À armes égales (The Challenge) - John Frankenheimer (1982)

Deux ans après la réédition de huit films, dont quatre réalisés par Frank Henelotter (la trilogie Basket Case et Frankenhooker), la Midnight Collection signée Carlotta est de retour ce mercredi 25 juillet avec un nouveau titre : À armes égales de John Frankenheimer. Metteur en scène étasunien dont l'âge d'or se situe dans les années 60, maître du thriller politico-social (Un crime dans la tête en 1962), réalisateur de quatre longs métrages avec Burt Lancaster, du Prisonnier d'Alcatraz (1962) au Parachutistes arrivent [1] (1969), Frankenheimer alterna, par la suite, autant les genres cinématographiques que les films intimistes et les superproductions, les succès populaires que les échecs commerciaux. A l'orée des années 80, après un film d'horreur Prophecy sorti en 1979, fable écologique grand-guignolesque avec son grizzly mutant, lui est confié un nouveau projet bis dans l'ère du temps, un film d'action et d'arts martiaux. Fraichement accueilli à sa sortie, À armes égales connut, à l'instar d'autres camarades, un regain d'attention lors de son exploitation en VHS. Disponible pour la première fois en version restaurée en Blu-ray et DVD.
 
Los Angeles, 1982. Rick Murphy (Scott Glenn), un boxeur en fin de carrière, est recruté par Toshio (Sab Shimono) et Akiko (Donna Kei Benz), fils et fille du maître Yoshida (Toshirô Mifune), pour rapporter clandestinement au Japon un sabre appartenant à leur famille, perdu depuis la fin de la Seconde guerre mondiale. À peine arrivé à l'aéroport d'Osaka, il est kidnappé par les hommes de main de Hideo (Atsuo Nakamura), puissant homme d'affaires mais aussi le frère et ennemi juré de maître Yoshida, prêt à tout pour récupérer le sabre…


Second long métrage produit pour le grand écran par la branche cinéma de la chaine de télévision CBS [2], The Challenge s'inscrit, en plus d'appartenir à la mode du sous-genre arts martiaux made in USA, dans la série des films étasuniens tournés au Japon. D'un script originel écrit par Richard Maxwell dont le récit se situait en Chine, le scénario corrigé par le spécialiste bisseux John Sayles (Piranha, Alligator, Hurlements) et John Frankenheimer reprend dans les grandes lignes, et à grand trait, l'usuelle problématique du conflit entre les traditions et la modernité, le personnage principal américain devenant ainsi, bien malgré lui, le témoin de l'opposition entre les valeurs traditionnelles japonaises et celles importées de l'occident.   

Premier grand rôle de Scott Glenn, Rick Murphy incarne au départ l'archétype du yankee arrogant et cynique. Au centre de ce duel fratricide Yakuza Vs Samourai, Murphy le loser découvre à mesure l'honneur, la discipline et le devoir incarné par le preux maître Yoshida. Entre l'austérité d'un Clint Eastwood, l'apathie du moustachu Chuck Norris et une apparence à la David Carradine, la performance de l'ex-Lieutenant Richard M. Colby (Apocalypse Now) répond en quelque sorte au cabotinage du grand Toshirô Mifune.

 
Mise en scène par un Frankenheimer dans le creux de la vague (et le nez dans la gnôle [3]), À armes égales garde l'écrin d'une série B efficace, en dépit d'une histoire qui aurait gagnée, sans aucun doute, à être moins prévisible (de l'initiation du boxeur à son histoire d'amour improbable avec Akiko). Qu'importe. Les amateurs trouveront matière à satisfaire leur appétit [4] bis, à l'image de la séquence finale avec crâne fendu en sus. Pour l'anecdote, enfin, À armes égales fut la première expérience cinématographique de Steven Seagal, derrière la caméra, en qualité de chorégraphe des scènes de combat.

A découvrir.   

 
Crédit photos : À ARMES ÉGALES (THE CHALLENGE) © MCMLXXXII CBS BROADCASTING INC. Tous droits réservés.


The Challenge (À armes égales) | 1982 | 110 min | 1.85 : 1 | Couleurs
Réalisation : John Frankenheimer
Scénario : Richard Maxwell & John Sayles
Avec : Scott Glenn, Toshirô Mifune, Donna Kei Benz, Atsuo Nakamura, Clyde Kusatsu
Musique : Jerry Goldsmith
Directeur de la photographie : Kôzô Okazaki
Montage : John W. Wheeler  ___________________________________________________________________________________________________

[1] S'ajoute à la liste les deux autres classiques Sept Jours en mai et Le Train, sortis tous deux en 1964.

[2] De 1979 à 1985, CBS Theatrical Films produisit onze films, de Black Roads (1981) au Bateau phare (1985), premier long métrage américain réalisé par Jerzy Skolimowski et Prix Spécial du Jury à la Mostra de Venise. 

[3] Dixit le cinéaste dans le livre d'entretien John Frankenheimer: A Conversation with Charles Champlin.

[4] Deux ans avant Indiana Jones et le temple maudit, le film nous offre une scène de repas croquignolette à base d'écrevisse et d'anguilles crues.      
 

Aucun commentaire:

Publier un commentaire