vendredi 24 février 2012

Lina Romay (1954-2012)

Pouvait-il en être autrement depuis l'annonce officielle d'hier soir. Comment ne pas rendre un hommage, même humble, à Lina Romay, l'éternelle Comtesse noire du cinéma bis qui nous a quittés le 15 février dernier. Muse et compagne du prolifique Jesús Franco, Lina fut sans conteste l'une des grandes figures du cinéma d'exploitation des années 70. Coïncidence anecdotique, le préposé apprit la triste nouvelle hier soir de la bouche de sa dame bottée, quelques minutes après avoir mis à jour justement la chronique la plus populaire du RHCS, celle de Doriana Grey.

Apparue comme dans un rêve aux dires de Franco, la jeune Rosa Maria Almirall surgit dans la vie du réalisateur ibère à une époque où il connu deux terribles évènements personnels : la mort accidentelle de sa première muse, la poupée psychédélique Soledad Miranda (Vampyros Lesbos, Les nuits de Dracula, Eugénie de Sade) en 1970, et la fin de son premier mariage. Une période de solitude et de tristesse qui cédera sa place à une histoire d'amour, une collaboration et une symbiose artistique où les deux amants deviendront indissociables, indivisibles (1) redéfinissant à eux seuls la notion de partage et de création.

 

Reine de l'horreur érotique, rebaptisée par Franco lui-même, du nom d'une des anciennes chanteuses de Xavier Cugat, Lina Romay à l'image de son mentor laissera une empreinte indélébile dans le cinéma cher aux bisseux, cinéma de toutes les outrances, où la future comtesse Irina Karlstein aimait à s'y montrer nue, corps et âme, devant l'objectif de son "créateur" voyeur, le couple cultivant une notion cathartique de la relation exhibitionnistovoyeur.

Celle qui assumait en effet pleinement sa part d'exhibitionnisme (2), pointant au passage l'hypocrisie de certain(e)s acteurs, débuta en 1972 dans le film de Jess Franco Les expériences érotiques de Frankenstein (en apparaissant seulement dans sa version espagnole), avant de connaitre donc l'année suivante son premier grand rôle, La Comtesse noire ou une nouvelle variation moderne du vampirisme chère au metteur en scène espagnol. S'en suivit une multitude de rôle au gré des possibilités de son compagnon, Franco trouvant dans le cinéma d'exploitation, et en particulier l'érotique (soft ou hardcore), la liberté vitale et nécessaire dont il avait besoin (3).


Malheureusement découvert sur le tard par le préposé et sa dame (4), Lina Romay ne sera sans doute jamais considérée comme une grande actrice au sens classique du terme, tant mieux, son jeu étant plus proche de la performance alliant générosité et provocation. Restera cette dernière image, sa fierté et son émotion quand Jesús Franco fut récompensé d'un Goya d'honneur.

Saleté de crabe, seulement 57 printemps...

A Lina, à Jesús.

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(1) Pas loin d'une centaine de films peuvent être allègrement crédités au couple.

(2) Confessions d'une exhibitionniste ou le titre de sa longue interview par Kevin Collins.

(3) Car l'avantage paradoxal d'inclure des scènes de sexe cru dans un film, et d'être par conséquent classé X, était de pouvoir filmer ce que l'on voulait, et de jouir dès lors d'un degré total de liberté.

(4) Trop tard pour les rencontrer lors de la rétrospective de Franco à la Cinémathèque...

dimanche 19 février 2012

Cronico Ristretto : Appolo 18 - Gonzalo López-Gallego (2011)

La vie vous occasionne parfois de jolis tours ou de sinistres déconvenues. Tandis que la moitié bottée du préposé croyait avoir signé pour un remake du second métrage du père du cinéma gore Herschell Gordon Lewis (et se trouva fort dépourvue à la réception de cette séquelle vulgaro-fauchée). Celui-ci espérait quant à lui avoir entre les mains une plante potagère de concours, alléché il est vrai par une accroche des plus "prometteuses" : "Quand Alien rencontre Paranormal Activity". Las...

Officiellement, Apollo 17 fut en 1972 la dernière mission lunaire de la NASA, les missions suivantes ayant été annulées pour des raisons (bassement) budgétaires (1). Or en 2011, 80 heures de séquences classées Top Secret sont mises en ligne anonymement sur internet (2). Le film présenté, et portant le nom de la mission qui n'a jamais existé, dévoile dès lors le contenu de ses mystérieux rushes filmés en décembre 1974 et apparus par magie sur la toile...

Réalisé par l'espagnol Gonzalo López-Gallego et produit par le russe Timur Bekmambetov (Night WatchApollo 18 (sorti en DVD le 18 février et distribué par M6-snd) se veut un nouvel avatar du genre found foutage, genre popularisé et mise en lumière par l'italien Ruggero Deodato et son craspec Cannibal Holocaust. Or, en apparté, si le cinéma bis est intrinsèquement codifié, ce genre "métrage trouvé" est néanmoins régi par un cahier des charges des plus strictes ne permettant par nature aucune véritable originalité (il est de bon ton par exemple que le dernier qui filme ait la politesse de mourir juste avant le générique de fin (3) : Cloverfield, REC, etc...), à charge donc pour le metteur en scène et son équipe de proposer "autre chose". Oui mais...

