Cinquante nuances plus claires - James Foley (2018)

Pour le meilleur et pour le pire, et surtout le pire. Une année après le deuxième épisode de la franchise Essémobluettopouet-pouet, qui s'était conclue par les fiançailles du sémillant couple, Christian Grey et Anastasia Steele, l'heure est venue de faire les comptes. Tourné dans la foulée des nuances dites plus sombres, Cinquante nuances plus claires ne déroge pas à la réputation des précédentes adaptations des best-sellers d'E. L. James. Nullement handicapé par un énième accueil critique assassin, ce troisième film se distingue de nouveau par sa rentabilité, confortant une fois encore la recette éprouvée de l'adaptation cinématographique d'une série à succès. Fort d'une accroche fleurant bon le double sens faussement sulfureux (Don't miss the climax [1]), Cinquante nuances plus claires n'avait d'autre finalité que de renverser les codes du premier volet (l'affiche répond de manière opposée à celle des Cinquante nuances de Grey) en offrant à notre pervers narcissique (et plus si affinité) les joies de la parentalité en guise de dénouement. Courage, le calvaire est bientôt terminé.
 
Jeunes mariés, Christian (Jamie Dornan) et Ana (Dakota Johnson) profitent pleinement de leur lune de miel en France quand celle-ci est interrompu. Un incendie criminel dans les locaux de Grey Enterprises, dont l'auteur n'est autre que Jack Hyde (Eric Johnson), l'ancien patron d'Ana, sonne la fin de leur voyage de noce sur la Côte d'Azur. Alors qu'Anastasia commence tout juste à s'adapter à son nouveau rôle de Madame Grey et que Christian s'ouvre finalement à elle, cette nouvelle menace met en péril leur vie commune avant même qu'elle n'ait débuté...


Résumé des épisodes précédents. Après un premier film à la morale nauséabonde, suivi par Cinquante nuances plus sombres, grotesques et ennuyeuses, l'annonce d'une éclaircie était-elle de bon augure ? La revanche du vil Jack Hyde allait-elle tenir ses promesses ? Derrière ses airs de godiche, Ana ne cacherait-elle pas une âme de maîtresse domina ? Christian retournera-t-il dans le giron d'Elena Lincoln (Kim Basinger) ? Pourquoi le préposé à la chronique s'inflige-t-il de telles séances de torture cinématographique [2] ? Tant de questions soulevées laissées en suspens depuis la fin du second épisode.

De mémoire, rares sont les longs-métrages qui auront laissé une telle marque délébile, et un dessein si prévisible de la part des responsables et/ou coupables de cette dernière séquelle. Scénario digne d'un roman-photo mettant en scène la mue conjointe d'un sadique, pervers narcissique, etc. en père de famille et d'une gourde en femme libérée, le spectacle, ou ce qui prétend l'être, en laissera pantois plus d'un, quand les autres ne se seront pas tout simplement endormis. De la menace Jack Hyde expédiée par deux fois, à celle fantomatique d'Elena Lincoln (victime du montage, le personnage de Kim Basinger n'apparait que quelques secondes sans la moindre ligne de dialogues), aux intrigues secondaires dont le seul but est d'augmenter vainement la durée du métrage, Cinquante nuances plus claires réussit l'exploit d'être encore plus assommant que son prédécesseur. 
Succession de scènes ridicules, de situations convenues, rien, rien ne nous sera une fois encore épargné, à l'image de la scène dite du vibromasseur, où Christian « corrige » Ana pour n'être pas rentrée directement du travail :"je t'ai frustrée pour que tu saches ce que ça me fait quand tu romps tes promesses". Imparable. Avec ses acteurs en perdition [3], n'inspirant désormais plus que de la pitié, Cinquante nuances plus claires émane, on l'aura compris, davantage une odeur de lente agonie que de soufre.

Dernier point, comme pour les deux volets précédents, le film fut distribué dans deux versions différentes, une première, expurgée, et une seconde, dite unrated. Six minutes supplémentaires dont l'érotisme reste toujours sujet à caution, tant ces scènes non coupées sont un festival de clichés, leur supposé potentiel subversif ne dépassant jamais le stade du soporifique. Le contraire aurait été étonnant. A moins que le but premier eut été de faire la réclame, et offrir divers placements produits, aux différents sextoys franchisés. Rideau.

A réserver aux nécrophages.




Fifty Shades Freed (Cinquante nuances plus claires) | 2018 | 111 min | 2.39 : 1 | Couleurs
Réalisation : James Foley
Scénario : Niall Leonard d'après le roman éponyme de E. L. James
Avec : Dakota Johnson, Jamie Dornan, Eloise Mumford, Eric Johnson, Rita Ora, Luke Grimes, Max Martini, Kim Basinger, Marcia Gay Harden
Musique : Danny Elfman
Directeur de la photographie : John Schwartzman
Montage : David S. Clark, Richard Francis-Bruce, Debra Neil-Fisher
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[1] Pour rappel climax veut également dire orgasme en anglais...

[2] Libre à chacun de choisir, de temps en temps, un concentré de malbouffe pour mieux se rappeler le parfum enivrant de mets autrement plus savoureux et transgressifs.
 
[3] Au vu du prochain Robin des bois et du remake de Suspiria, et en laissant de côté les supposées qualités de ces deux resucées, tout porterait à croire qu'il y aurait une vie après Cinquante Nuances...

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