Dünyayı Kurtaran Adam ou le Saint Graal nanar?

Avant-hier soir en regardant pour la deuxième fois le chef d'œuvre de Jean-Marie Pallardy, White Fire (1), je me suis souvenu à juste titre qu'une production turque était toujours un gage de qualité (que l'admirateur de Yor, le chasseur du futur me jette la première pierre!). Pourtant, force est de constater qu'on est jamais aussi bien servi que par soit même comme dirait l'adage. Et en matière de nanar, une production turque, c'est bien, mais une réalisation turque, c'est mieux. Et ma foi, s'il y a bien un long métrage qui fait l'unanimité dans le cercle fermé des nanarophiles, c'est le fameux Dünyayı Kurtaran Adam, appelé plus communément Turkish Star Wars ou littéralement en anglais The Man Who Saves the World.

Mettons les choses au clair tout de suite, pourquoi tant d'amour pour ce film datant de 1982? Avant de développer quelque peu mon propos, la réponse parait limpide, car on a rarement vu un film atteindre un tel niveau de n'importe quoi! Le genre de film où l'on en viendrait à émettre des doutes sur la santé mentale des protagonistes, à croire que l'équipe technique était totalement shootée au rakı, un film qu'on rapprocherait avant tout aux délires d'une bande de gamins de 7 ans fan de science-fiction. Sauf que...

Le scénario, écrit par la star turc Cüneyt Arkın qui s'offre pour l'occasion le premier rôle (on y reviendra car là aussi, il y a matière à discussion... et à critiques élogieusement nanars), recycle grossièrement une histoire à la gloire de la SF naïve post-Star Wars. Deux pilotes de vaisseaux spatiaux après une bataille de stock-shots intergalactiques contre les vils méchants de l'Empire se retrouvent perdus sur une planète (interdite?) envahie de stock-shots de pyramides de Gizeh. Sur cette planète moyennement hospitalière (au bout de cinq minutes nos deux héros se font tout de même attaqués par des cavaliers squelettes en mousse), Murat et Ali se font capturés et découvrent le triste sort réservé par l'Empereur à la population locale. Mais grâce à leur bravoure, nos pilotes venant d'une autre galaxie terrassent les pleutres aux ordres de l'Empereur et sauvent ainsi cette population asservie. Ce qui n'empêchera pas malheureusement le meurtre d'un enfant par le cousin éloigné de Robby le robot (Forbidden Planet). A noter, on en est pas moins homme, pendant que nos deux mâles se font panser leurs blessures, notre héros Murat (Cüneyt Arkın) tombe sous le charme d'une blonde à très forte... personnalité.

Si ce dernier coup du sort ne vous motive pas encore un peu plus pour botter les fesses de l'Empereur intersidéral, c'est à ne plus rien y comprendre. Puis après un entrainement qui ferait passer Rocky pour un minet (voir l'extrait vidéo), Murat et Ali tels des Sonny Crockett et Ricardo Tubbs de l'espace décident de jouer les infiltrés dans le premier troquet venu. Et en voulant aider un homme attaqué par des extra-terrestres en peluche rouge, Sonny et Ricardo se font de nouveau capturé mais cette fois-ci par l'Empereur lui-même! Ce cuistre poussant le vice et l'immoralité à kidnapper la copine blonde à forte p... Après moult péripéties (au cours duquel le Coran mais aussi le Christianisme orthodoxe sont évoqués), Murat apprends que seule l'épée-scie en carton-pâte dorée pourra les sauver et enfin réduire à néant le pouvoir du sinistre Empereur de l'espace. Mais la mort d'Ali (Aytekin Akkaya (2)) scellera définitivement le sort de notre héros. Et une fois transformée l'épée en gants et chaussures dorés, Murat avec sa technique de combat si particulière (3) s'en va défier à lui tout seul l'armée de l'Empereur et tuer (4) ainsi de ses propres mains ce tyran de l'espace. Pour finir, je signale aux plus fleurs bleues d'entre vous que notre héros tel un chevalier errant ne restera sur cette planète nouvellement libérée, et décidera de rejoindre la Terre pour de nouvelles aventures, la justice n'attends pas! (5)

 

