Defendor - Peter Stebbings (2009): Arthur Poppington VS. Captain Industry

A priori, tout du moins pour ceux de ma génération, le premier rôle de Woody Harrelson ayant marqué les esprits est celui de Mickey Knox dans Natural Born Killers, soit le fameux pamphlet provoc et nazebroque d'Oliver Stone envers les médias et la violence véhiculée par ces derniers. L'autre film provocateur, enfin chez certaines ligues de "vertu" (1), qui permit d'assoir encore un peu plus la popularité du texan fut le biopic autour du pornocrate Larry Flynt (The People VS. Larry Flynt) mise en scène par un spécialiste du genre, Milos Forman (2). Pourtant, si on doit garder une image du talent d'Harrelson dans un long métrage des 90's, ce n'est en aucun cas un des deux films cités précédemment, mais au contraire un film où celui-ci n'y joue qu'un rôle extrêmement secondaire, Des hommes d'influence (Wag The Dog). Une comédie de Barry Levinson satirico-visionnaire sortie juste un mois avant le crapoteux Monicagate qui secoua la présidence de Bill Clinton. Film où l'acteur interprète le sergent William Schumann, un soldat quelque peu déphasé mentalement et ex-futur otage martyr du conflit imaginaire étatsunio-albanais créé de toutes pièces par des conseillers du président américain empêtré dans un scandale sexuel. En cinq malheureuses petites minutes, l'acteur en montrait finalement plus que durant cent vingt minutes de métrage, voici l'image que je gardais de Woody Harrelson. Alors en apprenant que pour son dernier film, ce dernier allait interpréter de nouveau un benêt se prenant désormais pour un superhéros, ma curiosité fut aussitôt éveillée.

Arthur Poppington est atteint du syndrome d'alcoolisation fœtal. Arthur a une tendance à la mégalomanie et est incapable d'entrevoir les conséquences de ses actes, ce qui peut être préjudiciable lorsqu'on endosse le costume de Defendor. Ce justicier masqué (3) s'est juré de combattre le crime et en particulier la perte du dénommé Captain Industry, rendu coupable aux yeux du superhéros de la mort de sa propre mère. Soit les bases d'une mythologie basique pour un lecteur amateur de comics me direz-vous. Seulement, Arthur n'a aucun pouvoir surnaturel et est encore moins un superhéros, juste un déficient mental travaillant le jour dans les travaux publics sous les ordres de son ami Paul. Or un soir, sous son costume noir frappé du sigle D (fait à partir de ruban adhésif), Arthur entend sauver la jeune prostituée Kat (Kat Dennings) des griffes de Dooney qui pratiquait "simplement" une fellation à celui-ci. Un flic ripou, interprété par le toujours excellent Elias Koteas, molesté, où l'on constate que les coups de matraque sont plus efficaces que le lancer de billes de verre, gardant étonnamment un souvenir mitigé de cette première rencontre. Ses hommes de mains en profiteront dès lors pour corriger en retour notre superhéros lors du deuxième tête à tête, et c'est à cette occasion qu'Arthur fera de nouveau la connaissance de Kat. Cette dernière, l'aidant à retourner dans le local où il vit, y voit désormais un moyen facile de soutirer de l'argent à ce grand simplet en lui donnant moyennant rétributions pécuniaires des informations sur les crimes et délits des environs... comme l'adresse du dénommé Captain Industry par exemple.

Pour éviter tout malentendu en préambule, la sortie en DVD de Defendor coïncidant avec la sortie cinéma de Kick Ass, ces deux films ont pour seul point commun d'avoir un personnage principal n'ayant aucun pouvoir surnaturel, pour le reste, ce premier film de Peter Stebbings est plus proche de la comédie dramatique que du film de superhéros (encore qu'on pourra y noter par moment quelques réflexions annexes concernant ce genre, mais hormis ce détail, rien, passez votre chemin). De même, quitte à user de raccourcis douteux, Defendor n'est pas non plus un anti-Kick Ass, comme on pourrait s'attacher à le penser, ces deux longs métrages ne sont en aucun cas comparable, point. A la rigueur si on devait user d'un parallèle osé, Defendor est plus proche par certains aspects d'un Batman prolétaire plongé dans un monde où le fantastique n'a pas lieu d'exister.

