666 - Aphrodite's Child (1972)

Pour ceux qui l'ignoraient, sachez vils brigands qu'il ne faut pas réduire certaines personnes à leurs casseroles. On peut très bien vivre de nos jours en ayant une affection particulière pour les synthés bontempi et David Hasselhoff, mais il serait dommage de réduire l'interprète de Quand je t'aime à ses autres niaiseries. Ceci dit, même si Demis Roussos (car c'est de lui dont il s'agit) attire sans difficulté une sympathie toute naturelle du fait de sa bonhomie (ça doit venir du syndrome du gros barbu), vous aurez toutefois toutes les difficultés lors d'un quelconque dîner des plus mondains de convaincre votre interlocuteur (qui ne sera sans doute ni gros, ni barbu) sinon un retour en grâce, du moins un nouveau regard sur ce chanteur bassiste ventripotent hellénique. Et pourtant.

Fin 60's, les Aphrodite's Child de passage à Paris (quelques pavés volant au dessus du quartier latin...), ces derniers s'y installent et rencontrent Boris Bergman. Il leur écrit les paroles de leur premier tube Rain and Tears, viendront ensuite d'autres 45 tours comme It's five o'clock ou I Want To Live qui permirent aux quatre musiciens grecs de surfer sur la vague du patchouli pop. Mais assez rapidement Vangelis, le compositeur principal du groupe, décide de voir plus loin, et décide de composer un concept album comme il était de bon ton en cette année 1969. Histoire de ne pas suivre les aventures d'un garçon sourd et muet champion de flipper, Papathanassiou décide ni une ni deux (ni trois) de s'atteler à un projet démentiel, ô combien mégalomane, l'Apocalypse du père Jeannot (rien que ça...) sur leur prochain album, 666.

Comme pour un opéra, Vangelis demande ainsi au poète Costa Ferris de s'occuper des paroles, qui s'inspirent aussi bien de l'Evangile de Jean que de la culture des 60's (la tragédie d'Altamont, la Guerre du Vietnam, la télévision...). Pendant ce temps Vangelis va rester cloîtrer pendant 3 ans dans un studio pour écrire ce magma sonore. En plus des musiciens habituels, Demis Roussos au chant et à la basse, Lucus Sideras à la batterie et Silver Koulouris à la guitare, viennent se greffer Michel Ripoche et Harris Halikitis au sax ténor et percussions mais aussi les acteurs Vannis Tsarouchis et Irene Papas (pour une performance qui restera dans les annales). Au final, voici un album dantesque, un psychédélisme brutal (résultat d'un mauvais trip ?), du rock progressif mystique mal embouché, qui remue les tripes sans jamais verser dans les travers du style (Emerson Lake and Palmer ou les futurs albums de Yes). L'album est en effet extrêmement versatile et complexe, passant d'un morceau pop, à une plage expérimentale à de la musique traditionnelle, voire du hard-rock 70's. De même certaines personnes seraient tentées de ne retenir que le morceau Infinity pour son côté bordélique et pour la prestation d'Irene Papas (un orgasme de six minutes), mais quand bien même ce titre s'insère parfaitement dans ce concept casse-gueule, il serait dommage d'occulter la maîtrise des musiciens et l'unité de la dite oeuvre.

Pour la petite histoire, le LP eu quelques soucis de distribution. Mercury Records n'appréciant guère les divagations orgasmiques d'Irene Papas, le bébé fut dirigé vers la filiale Vertigo. De même, on demanda à Vangelis de couper les quelques minutes choquantes du joyeux disque. La morale resta sauve pendant encore un an, le disque ne sortant qu'en 1972 officiellement. Sinon commercialement, le disque fut un bouillon... étonnant, non ?


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