It follows - David Robert Mitchell (2014)

Présenté à Cannes en mai 2014, avant de faire la tournée des différents festivals internationaux, dont deux escales françaises en septembre, à L'étrange festival puis à Deauville, It follows aura autant suscité l'admiration des festivaliers, que la critique que d'une partie du public. Film singulier dans la production horrifique des années 2010, ce second long métrage du jeune cinéaste David Robert Mitchell se démarque, à son avantage, des sempiternelles histoires de possession qui hantent les actuelles salles obscures. L'auteur du méconnu The Myth of the American Sleepover y propose ainsi une relecture des grands films d'horreur (pre-)eighties, Halloween et Les griffes de la nuit, inspirée par le minimalisme du japonais Ring. De quoi décontenancer les amateurs de frissons formatés. Las. Les meilleures intentions ne font pas toujours les meilleurs films, mais n'allons pas trop vite...

Lycéenne vivant dans la banlieue de Detroit, Jay (Maika Monroe) va au cinéma avec son nouveau petit ami, Hugh (Jake Weary). Dans la salle, en attendant la projection du film, Hugh aperçoit une femme à l'entrée. Or Jay ne la voit. Effrayé, Hugh demande à sortir de la salle immédiatement. L'adolescente ne prête pas attention à cet étrange comportement, et sort une seconde fois avec son compagnon. Lors de ce rendez-vous, Jay et Hugh font l'amour sur la banquette arrière de la voiture, garée près d'un immeuble abandonné. Peu de temps après, le jeune homme la séquestre dans le bâtiment voisin et lui révèle à son réveil qu'il lui a transmis sexuellement une malédiction. Désormais elle sera suivie par une entité, jusqu'à ce que mort s'en suive. Sa seule issue, transmettre par voie sexuelle à un autre partenaire, cette malédiction. 

 
   
Avant-propos. Le cinéma d'horreur 80's avait, à grand renfort de meurtres sanguinolents perpétrés par une poignée de psychopathes réactionnaires, mis en garde la jeunesse étasunienne contre les dangers d'une sexualité trop précoce ; notons dès à présent que It Follows s'écarte a minima de ses pairs, le croquemitaine masqué ayant été remplacé aujourd'hui par une insidieuse MST (Malédiction Sexuellement Transmissible). Soit. 

Fort des références précédemment cités (1), It follows est un film d'horreur qui, sur le papier, ne pouvait susciter que l'intérêt : partir des lieux communs du genre pour dépeindre une terreur abstraite dans le cadre anonyme des quartiers pavillonnaires de la non moins sinistre Detroit. Du portait initial d'une jeune femme au prise avec un « suiveur » malintentionné, le long métrage décrit à mesure une jeunesse perdu dans un environnement moribond, la démission et l'échec des adultes absents faisant échos aux ruines de feu Motor City. Constat fataliste, le film tend à présenter l'éveil à la sexualité des adolescents comme un basculement irrémédiable vers le monde funeste des parents (au risque de faire passer It follows pour une parabole clinique et lourdingue des risques sanitaires liés aux maladies vénériennes) (2).
  
 
   
Malheureusement, comme le laissait présager l'avertissement en introduction, si David Robert Mitchell propose un concept un brin original, son exécution laisse quant à elle des plus perplexes, la faute à une histoire bâclée et une mise en scène sujette à caution. Très (trop ?) influencé par John Carpenter, par son utilisation d'objectif grand angle (3) et par sa musique électronique, Mitchell aurait sans doute dû mieux suivre ses leçons en matière de rythme et de tension. Non content de faire jouer à ses mornes acteurs des situations aux confins de l'ennui, il est regrettable que cette morosité adolescente gagne les scènes supposées menaçantes. Décevant. L'idée de départ augurait du meilleur, sa fin ouverte, facile sinon caricaturale, parachève un film creux qui aurait gagné à n'être qu'un court métrage. Ajoutons à ce sentiment très mitigé, une bande originale synthétique signée par un dénommé Disasterpeace (4), dont la première partie du pseudonyme n'aura jamais aussi bien désignée la catastrophe sonore dont le spectateur est à la fois témoin et victime.

Faisons les paris, et compte tenu du succès du film, attendons une suite faisant office de préquelle afin de nous expliquer l'origine de cette entité malveillante. Sic.


It follows | 2014 | 100 min
Réalisation : David Robert Mitchell
Scénario : David Robert Mitchell
Avec : Maika Monroe, Keir Gilchrist, Daniel Zovatto, Jake Weary, Olivia Luccardi, Lili Sepe,
Musique : Disasterpeace (Rich Vreeland)
Directeur de la photographie : Mike Gioulakis
Montage : Julio Perez IV
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(1) Auxquelles on pourrait ajouter l'autre classique de John Carpenter, The Thing, pour l'entité protéiforme, et Night of the Demon de Jacques Tourneur pour la malédiction.

(2) Encore que rien n'indique dans le film qu'une relation protégée vous préserve de la dite MST.

(3) Influence déclarée ou non, on pense fortement à Gus Van Sant et sa manière de suivre par plan-séquence ses jeunes acteurs dans Elephant.

(4) De son vrai nom Rich Vreeland, connu pour avoir composé principalement des musiques de jeux vidéo.


16 commentaires:

  1. Il est certain que ce "It Follows" ne fait que survoler une idée de départ pourtant bien originale. Un survol comme un gentil hommage à la caméra fluide et aérienne du Maître Carpenter :-)

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    1. Oui d'ailleurs la note mise est plutôt sévère mais traduit bien la déception ressentie, à mesure que le film avance, plus on s'enfonce dans l'essoufflement. DRM avait un beau sujet mais celui-ci est très mal exploité. Doublement dommage...

