Post Pop Depression - Iggy Pop (2016)

Autofinancé et enregistré dans le secret, Post Pop Depression, sorti le 18 mars dernier, serait selon les dires de son auteur son album final. Dont acte. L'avenir nous dira s'il s'agit d'une nouvelle pirouette de la part de cet iguane, grand habitué des retournements de situation (opportuniste ou non). Présenté dans la presse comme l'un, sinon le dernier des mohicans rock (sic), depuis la disparition quasi concomitante de Lemmy Kilmister et de David Bowie (dixit les propos de Josh Homme), Iggy Pop a décidé avec le leader des Queens of the Stone Age de rendre un hommage appuyé à ses années berlinoises. Un coup dans le rétroviseur loin d'être inattendu, dans le prolongement d'une trajectoire prise par le chanteur des Stooges depuis plus d'une décennie. Mais n'allons pas trop vite.

Rappel des faits et retour vers l'année 2003. Sympathique, quoique survendu, Skull Ring est paradoxalement un album charnière derrière ses divers oripeaux tapageurs (et ses nombreuses collaborations plus ou moins prestigieuses ou bankables, de son actuel backing band The Trolls, à Green Day en passant par Peaches et Sum 41). Plus intriguant, le disque fait suite à ses divers échecs commerciaux, après le très moyen mais lucratif Brick by Brick (1990) et le solide American Caesar (1993) qui lui ouvre les portes de l'auditoire grunge (1). Plan calculé par son label ou par lui-même, qu'importe, le fourre-tout Skull Ring permet à Pop une nouvelle couverture médiatique idéale pour le retour inespéré des Stooges et de la fratrie Asheton (quatre chansons dont le titre éponyme leur sont créditées).
   
La machine est lancée et débute un premier cycle : tournée mondiale quasi non-stop entre 2003 et 2008, enregistrement d'un nouvel album studio, The Weirdness (2007), et ceci jusqu'à l'arrêt (momentané) après le décès de Ron Asheton. Pause. Iggy enregistre un disque solo Préliminaires, avant de relancer The Stooges avec cette fois-ci le guitariste James Williamson en guise de revival Stooges période Raw Power. Second cycle : nouvelle tournée mondiale, légère pause avec l'enregistrement d'un autre album solo francophile, Après (2012), puis disque des Stooges avec Williamson,  Ready to Die (2013), et décès (après la tournée) du dernier Asheton, Scott, en mars 2014 (suivi en octobre 2015 du saxophoniste Steve Mackay). En attendant de faire revivre les morts et le lancement d'un dernier cycle post mortem stoogien, la sortie d'un nouvel album solo n'avait donc rien d'étonnant. La seule surprise fut finalement de vouloir payer un tribut à son ami Bowie avant la disparition de ce dernier. Quand le cynisme se drape de clairvoyance morbide.

Entouré de Dean Fertita, des QOTSA et de the Dead Weather, et de Matt Helders, des Arctic Monkeys, la paire Osterberg/Homme s'est donc réunie en secret de janvier à mars 2015 dans les studios californiens de Rancho De La Luna et de Pink Duck Studios pour enregistrer un disque qui évoquerait les deux premiers albums solo d'Iggy, The Idiot et Lust for Life. A l'écoute de la première chanson, Break into Your Heart, le groove hommien et la voix madré de Pop font merveille, les chœurs du leader des QOTSA poussant la ressemblance avec ceux du Bowie '77 de manière surprenante. Sans verser dans le plagiat ou la copie facile, l'album s'éloigne rapidement d'une éventuelle suite des deux glorieux disques précités : point de proto-new wave. Homme n'est pas Bowie, et ne cherche nullement à s'en rapprocher, à l'instar de son écriture et de ses riffs (trop ?) reconnaissables. De la à dire que l'hommage annoncé ressemble davantage à un effet d'annonce relayé par la chanson German Days...

A l'exception du funky et raté Sunday, et du lourdingue Vulture (coïncidence, ces deux chansons se suivent), les sept chansons restantes offrent à Pop un album tour à tour atypique, et un idéal espace récréatif, loin des dernières escapades solo taillées dans un caricatural costume de crooner pataud. Mieux le sexagénaire trouve en Homme un partenaire de jeu étonnamment complémentaire. Seul problème de poids et de taille, Post Pop Depression s'apparente davantage à un side-project du géant roux qu'à un véritable album solo de l'iguane (contrairement à Them Crooked Vultures). Certes, en comparaison avec 1977, l'emprise de Bowie sur les deux albums était également des plus audibles (The Idiot n'est-il pas le frère mal embouché de Low ?). Toutefois en 2016, beaucoup de chansons reprennent de nombreux plans typiquement hommien, efficaces, mais globalement prévisibles. On pourra toujours rétorquer qu'un Josh Homme en pilotage automatique reste toujours appréciable, ce qui n'est pas totalement faux, surtout quand celui-ci se débarrasse de ses élans pop.

Un side-project de qualité.



Titres :
1. Break into Your Heart / 2. Gardenia / 3. American Valhalla / 4. In the Lobby / 5. Sunday / 6. Vulture / 7. German Days / 8. Chocolate Drops / 9. Paraguay

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(1) Qu'on ne se méprenne pas. AC n'est en rien le disque grunge d'un quadragénaire qui souhaiterait faire revivre un passé sinon glorieux du moins « réhabilité ». Mais force est de constater que le retour en forme de l'iguane électrique ne pouvait que lui ouvrir les portes d'une nouvelle génération d'auditeurs après le très calibré FM Brick by Brick.

4 commentaires:

  1. Il prend la poussière sur mon disque dur depuis des semaines, j'avais presque fini par l'oublier !

    Toujours pas écouté mais ce que tu dis s'applique un peu à toute sa discographie, non ? Je veux dire qu'au final, le nouvel album d'Iggy Pop sonne toujours comme l'album du mec qui l'a co-écrit et/ou produit, et rarement comme autre chose. A quoi ça ressemble, finalement, un album d'Iggy Pop ? ^^

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    1. Oui c'est vrai qu'un album d'Iggy sonne souvent comme cela. A pondérer quand même par exemple à l'écoute Zombie Birdhouse qui colle davantage à son état de délabrement mental et physique. Et puis j'aurais du mal à affirmer qu'un album d'Iggy est par nature impersonnelle (enfin tout de dépend de quel côté on se place, pour le producteur, sans doute pas!).
      Toujours est-il que sur cet album, on dépasse le cadre de la ressemblance tant il sonne comme un projet parallèle de John Homme.

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  2. Tu as tout à fait raison. Mais comme un nouvel album de Josh Homme m'intéresse toujours plus qu'un nouvel album d'Iggy Pop (je n'avais d'ailleurs pas écouté ses deux derniers mais avais été agréablement surpris - tout étant relatif - par Ready to Die bien plus audible que The Weirdness), j'y trouve complètement mon compte. Mais en matière de side-project, on n'égale pas encore Them Crooked Vultures.

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    1. Oui on est très loin de TCV (que j'avais très moyennement apprécié à sa sortie et qui redécouvert sur le tard, est effectivement un très bon side-project), car finalement il s'apparentait davantage à la définition d'un supergroupe, alors qu'ici, pour PPD, on sent vraiment l'emprise de Homme

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