Emanuelle chez les cannibales - Joe D'Amato (1977)

Avant-dernier long métrage des Black Emanuelles réalisées par Joe D'Amato, Emanuelle chez les cannibales marque une nouvelle étape dans la longue liste des films produits depuis le premier volet de la série créée par Bito Albertini. Fort du succès du Dernier monde cannibale de son compatriote Ruggero Deodato, et assisté désormais au scénario de Romano Scandariato, scénariste de La mort a souri à l'assassin (ou l'un des rares longs métrages qu'il signe de son vrai nom, Aristide Massaccesi), Joe D'Amato, passé maître dans l'hybridation bis (mention extrême) depuis son retentissant Black Emanuelle en Amérique, se distingue l'année suivante par un nouveau coup d'éclat. Mieux, de cette rencontre improbable entre le cinéma érotique et le film de cannibales, ce quatrième épisode mis scène par D'Amato s'inscrit comme le premier fait d'arme 100 % gore d'un réalisateur, qui se fera connaitre par la suite pour sa capacité à dépasser les limites du genre avec sa trilogie composée de Blue Holocaust, Anthropophagous et Horrible.

New-York. En immersion dans un hôpital psychiatrique pour un de ses reportages, Emanuelle (Laura Gemser) assiste à un cas unique d'anthropophagie : une jeune femme internée a mangé le sein d'une des infirmières. Découverte en Amazonie, son tatouage sur son pubis indique qu'elle aurait été élevée par une tribu cannibale. Emanuelle contacte le Professeur Mark Lester (Gabriele Tinti), conservateur du Museum d'Histoires naturelles afin de le convaincre de monter une expédition... Arrivés au Brésil, les deux amants retrouve Wilkes, une veille connaissance de Lester. Le lendemain, accompagnés de sœur Angela (Annamaria Clementi), d'Isabelle (Mónica Zanchi), la fille de Wilkes, et de deux guides, Emanuelle et Mark doivent rejoindre la mission du père Morales...
 
  

 Pouvait-il en être autrement ? Après trois longs métrages écrit par la scénariste Maria Pia Fusco, dont le dernier et schizophrénique Black Emanuelle autour du monde, synthèse des deux précédents chapitres, et point de non retour en matière de film érotique malaisant, Joe D'Amato rabat donc les cartes pour cet avant-dernier film de la série. Après le séminal Au pays de l'exorcisme (1972) d'Umberto Lenzi, relecture bis du film américain Un homme nommé cheval avec Richard Harris, l'année 1977 sonne finalement le début des hostilités de la vague cannibale dans le cinéma d'exploitation transalpin [1]. Dans la foulée du Dernier monde cannibale, Aristide Massaccesi (dont on saluera l'opportuniste célérité) démontre en somme, pour celles et ceux qui en douteraient encore, son pragmatisme et sa capacité à suivre les modes du moment. Dont acte.

D'un récit contant les aventures de la belle photo-reporter au cœur de la jungle Amazonienne, Emanuelle chez les cannibales convie, dans un premier temps, le spectateur à satisfaire sa soif de luxure, Emanuelle jouant comme de coutume les maîtresses de cérémonie. De sa passion charnelle avec le professeur Lester à ses jeux initiatiques avec l'innocente Isabelle, le scénario ajoute une note de piquant supplémentaire par la présence du couple Mackenzie, de l'impuissant Donald (Donald O'Brien) à l'insatiable et frustrée Maggie (Nieves Navarro). De par sa nature métissée, si l'argument horrifique du film n'est pas galvaudé, précisons toutefois, dès à présent, aux amateurs de viande fraiche, et à défaut de contenir des séquences pornographiques (comme les deux précédents volets) pour faire patienter, que la tripaille saura se faire désirer. A bon entendeur. Dès lors, déjà amorcé le temps d'un repas hallucinatoire dans Emmanuelle et Françoise, le cannibalisme et le gore s'invitent pleinement au banquet servi par Joe D'Amato, passé les deux tiers du film, après la découverte du cadavre éventré du dénommé Manolo, puis suivi par l'enlèvement de sœur Angela, avec re: mamelon tranché, ingéré et plus si affinité. 


