High Time - MC5 (1972) : Motor City Five is ending

A tort, on a trop tendance à résumer la discographie du MC5 à leur premier album Kick Out The Jams. Certes, résumer l'oeuvre d'un groupe de cette manière quand celle-ci ne contient finalement que trois albums est loin d'être une gageure... quand bien même ce premier album a la particularité d'être un album live... et qui plus est, l'un des meilleurs (sinon le meilleur) album live de l'histoire du rock. Après un deuxième album Back In The USA se faisant le chantre de l'urgence du rock'n'roll des 50's, les cinq garçons de Motor City sortent l'année suivante en 1971 déjà leur dernier album High Time.

Premier point, contrairement à l'album précédent, la production de Geoffrey Haslam sur High Time revient à un son plus brut. Et il est vrai que celle de l'album précédent se voulait plus proche du son roots des 50's, un son volontairement lisse vibrant la corde de la nostalgie des postes AM. Il n'empêche de réécouter le MC5 avec un son plus incisif flatte l'auditeur adepte de fureur et de déflagration sonique... mais pas seulement (n'allons pas trop vite). En général, ce troisième album semble à ce propos être la dernière roue du carrosse, à croire que celui-ci coïncide parfaitement avec la chronique d'une mort annoncée, un groupe quasi-moribond. Que nenni! High Time est sans doute l'album du MC5 le plus riche, le plus aventureux et paradoxalement certains diront plus accessible... bref celui qui laisse le plus de regrets quand à la suite de leurs aventures, le groupe splittant l'année suivante en 1972. Notez qu'en matière de gâchis, il s'agit avant tout d'une mise en bouche, l'autre groupe de Detroit les Stooges les suivant de peu...

Dès lors qu'est-ce qui pourrait bien me rendre quelque peu grincheux quant au fait d'avoir découvert High Time trop tard comparativement à leurs cousins d'Ann Arbor menés par un certain iguane exhibitionniste ? Et d'autant plus frustré que le 33 tours de cette petite merveille a longtemps moisi dans le grenier de la demeure paternelle... Enfin, sachons aussi reconnaitre que cette funeste anecdote ne l'est pas vraiment. Après avoir goûté, non plutôt se bâfrer du magma sonore de Kick Out The Jams ou encore bien avant de l'intégrale des Stooges, me fallait-il une certaine maturité pour apprécier ce bien nommé High Time. Oui ce satané mot est de sortie: maturité... sauf que ce dernier ne rime pas non plus avec retournement de veste ou pire mollesse. Et la référence comme j'ai pu le lire avec Loaded du Velvet Underground n'est dès lors pas si maladroite que ça.

Dès la première chanson, Sister Anne, on sent tout de suite que les Fred Smith, Rob Tyner, Wayne Kramer and co vont aller beaucoup plus loin que le "simple" 50's revival du précédent album. Et même si leur "vitrine" politique chapeauté par le père des White Panthers John Sinclair s'est volatilisée, la pertinence du propos reste toujours au rendez-vous, mais de manière plus subtile dirons-nous... et plus sexuée! Sister Anne en reprenant les bases rock'n'roll de Back In The USA via son intro fait ainsi le pont entre un boogie classique et un duel de guitares orchestré par les deux maîtres d'oeuvre que sont Wayne Kramer et Fred Smith. A la différence d'un Iggy vociférant, Rob Tyner nous rappelle au bon souvenir du grand label noir de Detroit, la Motown, car contrairement à certains imitateurs et autres putassiers chanteurs blancs, la voix de Tyner est, elle, naturellement gorgée de soul, une voix qui vient des tripes, bref on n'est pas là pour vous fourguer de la sucrerie par kilos... et Miss X le troisième titre de High Time en est un parfait exemple. Chanson qui permet finalement une très bonne césure sur cette face A, cette dernière étant avant tout sous le signe du boogie musclé.

La face B quant à elle s'ouvre par une nouveauté et non des moindres, Future-Now. Morceau particulier pour du MC5 car scindé en deux parties, une première brodée à partir d'une rythmique funky tandis que la seconde nous plonge dans un univers psychédélique... un moment de grâce, minimaliste joué principalement par un Fred Smith seul à la guitare. Détail amusant, avant les deux morceaux phares de cette face B, la chanson suivante Poison composée par Wayne Kramer aura droit à une nouvelle jeunesse sur The Hard Stuff, un de ses albums solo des 90's... Avant les deux morceaux phares de cette face B écrivais-je... En effet, sur Over and Over et Skunk (Sonicly Speaking) Fred Smith nous gratifie en plus d'un texte critique sur la situation de la société de l'époque pour le premier, deux hymnes proto-punk/metal de référence, sans compter un Skunk nous rappelant également au bon souvenir d'un Starship sur Kick Out The Jams. Skunk (Sonicly Speaking) est sans doute le morceau qui donne le plus de regret quant à la fin du MC5. Dennis Thompson nous gratifie ainsi d'un travail percussif orgiaque que n'aurait pas renié un Archie Shepp après son passage au Pan-African festival, et que dire du soutien des cuivres après le duel furieux de la paire Smith/Kramer… En résumé, Sun Ra is back !

High Time... un album à (re)découvrir enfin.




5 commentaires:

  1. Ah vive MC5 ! Enfin au moins vive Kick Out the Jams en ce qui m'concerne puisque je ne connais que celui-là (quand même assez légendaire) mais c'est bien d'en lire sur la suite, ça fait envie !

    Choune

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  2. Vi miss Choune, il serait dommage de réduire le MC5 à l'excellent et légendaire "Kick Out The Jams... Motherfuckers!!!"

    "Skunk (Sonicly Speaking)" mérite amplement d'être redécouvert! (je crois qu'on a bien compris que c'était mon morceau préféré du LP :P)

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  3. Je viens d'écouter Sister Anne c'est intéressant, merci pour l'info ;)

    Petit hors-sujet : le flux RSS de la DCA a changé, je ne sais pas si tu l'utilises, mais tu peux éventuellement te réabonner en haut à droite de la page du blog... Voilà, c'est dit ;)

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  4. oki merci du renseignement Syco ;-)

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  5. Les MC5 étaient géniaux c'est les précurseurs du mouvement punk avec leurs live surexcité, leurs bastons à coup de guitare dans la gueule, magnifique^^

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