Anouar Brahem : l'amour conté par un incroyable joueur d'oud

J'avais vanté par le passé les qualités (ou tout du moins tenté) de compositeur d'Anouar Brahem sur son magnifique Le pas du chat noir datant déjà de 2002. Cette fois ci, en écoutant une de ses premières œuvres signées sur le label de Manfred Eicher ECM, Conte de l'incroyable amour, nous tenterons cette fois ci par les moyens les plus vils de vous convaincre du talent d'improvisateur d'Anouar Brahem (Je signale au passage que le "nous" n'est en aucun cas une formule ampoulée ou que sais je encore. Il s'agit avant tout de mettre en lumière, une bonne fois pour toute, les diverses personnalités qui régissent mon cerveau...).

C'est en 1990 au sortir d'une tournée transatlantique parcourant les Etats-Unis et le Canada qu'Anouar Brahem rencontre Manfred Eicher. De cette première collaboration naît l'album Barzakh, où Anouar s'adjoint les services de deux autres musiciens compatriotes Béchir Selmir au violon et Lassad Hosni aux percussions. Cet album, en plus de ses qualités formelles, permit à son auteur et au public jazz de faire plus amples connaissances mutuellement.

L'année suivante, en octobre 1991, Anouar Brahem enregistre son deuxième opus pour ECM, Conte de l'incroyable amour. Et même si cet album tout comme son prédécesseur reste emprunt de prime abord d'une atmosphère typiquement traditionnelle, on voit déjà poindre par touches les diverses directions musicales que pourrait bien prendre notre maître ès oud. Premier point qui mérite d'être souligné, Anouar dans sa jeunesse ne se limita pas à l'écoute de la musique arabe, ce dernier n'hésitant pas à explorer d'autres versants de la musique traditionnelle : celle provenant du pourtour méditerranéen, jusqu'à celles plus éloignées, aux confins de l'Iran de l'Inde. De ce fait, après s'être entouré de musiciens tunisiens, Anouar Brahem s'adjoint les services du musicien turc Kudsi Erguner, maître soufi de la confrérie Mevlevi et joueur émérite de naï, flute utilisée traditionnellement lors des cérémonies transes des derviches tourneurs. Autre compatriote d'Erguner, le clarinettiste Barbaros Erköse et de nouveau le tunisien Lassad Hosni aux percussions (bendir et darbouka) complètent désormais ce quatuor (on retrouvera au passage ces deux musiciens en trio avec Anouar Brahem en 2000 sur Astrakan Café).

Pour le non initié, il est important de souligner le souffle nouveau que va apporter l'apport des deux musiciens turcs, l'approche orientale et en particulier l'influence de la musique soufi se mariant divinement bien avec le toucher contemplatif de notre joueur d'oud. De même, dans le prolongement d'un Barzakh, l'improvisation devient plus encore une pièce maîtresse de cette oeuvre soulignant une fois de plus le lien universel qui lit le jazz et les musiques dites traditionnelles (il suffit de constater par exemple l'influence qu'a pu avoir la musique indienne sur le jazz modal d'un Miles Davis ou d'un John Coltrane).

Un des albums de 1992, rien de moins.

5 commentaires:

  1. Je suis fan depuis le début, en plus ça aide à dormir :)


    Dom

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  2. oui c'est plus facile de dormir avec ceci que l'enregistrement live d'Archie Shepp au Pan African Festival accompagné de musiciens touaregs :D

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  3. J'ai appris des choses intéressantes. Notamment le lien entre musiques "traditionnelles" et jazz, ici c'est vraiment clair !

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  4. Oh mais de rien mon petit setois ;-)

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  5. ... à découvrir pour moi. mais je l'acheterais volontiers rien que pr la pochette du disque, très belle

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