Scalps - Fred Olen Ray (1983)

Le cas a déjà été évoqué quelques années plus tôt autour du spécimen dénommé Evil Toons. Fred Olen Ray, en dépit de la qualité toute subjective de son imposante production cinématographique, fait figure de nos jours comme un des derniers survivants du cinéma d'exploitation étasunien, au même titre que son compatriote Charles Band. Producteur, scénariste, metteur en scène, l'homme a signé depuis ses débuts floridiens à la fin des années 70 plus d'une centaine de films, tout genre confondu, du film d'horreur, à la science-fiction, en passant par le film d'action ou le softcore. Spécialiste et coutumier des productions à budget restreint sinon famélique, Fred Olen Ray se fit connaitre des premiers initiés à partir de 1980 avec son film d'horreur Alien Dead, suivi trois ans plus tard par Scalps [1], premier film de ce fétichiste du bikini tourné sur les terres hollywoodiennes. Mais n'allons pas trop vite.

Dépêchés par le professeur Machen (Kirk Alyn), six étudiants en archéologie partent en voiture pour le désert californien afin de procéder à des fouilles dans un ancien cimetière amérindien. En dépit des mises en garde du vieux Billy Ironwing, le groupe quitte la station-service et arrive sur place prêt à effectuer leurs recherches. Or leur présence n'est pas du goût de l'esprit maléfique qui garde ce lieu maudit. Présageant la tragédie à venir, D.J. (Jo-Ann Robinson) intime à ses compagnons d'arrêter de creuser avant qu'il ne soit trop tard, quand l'un d'eux découvre par hasard leur premier artefact...
  
 

Photographie exécrable (les scènes nocturnes mettront à rude épreuve vos rétines), faux raccords, mise en scène rudimentaire (peut-on décemment parler de direction d'acteur avec Fred Olen Ray ?), qualités techniques réduites à leur plus simple expression, Scalps ne peut prétendre à éblouir dans un premier temps le spectateur. Tourné avec une économie de moyens frôlant l'indécence ou la gageure (et filmé sans autorisation en prime) dans le désert d'Agua Dulce [2]Scalps s'écarte peu sur le papier des habituels griefs auxquels les longs métrages de Ray sont dûment reconnaissables. Mais...

D'une histoire évoquant celle du film de William Grefé, Death Curse of Tartu (1966), et autres malédictions tirant leur source de la profanation d'un cimetière indien, Scalps, écrivons le tout de go, pourrait en surprendre plus d'un, à l'instar du préposé qui pensait naïvement avoir affaire à une énième plante potagère cultivée avec soin par notre catcheur retiré des affaires pugilistes. Dont acte.

 

Inspiré sans nul doute à la fois par La colline a des yeux de Wes Craven et Evil Dead de Sam Raimi, Scalps se démarque tout d'abord par son atmosphère particulière et âpre qui n'est pas sans rappeler les deux films précités, en sus de proposer une hybridation plutôt bienvenue. Soutenu par une musique électronique minimaliste [3]Scalps se distingue par son rythme lent, distillant une aura malsaine au gré des divers flashforwards et prémonitions de D.J. qui parsèment le récit (on y reviendra). L'esprit maléfique du sinistre Griffe noire rode. Il observe ses futures victimes, avant de sceller définitivement leur sort le deuxième soir autour du feu de camp, et de prendre finalement le lendemain possession du corps de Randy (Richard Hench). Crue, la vengeance amérindienne le sera, soulignant au besoin le goût du macabre de Fred Olen Ray. Viol, décapitation, énucléation, scalpage, le dernier tiers offre un festival lugubre et gore d'un niveau de brutalité inattendue, le tout servi par des effets spéciaux et maquillages sommaires, mais non sans charme et efficacité primaire au même titre que l'aspect documentaire du métrage (avec 15 000 $ de budget, difficile de faire des miracles).

Seule véritable ombre à ce tableau bisseux, remonté sans l'accord du réalisateur [4] par le distributeur 21st Century Film, Scalps souffre d'un cruel manque de cohésion. Si les ajouts précognitifs de D.J. s'avèrent judicieux, il en est tout autrement des apparitions pré-massacres des différentes incarnations de Griffe noire avec (?!) ou sans tête de lion [5] qui sèment la confusion et handicapent la compréhension du récit, quand elles ne dévoilent pas trop rapidement l'issue fatale des protagonistes. Dommage. Une carence qui toutefois ne gâche en rien les trente dernières minutes du film.

 

Enfin, tout comme Alien Dead qui avait vu confié un des premiers rôles au vénérable Buster Crabbe, célèbre dans les années 30 pour avoir interprété le trio Tarzan, Buck Rogers et Flash Gordon, Fred Olen Ray convia cette fois-ci, en guise de révérence bissophile, à participer à l'aventure : Forrest J. Ackerman, créateur d'un des premiers magazine US consacré au cinéma d'horreur Famous Monsters of Filmland en 1958 [6] (soit vingt ans avant Fangoria), Carroll Borland, alias Luna dans La marque du vampire de Tod Browning, et enfin Kirk Alyn, interprète de Superman dans les 50's. 

Pour amateurs de rugosité bis. A découvrir.

En bonus : Quelques gifs du film sur notre tumblr.





Scalps | 1983 | 82 min
Réalisation : Fred Olen Ray
Scénario : Fred Olen Ray d'après une histoire de T.L. Lankford, John Ray et Fred Olen Ray
Avec : Jo-Ann Robinson, Richard Hench, Roger Maycock, Frank McDonald, Carol Sue Flockhart, Barbara Magnusson, Kirk Alyn
Musique : Drew Neumann, Eric Rasmussen
Directeur de la photographie : Larry Van Loon, Cynthia Webster
Montage : John Barr
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[1] A ne pas confondre avec le film réalisé quatre ans plus tard par la paire Bruno Mattei et Claudio Fragasso sous le pseudonyme Werner Knox et chroniqué ici-même.

[2] Nombre de longs métrages ont été tournés dans cette « zone non-incorporée » dont Duel (1971) de Steven Spielberg.

[3] L'un des compositeurs, Drew Neumann, fera carrière à partir des années 90 à la télévision en signant les musiques de plusieurs dessins-animés à succès. 

[4] Du moins c'est ce qu'il prétend désormais, laissons-lui le bénéfice du doute.

[5] Issue des séquences test du tournage, cette incarnation animalière s'est retrouvée de manière incompréhensible dans le montage final.

[6] Non content (entre autres) de faire plusieurs apparitions dans les films de John Landis et Joe Dante dans les 70's et 80's, Ackerman, véritable sommité bis Outre-Atlantique et défenseur de la culture SF fut également le co-créateur de Vampirella. Rien de moins.
 

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