TunnelVision Brilliance - Scott Reeder (2006)

L'homme de prime abord est des plus sympathiques, et le fait d'être l'ancien bassiste de Kyuss ne joue forcément pas en sa défaveur, bien au contraire. Or contrairement à ces anciens camarades de jeu (le guitariste Josh Homme au sein des désormais célèbres Queens of the Stone Age, le chanteur John Garcia voire même le batteur Brant Bjork), Scott Reeder aura confirmé indirectement l'adage populaire qui veut que le bassiste de rock est par définition un homme effacé. Dès lors, avant de publier un album solo ou de créer son propre groupe après l'arrêt de la formation culte de Palm Desert, l'ancien remplaçant de Nick Oliveri allait-il multiplier les diverses apparitions louant ses services et son groove stoner? La demande étant des plus faibles (1), Reeder se fit plutôt la main en produisant quelques albums appartenant ou non à cette sainte chapelle (2), en attendant...

Après avoir composé dans son coin durant presque deux décennies son propre répertoire, Reeder sortit finalement en 2006 son premier et unique album solo intitulé TunnelVision Brilliance.

A juste titre, au vu de la carte de visite du bassiste, l'amateur de rock pouvait s'attendre à un énième disque de stoner, classique certes mais sans surprise, Reeder invitant ici ou là quelques connaissances et amis comme souvent en pareil cas. C'était bien vite omettre la nature effacée (?) de notre homme, Reeder enregistrant l'archétype même de l'album solo, ce dernier s'occupant aussi bien seul, de la production, de la composition et de l'interprétation... au service d'un disque intimiste?

Le réflexe premier de croire que l'ancien bassiste de The Obsessed ou de Kyuss allait faire revivre le fantôme des deux groupes cités était donc sans contexte illusoire même pour les plus naïfs. Reeder du fait de son rôle mineur avait peu de chance de vouloir jouer les fossoyeurs. TunnelVision Brilliance étant le fruit d'un long processus de la part de son géniteur, l'influence d'un Lunar Womb ou d'un Welcome to Sky Valley ne pouvait être que quasi nulle.

A l'écoute de l'introduction When I Was, le doute n'est plus permis. L'ombre d'un Black Sabbath désertique a disparu au soleil, TunnelVision Brilliance s'annonce différent. Un album où transparait indéniablement diverses influences 70's, Reeder saupoudrant au gré du disque des atmosphères planantes évoquant le Floyd de la période 73-75 (The Silver Tree, To An End) mais pas seulement. L'auteur a la tentation ou plutôt l'envie de brasser un large spectre de ses préférences musicales n'hésitant pas à surcharger son disque d'arrangements maladroits qu'on aurait très vite envie de classer dans le neo-prog (Thanks, The Fourth)... A cela ajoutez que l'écriture de TunnelVision Brilliance s'étale sur presque 18 ans, delà à pointer très vite le cruel manque d'unité du dit disque... Un défaut inhérent à ce genre de projet qui était difficilement évitable. Rédhibitoire? Pas tant que cela, l'impression d'écouter un patchwork musical tend à disparaitre au fur et à mesure pour laisser apparaitre ce qu'est véritablement cet album, une mise à nu du bassiste, avec ses qualités à l'image de When? ou Queen of Greed, où Reed s'essaie et réussit le cap de la chanson minimaliste, et ses défauts, certaines chansons comme la balade For Renee ou The Day of Neverending risquent de décontenancer les stoners pur et dur du fait de leur ambiance synthétique (sans compter son tribute à la bande originale de Gwendoline (3)).

Un album anecdotique mais, à l'image de son auteur, attachant par moment.

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(1) Celui-ci fut pressenti un temps pour remplacer Paul D'Amour au sein du groupe Tool avant la sortie d'Ænima (1996), puis tenta la loterie métallique de 2003 pour savoir qui serait le futur remplaçant de Jason Newsted...

(2) En particulier Coup de Grace (2002) des anglais Orange Globin ou plus étonnant le deuxième album de Sunn O))), ØØ Void (2000).

(3) Oui j'ai conscience que comparer l'ancien bassiste de Kyuss et de The Obsessed à Pierre Bachelet est une vacherie sans nom, mais à l'écoute de ce truc nommé Away, on croirait sorti ce très dispensable instrumental synthético-oriental d'un jingle New-Age des années 80...

2 commentaires:

  1. mais elle est très bien la b.o. de Gwendoline mais ça vaut pas la b.o. de Le Notti Erotiche dei Morti
    http://www.youtube.com/watch?v=YRNjpY8GaxE ;-)

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  2. @ Diane: C'est certain que le fan de Pierre Bachelet peut retrouver ses petits en écoutant la BO de Gwendoline, puisqu'il y a des ébauches de ses futurs hits (L'an 2001, etc.)...

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