Alors pourquoi le sobriquet de Turkish Star Wars me demande la foule incrédule pour commencer? Certes, l'histoire se rapproche d'un space opéra tout du moins de n'importe quelle niaiserie produite par George Lucas (L'aventure des Ewoks par exemple), mais il faut aussi admettre que l'un des atouts de ce film est son utilisation sans vergogne de stock-shots en provenance de Star Wars et plus généralement son mépris des lois du copyright. Les cinq premières minutes de Dünyayı Kurtaran Adam ne sont finalement que des images venant de Star Wars mais avec une subtilité pour filmer une bataille dans l'espace inédite (guidée il est vrai par le manque de moyens): mettre au premier plan un acteur avec un casque de mobylette et des écouteurs collés par dessus, puis installer en arrière-plan des images en provenance de Star Wars. Je dois avouer qu'avec un tel procédé, on met un peu de temps avant de comprendre que nos héros pilotent des vaisseaux spatiaux... Comme je le soulignais plus ou moins lors du résumé de ce Turkish SW, les costumes et les accessoires sont aussi à leur diapason. On ne compte plus les masques en carton-pâte et les costumes faits en mousse... A croire que quelques années plus tard Guy Lux leur a piqué les stocks restants pour relancer Intervilles. Avec il faut le noter, une mention spéciale tout de même pour les momies en papier-toilette et les monstres en peluche rouge (que Cüneyt Arkın prends un malin plaisir à démembrer à mains nues!). De même, en matière de copyright, la bande-son n'est pas en reste. Autre habitué des productions Lucas, John Williams voit ainsi son thème le plus connu d'Indiana Jones repris à l'arrache et sans honte dès que notre héros décide de se mettre en action (cf. l'extrait vidéo). Cela dit, nos amis turcs reprennent aussi à leur compte d'autres bandes-originales toutes sauf libres de droit: Ben-Hur, Flash Gordon, Moonraker, etc., dès lors où est le problème?

 

Cependant n'oublions pas la star de Dünyayı Kurtaran Adam, le très grand Cüneyt Arkın, véritable monstre sacré du cinéma turc populaire (6). En plus d'être le scénariste de ce joyeux film foutraque, Cüneyt ne représente rien de moins que l'astre solaire de ce long-métrage. Tout tourne autour lui et on comprend mieux pourquoi la blonde de service tombe sous son charme. Tout en oubliant pas de faire la pause (merci à lui, j'ai désormais bon nombre de captures d'écran vantant sa plastique), monsieur Arkın se donne à fond. Quand bien même cette fois-ci, ses combats sont la plupart du temps mutique (les bestioles en peluche faisant suffisamment de bruit en rugissant, nous voici privé des fameux râles bestiaux du beau Cüneyt). Hormis ce petit détail, on ne peut qu'apprécier les combats de Murat, ce dernier pratiquant un karaté portnawak plus proche des rixes imaginaires jouées dans les cours de récréation que des désossages effectués par Steven Seagal. De même, Cüneyt nous gratifie lors de ses séances d'équarrissages pelucheux de nombreuses grimaces du plus bel effet, ce dernier ayant la bonne idée de simuler ses coups face caméra. Des grimaces sublimées aussi par les nombreux gros plans que nous livre le chef opérateur. Or justement, en matière de cadrage, ce dernier connait son travail, une vraie source d'inspiration pour notre Pitof national (Vidocq, Catwoman). Bref à défaut de savoir placer ses caméras au bon endroit, notre chef op' filme tout à l'arrache ne voulant en aucun cas perdre une miette des ébats pugilistiques du héros. Et à ce titre, le monteur mérite aussi amplement des applaudissements pour son travail de précision. Enfin, il nous reste tout de même les magnifiques paysages de la Cappadoce... tiens comme dans Yor, le chasseur du futur.

 

En conclusion, Dünyayı Kurtaran Adam mérite amplement son statut de film culte. Le genre de film dont on se vante lors des soirées mondaines en déclarant à qui veut l'entendre: "Je l'ai vu!"



Un entrainement particulier sous l'égide bienveillante de John Williams

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(1) Une prochaine critique nanar à venir rassurez-vous, laissez-moi finir mes captures d'écran!!

(2) Aytekin Akkaya, autre star du cinéma de genre turc des 70's-80's et qu'on retrouve dans le non moins célèbre Yor, le chasseur du futur l'année suivante en 1983.

(3) Technique qui consiste à sauter sur des trampolines hors-champ et ainsi filer soit une pneumonie à son adversaire à force de brasser de l'air en passant au-dessus de sa tête, soit tout simplement étourdir le gredin du fait de ces sauts répétés.