L'un des points forts de ce film réalisé et écrit par Peter Stebbings (4) est d'avoir su créer une combinaison subtile, ne versant ni dans la farce anticonformiste (comme chez les Farrelly brothers) ni dans le mélodrame pathétique, le cinéaste étant parfaitement épaulé, il est vrai, par un Harrelson jonglant idéalement entre les pitreries involontaires et autres maladresses, et les maux dont souffrent Arthur. Et contrairement à ce que pourrait laisser croire la chronique, ne pas réduire non plus Defendor à une simple performance d'acteur, une grande humanité se dégage certes du personnage principal, le rôle d'Arthur Poppington étant bien plus profond qu'un benêt au grand cœur, mais le récit s'attache aussi à tisser une histoire d'amitié, celle naissante entre Arthur et la jeune droguée Kat et à renforcer celle existante, quasi-fraternelle entre Arthur et Paul.

La construction du récit se veut elle aussi relativement originale, la première partie du métrage située dans le bureau de la psychiatre (Sandra Oh) nous permet de découvrir ainsi les péripéties antérieures d'Arthur et les causes de son arrestation, tout comme les raisons qui l'on poussé à devenir un justicier. Un superhéros passé maître dans la capture des guêpes qui va devenir un symbole de la résistance civile contre la corruption et le crime.

Defendor n'est certes pas un film qui restera dans les annales parmi les amateurs de comics, son traitement à la fois centré sur un personnage principal très éloigné de la norme superhéroique et sa mélancolie latente devrait en refroidir plus d'un. Aux amateurs de films originaux d'offrir une chance à un petit film où sensibilité et interprétation inspirée ne sont pas vaines. Woody Harrelson dans un de ses meilleurs rôles, sinon le plus touchant.

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(1) Souvenons-nous que quelques c(h)réti(e)ns cons(anguins) avaient réussi à faire interdire l'affiche originelle...

(2) En 1999, soit trois années après ce Larry Flynt, le cinéaste tchèque entreprit la mise en œuvre du biopic Man on the Moon avec Jim Carrey retraçant la vie du comique US Andy Kaufman.

(3) Ou plutôt maquillé, car à défaut de loup ou de masque, Arthur se grime le visage avec du maquillage noir.

(4) Peter Stebbings ayant parallèlement une carrière d'acteur de second plan.

7 commentaires:

  1. Excellente chronique, j'ai visionné ce film il y a quelques jours et ce que tu as écrit a parfaitement résumé ce que j'en pense

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  2. @ Saab: merci beaucoup :-)
    Un film touchant qui méritait bien une petite chronique pour faire parler de lui ;-)

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  3. Et bien, moi, je trouve que Defendor est bien meilleur que nombre d'adaptations de comics. J'ai ADORE. Probablement le meilleur rôlr de Woody H. depuis fort longtemps. A chaque fois que je le vois, je pense au barman un peu benêt (il se met où ce ^ ;-))de Cheers.

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  4. @Thierry: il est forcément meilleur puisque Defendor va bien au-delà du cadre stricte du genre cité ;-)
    Et les critiques négatives que j'ai pu lire en majorité pointaient ce "défaut"... à partir de là... Defendor, un film qu'il est bien :-D
    Sinon, jamais vu Cheers sorry :(

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  5. La vache, il y a du nouveau packaging ici !

    little bird

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  6. @ Little Bird: C'est pas faux ^^
    On a tout remis à neuf

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  7. Cheers est à ne pas louper, ou du moins pour ce que j'en ai vu, soit les quatre 1ères saisons.

    Une bonne distraction très bon enfant, avec un Ted Danson fantastique, 1 vieux barman émouvant et Woody H., jeune et "brave".
    Bon, ok, c'est vraiment très "80's", mais quand même ;-)

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