Trio of Doom : McLaughlin/Pastorius/Williams (1979)

Des trios mythiques dans la musique, quand bien même il en existe bon nombre de surestimés (1), même mon agent comptable préféré vous dira que ce n'est pas ce qui manque. Maintenant, lorsque vous ajoutez comme nouveau paramètre des rencontres fantasmées voire totalement hypothétiques, le passionné de musique peut dès lors entrevoir une myriade de possibilités. Au début du mois par exemple, j'ai appris que Josh Homme accompagné de Dave Grohl et de John Paul Jones enregistreraient un album, tout du moins quelque chose qui ressemblerait à de la musique à Los Angeles (2). Le jazz aussi a connu de belles rencontres entre all-stars, qui plus est en trio, la première me venant à l'esprit étant le fameux trio Duke Ellington, Charles Mingus et Max Roach et leur Money Jungle de 1962. Concernant le jazz électrique, le format du trio pourrait en surprendre plus d'un si on garde à l'esprit les grands noms des 70's. Pourtant, on aurait tort d'omettre l'un des disques fondateurs du mouvement jazz-rock, Emergency du Lifetime de Tony Williams de 1969 qui déjà ne comptait que trois musiciens. Dix ans plus tard, on retrouve quasiment les mêmes, soit les deux tiers du trio originel, avec cette fois-ci en lieu et place de l'organiste Larry Young, l'étoile montante (et bientôt filante) de la basse électrique, Jaco Pastorius.

Ogre - Steven R. Monroe (2008)

En s'inspirant de la célèbre introduction du Captain Flam : au fin fond de votre errance, à des années et des années lumière de toute rémission, veille celui que le cinéphile déviant appelle, quand il n'est plus capable de trouver une solution à ses problèmes, quand il ne reste plus aucun espoir : le nanar horrifique. Voici donc la chronique d'une adorable catastrophe filmique annoncée, celle où l'auteur de ces lignes tentera de démontrer par A+B que la quête du pouvoir rime souvent avec un léger dommage collatéral pour la population de basse extraction.

Pour débuter, on appréciera la délicate accroche commerciale tentant de nous vendre cet Ogre en faisant référence à un autre congénère, vert de son état, qui truste depuis pas mal d'années les projecteurs hollywoodiens: "No Donkey. No Fairy Tale. Just TERROR" [1]. Bref, attention les jeunes, cette production, pour la chaîne câblée étasunienne Sci Fi Channel, réalisée par Steven R. Monroe, n'est pas là pour amuser la galerie. Voici donc le règne de la terreur, jeunes gens, un personnage de légende venu hanter vos pires cauchemars télévisuels... Dommage, finalement, que la seule chose qui soit un tant soit peu impressionnante soit ladite jaquette... étonnant, non ?

Aura (1985) : United colors of Miles Davis

Force est d'admettre, les albums du Miles des années 80 ont loin d'avoir la même fulgurance que ceux des décennies passées. Quoi de plus étonnant en un sens. Les 80's sont certes la dernière décennie qui peut se targuer d'avoir été véritablement créatrice, mais avec un rendement si proche du néant que bientôt trente après, on en a toujours pas fini de tirer sur l'ambulance eighties. L'une des positions inverses serait dès lors de chercher quelques albums qui tendraient à sortir du lot... à défaut d'être des chefs d'œuvre (1). Aura le dernier album de Miles Davis pour la Columbia enregistré en 1985 pourrait bien y correspondre.

Faut-il le rappeler, les années 80 auront été particulières pour Miles Davis : la décennie du retour inespéré et de la starification. Après environ cinq ans de black out total, où encore aujourd'hui certains n'en ont pas encore fini de fantasmer sur sa période noire, Miles revient sur le devant de la scène avec son album The Man with the Horn. Bon gré mal gré, le mythe vivant poursuit son chemin entouré d'une jeune garde allant du guitariste Mike Stern, au saxophoniste soprano Bill Evans (2) en passant par le fidèle Al Foster à la batterie, le bassiste Marcus Miller et le claviériste Robert Irving III. Les deux derniers cités auront ainsi une importance notable sur le son et les compositions de Davis, pour le pire et pour le meilleur pourrait-on judicieusement ajouter, Miller et Irving n'ayant pas la créativité et l'influence nécessaire d'un Wayne Shorter ou d'un Tony Williams pour créer une sainte émulation au sein des formations du Miles Davis des 80's. Mais Miles a toujours eu cette habitude de humer l'air du temps, au risque de passer pour un musicien de jazz un peu trop versatile, tout juste bon à jouer de la musique pour les jeunes blancs comme on pu lui rétorquer certains jazzmen lors du virage A Silent Way. Et durant les années 80, la différence va s'amplifier avec le retour à un jazz plus emprunt de classicisme, vers une forme proche du hard bop des 50's, symbolisé par les Young Lions Marsalis. Bref, ne tournons plus autour du pot, comme tant d'autres musiciens issus des décennies précédentes, on pourrait très bien schématiser la musique de Miles Davis durant les 80's comme un jazz lorgnant de plus en plus vers la pop, joliment décoré par quelques synthétiseurs dégoulinants. Et la coupe sera à juste titre pleine lors de la sortie de son album You're under Arrest (3) en 1985.