Frauen ohne Unschuld (Femmes sans pudeur) - Jess Franco (1977)

De la fructueuse collaboration entre le cinéaste espagnol Jesús Franco et le producteur helvète Erwin C. Dietrich, l'habitué des lieux retiendra, non sans raison, principalement leur contribution au genre Women In Prison, débutée par Frauengefängnis (Femmes en cage) et conclue par Frauen für Zellenblock 9 (Cellule 9). Ces deux métrages, brillants représentants de ce genre volontiers crapoteux, se distinguaient autant par leur ambiance malsaine, que par leur budget franchement fauché. Frauen ohne Unschuld, tourné au crépuscule de cette association à caractère déviant, ne déroge pas à cette règle. Cependant, le film s'écarte légèrement de la thématique carcérale habituelle (1), en déplaçant le lieu de ces promiscuités saphiques vers un autre espace de captivité, non moins débridé, séduisant et évocateur : l'hôpital psychiatrique.

Dans une maison au bord d'un lac, les cadavres ensanglantés et nus de Gabi et Sandra Mauro (Monica Swinn) sont découverts. Le docteur Antonio (Michael Maien), accompagné de deux ambulanciers, est dépêché sur les lieux. Il y trouve également une jeune femme nue désorientée (Lina Romay) dans l'escalier. Choquée et recouverte de sang, la dénommée Margarita Martin est incapable de dire un seul mot. Envoyée immédiatement dans la clinique psychiatrique du docteur Antonio, celle-ci est au cœur des attentions du personnel soignant, en particulier le directeur de la clinique, le docteur Fargas, et son épouse Irina. Or les méthodes usitées dans cet établissement sont quelques peu inhabituelles et iconoclastes. L'intérêt pour cette nouvelle patiente dépasse en effet le simple cadre médical. Dernière personne à avoir vu les Mauro vivants, la jeune femme est le témoin principal de cette affaire trouble, le couple récemment assassiné ayant la réputation d'être des trafiquants de diamants. Pour comble de malheur, le tueur semble suivre ses pas, Margarita assiste impuissante au meurtre de sa camarade Petra (Esther Studer)...

 

S'inscrivant directement dans la sous catégorie WIP du Women In Psychiatric Hospital, Femmes sans pudeur reprend globalement les grandes lignes du genre, le sadisme des situations en moins (2), et le voyeurisme comme produit d'appel. En s'éloignant des aspects les plus polémiques, mise en image de viol et autre torture en toc, Jesús Franco recentre dans un premier temps son film vers l'essence même de la sexploitation avec sa cohorte de demoiselles dénudées, en apportant néanmoins un semblant d'intensité et de suspense avec ce récit évoquant le thriller ou le giallo. 

Film où le personnage de Lina Romay occupe une place centrale, l'héroïne ne laisse personne indifférent. Provoquant chez son proche entourage quelques débordements sexués notables (3), Margarita à l'instar de la muse du réalisateur est le centre d'attraction rétinien du métrage. Usant comme à l'accoutumée de ses zooms érectiles, Franco se concentre habilement sur chaque portion de peau de sa compagne, des plus expressifs (yeux, bouche) au plus intimes. Moins soignés et originaux que ceux de La comtesse perverse ou Women in Cellblock 9, les cadrages de Peter Baumgartner n'en restent pas moins intéressants par moment, à travers les multiples jeux de réflexion des miroirs de la salle de bain et de la chambre des Fargas.

  

Festival de jeunes femmes psychologiquement fragiles, à l'apparence fortement dévoilée et aux mœurs libérés, le bien nommé Femmes sans pudeur propose également quelques personnages secondaires décalés et humoristiques, de la diva se prenant pour une chanteuse d'opéra à la patiente mystique atteinte de cleptomanie. Si le film se perd dans sa deuxième moitié, les habitués du cinéma de Franco apprécieront (et sauront apprécier) la présence de plusieurs actrices vues précédemment telles Esther Studer ou Peggy Markoff, et sans oublier bien évidemment Monica Swinn.

A découvrir pour les admirateurs de Jesús qui chercheraient une alternative au WIP.



Une baignoire que les amateurs auront reconnu...
... puisque Karine Gambier y prend son bain dans Voodoo Passion (Le cri d'amour de la déesse blonde)


Frauen ohne Unschuld (Femmes sans pudeur - Women without innocence / Wicked Women) | 1977 | 86 min
Réalisation : Jesús Franco
Production : Erwin C. Dietrich
Scénario : Jesús Franco, Erwin C. Dietrich
Avec : Lina Romay, Michael Maien, Nanda van Bergen, Esther Studer, Monica Swinn, Peggy Markoff, Dagmar Bürger, 
Musique : Walter Baumgartner
Directeur de la photographie : Peter Baumgartner
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(1) Ce qui explique en grande partie la présence de ce film ici.

(2) En effet parmi les traitements proposés, la clinique et ses bons docteurs préconisent plus l'amour physique aux électrochocs. Étonnant, non ?

(3) Premier moment fort lesbien, sa première nuit à la clinique où ses cinq amies lui feront l'amour afin de calmer ses angoisses (?!)

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