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  2. Pour ma part, grand fan du Carpenter des premières heures, je trouve ce film, passionnant, subtil et surtout effrayant. À l'époque, La nuit des masques avait ses détracteurs. Aujourd'hui, It Follows a déjà gagné son statut de film culte. Le souci de ce genre de film à ambiance, c'est qu'on adhère complètement ou qu'on déteste complètement...

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    1. Merci pour ce commentaire contradictoire :-)
      Grand fan également de Big John, je ne me suis pas du tout retrouvé contrairement à vous. Effectivement l'appréciation du film semble binaire.
      Autant visuellement le film est intéressant (à défaut d'être original), autant j'ai vraiment trouvé l'histoire et son développement bâclée. Que le réalisateur se soit inspiré d'un cauchemar de son enfance. Bien. Mais la deuxième partie du film est très décevante. Je n'ai pas accroché. Du tout. Quant à sa fin... on est très loin du Carpenter des années 80. Très loin.

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  3. Pour ma part, j'ai beaucoup aimé ce film au rythme assez lent et à l'exposition qui prend son temps.

    Oui, la parenté dans la réalisation avec John Carprenter est patente mais le film tient ses promesses.

    Sans effets gores, sans surenchères dans le spectaculaire, avec une absence de gore, It follows parvient à susciter la peur si ce n'est l'angoisse.

    Si le film manque d'explication, cette malédiction me fait plutôt penser à une vieille légende amérindienne, et si le final n'est pas très convaincant, j'opine qu'il s'agit d'une date dans le cinéma de genre. Peut-être parce qu'il refuse le visuel et les recettes tape-à-l'oeil qui sont actuellement surutilisées. Cependant, je ne pense pas qu'il puisse faire de l'ombre aux grands films du genre d'il y a 30-40 ans !

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    1. Pour ma part, ce n'est pas le rythme lent qui m'a tant perturbé, en matière de dilatation temporelle Jess Franco a dépassé certaines limites, mais vraiment l'histoire qui ne m'a pas convaincu.
      Et puis j'en remets une couche. Mais la musique est affreuse. Totalement à côté de ses pompes. Je ne suis déjà pas fan du revival 80's, mais là, c'est la goutte d'eau. Terrib' :-D

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  4. Toutefois cher Docteur, vous concéderez qu'une Malédiction Sexuellement Transmissible c'est autrement plus fashion qu'une vieille chtouille :-) Cyrine

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    1. C'est pas faux !
      On est plus dans la hype :-D

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  5. Je suis d'accord que le film ne révolutionne pas le genre, mais il se place bien au-dessus du panier de la production horrifique actuelle avec en plus un petit côté vintage rafraîchissant. Une bonne surprise avec des scènes d'épouvante originales et réussies à mon sens.

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    1. Oui bien sûr Roggy, si on compare à la production actuelle, It Follows se démarque franchement et se place bien haut dessus du panier. Ce qui en fait n'est pas très compliqué vu le niveau actuel à moins d'aimer les films de possession à deux balles...
      Suis-je trop porté sur le passé, sans forcément tendre vers la formule passéiste "c'était mieux avant", toujours est-il que les références (trop ?) marquées du film font qu'il me parait difficile de ne pas être très critique vis à vis du film, et donc de pointer ses défauts sans les relativiser face à la prod actuelle.

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  6. La comparaison avec une MST peut tenir (mais dans ce cas là la solution est de ne pas arrêter de faire l'amour pour survivre, une longue chaîne de relations sexuelles effrénées semble être la seule solution).
    Le film ne donne pas de lecture morale du type "il faut ne pas faire l'amour", au contraire le final (je trouve d'ailleurs qu'il s'en sort très bien, j'avais peur que cela finisse à la fin de la scène de piscine) peut suggérer qu'il faut faire l'amour, puisque c'est agréable et que de toute façon la mort viendra.
    Si il faut faire une comparaison c'est d'ailleurs celle-ci qui je préfère : la mort qui vient, la prise de conscience de la mort.
    Un rapide point de vue ici même : http://duclock.blogspot.fr/2015/09/it-follows-robert-mitchell-2014.html

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    1. J'en fais référence, difficile quand même de ne pas le faire, à une MST, mais on est bien d'accord, tout ne repose pas la dessus. Evidemment.
      Prise de conscience de la mort, oui, c'est ce que j'écris en gros :"le film tend à présenter l'éveil à la sexualité des adolescents comme un basculement irrémédiable vers le monde funeste des parents".
      Il n'empêche. On s'emmerde. Et la dernière partie ridicule n'arrange rien. Au contraire.

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  7. je rejoins ta diatribe concernant le concept du film qui aurait sans doute mérité une meilleure exploitation. Mais dans l'ensemble, je trouve ce It Follows bien meilleur que la plupart des films d'horreur actuels. Je trouve aussi que le long-métrage possède de solides arguments.

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    1. Forcément si on le compare aux nazeries de possession démoniaques qui font encore florès aujourd'hui, le film se démarque.
      Mais j'attendais mieux, bien mieux que les nombreuses éloges qu'il a reçu :(

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  8. Pareil. Et pourtant, des gars que je tiens en haute estime me l'avaient bien vendu !
    http://ilaose.blogspot.fr/2015/02/it-follows.html

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    1. oui il y a un certain consensus ou aveuglement de masse :-D

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