Cronico Ristretto : Spaces - Larry Coryell (1970)

Guitariste reconnu par ses pairs comme un des plus influents de sa génération, Larry Coryell n'en reste pas moins peu familier du grand public. Pionnier du jazz rock avec son groupe The Eleventh House, il serait pourtant dommage de cantonner l'homme à son passé seventies tant sa grande versatilité lui permit de côtoyer nombre de musiciens prestigieux dans des styles très différents. De ses débuts avec le quintet de Chico Hamilton au milieu des années 60, Coryell s'émancipe rapidement et signe un premier disque solo en 1968 intitulé Lady Coryell. L'année suivante, le guitariste rencontre la future crème du jazz électrique.

Pour ce nouveau album nommé Spaces, Larry Coryell s'adjoint en effet les services de sidemen dont les CV ont de quoi faire pâlir aujourd'hui : deux membres de la formation de Miles Davis, le guitariste John McLaughlin et le pianiste Chick Corea, plus un batteur prochainement recruté par l'ombrageux trompettiste, Billy Cobham, et enfin le bassiste prodige Miroslav Vitous (1). Une dream team pour un jazz électrique de première qualité ? La réponse est foncièrement affirmative.

The Omen (La malédiction) - Richard Donner (1976)

Sorti dans les salles obscures au Royaume-Uni le 6 juin 1976 (les amateurs apprécieront l'opportunisme mercantile et la juxtaposition des trois 6), La malédiction de Richard Donner est un classique du cinéma d'horreur des années 70. Premier volet d'une trilogie [1] cinématographique narrant l'ascension et la chute du fils du diable, ce long métrage n'avait d'autre ambition que d'offrir au public chrétien sa dose de peur apocalyptique, et à la Fox, productrice du métrage, de profiter du précédent succès signé par la Warner, L'exorciste de William Friedkin, sorti trois années plus tôt. Par sa mise en scène signée par un « jeune » cinéaste de 46 ans, ayant davantage fait ses armes à la télévision [2], son scénario écrit par un quasi débutant en matière de fiction [3], et son casting hollywoodien pré-gériatrique, The Omen avait de quoi frustrer le déviant lambda. Mais n'allons pas trop vite...

Rome, un 6 juin à 6h du matin, meurt à la naissance le fils de l'ambassadeur étasunien Robert Thorn (Gregory Peck). Le père Spiletto le convint d'adopter secrètement à l'insu de sa propre femme un orphelin dont la mère vient de mourir en couche. Robert et Katherine Thorn (Lee Remick) prénomment leur fils Damien. Tandis que l'enfant grandit sans souci, d'étranges phénomènes gravitent autour de l'enfant âgé désormais de cinq ans, tel le suicide inexpliqué de sa gouvernante le jour de l'anniversaire du jeune garçon. Mis en garde par le père Brennan (Patrick Troughton) à propos de l'origine mystérieuse de son fils adoptif, puis par le photographe Keith Jennings (David Warner), Robert Thorn va découvrir peu à peu prendre conscience de l'effroyable vérité : Damien n'est autre que l'Antéchrist...

Cronico Ristretto : Ming - David Murray (1980)

Découvert sur le tard par le préposé lors de la sortie de son excellent album Qwotet, ou une relecture jazz de la musique créole (1), celui-ci garde également un souvenir mémorable de la prestation du monsieur lors de la tournée du dit album : charismatique, inspiré et maitre de son instrument sachant s'entourer de sidemen de qualité dont un jeune guitariste de 20 ans tout bonnement bluffant.

Jeune musicien précoce, David Murray le fut aussi. Débarquant à New-York à tout juste 20 ans, le saxophoniste fait rapidement parler de lui, aidé par l'agent de l'écrivain Stanley Crouch, son colocataire. Dans le sillage de ces illustres aînés, Archie Shepp et Albert Ayler, le jeune Murray évoque les mêmes qualités expressionnistes et le même pouvoir d'abstraction. A 21 ans, il enregistre ses deux premiers disques, Flowers for Albert (Ayler of course) et Low Class Conspiracy. De plus en plus prothéiforme, il intègre le prestigieux World Saxophone Quartet de Julius Hemphill, puis diverses formations à géométrie variable, du big-band à l'octet jusqu'au trio.

Jodorowsky's Dune - Frank Pavich (2013)

Présenté à La Quinzaine des réalisateurs, le documentaire de Frank Pavich, Jodorowsky's Dune, fut l'un des événements de l'avant dernier Festival de Cannes. Gravé dans l'inconscient collectif comme un chef d'oeuvre inachevé, resté à l'état d'embryon faute de financement supplémentaire, l'adaptation du roman culte de Frank Herbert par Alejandro Jodorowsky aura suscité et nourri nombre de fantasmes depuis quatre décennies. Pouvait-il en être autrement compte tenu de l'ambition démesurée du chilien, du casting retenu et des personnes impliquées dans ce projet bigger than life pour reprendre l'expression anglophone ? A charge pour Frank Pavich, déjà auteur à l'âge de 22 ans du documentaire N.Y.H.C retraçant l'histoire du hardcore new-yorkais, de nous conter à partir des interviews des protagonistes de l'époque, cette aventure humaine commencée en 1973.

« Je voulais faire un film qui donnerait aux personnes les hallucinations du LSD sans en prendre. [...] je voulais fabriquer les effets de la drogue. [...] Ce que je voulais c'était créer un prophète ».

Une introduction qui en dit long sur la vision de Jodorowsky. Dune devait lui permettre d'aller encore plus loin que ces précédents longs métrages. Désireux à la fois d'ouvrir de nouvelles perspectives, et de toucher au sacré par la venue de ce dieu artistique, la tâche du réalisateur d'El Topo s'avérait ardue et allait prendre la forme d'un combat.

Slowly We Rot - Obituary (1989)

Du premier album d'Obituary, le préposé se souvient de cette introduction lugubre, de ce soupir malsain plongeant immédiatement l'auditeur dans l'univers sonore d'un film gore eighties ; avant ce choc, cette voix unique et écorchée sortie d'outre tombe. Découvert en retard, soit cinq années après sa sortie en 1989, ce disque au titre fleurant bon la décomposition, Slowly We Rot, fut le billet d'entrée du préposé pour le death metal, ou l'un des mouvements musicaux les plus bouillonnants que connut la musique underground à la fin des années 80 - début des années 90.

Détail pittoresque pour présenter cette époque turbulente, ce metal mortuaire adolescent trouve son berceau en un lieu précis, terre d'accueil des retraités étasuniens et plus populaire pour son soleil et son climat subtropical que pour sa musique extrême : La Floride. La ville de Tampa fut ainsi de manière surprenante à la fois le point de concentration de nombre de formations de ce mouvement naissant : Death, Obituary, Morbid Angel, Deicide, Nocturnus, Malevolent Creation, Atheist, Massacre [1], et également le point de ralliement de la scène nationale puis internationale avec les studios Morrisound Recordings des frères Morris, véritable architecte sonore des premiers enregistrements du genre.