Burzum - From the Depths of Darkness / Wiht - The Harrowing of the North

Non content d'avoir enregistré l'un des albums métalliquement noir de 2011, à savoir Fallen, l'antipathique Varg Vikernes a remis le couvert fin de la même année avec cette fois-ci une compilation fraîchement nommée From the Depths of Darkness, disque qui regroupe divers titres ré-enregistrés des débuts de Burzum. Or le procédé est connu depuis longtemps par tous les margoulins du disque et leurs victimes consentantes, procédé cachant avant tout un cruel manque d'inspiration et aussi (et surtout?) quelques aspirations mercantiles savamment camouflées par des élans faussement altruistes (1). Vikernes serait en plus un escroc?

Gardons néanmoins le bénéfice du doute à propos de cette compilation et de son auteur. Premièrement le dossier à charge contre Varg est suffisamment volumineux que nous n'avons nul besoin de l'alourdir davantage, et deuxièmement ce From the Depths of Darkness est (contre toute attente) tout sauf superflu et au contraire synonyme d'une créativité débordante de la part du belliqueux norvégien. Balayons en effet d'un revers de main la supposée inspiration en berne du sombre multi-instrumentiste, car si son passage à l'ombre carcérale n'aura nullement changé sa sinistre personne, il en est tout autre de sa productivité : Belus certes en demie-teinte en 2010, mais un excellent Fallen en 2011 et en mai prochain le nouveau Burzum Umskiptar. Et cette compilation alors? Celle-ci produit par le fidèle Pytten (2) reprend donc plusieurs chansons des débuts à savoir cinq titres du premier album éponyme Burzum (1992), l'épique A Lost Forgotten Sad Spirit sorti sur l'EP Aske (1993) et enfin deux titres du deuxième album Det som engang var (1993), bref ce qui a pu se faire de mieux en matière de black metal.

Et le son de ce disque ajouterons les quelques amateurs et connaisseurs des débuts "burzumiens"? Que les fans intégristes me pardonnent, mais la production du premier album aura toujours été le talon d'Achille de ce disque fondateur du mouvement noir. Si la présence de Key to the Gate et de Turn the Sign of the Microcosm ne changent pas forcément la donne, l'album de 1993 subissant moins les outrages d'une production médiocre, on ne peut qu'opiner du chef devant le travail effectué par Vikernes sur cette compilation : véritable unité sonore avec l'apport de plusieurs introductions supplémentaires en guise de liant, production tranchante (évidemment proche du précédent Fallen), en un mot une compilation proche du sans faute qui pourrait s'apparenter à un véritable nouvel album. 

... en attendant désormais mai 2012 et déjà le prochain album de Varg : Umskiptar.



Sorti en septembre 2011, ce premier album des anglais de Wiht en provenance de Leeds intitulé The Harrowing of the North a deux particularités : celle d'être un album purement instrumental inspiré par... Guillaume le Conquérant et sa conquête macabre du nord de l'Angleterre, et d'être paradoxalement leur premier et dernier album, le groupe s'étant dissout en janvier dernier après seulement trois années d'existence.

Composé deux long titres, l'éponyme avoisinant les vingt minutes et  Orderic Vitalis pointant les douze minutes au compteur (tout de même), l'album à charge contre l'envahisseur normand reprend les bases de leur EP éponyme sorti deux années plus tôt en élargissant cependant le spectre de leur influence, au risque de passer pour une énième formation de post-metal?

Si le trio anglais tend à suivre cette trajectoire, celui évite globalement les pièges et les défauts des derniers albums de Pelican par exemple, leur début purement stoner/doom jouant sans conteste le rôle de garde-fou face à ce genre de dérive stérile. La thématique moyenâgeuse de The Harrowing of the North pouvait également faire craindre quelques divagations et autres ornements des plus ridicules (vous avez dit metal-prog?), or Wiht a le bon goût de contourner soigneusement ce piège pour se concentrer sur l'essentiel : de longues montées en puissance soutenues par des riffs alternant le chaud et le froid, le stoner et une violence sonique des plus efficaces (3).

Un disque instrumental qui a le mérite de ne pas être démonstratif, et de se bonifier au fil des écoutes, what else?

En écoute sur Bandcamp

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(1) Et le fameux couplet "nous avons enregistré nos premières chansons car nos fans méritent une meilleure production"... Alors qu'il suffisait pour réduire les coûts de sortir un album live à grand renfort de sticker fluo (façon la gerbe): "L'intégralité de leur premier album en live pour la première fois!!!".

(2) Producteur de nombres productions black metal culte (Mayhem, Emperor, Enslaved ou Immortal) et de tous les albums de Burzum excepté ceux enregistrés au Bontempi par Vikernes en prison.

(3) Certes le titre éponyme aurait gagné à être écourté de 5 minutes...

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