Emanuelle et les filles de Madame Claude - Joe D'Amato (1978)

Cinquième long métrage de la série Black Emanuelle mis en scène par Joe D'AmatoEmanuelle et les filles de Madame Claude marqua la fin des aventures de l'héroïne créée, trois ans plus tôt, par Bito Albertini. D'un premier épisode inspiré par le phénoménal succès du film réalisé par Just Jaeckin, ce dernier volet fermait le ban des exploits érotiques de la belle photo-reporter en reprenant à son compte, en guise de clin d'œil opportuniste, le personnage principal du dernier long métrage du cinéaste français, Madame Claude sorti l'année précédente. La boucle était ainsi bouclée comme le veut l'adage.

En reportage à Nairobi, Emanuelle (Laura Gemser) désire obtenir l'interview de Giorgio Rivetti (Venantino Venantini), gangster italien retiré en Afrique pour affaires. Avec l'aide de son amie Susan Towers (Ely Galleani), celle-ci parvient à obtenir les confidences de Rivetti par l'entremise du Prince Arausani (Pierre Marfurt). Au cours son escale kényane, Emanuelle est intriguée par le mystérieux Francis Harley (Gabriele Tinti) rencontré à l'aéroport en compagnie d'une jeune femme handicapée. De retour à New-York, son collègue journaliste Walter lui apprend que Harley loue des jeunes femmes à de riches hommes d'affaires en quête de distractions...

 
 
De nouveau coécrit par Romano Scandariato, déjà coscénariste d'Emanuelle chez les cannibales, le récit d'Emanuelle et les filles de Madame Claude n'avait nulle vocation à surprendre l'habitué.e des lieux. D'un premier tiers situé au Kenya, à l'instar de l'originel Black Emanuelle, ce sixième et dernier volet conviait ainsi, en guise de dernier tour piste, plusieurs acteurs déjà croisés précédemment, de l'incontournable Gabriele Tinti à Ely Galleani et Venantino Venantini, vus tous deux dans Black Emanuelle en Orient, ou la première séquelle officielle mis en scène par Joe D'Amato. De ce recyclage des thèmes usés jusqu'à la corde, constitué comme il se doit du trio magique, saphisme, voyeurisme et masturbation féminine, il convient dès à présent d'avertir toutefois les déviants venus se repaitre une dernière fois.

Si le précédent long métrage avait quelque peu fait illusion par son hybridation opportuniste, soit faire cohabiter en un seul tenant sexploitation et film de cannibales, le scénario de Emanuelle et les filles de Madame Claude confirme au demeurant l'absence remarquée de Maria Pia Fusco, responsable des scénarios des trois meilleurs épisodes de la série.
 

Comme la première demi-heure de Black Emanuelle autour du monde, Joe D'amato enclenche le pilotage automatique durant l'escale africaine de la belle métisse. Dernière dédicace de la série au genre Mondo, le film offre le meilleur des situations plus ou moins convenues et attendues, du safari sur terre et dans les airs (et vice-versa, le montage alternant sans aucune raison évidente les plans en van et en montgolfière), rencontre avec une tribu massaï (moins l'épilogue de Black Emanuelle en Orient quand celle-ci recevait les hommages courtois de bédouins croisés dans le désert marocain), plus débordement des sens et autre agitation sexuelle stimulée par cette nature insolente et primitive. Reste ce sympathique aparté dans un garage Nairobien où Susan propose au mécano du cru ses charmes en échange de ses services.
 

A New-York, Emanuelle retrouve la piste de Francis Harley, rabatteur de chair fraîche au service de madame Claude, qui tient une pension très spéciale non loin de San Diego. Témoin dans un hôtel de la mise aux enchères de jeunes femmes vendant leurs attributs aux plus offrants, Emanuelle se fait passer auprès de Harley pour une demoiselle sans le sou et prête à vendre ses charmes. Passé un deuxième tiers centré sur le personnage interprété par Gabriele Tinti, la dernière partie d'Emanuelle et les filles de Madame Claude se focalise, enfin, sur la maison close de ladite madame. De ces deux derniers tiers de métrage, la nostalgie des précédents débordements trash et pornographiques pourra trouver un quelque réconfort par le savoir-faire voyeuriste du maestro bis. D'Amato nous distille trois scènes érotiques qui raviront les amateurs et amatrices du genre : de la séquence décrite plus haut avec une Emanuelle armée, cette fois-ci, de son briquet appareil photo, à celle dite du trou de serrure, sans oublier celle qui émut, les quelques censeurs égarés, où Emanuelle donne de sa personne, masse et plus si affinités un vieux sénateur, sous l'œil bienveillant de madame Claude accompagnée d'une de ses protégées.


De ce florilège de la soft sexploitation 70's, le personnage de Stefan (Nicola D'Eramo [1]), travesti et « homme » de main de madame Claude, s'écarte, on l'aura compris, des personnages habituels en sa qualité de garde-chiourme eunuque et assimilé. Dommage que son traitement, qui aurait sans aucun doute gagné en épaisseur et en pessimisme sous l'écriture de Maria Pia Fusco, n'ait donc pas été davantage exploité. Reste un personnage supposé asexué, à la solde d'un pouvoir patriarcal vieillissant, qui sera libéré par Emanuelle dans son rôle d'agente perturbatrice, et dont ledit pouvoir lui fera payer le prix fort de cette rébellion [2], en dépit de son numéro de karatéka portnawak.

 
Édité en DVD en 2009 par Severin Films, Emanuelle et les filles de Madame Claude, sans faire ombrage aux anciens volets de cette série bis culte, s'inscrit en somme comme une synthèse habile mais anecdotique des précédents thèmes. Réalisateur du dernier chapitre des aventures de la belle photojournaliste d'investigation, D'Amato semblait déjà avoir la tête ailleurs, vers d'autres horizons plus extrêmes, qui le verront franchir de nouveau la limite avec Blue Holocaust (1979) et Sesso nero (1980). A suivre...
 






La via della prostituzione (Emanuelle et les filles de Madame Claude) | 1978 | 88 min | 1.85 : 1 | Couleurs
Réalisation : Joe D'Amato
Scénario : Romano Scandariato et Joe D'Amato d'après une histoire de Joe D'Amato
Avec : Laura Gemser, Ely Galleani, Gabriele Tinti, Venantino Venantini, Pierre Marfurt, Gota Gobert
Musique : Nico Fidenco
Directeur de la photographie : Aristide Massaccesi
Montage : Vincenzo Tomassi
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[1] Nicola D'Eramo qui jouait déjà le rôle d'un travesti dans Milano: il clan dei Calabresi (1974) de Giorgio Stegani.

[2] Avec en prime, une fois encore, le viol de l'héroïne (sic). Or faut-il le rappeler, la vision misandre de D'Amato ne fait aucun doute depuis Emmanuelle et Françoise. Le viol ici n'est pas ici pour flatter les plus bas instincts de mâles supra-déviants (encore que), il est surtout l'attaque en règle de personnages masculins envers une héroïne indépendante, agente perturbatrice et ambassadrice de l'amour libre.

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