Belus - Burzum (2010)

Peu de choses en général suffisent à bouleverser le Landerneau métallique, une déclaration creuse ou faussement provocante suffit à rabrouer la plèbe... alors pensez, le nouvel album de Burzum, s'il ne tirera pas de larmes aux nostalgiques de l'age d'or du black metal (1), permettra sinon de vendre du papier, du moins de faire parler les trentenaires... ce billet en étant la preuve. Belus, le septième album de l'homme orchestre Kristian "Varg" Vikernes est donc celui du retour après une pause de quatorze ans (2), soit après la sortie de son dernier album foncièrement black metal, le dénommé Filosofem. L'innocent amateur de ritournelles pourra dès lors s'étonner d'une telle absence... qui trouve sa source par l'emprisonnement du principal intéressé. Celui qui se baptisa (3) Count Grishnackh peut en effet s'enorgueillir (sic) d'aller bien plus loin que l'image d'Épinal collant aux metalfreaks. Accusé du meurtre de Øystein Aarseth (alias Euronymous), leader de Mayhem, Vikernes fut condamné à 21 années d'emprisonnement. Néanmoins, l'artiste, à l'instar d'autres groupes norvégiens (Enslaved ou Immortal) issus de la même période, soit la deuxième vague du black metal, a toujours été avant tout inspiré par les légendes nordiques, l'univers de Tolkien (4) ou le paganisme, ne faisant jamais échos de ses relents racistes nauséabonds ou de propagande fasciste sur ses productions musicales. A chacun de faire la distinction par la suite entre l'homme et son œuvre...

Si Vikernes n'était pas attendu au tournant après son passage à l'ombre, la curiosité restait tout de même de mise, eu égard à l'influence musicale qu'avait pu avoir l'homme orchestre durant ses jeunes années. Adepte d'un son cru à l'instar de ses compatriotes Darkthrone (pour lequel Varg écrit quelques paroles sur Transilvanian Hunger), le dernier véritable album en date Filosofem (5), pouvait laisser penser à un retour dans la continuité. Après une si longue pause, rares sont les artistes se permettant un changement de cap, une nouvelle approche et encore moins une révolution. Dès lors, Belus n'avait aucunement vocation à devenir le coup de marteau (de Thor) qui réveillerait une scène black rentrée dans le rang, l'extrémisme musicale, les quelques oripeaux folkloriques et autres lancers de Rattus norvegicus faisandés (© Watain) s'inscrivant désormais dans une sorte de cahier des charges.

Faisons taire déjà les bruits de couloir lu ici ou là, ce septième album n'a rien d'un chef d'œuvre de noirceur. Belus n'est certes pas une ode à la gaudriole, mais l'univers burzumien est encore loin d'arriver à la cheville d'Univers Zéro. De même, mesure-t-on la qualité d'un album de black metal à sa noirceur, à sa capacité à prôner la déchéance humaine ? Pourtant, le nouvel album a de quoi déconcerter, et pas seulement à cause de cette introduction maladroitement comique évoquant plus une relecture de la valse des canettes, ces dernières remplacées pour l'occasion par des bouteilles de bière. Le premier véritable point de discorde provient de sa production terne, à l'image des vocaux de Varg, il est loin le temps où l'homme se gargarisait avec du fil de barbelé, ou d'une guitare indiquant que le mixage raw de Jesus' Tod fait également bien partie du passé. Si à cela on ajoute que la première chanson Belu's Dead n'est autre qu'une relecture de Daudi Baldrs, morceau éponyme du premier album dark ambient cheapos de Varg, on en viendrait à maudire les vertus thérapeutiques du milieu carcéral norvégien. Sauf que, même en matière de métal noir, tout n'est pas aussi simple...

En faisant abstraction de cette insipide et décevante production, Belus est néanmoins une agréable surprise dans la mesure où il s'agit d'un premier coup de marteau pour reprendre l'image précédente. S'il n'est pas parfait ce nouveau disque (et il ne l'est pas), Vikernes réassène quelques idées intéressantes à défaut d'être fondamentalement efficaces ou originales. Premier point, Burzum se fait toujours le chantre d'une musique lancinante et torturée, et contrairement à ce que pouvait laisser craindre la référence précédente, Belu's Dead est à ce titre l'un des titres marquants de Belus, l'ajout de quelques vocaux clairs étant dans la continuité d'un Dunkelheit, leur mélancolie et les synthés en moins. En bon artisan de sonorité désolée, le norvégien demeure maître en musique hypnotique et à ce titre Varg offre une copie parfaite avec les deux titres clôturant cet album du retour : Morgenrøde et Belus' tilbakekomst (Konklusjon). Cela dit, à force de trop vouloir en faire, une chanson comme Glemselens elv du haut de ses douze minutes s'éternise abusivement selon l'humeur du moment, l'envie de décrocher pourrait bien tenter l'auditeur débutant.

Passé les anecdotiques Sverddans et Keliohesten évoquant les débuts furibards du groupe, Belus dépeint un Varg Vikernes en gardant encore sous le pied, augurant pour les plus optimistes un futur dessein musical ou pour les autres, une page qui aurait dû être fermée depuis plus de quinze ans. Offrons lui le bénéfice du doute à l'écoute des Morgenrød/Belus' tilbakekomst (Konklusjon).

L'avis toujours plus nuancé de Benjamin F.



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(1) Le true black métalleux ne pleure pas, jamais, ça lui fait un point commun avec Alain Delon.

(2) Les deux albums de dark ambient pouet pouet sortis en 1997 et 1999 pouvant être mis facilement à l'index...

(3) Suis je taquin, choisir le verbe baptiser pour quelqu'un d'aussi anti-chrétien que ce cher Vikernes.

