How I Got Over - The Roots (2010)

How I Got Over ou la nouvelle offrande des années paires (1) de la formation en provenance de Philadelphie, The Roots. Après un Rising Down légèrement en demie-teinte (2), Black Thought et ?uestlove remettent le couvert. Un neuvième album pour un groupe qui n'a certes plus grand chose à prouver, suffisant pour écouter alors d'une oreille distraite ce lumineux How I Got Over comme pourrait le laisser suggérer sa pochette? Plutôt deux fois qu'une, mais...

Rising Down avait laissé un sentiment mitigé, un album "mineur", son prédécesseur lui faisant bien trop d'ombre en dépit de ses atmosphères paranoïaques et denses avec une constante tout de même, cette capacité à écrire des chansons suffisamment mélancoliques à l'émotion intacte, ne laissant jamais la place au pathos à l'image d'un Radiohead (3). Criminal issu de ce désormais avant-dernier disque pourrait dès lors servir de lien ou de transition idéale avec ce nouvel essai, How I Got Over, ou un savant équilibre entre l'engagement et la tristesse.

Comme à leur habitude, les deux têtes pensantes ont fait appel à nombre de featuring, des habitués de plus ou moins longue date (Dice Raw, Peedi Peedi, Porn), quelques nouveaux venus pouvant laisser craindre un affadissement voire un ratage du fait de leur provenance musicale (Monsters of Folk, Joanna Newson) et d'autres (supposés) plus proches de leurs aspirations (Blu, John Legend, Phonte Coleman). Dans le deuxième cas de figure, voir effectivement se côtoyer deux groupes ou artistes catalogués Indie Folk attisait autant la curiosité que le doute... s'il ne s'agissait pas des Roots. Et on dénote même sinon une prise de risque tout du moins une ambition réelle de la part du combo de Philly. Quand bien même l'Indie Folk aurait le vent en poupe ces derniers temps, la facilité aurait été de faire appel à des personnalités plus à même de toucher un large public, les passerelles entre la pop et le hip-hop ayant déjà fait ses preuves depuis de nombreuses années (4).

Un album à part dans leur discographie, ce dernier étant scindé en 2 (voire 3) parties (relativement) distinctes, dont on retiendra en particulier pour les amateurs d'ambiances intimistes la première qui occupe pratiquement la face A d'How I Got Over. Cinq premières chansons à la fluidité déconcertante, un prolongement naturel évoquant l'unité sonore d'un What's Goin' On, du lumineux A Peace of Light, à l'émouvant Dear God 2.0 aux groovy Radio Daze et Now or Never. Autant le précédent disque semblait refermé sur lui-même, autant celui-ci en est l'opposé, la chanson éponyme prenant le contrepied de la mélancolie (latente?) de cette face A.

Une face B dès lors plus enlevée qui aura aussi le désavantage de s'étioler plus on s'approche de la fin, les deux derniers titres (Web 20/20 et Hustla) arrivant comme un cheveu sur la soupe (des bonus en somme), ou la conclusion d'une face très inégale ayant aussi l'avantage de couper court aux errements en cours... Tout avait pourtant bien débuter avec l'énergiquement frais The Day et le fraichement énergique Right On accompagnés par la chanteuse Patty Crash et la voix samplée de Joanna Newson respectivement (5). Or de nouveau, l'impression ressenti lors de Rising Down se confirme, le groupe tient de moins en moins la distance, Doin' It Again avec un sample de John Legend et The Fire avec ce dernier en invité plongeant encore un peu plus la deuxième partie d'How I Got Over (ou le préposé à la chronique) dans le scepticisme (6)... d'autant plus fâcheux que cet album est aussi le plus concis des Roots, soit un peu plus d'une quarantaine de minutes.

How I Got Over ou l'album le plus mélodieux le temps d'une face A mémorable suçant la substantifique soul mais aussi le plus inégal... avec une face B synonyme de déception (gâchis?).

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(1) Depuis Phrenology (2002), chaque nouvel album (sauf compilation) sort tous les deux ans... amis des statistiques, bonsoir.

(2) Suivant le phénoménal Game Theory (2006), l'album était quelque peu décevant malgré une première partie globalement enthousiasmante.

(3) You and Whose Army? de Radiohead ayant été samplé sur la chanson Atonement.

(4) Encore que concernant le groupe, ces derniers avaient déjà tenté l'expérience à l'époque de Phrenology avec la débutante Nelly Furtado sur Sacrifice.

(5) Soit une version retravaillée vocalement de sa chanson The book of Right On sur l'album de la demoiselle The Milk-Eyed Mender.

(6) Legend n'apporte rien, ou plutôt si... ça déborde de partout avec ce sentiment désagréable et tenace que les arrangements les plus clinquants (hommage aux 80's?) ont encore de "beaux restes" pour les années à venir sous couvert d'une modernité boiteuse...

4 commentaires:

  1. Je l'ai écouté une fois distraitement... je repasserai! :-)

    SysT

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  2. @ Syst: mais repassez donc nous voir cher ami à l'occasion :-D

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  3. Ouais j'ai un peu le même constat. Et les refrains trop r'n'b m'ont vraiment dérangé.
    Aux premières écoutes, je l'avais trouvé vraiment très bon. Mais finalement, il est loin d'être inoubliable, tout en étant super agréable.

    J'étais arrivé à la même conclusion : l'album est scindé en deux. Les bons morceaux et... les mauvais. :)

    http://brainfeedersandmindfuckers.blogspot.com/2010/06/chorals.html

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  4. @ Nathan: C'est d'autant plus frustrant que l'album est relativement court... au final y'avait de quoi faire un bon EP ^^
    Pour l'aspect RnB, je ne suis pas d'accord, on est loin de la pose caramel avec son lot de racolage et de facilité. Extrêmement mélodique par moment, les refrains prenant peut-être trop de place pourquoi pas, mais ReuNeuBeu, je ne trouve pas ;-)

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