Bad Biology - Frank Henenlotter (2008)

Dix-sept années après Basket Case 3, dernier volet des aventures de la fratrie Bradley, Frank Henenlotter sortait de sa réserve en 2008 avec Bad Biology. De cet interminable hiatus qui soulignait les usuelles difficultés de cet intransigeant chantre du cinéma d'exploitation à produire ses projets, à sa collaboration avec la société d'édition Something Weird Video, dans le cadre de la collection Sexy Shockers, cette pause forcée, brisée par ce retour inespéré, du moins inattendu, n'avait nulle raison de calmer les ardeurs transgressives du réalisateur de Frankenhooker. Au contraire. 

Erreur génétique pour les médecins, diagnostiquée atteinte du syndrome d'excitation génitale persistante, Jennifer (Charlee Danielson) est née avec sept clitoris, "demandant sans cesse de l'attention". La jeune femme ne cherche pas l'amour, "ni noms ni câlins, juste du sexe", seul un orgasme libérateur. Et tant pis si au cours de ses ébats "ça devient trop bestial", au risque d'entraîner la mort de ses partenaires et de donner naissance à des bébés mutants. Batz (Anthony Sneed) a eu le sexe sectionné par accident à sa naissance. Recousu, son pénis fut longtemps incapable d'être en érection, avant que le jeune homme ne lui injecte des stéroïdes et des hormones. A mesure, son sexe a grossi, et a développé sa propre conscience. Depuis Batz va de dealer en dealer, en quête de médicament de plus en plus fort, afin de calmer cette "bite camée qui réfléchit toute seule". Quand Jennifer rencontre Batz, elle devient obsédée par lui, convaincue qu'il est le seul homme qui puisse la satisfaire...

Produit par le rapper underground R.A. 'The Rugged Man' Thorburn [1], avec des moyens financiers extrêmement limités (on y reviendra), Bad Biology est à l'image de son synopsis, certifié AOH, Appellation d'Origine Henenlotterienne. Excessif, ce sixième long-métrage se place, sans surprise, idéalement dans la filmographie d'un Frank Henenlotter nullement assagi, malgré ses années de diète contrainte.

Archives du vent - Pierre Cendors (2015)

  
Chronique précédemment publiée sur le site Fondu au Noir

Cinquième roman de Pierre Cendors, Archives du vent, créa l'événement lors de sa sortie en septembre 2015. A juste titre tant celui-ci apparaît des des plus singuliers. Thriller métaphysique, roman initiatique, Cendors aime brouiller les pistes, jouer avec les frontières, floues de préférence.
  
Inventeur d'une nouvelle technologie, le Movicône (pour  movie et icône), procédé d'archivage numérique qui permet de créer un film avec des acteurs disparus, le réalisateur Egon Storm cède à son ancien camarade d'étude et propriétaire du lunaire, obscur ciné-club de Munich, Karl Oska, le droit exclusif d'exploiter sa trilogie, dont le premier volet, Nebula, doit sortir le premier jour de l'équinoxe d'automne, suivi tous les cinq ans, à la même date, du deuxième et troisième volet, La septième solitude et Le rapport Usher. Retiré du monde, solitaire, habitant désormais dans le nord-ouest de l'Islande, Storm mentionne dans un ultime message l'existence d'un mystérieux Erland Solness, clé d'un inédit quatrième film...

Cinquante nuances plus claires - James Foley (2018)

Pour le meilleur et pour le pire, et surtout le pire. Une année après le deuxième épisode de la franchise Essémobluettopouet-pouet, qui s'était conclue par les fiançailles du sémillant couple, Christian Grey et Anastasia Steele, l'heure est venue de faire les comptes. Tourné dans la foulée des nuances dites plus sombres, Cinquante nuances plus claires ne déroge pas à la réputation des précédentes adaptations des best-sellers d'E. L. James. Nullement handicapé par un énième accueil critique assassin, ce troisième film se distingue de nouveau par sa rentabilité, confortant une fois encore la recette éprouvée de l'adaptation cinématographique d'une série à succès. Fort d'une accroche fleurant bon le double sens faussement sulfureux (Don't miss the climax [1]), Cinquante nuances plus claires n'avait d'autre finalité que de renverser les codes du premier volet (l'affiche répond de manière opposée à celle des Cinquante nuances de Grey) en offrant à notre pervers narcissique (et plus si affinité) les joies de la parentalité en guise de dénouement. Courage, le calvaire est bientôt terminé.
 
Jeunes mariés, Christian (Jamie Dornan) et Ana (Dakota Johnson) profitent pleinement de leur lune de miel en France quand celle-ci est interrompu. Un incendie criminel dans les locaux de Grey Enterprises, dont l'auteur n'est autre que Jack Hyde (Eric Johnson), l'ancien patron d'Ana, sonne la fin de leur voyage de noce sur la Côte d'Azur. Alors qu'Anastasia commence tout juste à s'adapter à son nouveau rôle de Madame Grey et que Christian s'ouvre finalement à elle, cette nouvelle menace met en péril leur vie commune avant même qu'elle n'ait débuté...

De Palma - Noah Baumbach & Jake Paltrow (2015)

Dans le cadre de la rétrospective que lui consacre la Cinémathèque française du 31 mai au 4 juillet prochain, Carlotta édite ce mercredi en Blu-ray et DVD le documentaire éponyme, De Palma, signé par Noah Baumbach (Frances Ha) et Jake Paltrow (Young Ones). Réalisateur virtuose, figure du Nouvel Hollywood, compagnon de route de Scorsese, Lucas ou Spielberg, héritier d'Alfred Hitchcock, cinéaste politique, découvreur de Robert De Niro, chantre du voyeurisme sur pellicule, la liste pourrait s'allonger presque indéfiniment, tant Brian De Palma s'inscrit, telle une évidence, comme l'un des grands noms du cinéma de ces cinquante dernières années. Auteurs de multiples chefs-d'œuvre, et autres longs-métrages incontournables, qui ont ouvert à la cinéphilie nombre de jeunes passionnés, le réalisateur de Pulsions revient au cours de ce documentaire éponyme, en un peu moins de deux heures, sur sa filmographie, de ses débuts de cinéaste indépendant, à sa place particulière dans le système hollywoodien à partir des 70's, jusqu'à sa nouvelle position d'électron libre depuis une dizaine d'années [1].

Tournée pendant une semaine au cours de l'année 2010, dans le salon de Jake Paltrow, cette série d'entretiens est, on l'aura compris, à conseiller en premier lieu aux aficionados de Brian De Palma tant le fond prime sur la forme [2]. Leçon de cinéma illustrée par de nombreux extraits de ses œuvres, ce documentaire retrace chronologiquement comment ce jeune nerd provenant de la Columbia University fut happé par le cinéma après son passage au Sarah Lawrence College.