(4) Le nom Burzum provenant justement de l'univers du Seigneur des anneaux: ce dernier signifiant "ténèbres" dans le Noir Parler.

(5) Filosofem comme le précédent Hvis Lyset Tar Oss eut le privilège de sortir officiellement après l'incarcération du malfaisant, les enregistrements de ces deux albums datant d'avant la mise à l'ombre de son auteur.
 

15 commentaires:

  1. AU moment de la critique de Benji, j'avais écrit que je m'étais rendu compte après une écoute très parsemée de l'album que tout ça n'était pas pour moi, mais était moins dur que ce que je croyais initialement.
    Finalement, au boulot, je l'ai écouté deux fois. Si si ^^ Bon, ce n'est toujours pas vraiment mon truc. Et en fait, autant de noirceur, ça me fait sourire ;-)

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  2. @ Thierry: personnellement, ce n'est pas la supposée noirceur que je retiens en premier, surtout ce goût pour les boucles hypnotico-saturées. Après que d'autres tripent sur la noirceur au sens strict, pourquoi pas, mais c'est déjà un peu limite... alors delà à encenser cette dernière, on a vu bien mieux dans le genre joyau noir, que ce soit dans ce style qu'en général.

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  3. Ca reste un disque super convaincant dans la catégorie hypnotique oui. Comme un bon album de Doom. J'y reviens encore assez souvent. Mais je préfère les premiers disques de Varg.

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  4. @ Nathan: De mon côté, je reste surtout déçu par la production et les quelques remplissages (note que Filosofem était aussi pas mal dans son genre). Y'avait matière à plus d'abstraction et de saturation, je croise donc les doigts pour le prochain album s'il continue de creuser ce sillon.
    Mais comme j'en attendais vraiment rien du tout, ça reste globalement une bonne surprise à confirmer.

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  5. Bah la production je t'avouerai que ça m'a pas choqué. Au contraire, j'aime bien le cachet que donne le son "pourri", le metal propre ça m'ennuie en général. Une de mes références reste Electric Wizard. Niveau production c'est pas terrible non plus.

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  6. @ Nathan: Mais justement, c'est bien ce que je lui reproche! Elle n'est pas sale cette production! Où vois-tu qu'elle est pourri? Ratée, oui! Elle est plate, lisse mais pas rugueuse comme pouvait l'être Filosofem.

    Rah Electric Wizard... tiens le leader lui aussi, au niveau des idées il est pas net il semblerait... reste la musique...

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  7. Ah oui, dans ce sens ! Oui la critique se tient alors. Ca manque de dégueulasserie on est d'accord. Mais ça passe quand même bien. C'est pour ça que c'est plus un album de doom que de black. C'est juste lent et hypnotique, comme du Om mais en moins bon et moins mystique.

    Je pardonne tout face à un Dopethrone moi.

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  8. Ouaip, on dirait du doom un peu raboté à la limaille de fer. M'est avis que je préfère (pour l'extrait proposé) les compositions de Earth ou de Grails et toujours dans dans le même genre mais où la guitare est beaucoup moins présente(sic), Morton Feldman ou Giacinto Scelsi.

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  9. @ dj duclock: oui y'a un peu de drone dans cette histoire mais en beaucoup moins statique, une répétition hypnotique plus proche de l'industriel finalement, une "constante" chez le Burzum ou Darkthrone des 90's, à la différence que cette fois-ci Vikernes joue plus sur les ambiances que par le passé (et ceci sans l'aide de synthétiseurs).

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  10. Que dire de plus que ce que je n'ai déjà dit si ce n'est que j'ai tendance à trouver la production suffisamment sale pour moi. Il y a quand même ici un poids des ambiances qui absorbe.

    Le "toujours plus nuancé" me fait rire quand je vois à quel point certains sur Twitter me jugent déjà trop difficile :)

    Enfin dans tous les cas, (et malgré mes désaccords sur une partie du fond), il s'agit vraiment d'une excellente critique !

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  11. @ Benjamin: Au risque de me répéter cher critique à la plume assassine, en connaissant les précédentes prod de Vikernes ou de ses pairs (Darkthrone en particulier), on est en droit de trouver la production terne, manquant de relief, ou plutôt d'aspérités ;-)

    merci pour le compliment final :-)

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  12. N'étant pas un grand connaisseur de la musique de Vikernes, j'ai beaucoup ce "Belus" profondément imparfait (certains vocaux sont quasiment faux par moments). Mais quelque chose s'en dégage, une certaine sérénité qui contraste carrément avec le premier opus. Et puis ce final constitué de deux morceaux qui n'ont font qu'un, il est superbe et vraiment prenant.
    Varg remonte dans mon estime c'est certain.

    Vlad

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  13. @ Vlad: oui, album imparfait, quelque fois à côté de la plaque mais aussi certains titres (les deux derniers en particulier) qui permettent de garder espoir (hum hum) quant au prochain LP.

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  14. @ dr frankNfurter : Justement ces deux morceaux en question marquent vraiment la spécificité de Burzum dans la scène black métal norvégienne. D'ailleurs Burzum se résumerait presque pour moi à ce qu'on pourrait appeler du BM hypnotico-atmosphérique.

    Vlad

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  15. @ Vlad: oui enfin atmosphérique, c'est vite dit, Jesus' Tod l'est pas vraiment par exemple si on pioche dans le passé BM pur de Vargounet. Mais on est d'accord sur un point, disons qu'auparavant Burzum avait comme spécificité ces rythmes hypnotiques (comme Darkthrone pour schématiser), et maintenant ces derniers prennent aussi des aspects atmosphériques tout en gardant une assise électrique (car les plans synthés soit disant ambiant, merci bien XD), le rapprochant plus du drone que de l'indus comme par le passé.

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