Elves - Jeffrey Mandel (1989)

Conte de noël pervers, série Z improbable, Elves de Jeffrey Mandel ne manque pas d'arguments pour l'amateur de friandises déviantes. Produit par le trio "maléfique", John Fitzgerald, Jerry Graham et Dale Mitchell, coupable la même année du retentissant Alien Seed, avec Erik Estrada en journaliste chasseur d'aliens inséminateurs de sperme messianique extra-terrestre, Elves s'inscrit dans la lignée d'un sous-genre, à la croisée de la fantasy et du film d'horreur inspiré par le succès des Gremlins du génial Joe Dante. Faisant suite (en quelque sorte) au déjà bien croquignolet, Troll de John Carl Buechle, et en attendant la décennie suivante le début de la franchise Leprauchaun, ce premier long-métrage du scénariste Jeffrey Mandel laisserait supposer que nous ayons à faire à une cohorte de créatures malfaisantes aux oreilles pointues, derniers avatars d'une famille de bestioles dégénérées, lointaines parentes des Ghoulies, des Munchies et autres Hobgoblins. C'était sans compter cette première déception, car de représentant de la race elfique, le film n'en dénombrera qu'un seul. Fort heureusement très méchante. Mais n'allons pas trop vite.

Un soir, Kirsten (Julie Austin) et ses deux amies Amy et Brooke se livrent à une cérémonie occulte dans une forêt voisine. Par mégarde, Kirsten se coupe et ramène à la vie, sans le savoir, un elfe démoniaque. Durant la nuit, celui-ci s'introduit chez Kirsten, dans la chambre de son jeune frère Willy...
 
 
D'un scénario coécrit par le réalisateur, avec l'aide du dénommé Mike Griffin et de Bruce A. Taylor, avec qui Jeffrey Mandel signa plusieurs scénarios de la série Ohara [1] avec Pat Morita, Elves réussit le premier exploit à se démarquer de ses précités pairs par sa capacité à redéfinir la notion de foutraque. Sans juger de la santé mentale, du moins de la sobriété, des trois protagonistes, l'histoire pourrait se résumer de la sorte : la rencontre improbable entre un père noël, une vierge, un elfe et... des nazis ! Plongée au cœur d'une machination orchestrée dans les grandes lignes par son propre grand-père, Kirsten apprend que sa destinée est de donner naissance à une nouvelle race d'elfes, qui composera la future armée d'élite du prochain 4ème Reich. Et un argument qui sera donc repris la même année dans la seconde production du trio Fitzgerald, Graham et Mitchell, marquant au besoin leur obsession, sinon leur intérêt, pour la procréation inter-espèce. Dont acte. 

Dénué paradoxalement de toute forme d'humour, Elves se caractérise également, on l'aura vite deviné, par des dialogues et des situations entraînant le spectateur aux confins d'une zone trouble, plongeant en d'autres termes ce dernier dans un état psychologique instable, dont les premiers symptômes se manifestent par l'alternance de phases de rire nerveux et de consternation. A ce petit jeu de massacre mental, la famille de la jeune Kirsten s'avère être un véritable réceptacle des perversions en tout genre. De Willy âgé de huit ans, voyeur en devenir, qui lancera à sa sœur "tu as des putains de gros nichons, et je vais le dire à tout le monde que je les ai vus !", à la mère qui noie le chat dans les WC, au grand-père nazi incestueux qui s'avère être le père de Kirsten, cette famille concentre à elle seule une bonne portion du caractère foutraque du film. Or c'était bien vite oublier le personnage principal d'Elves, Mike McGavin.


Ancien policier alcoolique, devenu après son renvoi père-noël dans un grand magasin, le même où travaille Kirsten comme vendeuse, McGavin retrouve ses anciens réflexes, après avoir été le témoin des agissements criminels dudit elfe. Interprété par un Dan Haggerty au bord de la narcolepsie, connu à la fin de la décennie précédente pour son rôle principal dans la série La légende d'Adams et de l'ours Benjamin [2], McGavin recherche désormais la trace de la créature, et des mystérieux hommes qui ont voulu sa mort, ce qui vaudra de nouveau une autre mémorable ligne de dialogue après que celui-ci se soit invité chez le professeur O'Conner, à l'heure du réveillon de noël : "parlez-moi du rapport entre les elfes et les nazis ?". Nullement déstabilisé, quoiqu'un peu échauffé par cette intrusion, ce spécialiste du IIIème Reich lui énonce avec le plus grand sérieux les deux théories courantes, dont celle qui veut que l'union charnelle d'une vierge et d'un elfe, le jour de noël à minuit, produirait une race qui dominerait le monde.

Doté d'un budget famélique, Elves se distingue sans surprise par une esthétique télévisuelle déplorable, une musique synthétique exécrable, et... un elfe gentiment pitoyable, et cela en dépit des efforts vains du chef opérateur pour cacher sa nature caoutchouteuse.
  
Un inédit en DVD à classer au côté de la séquelle de Troll réalisé par l'ex-compère de Bruno Mattei, Claudio Fragasso.


Verdict du Nanarotron :





Elves | 1989 | 89 min | Couleurs
Réalisation : Jeffrey Mandel
Scénario : Jeffrey Mandel, Mike Griffin & Bruce A. Taylor
Avec : Dan Haggerty, Julie Austin, Deanna Lund, Borah Silver, Mansell Rivers-Bland, Christopher Graham
Musique : Vladimir Horunzhy
Directeur de la photographie : Kenny Carmack
Montage : Douglas K. Grimm, Ken Koenig, Tom Matthies  ___________________________________________________________________________________________________

[1] Série (a priori) inédite en France.

[2] On lui doit également le rôle du kidnappeur Joe Evans dans la série B Abducted en 1986, qui connaitra une suite miteuse neuf ans plus tard.

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