Imprimant, sans surprise, le goût de son réalisateur pour le Mondo [2], Emanuelle chez les cannibales ne fut pas filmé, contrairement à ce que laisse entendre le générique de fin, à Tapurucuara en Amérique du Sud. Tourné pour ses scènes Amazoniennes autour d'un lac près de Rome (la flore ne laisse place à aucune ambiguïté...), avec en guise d'autochtones la majeure partie des Philippins vivant à Rome [3], le long métrage fleure bon, on l'aura compris, le produit bon marché sinon foutraque (on cherche encore les raisons de l'apparition du chimpanzé perdu en pleine forêt Amazonienne). Qu'importe. Le film offre dans sa dernière partie son lot de tripes, d'éviscérations et de scènes chocs, dont une ablation sauvage d'utérus, ainsi que l'usuelle (sic) scène de viol (collectif) dont Isabelle sera la victime.

En sus de l'incontournable Gabriele Tinti, la distribution féminine se démarque par la présence de Mónica Zanchi, croisée la même année dans Emanuelle et les collégiennes (Suor Emanuelle) de Giuseppe Vari avec le couple Gemser/Tinti, Annamarie Clementi qui tournera deux ans plus tard dans Il porno shop della settima strada du même Joe D'Amato, puis enfin Nieves Navarro, connue sous le pseudonyme de Susan Scott au début de la décennie pour ses rôles dans plusieurs giallos dont Toutes les couleurs du vice de Sergio Martino, avant d'incarner une certaine Emanuelle dans le rare Emanuelle e Lolita de Henri Sala (connu des initié.e.s pour ses réalisations pornographiques sous le pseudonyme de Ken Warren).


Disponible en import en Blu-ray dans sa version 2K par les bons soins de Severin Films, Emanuelle chez les cannibales soutient malheureusement, à l'heure du bilan, difficilement la comparaison avec les précédents épisodes, bien plus radicaux et transgressifs, la faute à une première partie en pilotage automatique qui aurait gagnée à être écourtée et complétée d'éléments autrement plus pénétrants [4]... De ce verre à moitié vide ou à moitié plein réalisé dans la précipitation, le bisseux saura retenir les maquillages crapoteux de Fabrizio Sforza [5]






Emanuelle e gli ultimi cannibali (Emanuelle chez les cannibales) | 1977 | 85 min | 1.85 : 1 | Couleurs
Réalisation : Joe D'Amato
Production : Gianfranco Couyoumdjian et Fabrizio De Angelis
Scénario : Romano Scandariato et Aristide Massaccesi d'après une histoire d'Aristide Massaccesi
Avec : Laura Gemser, Gabriele Tinti, Nieves Navarro, Donald O'Brien, Mónica Zanchi, Annamaria Clementi
Musique : Nico Fidenco
Directeur de la photographie : Aristide Massaccesi
Montage : Alberto Moriani
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[1] Suivi l'année suivante de La Montagne du dieu cannibale de Sergio Martino en attendant bien évidemment Cannibal Holocaust de Ruggero Deodato en 1980. 

[2] Emanuelle chez les cannibales sera suivi par Notti porno nel mondo et Follie di notte, présentés respectivement par Laura Gemser et Amanda Lear.

[3] Dixit l'interview donné par Joe D'Amato au début des années 90.

[4] Maquilleur au talent multiple qui travailla pour Le Casanova de Fellini l'année précédente, puis dans 2019 après la chute de New York six ans plus tard, avant d'entamer par la suite une carrière internationale avec Le dernier Empereur, Les aventures du baron de Munchausen, Le patient anglais ou Hannibal.

[5] En résumé, la partie érotique ressemble aux versions censurées des précédents Black Emanuelle de Joe D'Amato. 

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