Maniac - William Lustig (1980)

Le rôle d'une vie, voilà bien de quoi il s'agit, une fois regardé de plus près la filmographie de l'acteur américain Joe Spinell. Passé ses interprétations respectives et secondaires de Willi Cicci et de Tony Gazzo dans les deux premiers Parrain et Rocky, puis sa grotesque apparition en terrrrrible Count Zarth Arn dans le nanar SF transalpin Starcrash, difficile pour le cinéphile amateur de sensation forte de ne pas être ébahi et marqué pendant encore longtemps par le personnage joué par Spinell dans le film qui nous intéresse. Produit, écrit et interprété par lui-même, Maniac réalisé par William Lustig reste trente ans après son exploitation dans les salles obscures un monument du cinéma de genre, une œuvre influente dépassant allégrement la trainée de soufre qu'il laissa lors de sa sortie (film interdit au moins de 18 ans voire censuré dans de nombreux pays).

Franck Zito vit seul avec pour seule compagnie quelques mannequins de vitrine étrangement travestis. Hanté par des images du passé et par la présence imaginaire d'une femme dont la photo trône sur un autel de fortune, Zito (Joe Spinell) tue, mutile, scalpe à l'envie ses victimes féminines. En un mot, il sème la panique à New-York, les journaux faisant échos de la terreur qui s'abat dans les rues de la Big Apple. Mais un jour, Frank fait la rencontre d'Anna D'Antoni (Caroline Munro), une photographe de mode, une rencontre qui les marquera chacun de manière indélébile.

Souvent par le passé, ici même, Maniac fut classé rapidement dans la même famille que les autres slashers de la même époque, au niveau d'un Halloween ou d'un Vendredi 13. A tort. Tout du moins sur la forme, tant le film de Lustig se distingue fortement de ses deux pairs sur le fond. Si les deux précédents s'inscrivent clairement dans le cinéma d'horreur de divertissement pour adolescents, Maniac s'en éloigne. Le récit écrit par Spinell est ainsi contre toute attente plus proche des aspirations hitchcockiennes que de celles d'un simple tueur en série martyrisant un groupe de jeunes adultes fornicateurs (1).

En plus de la prestation habitée de Spinell, le long métrage laisse une place importante voire primordiale à la psychologie chaotique de Zito, et contrairement aux autres films du genre, le tueur n’apparaît nullement comme une créature muette omnipotente, un père fouettard sanguinaire chantre d'une morale réactionnaire. Frank Zito souffre, tue, mutile pour répondre à un besoin, à une blessure passée, un être abominable dont le pathétique rend sa condition de monstre encore plus difficile. Spinell fait corps au sens propre comme au sens figuré avec son personnage, montre crûment ses faiblesses, donne de sa personne, quitte à s'enlaidir encore un peu plus (2).

La réalisation de Lustig, dont c'est le premier film, reste encore alerte malgré l'outrage du temps, les effets spéciaux de Tom Savini (dont la fameuse scène où Zito à bout portant explose la tête de sa victime, jouée par Savini lui-même) et les quelques références à Psychose ainsi qu'aux morts-vivants chers à Romero (3) apportent aussi une richesse insoupçonnée. Finalement, les seules réserves notables proviennent à la fois de la bande-son (très datée) et de l'interprétation (toujours en roue libre) de Caroline Munro (4). Pour le reste, Maniac mérite amplement ses galons de film culte horrifique, offrant ainsi une relecture pertinente et gore au thème du serial-killer avec en ligne de mire une filiation directe quoique craspec à un certain Norman Bates.

Maniac... en attendant Henry, portrait d'un serial killer de John McNaughton.


Maniac | 1980 | 87 min
Réalisation : William Lustig
Scénario : C.A. Rosenberg, Joe Spinell
Avec : Joe Spinell, Caroline Munro, Abigail Clayton, Kelly Piper, Rita Montone, Tom Savini
Musique : Jay Chattaway
Directeur de la photographie : Robert Lindsay
Montage : Larry Marinelli
____________________________________________________________________________________________________

(1) Les victimes de Zito n'étant que des adultes ou des couples d'âge "mûr".

(2) Après le costume cintré de Starcrash, on peut difficilement pire cela dit...

(3) Tom Savini s'étant au passage occupé des maquillages sur le deuxième volet de Romero, Zombie (alias Dawn of the Dead).

(4) "Partenaire" de Spinell dans Starcrash (on n'en sort pas...), Munro jouant l'héroïne Stella Star de ce space opera nanar.

3 commentaires:

  1. Tu as raison d'évoquer "Psycho" et surtout "Henry, Portrait of a Serial-Killer" : "Maniac" se démarquant des slashers de l'époque grâce à l'hallucinante performance de Joe Spinell (comme Michael Rooker avec Henry).
    Un Norman Bates version trash, en proie aux souvenirs d'une enfance martyre. "Maniac", toujours aussi terrifiant 30 ans plus tard.

    RépondreSupprimer
  2. @ Dame: Bon sinon y'a un autre film sorti il y a presque 30 ans qui est aussi terrifiant mais pour d'autres raisons: 2072, les mercenaires du futur :-D

    RépondreSupprimer
  3. Ne m'en parlez pas ! "2072, les mercenaires du futur" c'est comme un trip à l'acide, mais sans trip, ni acide...

    RépondreSupprimer