Les années 2000 à l'ombre des eighties

[Article précédemment paru sur Progressia]. 2010. Nous entamons depuis presque bientôt un an une nouvelle décennie et pourtant l'impression de vivre culturellement un éternel élan nostalgique n'en finit plus.

Si les années 90 avaient eu son lot de redites, celles-ci avaient au moins un mérite, l'envie de digérer voire de s'affranchir (modestement) des influences du passé pour en tirer un semblant de nouveautés, en particulier au niveau de la forme (trip-hop, grunge, big beat, etc.). Au contraire, la première décennie du nouveau millénaire n'a pas confirmé les faibles attentes qui restaient en matière d'émancipation musicale. Le changement radical qui devait ou aurait dû solder les comptes des dix années passées n'est jamais apparu. Et à défaut de coupure franche, tout juste avons nous eu droit à une évolution molle, ce que nos aimables politiques français nomment par le « changement dans la continuité »...

Pire, non content de devenir l’incarnation d'un centrisme musical, la seule alternative proposée par les 00s aura été de pousser le concept du passéisme à son paroxysme. Pour les gérontophiles et autres nostalgiques, les vieilles gloires d'antan étaient de retour attendant patiemment le moment pour fêter avec leur public le 20ème anniversaire de leur dernier succès, et pour les amateurs de travestissement transgénérationnel, une vague de revivals plus ou moins frais s'abattait avec comme pôle d'attraction majeur, la décennie qui tient le haut du pavé depuis une dizaine d'années, la décennie 80.

Une décennie accusée de tous les maux avec néanmoins un rare privilège, celui de fédérer un grand nombre de... détracteurs. Faut-il y voir la conséquence d'avoir été la période des derniers « iconoclastes », à vouloir se libérer de la tutelle d'un passé supposé encombrant, il n'est pas étonnant qu'on veuille en retour lui en faire payer le prix fort. Quitte à oublier un temps l'émergence des indépendants au cours de cette même époque, relégués il est vrai au statut de musique « underground ». Mais une décennie symbole d'un music business aux dents longues où l'uniformisation devient définitivement le maitre mot et la musique populaire le faire valoir du vidéo-clip. Rideau.

Oui très bien, on reste alors condamnés ad vitam æternam à subir les assauts nostalgiques d'une décennie que bon nombre n'aurait jamais voulu traverser/découvrir/subir (rayez la ou les mentions inutiles) tel le premier auditeur ne retenant que la production sonore aseptisée de ces années de plomb synthétique? Il est vrai que le doux souvenir du bontempi et du non moins délicieux son de la caisse claire a en a marqué plus d'un... Pourtant, sur ce point le grotesque sonore n'aura pas attendu les années 80, la décennie précédente ayant elle aussi son lot de casseroles.

On en vient dès lors à se demander si ce rejet des divers revivals ne viendrait-il pas simplement d'une persistance acoustique qui ne retiendrait que les plus bas instincts 80's en omettant le reste... encore que la véritable raison est sans doute le résultat d'une saturation, un ras le bol général car si les dix années de revivals 80's pèsent sur la balance, le sentiment de bientôt devoir se fader une prochaine et probable avalanche de revivals 90's est lui aussi loin d'être des plus réjouissants...

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