du film, faut-il le rappeler.

(2) Franco semble plus inspiré par le Cinémascope quand celui-ci lui sert d'écrin à ses récits les plus hallucinatoires et oniriques : Les inassouvies (Eugenie) ou Macumba Sexual au hasard.

(3) L'utilisation de couvertures étant interdite par le règlement intérieure.

(4) Connu également sous le titre allemand Frauengefängnis 3.

dimanche 12 mai 2013

Cronico Ristretto : The Melvins au Trabendo Paris - 10 et 11 mai 2013

En préambule et en avant-première du festival Villette Sonique qui se tiendra du 23 au 26 mai prochain (1), était convié le groupe culte the Melvins a rejoué en intégralité plusieurs albums (et autres E.Ps) fondateurs enregistrés durant la première moitié des 90's : Eggnog (1991), Lysol (1992), Houdini (1993) le vendredi, et Bullhead (1991) et Stonerwitch (1994) le samedi. 

Batteries au centre de la scène, Buzz paré de son habituelle robe de mage à gauche et le doux dingue Tevor Dunn dans son habit de super-héros en carton et bouteilles en plastique en sus (2), les quatre sets au total (3), comme pouvait le laisser présager le contenu des disques proposés, allaient brosser les différentes et multiples palettes soniques des Melvins : du drone au noise dans un premier temps, à une décharge rock métallique dans un grand raout punk, stoner et grunge pour les derniers albums en date.

Un anniversaire bruyant (4), massif, loin de l'idée d'un jubilé tranquille pour nostalgiques en charentaises, où le quatuor démontra sans grand difficulté, à une foule acquise à leur cause, leur pertinence tellurique et bruitiste après trois décennies d'existence.


The Melvins
Buzz Osborne - Guitare
Dale Crover - Batterie
Coady Willis - Batterie
Trevor Dunn - Basse


 



 


Et en prime, le concert filmé du vendredi 10 (le meilleur selon moi) diffusé par ARTE live Web.

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(1) Dont une affiche apocalyptique le samedi 25 avec Neurosis, Swans et Master Musicians of Bukkake.

(2) Et distribution pour le premier rang de mini-mars proposés de manière chic sur une assiette en carton avant le début du second set vendredi soir.

(3Eggnog et Lysol faisant partie du même set.

(4) Chaque set étant introduit par une alarme sonore des plus dissonantes puis le morceau Sweet Leaf du Sab (pour Stonerwitch ce fut Cocaine de Clapton...).

mardi 7 mai 2013

Cronico Ristretto : Pharoah Sanders quartet au New Morning Paris - 6 mai 2013

Annoncée l'année dernière, puis annulée quelques semaines avant, se tenait hier (enfin) le retour du fils prodigue, Pharoah Sanders, à Paris au New Morning. Concert paradoxal où la magie expressionniste du disciple de Trane aura eu quelques ratés... la faute à un leader saxophoniste quelque peu récalcitrant et grognon !

Pourtant la playlist et son introduction annonçait une prestation inoubliable : ouverture progressiste tirée de ses disques fin 60's - début 70's, puis en deuxième entrée, un hors d'oeuvre post-bop soutenu par un quartet de qualité. Et pause saxophonique après seulement vingt minutes de musique. Mécontent de l'intensité des retours, le saxophoniste quittera longuement la scène une première fois, avant de revenir par intermittence le temps de lancer le standard de Cole Porter Everytime we say goodbye, puis une première version de son classique The creator has a master plan en guise de conclusion à ce premier set fantomatique. Fort heureusement, le trio restant su, sinon faire oublier son leader taciturne, tout du moins s'accaparer de manière probante l'espace désormais laissé vacant. Le pianiste William Henderson, vieux compagnon de route de Sanders depuis une dizaine d'années, mena ainsi en l'absence de son souffleur en chef, un set alternatif remarquable, où ses camarades Oli Hayhurst à la contrebasse et Gene Calderazzo à la batterie purent montrer à l'assistance leur maîtrise instrumentale et leurs improvisations inspirées.

Après une pause d'une demi-heure, le quartet revint sous de meilleurs hospices, pouvait on l'espérer, pour une heure de set supplémentaire. Las. Les deux reprises Coltraniennes Naima et Chasin' the Trane ne furent pas exempt de tout reproche, Sanders alternant le faux et le décousu, avec comme il se doit une dernière inspection de la loge du New Morning. La fin du concert approchant, le saxophoniste offrit un visage différent en jouant une seconde fois son standard The creator. Au bord de la jovialité, communiquant pour la première fois avec son public, prenant à la fois la pause et dansant aux rythmes des applaudissements, le véritable concert de Pharoah Sanders pouvait débuter. Trop tard.

Concert en demi-teinte.

Pharoah Sanders quartet
Pharoah Sanders - Saxophone ténor
William Henderson - Piano
Oli Hayhurst - Contrebasse
Gene Calderazzo - Batterie

 

  


Mais il lui arrivait également de s'asseoir dans un coin...