Cronico Ristretto : Hold/Still - Suuns (2016)

Écrivons-le sans ambages et autres circonlocutions, le troisième album des montréalais Sunns (1), Hold/Still, sorti ce 15 avril, s'inscrit dès à présent comme un des albums de l'année 2016. C'est dit. Et c'est un peu court. Alors développons.

Formé il y a presque une décennie, en 2007, par la paire originelle, les guitaristes Ben Shemie et Joe Yarmush, avant de s'adjoindre les services d'un batteur Liam O'Neill et d'un bassiste/claviériste Max Henry, Suuns revient aux affaires courantes en 2016, après leur précédente collaboration avec Radwan Ghazi Moumneh alias Jerusalem in My Heart l'année dernière. Et quelles affaires. Sombre. Froid. Dissonant. Mécanique. Présenté avant sa sortie comme le croisement réussi entre le minimalisme pervers des pionniers Throbbing Gristle et la radicalité pop du Kid A de Radiohead, Hold/Still avait de quoi sur le papier attirer l'attention du préposé docteur. Mais n'allons pas trop vite.
  
Après un Zeroes QC (2011) et Images du Futur (2013) enregistrés chez eux, à Montréal, par le producteur et ami Jace Lasek du groupe The Besnard Lakes, Sunns est allé en mai 2015 à Dallas, Texas, sous la houlette de John Congleton, producteur, mixeur, ingénieur du son, et plus si affinités, au CV des plus garnis et long comme le bras (2), en sus de ses activités au sein de son groupe The Paper Chase. Un changement d'air et de conditions en somme des plus profitables à l'écoute de Fall qui ouvre ce Hold/Still : guitares saturées dissonantes, voix fantomatique, rythmique hypnotique, batterie apocalyptique. La dite chute est brutale mais non dénuée de sensualité revêche. Or la suite du disque n'en est que plus redoutable.
 
La filiation avec le classique 20 Jazz Funk Greats de Genesis P-Orridge et consorts est ainsi évidente sur la pièce centrale nommée Careful. Intimiste, électro-industriel, avec son synthétiseur obsédant, Hold/Still l'est. Et plus encore. Disque hanté, par ses guitares torturées, soufflant le chaud et le froid, tour à tour mélodiques et écorchées, et par la voix de Ben Shemie, plus spectrale que jamais, Hold/Still distille le long de ses quarante-sept minutes un parfum vénéneux. Enregistré dans les conditions du live, cet album organique, aux atmosphères anxiogènes et synthétiques, garde ainsi une assise pop rock à l'instar de la comptine broyée Brainwash inspirée par celles écrites jadis par Syd Barrett, ou des lyriques Paralyser ou Translate (3) dans le sillage d'un Thom Yorke.
   
Sunns sera en concert en France, le 21 mai au Grand Mix de Tourcoing, le 30 mai au Cabaret sauvage parisien dans le cadre de l'édition 2016 du festival Villette Sonique, et le 4 juin au Noumatrouff à Mulhouse.

Un grand disque noir.

   



Titres :
01. Fall / 02. Instrument / 03. UN-NO / 04. Resistance / 05. Mortise and Tenon / 06. Translate / 07. Brainwash / 08. Careful / 09. Paralyzer / 10. Nobody Can Save Me Now / 11. Infinity

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(1) A prononcer "soons".

(2) On retiendra ici son travail sur To Be Kind, dernier album en date des Swans, en attendant The Glowing Man qui sort le 17 juin prochain.

(3) Tandis que le clip de Brainwash évoque ceux du Radiohead du début des années 2000, Pyramid Song en tête.
  

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