The Satanist - Zoltan G. Spencer (1968)

Longtemps considéré comme perdu, The Satanist, long métrage de Spencer Crilly, plus connu sous le pseudonyme de Zoltan G. Spencer, fut exhumé et projeté un soir de juillet 2014 en clôture du Forgotten Film Festival de Philadelphie. Fort du succès de la projection, la société Garagehouse Pictures édita deux ans plus tard, en octobre 2016, le jour d'Halloween, une version inédite restaurée 4K en Blu-ray de cet obscur film déviant. Invisible auprès des initié.e.s depuis plus de quatre décennies, ce croisement sulfureux entre l'érotisme débridé de Russ Meyer et les préceptes prônés par Anton LaVey, fondateur de l'Église de Satan, avait tout pour attiser la curiosité du préposé. Mieux, en dépit de ses limites intrinsèques, The Satanist demeure une bonne surprise. Mais n'allons pas trop vite.

Un romancier, prénommé John, s'installe avec son épouse Mary (Mary Bauer) à la campagne, afin de se remettre de sa précédente dépression et quitter l'agitation urbaine. Un jour, par mégarde, au volant de sa voiture, John renverse une jeune femme à vélo, Shandra (Pat Barrington), qui n'est autre que la voisine du couple. Celle-ci, nullement rancunière, les invite à prendre un verre chez elle. Au cours de la soirée, Shandra qui se présente comme une "élève de l'occulte" offre à John un ancien livre sur la sorcellerie... 
  
 

"Les événements de ce film sont basés sur les annales de la sorcellerie telles qu'elles étaient pratiquées dans les temps anciens ... et aujourd'hui". Récit au passé conté par le personnage principal, "peut-être que je suis fou. Peut-être pourrez-vous m'aider à décider si mon histoire s'est réellement produite, ou si elle est le produit d'un esprit incurablement malade", The Satanist s'inscrit sans nul doute comme l'un, sinon le premier nudie de l'histoire mêlant sexploitation et satanisme. 

Réalisateur d'une poignée de films bis entre 1968 et 1972 dont Sisters in Leather [1], All the Way Down, et Terror at Orgy Castle (son dernier film ayant de nouveau pour thème l'occultisme [2]), Spencer Crilly signait, avec ce premier long métrage, un mélange des genres dans l'ère du temps, en cette fin de décennie 60. Marqué par la libéralisation des mœurs et la mode autour des sciences occultes (Rosemary's Baby est sorti la même année), le scénario écrit par Crilly ne s'embarrasse pas d'originalité, et autres justifications annexes, remplissant ainsi pleinement le cahier des charges. Tant mieux. Au programme : des jeunes femmes à forte personnalité et une once de fantastique, prétexte à les voir se dévêtir, et plus si affinités. Seul regret : l'unique séquence saphique entre Shandra et son esclave sexuelle se meut un triste coït hétéro après la transformation de ladite sorcière en mâle. Dont acte.


De ce voisin, voyeur, tombé dans les griffes de sa voisine sorcière, devenu le jouet sexuel d'un succube, et, enfin, témoin impuissant de l'envoutement de son épouse lors d'une orgie sataniste, le film se distingue paradoxalement, eu égard à son budget décharné, par le soin apporté à sa photographie noir et blanc et à sa science de la contre-plongée héritée des meilleures œuvres de Russ Meyer (Faster, Pussycat! Kill! Kill!). Des qualités formelles qui font, tout bien considéré, oublier les rares passages obligés peu inspirés, ou davantage apprécier la dilatation temporelle forcée de certaines séquences érotiques, hypnotiques, dans le meilleur des cas, ou assommantes pour les scènes évoquées plus haut [3].


Doté d'un casting anonyme, dont la postérité n'aura retenu que la présence de la pin-up Pat Barrington, une des actrices fétiches du réalisateur bis William Rotsler (Agony of Love, Lila), The Satanist se démarque enfin par sa bande originale, entre jazz, blues et rock psychédélique mâtiné de musique orientale, condition sinon nécessaire pour un long métrage quasi muet [4], entrecoupé seulement par une voix off fatiguée.

Une curiosité bis à découvrir.

En bonus : Quelques gifs du film sur notre tumblr.




 
The Satanist | 1968 | 62 min | 1.37 : 1 | Noir & Blanc
Réalisation : Spencer Crilly (Zoltan G. Spencer)
Scénario : Spencer Crilly (Zoltan G. Spencer)
Avec : Pat Barrington, Mary Bauer
Directeur de la photographie : W. C. Meadows
Montage : W. C. Meadows ___________________________________________________________________________________________________

[1] Le Blu-ray compte en guise de supplément le deuxième film de Spencer Crilly, Sisters In Leather avec de nouveau Pat Barrington.

[2] Un jeune couple américain, en vacances en Europe, fait la rencontre d'une comtesse qui célèbre des masses noires dans son château.

[3] Ce qui pourrait paraitre rédhibitoire pour un film qui ne dure qu'une heure.

[4] Le long métrage n'a pas été tourné en prise de son direct.

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