(4) Enfin tuer... découper en deux le long de la hauteur serait plus juste.

(5) Il faut aussi souligner que notre blonde héroïne a déjà un enfant, et il me semble qu'un héros de cette trempe mérite mieux. Disons que blonde à forte poitrine c'est un minimum, mais vierge aurait été sans doute le petit plus. Et puis entre se battre pour la justice intersidérale et rester dans une planète de bouseux, notre héros a vite fait son choix.

(6) IMDB recense pas moins de 266 films en tant qu'acteur durant ses 40 ans de carrière. A cela s'ajoute aussi le fait que notre "Alain Delon du Bosphore" est aussi scénariste, réalisateur et producteur.

14 commentaires:

  1. Perso, ce genre de nanar ça me donne faim: je me demande comment tu as réussi à le voir.
    Je connais ce film de réputation puisqu'il a fait la joie d'un site comme nanarland et j'essaie en vain de le trouver.
    Pr le moment, je vais devoir me contenter d'un nanar tel que le cladestin: c'est déjà pas mal!

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  2. Il se trouve assez facilement sur le net et sans passer par le réseau P2P.

    en tapant megaupload Turkish star wars, tu trouves tout de suite comme site ce dernier:

    http://www.oneddl.com/movies/turkish-star-wars-1982-fsdvdripxvidsuperr-oneddl/

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  3. merci pr le lien: j'irai donc voir ça.

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  4. Un des films qui m'a fait aimer le concept de nanar... Et qui contient accessoirement ma réplique préférée de tous les temps: un mec qui, dans le vide intersidéral, s'inquiète de "perdre de l'altitude", c'est tellement grandiose...

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  5. @ Guic: ouah!! tu sous-entends que tu as vu Turkish Star Wars avec sous-titres?!

    Nan mais moi je suis snob, même si je ne parle pas le truc, j'ai visionné le film en VO non sous-titré ^^

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  6. Le Turc, pas le truc!!!
    (Quoique, vu la qualité des dialogues, ouais, ca passe)

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  7. ouais bon mes doigts ont fourché... comme tu le fais remarquer truc ou turc... c'est pas ça qui va amoindrir les qualités du film :D

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  8. un lien pour flic ou ninja peut-être ?

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  9. Diane: je crois que tu t'es planté de post m'enfin, voici un lien pour le film de Godfrey Ho: ICI

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  10. pour la version avec sous-titre
    http://video.google.com/videoplay?docid=-7069307816427160377

    via la page wikipedia

    http://en.wikipedia.org/wiki/D%C3%BCnyay%C4%B1_Kurtaran_Adam

    voilà et encore merci pour flic ou ninja !

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  11. nan mais Turkish Star Wars, ça se regarde en VO non sous titré! :P ;-)

    merci pour les liens

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  12. Si ce n'est déjà fait, une version moderne de Turkish Star Wars ...
    G.O.R.A
    http://en.wikipedia.org/wiki/G.O.R.A.

    Un bon film sur lequel j'ai fait quelques effets spéciaux lors de mon passage en Turquie. C'est moins cheap mais c'est bien drôle aussi.

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  13. Cultissime. Je viens à l'instant de voir cette oeuvre cinématographique.

    Tout simplement génial ! La musique... excellente ! Un mélange de Indiana Jones et Laurence d'Arabie... les acteurs "y croient"... Les scénes d'action survoltées sont trépidantes (l'usage du trampoline est révolutionné)... Des monstres fantasques (ogres, communautés de troglodytes, zombies, représentants commerciaux du bal masqué, robots next-gen, etc...). Quant au scénario, ponctué de scènes d'amour et de drames guerriers, nous avons droit à un niveau de narration digne des évangiles (même si je ne comprends rien au Turc, il n'empêche que je le "ressens") avec l'usage de symboles du niveau des meilleures psychothérapie new age (une épée "à dents", un cerveau "en or"...)

    Bref, j'ai l'honneur de vous partager mon jugement irrévocable : nous avons là affaire au premier navet intersidéral de l'humanité.

    Merci Doc pour cette découverte !

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  14. nanar mon ami sétois, pas navet!!

    Oui moi, les monstres en peluche rouge m'ont fait extrêmement peur et je ne parle même pas de leurs cris d'effroi... à glacer le sang.
    Heureusement, une histoire d'amour chaste est là pour nos âmes sensibles après toute cette débauche de violence pelucheuse.

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