Super - James Gunn (2010)

A l'heure où le film de super-héros a toujours le vent en poupe de l'autre côté de l'Atlantique, entre un super-soldat yankee chargé en stéroïdes et bouffeur de nazis/canailles communistes (rayez la mention si besoin), et les futures nouvelles et dernières [1] aventures de l'homme chauve-souris, il est amusant de constater que cet engouement touche également le cinéma indépendant US de ces dernières années, à l'image de Defendor de Peter Stebbings ou de Super de James Gunn, au détail près, on l'aura compris, que ces « super »-héros sont des plus décalés...

Frank D'Arbo (Rainn Wilson) a deux passions dans sa vie: le dessin aux crayons et sa femme Sarah (Liv Tyler). Mais un jour cette ancienne junkie renoue avec ses anciens démons tentée par le séduisant et charismatique Jacques (Kevin Bacon). Abandonnant le domicile conjugal pour ce dealer (et propriétaire d'un club de strip-tease), Frank perd rapidement le goût de la vie... lorsque celui-ci rencontre dieu (doublé par Rob Zombie)... tout du moins le doigt de ce dernier touchant son cerveau après le visionnage d'un des épisodes à but informativo-prosélyte du Vengeur Sacré (Holy Avenger) (Nathan Fillion). Par cette vision divine, Frank a la révélation, il doit devenir un super-héros. Armé d'une clef à molette et d'un costume rouge fait main, le désormais Éclair Cramoisi (Crimson Bolt) fait régner la terreur parmi les dealers de marijuana... et les resquilleurs de files d'attente, les coups de clefs à molette étant globalement assez persuasifs et offrant des souvenirs plutôt mitigés aux cloisons nasales des dits vilains. Mais Frank n'a qu'un but: sauver Sarah des griffes de Jacques, Frank trouvant comme tout bon super-héros qui se respecte son acolyte et sidekick, Libby (Ellen Page), la jeune employée de la boutique de comics où celui-ci était venu chercher l'inspiration... 

 

Comme annoncé en introduction et à la lecture du synopsis, Super n'a rien du blockbuster hyper-protéiné qui apparaît lorsque l'été et les vacances scolaires surviennent [2]. Ce film à budget modeste tourné en 47 jours se veut déstructuré, alternatif d'après les mots de son réalisateur scénariste. En gestation depuis 2002, le film retrace l'histoire d'un homme banal, quoique benêt, amoureux, quoiqu'un peu sociopathe, croyant, quoique surtout illuminé, et sans pouvoir extraordinaire, quoique maniant la clef à molette comme arme par destination avec détermination.

En grand amateur de comics, James Gunn a ainsi écrit une histoire reprenant divers "lieux communs" attachés aux super-héros pour mieux proposer une autre version : les motivations de Frank D'Arbo sont personnelles, d'une intelligence très moyenne, le personnage apparaît comme un justicier à la petite semaine, à côté de ses pompes et plongé dans un monde réel très éloigné des préoccupations socialo-vengeresses d'un Batman. Ajoutez une jeune partenaire encore plus déphasée et violente, qui ira jusqu'à "violer" son compagnon d'armes dans un bel accès de fétichisme, et un bad guy hypercool, on n'en attendait pas moins de la part d'un ancien de l'écurie Troma (Lloyd Kaufman faisant au passage une courte apparition). 

Animé de toutes les meilleures intentions déviantes, Super rate toutefois sa cible, ou du moins aurait mérité à être plus efficace. Ce mélange des genres entre la comédie noire, la romance et le film de super-héros manque par moment de souffle et de rythme. Un constat d'autant plus rageant quand on connait le CV de Gunn et son passé "Kaufmannien". Avec plus de folie, le résultat n'en aurait été que meilleur. Reste un casting hallucinant pour un petit film indie : Rainn Wilson (Arthur de Six Feet Under, The Office), Liv Tyler, Ellen Page (Juno), Kevin Bacon, Greg Henry (Body Double), Michael Rooker (Henry, portrait d'un serial killer) ou Andre Royo (The Wire).

A découvrir.




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[1] Toutes les bonnes choses ont une fin, The Dark Knight Rises sera le dernier du fade Bale.

[2] Et vous n'avez pas encore vu le générique de début...

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