Cinquante nuances de Grey - Sam Taylor-Johnson (2015)

Fort du succès littéraire de la trilogie, il était évident que Cinquante nuances de Grey allait être vite adapté sur grand écran, et pouvait-il en être autrement, les droits ayant été cédés dès mars 2012 à Focus Features et Universal (le premier roman a été publié aux Etats-Unis en juin 2011). Aussi générationnel, du moins vendu comme tel, que pouvait l'être Twilight (1), certaines mauvaises langues allant jusqu'à insinuer que le public visé serait le même, à savoir de jeunes dames ayant troqué leur désir frustré pour le vampire d'obédience mormone Edward Cullen pour une bonne fessée prodiguée par le jeune et fringuant tycoon cynique Christian Grey (mais n'allons pas trop vite), Cinquante nuances de Grey - le film fut présenté en avant-première à la Berlinale avant d'envahir stratégiquement les cinémas du monde entier la semaine de la saint Valentin (2). Deuxième film le plus rentable à l'heure actuelle pour l'année 2015 (3), et ceci en dépit d'un bouche-à-oreille catastrophique et sanctionné par une chute notable des fréquentations (plus de 70%) pour sa deuxième semaine en salle aux USA, ces Cinquante nuances auront au moins eu le mérite de remplir les bourses de certains, à défaut d'émoustiller les autres. 

Etudiante en littérature anglaise, Anastasia Steele (Dakota Johnson) remplace au pied levé sa colocataire et amie Kate, et part interviewer l'homme d'affaires Christian Grey (Jamie Dornan) pour le journal de son université. Séduite et intimidé par cet homme de six ans son aîné, celui-ci va rapidement proposer à la naïve et innocente Ana une relation particulière, basée sur la domination et la soumission, et régie par les clauses d'un contrat qui lui est demandé de signer. Ana lui avoue être encore vierge. Décidé à « rectifier la situation » avant d'aller plus loin, Christian lui offre sa première relation sexuelle...

Attention. Cet homme ne fait pas l'amour. Il baise

Rarement un film prétendument sulfureux, du moins présenté de la sorte, n'aura paru si convenu et si tristement morne. Apôtre d'un romantisme ranci à la morale pathétique (voire nauséabonde - il s'agit ni plus ni moins d'un homme qui attendait une vierge consentante pour assouvir ses désirs de domination - amies rétrogrades bonsoir), Cinquante nuances de Grey ne décevra par contre nullement celles et ceux qui voulaient goûter, en tout état de cause, à un consommé de navet relevé d'un léger soupçon sadomaso en toc. Libre à chacun de choisir, de temps en temps, un concentré de malbouffe pour mieux se rappeler le parfum enivrant de mets autrement plus savoureux et transgressifs. Quant à celles venues s'encanailler sur le dos d'un érotisme moribond, autant l'écrire tout de suite, on aura plus d'empathie pour celles qui cherchaient en vain une alternative à la sempiternelle comédie romantique cul-cul la praline. Las.

 Trois fessées cul nu au programme sur les genoux de monsieur : bienvenue dans son monde
 
Faut-il être ainsi à ce point frustré(e) ou inexpérimenté(e) à l'instar de notre héroïne pour ressentir le moindre trouble devant le triste programme proposé : des situations aux jeux des deux acteurs principaux, rien n'éveille au désir, à l'exception des quelques nécrophages venus se repaître devant ce spectacle morbide. Éludons dès à présent le cas de Jamie Dornan, interprète de sieur Grey (4) (à sa décharge, il n'est qu'un second choix, puisque l'acteur Charlie Hunnam de Sons of Anarchy s'est fait porter pâle) pour nous intéresser à la progéniture de Don Johnson et Melanie Griffith, soit l'un des couples les plus bandants des années 80. Son rôle d'Anastasia Steele n'avait pas vocation à concurrencer les Holy Body et Audrey Hankel jouées par sa piquante maman en d'autres temps (5). Cependant consentons toutefois à la trouver tout simplement à côté de la plaque, certes moins constipée qu'une Bella / Kirsten Stewart, mais pas plus concernée ou juste. Ajoutons des dialogues aussi relevés qu'un plat de blettes mal décongelé (6) (« c'est tellement triste cette musique. Quand tu joues du piano, c'est triste ») et où un des rares arguments comiques revient à troquer une permission de fist-fucking contre une soirée cinéma hebdomadaire, ces Cinquante nuances n'inspire en somme que l'ennui, brisé par moment par un rire nerveux devant tant de ridicule.

 Et la question pourquoi ? Parce qu'il a cinquante nuances de tourments (de fucked up en VO svp) ! Imparable.

De ce néo 9 semaines ½ du pauvre, que retenir finalement, à part un long soupir, pas grand chose. La romance sent le faisandé (7), l'érotisme le renfermé (8), et le SM prend la pose (9). 

Bref, ça faisait longtemps que le docteur Furter ne s'était pas enfilé un si gros navet.

En attendant des nuances plus sombres...



Fifty Shades of Grey (Cinquante nuances de Grey) | 2015 | 125 min
Réalisation : Sam Taylor-Johnson
Scénario : Kelly Marcel d'après le roman de E.L. James
Avec : Dakota Johnson, Jamie Dornan, Jennifer Ehle, Eloise Mumford, Victor Rasuk
Musique : Danny Elfman
Directeur de la photographie : Seamus McGarvey
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(1) Le roman est d'ailleurs issu à l'origine d'une fanfiction de Twilight...

(2) Les sorties des deux autres volets sont déjà programmées pour coïncider de nouveau avec cette date en 2017 et 2018. Marketing is my business, and my business is good.

(3) « Quatorze fois la mise de fond ! » me souffle, en cachant difficilement son émotion qui déborde, notre agent comptable.

(4) Dire que monsieur Grey a le même prénom que Christian 'super queutard' Troy...

(5) Soit les héroïnes du thriller Body Double (1984) de Brian de Palma et de la comédie Dangereuse sous tous rapports (Something Wild) (1986) de Jonathan Demme.

(6) C'était la dernière image culinaire de la chronique de ce film sans saveur. Pouf pouf.

(7) Comme une grosse envie de se pincer le nez en constatant que l'ami amoureux d'Ana n'est autre qu'un dénommé José Rodriguez. Au moins la minorité visible n'est pas morte dans un accident.

(8) Des scènes torrides accompagnées par le meilleur du pire de la soupe à quelques exceptions près (Rolling stones et Sinatra). Qui s'attendait à entendre Closer de NIN ou l'intégrale de Die Form ? Sérieusement...

(9) Pouet pouet.

2 commentaires:

  1. Le "rire nerveux devant tant de ridicule" c'était le mien ^^
    Vivement la suite :-P

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    1. Et ce qui est assez "troublant" c'est de constater qu'au niveau moral nauséabonde, on se rapproche assez de ce qui se faisait dans les 70's, alors qu'à l'époque ces films étaient pour le public masculin (contrairement à cette chose écrite et réalisée par des femmes qui plus est), tel celui-ci de l'inénarrable Max Pécas : "Je suis frigide... Pourquoi ?"

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