Live report : Master Musicians of Bukkake / Swans / Neurosis à Villette Sonique - 25 mai 2013

L'affiche du 25 mai du festival Villette Sonique avait de quoi faire saliver l'amateur de musique alternative, avec une mention spéciale pour les initiés en matière de musique barrée et en décharges bruitistes et telluriques : Master Musicians of Bukkake, Michael Gira et ses Swans, et enfin le retour de Neurosis après cinq ans d'absence.

Débuter une telle soirée annonciatrice de saturation pouvait compliquer l'appréciation des néophytes à la performance de MMOB. Offrir en guise de préliminaire, une dose de psychédélisme sous la forme d'un show ésotérique (avec cierges en supplément) et de parodie transcendantale avait en effet de quoi déconcerter l'assistance (encore qu'avec un tel patronyme, le public pouvait légitimement s'attendre à quelque chose de particulier). Et alors ? Bien que scindé en deux sets distincts, le premier n'était pas à proprement parlé celui des Master Musicians (seulement trois membres non déguisés étaient présents sur la scène, cachés derrière leurs synthés plus ou moins vintage). Avec en toile de fond, des animations psyché accompagnées d'une musique électronique 70's misant sur les basses (1), cette première partie d'une vingtaine de minutes laissa rapidement sa place au plat de résistance avec son atmosphère décalée et ses costumes moyen-orientaux. Ouvrant le (véritable) set avec People Of The Drifting Houses issu de Totem One (2009), premier chapitre de leur trilogie, le ton était donné. Avec une partie de la playlist centrée sur leur prochain disque (qui sortira le 10 juin), le concert annonçait la prochaine évolution du groupe, un peu moins borderline musicalement. A suivre. 

Leur concert est disponible sur le site internet Liveweb d'Arte.

 
Master Musicians of Bukkake


Assister à un concert des Swans fait partie des expériences à vivre au moins une fois dans sa vie, et pas seulement pour les acouphènes que vont vous prodiguer ses terroristes du son (2). Loin d'être des plus accommodants sur scène (tout du moins au début du concert), Michael Gira et ses sbires proposèrent un set assourdissant au sens propre, comme au sens figuré. Véritable chef d'orchestre, n'hésitant pas à coordonner par exemple le jeu de ses batteurs et percussionnistes, Thor Harris et Phil Puleo, Gira livra une prestation marquante, sans compromis, à l'image des trois décennies d'existence de son groupe. L'album de la reformation des Swans, My Father Will Guide Me up a Rope to the Sky, avait été sans conteste l'un des albums de l'année 2010, après leurs 90 minutes à Villette Sonique, l'envie de découvrir The Seer sorti en 2012 devenait dès à présent un besoin insatiable pour le préposé docteur. LE concert de la soirée.


 

Michael Gira

 
Christoph Hahn (à gauche) et Phil Puleo (à droite) des Swans


Annoncée depuis début janvier, la venue de Neurosis était de prime abord un événement en soit. Cinq années après leur dernière apparition sur le sol français, correspondant à la sortie de leur précédent album, Given to the Rising, leur retour en support à l'efficace Honor Found in Decay sorti l'année dernière était plus qu'attendu. Figure incontournable du metal au fil des années, après le fondateur Souls at Zero (1992), les musiciens d'Oakland auront été au cours des deux dernières décennies une source d'inspiration pour de nombreux groupes et genres musicaux, les plaçant directement comme les géniteurs du post-hardcore/metal. A charge donc pour Scott Kelly et Steve Von Till de faire oublier ces cinq années « perdues » (3).

Principalement axée sur les deux derniers albums, avec néanmoins en guise de rappel Locust Star de Through Silver in Blood (1996), la setlist s'embarrassa donc peu des classiques des 90's (4). Au-delà de cette petite déception, les quatre musiciens présentèrent néanmoins un concert massif et puissant. Non, le vrai reproche vient finalement du manque de spontanéité. Très (trop ?) professionnel, l'absence de prises de risque se fit tout de même sentir. Ajoutez à cela, des intermèdes ambient entre chaque titre cassant automatiquement le rythme, ce bon concert, en dépit de l'interprétation sans faille du groupe, laissa un sentiment quelque peu mitigé.   

Le concert de Neurosis est également disponible sur le site internet Liveweb d'Arte.

Setlist : 
01. My Heart for Deliverance / 02. At the End of the Road / 03. Distill / 04. At the Well / 05. The Tide / 06. We All Rage in Gold / 07. Bleeding the Pigs / 08. Given to the Rising / 09. Locust Star

 
Les deux guitaristes de Neurosis : Scott Kelly à gauche et Steve Von Till à droite

Un Scott Kelly en pleine forme

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(1) Quatre enceintes faisant office de caisson de basse étaient disposées entre le premier rang et la scène. Le préposé put ainsi profiter à sa guise d'un massage particulier durant une majeur partie du concert.

(2) La courte balance des musiciens avant leur show, en particulier les quelques notes jouées par le bassiste Chris Pravdica, donnait en avant propos déjà la pleine mesure du niveau sonore qu'allait atteindre leur set. 

(3) A relativiser tant Kelly fut sur de nombreux fronts, entre albums solo et side-projects dont l'excellent super-groupe Shrinebuilder (avec Scott "Wino" Weinrich des cultes St Vitus/The Obsessed, Al Cisneros d'Om/Sleep et Dale Crover des Melvins).

(4) Time of Grace, chanson éponyme de l'album de 1999, faisait partie de la setlist mais ne fut pas jouée...

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