Nu Bop - Matthew Shipp (2002)

Comme je l'avais écris il y a déjà longtemps (remember l'énigmatique billet intitulé Un bistouri, des bivalves et Miami...), on a tendance à retenir en matière de croisement jazz et musiques électroniques surtout la scène norvégienne avec comme figures de proue : Nils Petter Molvær, Bugge Wesseltoft, Eivind Aarset ou Audun Kleive. Enfin faisons amende honorable, "on a tendance"... "j'avais tendance" serait plus juste... avant de découvrir le pianiste Matthew Shipp et son album Nu Bop.

Il serait bon d'éviter par moment les références quand on souhaite décrire le style d'un artiste, quand bien même celles-ci sont plutôt élogieuses (et en écrivant ceci, je me rends bien compte que je ne suis pas le dernier à utiliser ces effets de manche). Prenez Matthew Shipp, dans un premier temps, il a été annoncé comme le nouveau Cecil Taylor, du fait de son jeu dense au piano et percussif. Puis à la sortie de ce Nu Bop en 2002, c'est maintenant Herbie Hancock et en particulier son Headhunters qui pointe son nez. Certes, on a vu pire. Ceci dit, si lien il doit y avoir avec le géniteur de Chameleon, cette filiation se retrouve plus au niveau du fond que de la forme, et dès lors, l'ombre de Miles Davis n'est jamais si éloignée.

Matthew Shipp décrit Nu Bop par ces mots: “Je sais qu’il existe un nouveau monde à explorer entre le free-jazz et les rythmes programmés qui semblaient deux choses impossibles à associer. Mais il s’agit du même contexte urbain“. Finalement comme ses aînés, Shipp s'inspire des musiques actuelles pour broder autour, tel Miles Davis en son temps. Cela dit, pour en revenir à Herbie, Nu Bop par certains aspects rappelle plus l'album expérimental d'Hancock Sextant (chroniqué en 2008) ou Fat Albert Rotunda que son hymne au jazz funk de 1973... car expérimental, Nu Bop l'est assurément. Et Shipp s'en donne aussi les moyens. Entouré par des musiciens free-jazz ayant souvent joués ensemble et indissociables de la scène new-yorkaise tels que William Parker à la contrebasse (compagnon de route de Cecil Taylor (finalement on y revient...) mais aussi de Shipp sur des précédents albums) et le souffleur (flûte & saxophone) Daniel Carter. A cela s'ajoute le batteur Guillermo E. Brown et un certain Flam aux synthétiseurs et à la programmation (qu'on retrouvera plus tard comme ingénieur du son pour DJ Spooky).

Alors comment décrire la musique de Nu Bop? Finalement, il me parait difficile de ne pas citer d'autres musiciens pour se donner une idée immédiate, à la fois le jazz funky acoustique de Fat Albert Rotunda, les effets électroniques d'un Amon Tobin, le jazz urbain d'un Medeski, Martin and Wood le tout chapeauté par un exigeant pianiste de free jazz. Pour preuve, Nu Bop débute par un Space Shipp nous conviant à la fois aux boucles toutes droit sorties d'un Out From Out Where et à une introduction au piano digne d'un Happier Than the Morning Sun de Stevie Wonder, soit une très belle mise en bouche avant de passer aux choses sérieuses avec le déconstruit morceau éponyme Nu Bop. L'une des grandes qualités de cet album provient aussi de sa diversité, Matthew Shipp n'hésitant pas à proposer plusieurs morceaux exclusivement acoustiques, seul au piano (ZX-1) ou pour un duo contrebasse/flûte (X-Ray). Car je ne l'ai sans doute pas assez souligné, si musiques électroniques il y a, Shipp reste ancré quant à lui à jouer une musique acoustique, point de Fender Rhodes ou de synthés. Ainsi Nu Bop est avant tout un album de free jazz s'inspirant des musiques actuelles mais aussi du jazz funky des 60's et des musiques latines (ici la samba).

Nu Bop, un album qui mérite d'être redécouvert, et sans conteste l'un des albums jazz de 2002.


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