Cronico Ristretto: Berlin 1885, la ruée sur l'Afrique - Joël Calmettes (2011)

Si l'existence de la conférence de Berlin (qui débuta le 15 novembre 1884 pour se conclure le 26 février de l'année suivante) est connue des spécialistes, son histoire et son déroulement le sont beaucoup moins. Quatre mois au cours duquel les grandes puissances européennes ainsi que l'Empire Ottoman et les Etats-Unis, conviées par le chancelier allemand Bismarck, vont décider du sort d'un continent: l'Afrique. Si des comptoirs et territoires côtiers africains furent déjà annexés avant cette date par la France, le Portugal ou le Royaume-Uni, la conférence aura le privilège néfaste de codifier la future main mise: l'exploitation de cette terra incognita et bien sûr (les bienfaits de) sa mission civilisatrice (sic). Détail de l'histoire, aucun autochtone et principal intéressé n'aura été invité à cette conférence...

Voilà environ un quart de siècle que l'idée trottait dans la tête du réalisateur Joël Calmettes, s'intéresser à cette page méconnue dont l'influence et les conséquences tragiques sont encore palpables aujourd'hui (1). Or si l'on connait bien la résultante de cette conférence, les débats et autres négociations restaient quant à eux introuvables. Calmettes se mis dès lors à la recherche des archives diplomatiques, une fois trouvées à Coblence par des documentalistes, le voile de l'histoire pouvait enfin tomber.

L'absence de photographies et encore moins de traces cinématographiques (2) aura poussé le cinéaste à réaliser un documentaire où la fiction a une place importante. Néanmoins, contrairement à nombres de docu-fictions, Berlin 1885, du fait de sa volonté de se rapprocher au plus prêt des archives écrites du XIXème, évite le piège du divertissement à tout prix (on en attendait pas moins compte tenu du sujet évoqué). La reconstitution des débats se veut sobre, le décor limité à la salle de conférence. Et si le film tel une pièce de théâtre est divisé en plusieurs actes, ce chapitrage a le mérite de rendre plus didactique le récit au même titre que les interventions de la voix off et les explications des universitaires en aparté (3).

Berlin 1885, la ruée vers l'Afrique où l'on apprend que le tracé des frontières du Congo fut perpétré par des diplomates ayant une très faible connaissance du continent convoité. Restera l'inculture de ces hommes n'ayant jamais foulé un pied en Afrique et le grand vainqueur de cette conférence: Léopold II qui a force de lobbying fit reconnaître l'existence de l'Association internationale du Congo, point de départ d'un découpage en règle du continent noir (4).



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(1) A titre d'exemple, les frontières de la République démocratique du Congo tracées par les puissances européennes en 1885 sont restées les mêmes et n'ont jamais été remises en cause, en connaissant la stabilité politique de cet état ingérable...

(2) Car Bismarck n'aura pas attendu la naissance du cinématographe, le rustre...

(3) En complément au DVD, le distributeur Arte a ajouté 45 minutes d'entretiens supplémentaires en guise d'éclaircissement sur quelques points précis tel l'accord secret entre Léopold II et Bismarck ou les oppositions locales au projet du roi des Belges.

(4) Car contrairement à Yalta par exemple, Berlin ne "réglemente" que le futur partage, la partition de l'Afrique sera postérieure à cette conférence.

4 commentaires:

  1. Moi ce qui me fait peur avec ce genre de film, c'est les jugements anachroniques sur la situation. M'enfin celui-là n'a pas l'air trop stupide quand même.

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  2. @ Joris: Justement, le réalisateur se garde bien de ce genre de jugement, il me semble. Le fait de coller au plus prêt des archives écrites lui permet d'éviter ces erreurs.

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  3. tient, voilà un sujet passionant qui effectivement pourrait m'éclairer sur l'histoire actuelle du continent africain. Je m'étais toujours demandé comment la Belgique avait obtenu autant de colonies en Afrique...

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  4. @ Xavier: elle n'en a pas obtenu tant que ça, mais elle s'est octroyée LA colonie que toute l'Europe visait... :-S

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