Reprenant l'intrigue inverse du film de Peter Hyams de 1978, Capricorn One (4), et évoquant également le faux-documentaire de William Karel Opération Lune (tout du moins sur le papier), le long-métrage apparaît très rapidement comme une suite d’évènements prévisibles, mâtiné qui plus est par une théorie du complot des plus basiques, 1974 étant pour rappel aussi l'année du Watergate.

 

Trois astronautes dans l'espace ayant pour mission d'installer des caméras pour le département de la Défense sur la Lune, et qui découvriront à leur dépend qu'une forme de vie extraterrestre existe bel et bien sur ce satellite rocheux. Et? Et puis c'est tout hormis la découverte d'un module lunaire soviétique abandonné. Certes, contrairement au Blair Witch Project, les apparitions hostiles apparaissent plus concrètes, mais l'ennui et une carence scénaristique manifeste font le reste (les bonus et les scènes coupées et alternatives témoignent de ce manque cruel de direction). En conséquence, une intrigue embryonnaire cousu de fil blanc, et une gravité lunaire elle-aussi aux abonnées absentes (5), Apollo 18 a tout du film à oublier. Pas mauvais mais suffisamment dénué d'originalité pour en garder un souvenir, même quelconque.

Quant à la conclusion du métrage, si la disparition des pierres lunaires offertes à divers dignitaires à travers le monde a été avérée, l'invasion des crabes lunaires se fait malheureusement toujours attendre.


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(1) "La Lune c'est bien, mais le Vietnam c'est mieux" aurait répondu Henry Kissinger à son président Richard Nixon après le refus du Congrès d'allouer un budget conséquent à la NASA.

(2) Le buzz devant à l'origine venir du site lunartruth.com (qui semblerait être en rade aujourd'hui). Toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire...

(3) Quoi je spoile?! Mais non puisqu'on vous dit que ça fait parti du cahier des charges!! Suivez un peu...

(4) La mission spatiale vers Mars est annulée à la dernière minute pour un problème technique. Le voyage est officiellement maintenu mais les images seront tournées sur Terre en studio...

(5) Dommage car hormis ce "détail" important, l'imitation lunaire pouvait relever du sans faute.

lundi 13 février 2012

Talk Radio - Oliver Stone (1988)

Situé entre Wall Street (1987) et Né un 4 Juillet (1989), Talk Radio d’Oliver Stone est loin d’être l’un de ses longs métrages les plus populaires et la raison en est des plus simples, il s’agit sans doute de son film le plus méconnu et sans conteste le plus insolite. Entre les années yuppies et les années (post-)Vietnam, ce Talk Radio apparaissait dès lors comme un OFNI. Mais l'intérêt suscité par sa sortie inédite en DVD (le 18 janvier dernier distribué par Carlotta Films) pouvait désormais se nourrir paradoxalement de son ancienne confidentialité, car c’était mal connaitre le réalisateur de Salvador ou le scénariste de Scarface, et en dépit de l'accueil timide qu'il connut à sa sortie aux États-Unis, fin 1988 (1), Talk Radio provient bien du même moule : une satire crue et féroce du monde des médias.

A la nuit tombée, Barry Champlain (Eric Bogosian) anime l'émission de radio intitulée Night Talk, émission de libre antenne pour KGAB, radio locale située à Dallas. Une émission populaire ou plutôt un véritable déversoir de la frustration humaine et réceptacle de la haine ordinaire, dont le cynique animateur vedette n'est autre que le catalyseur. Barry y provoque ainsi chaque soir son auditoire de ses multiples saillies verbales au risque de voir s'accroitre les menaces antisémites dont il devient de plus en plus la cible. Or ce rendez-vous nocturne des paumés, racistes, junkies et pervers si affinités venus jouer les faire-valoir et autres bouffons pathétiques pour le maître des ondes, doit désormais être diffusé à l'échelle nationale. Venue à la demande express de son ex-mari pour fêter cette consécration, Ellen (Ellen Greene) devient bien malgré elle la témoin impuissante de la solitude et de la mégalomanie de Barry...

Adapté de la pièce de théâtre écrite par l'acteur Eric Bogosian et librement inspiré de la biographie Talked to Death sur la vie et le meurtre d'Alan Berg, animateur radio assassiné par un groupe d'extrême droite en 1984, Talk Radio s'inscrit comme une réflexion sur le pouvoir des médias et en particulier les dérives que peuvent engendrer la liberté de parole, quand celle-ci est utilisée à mauvaise escient, sacrifiée sur l'autel de la sacrosainte paire audimat/vedettariat.  


Premier défi pour Oliver Stone, mettre en scène un film centré sur un personnage qui ne fait qu'une seule chose : parler, parler et encore parler, car Barry Champlain monopolise autant l'attention du spectateur que de celle de l'auditeur : aussi honnête qu'excessif, aussi haïssable qu'autodestructeur. Mais si Stone se concentre au départ sur l'enfermement et la paranoïa grandissante du personnage, le réalisateur de JFK en guise de contrepoint, et pour marquer davantage ce point de non retour, insère également des flashbacks (de manière plus ou moins convaincantes, ceux-ci ayant le désavantage de diluer et de ralentir le récit).  Ou comment ce vendeur de vêtements (2), au départ vulnérable, est devenu l'animateur de radio plein d'assurance, d'aplomb et de provocation qu'il est devenu. Seconde difficulté, tourner dans un seul lieu, à savoir une station de radio et en particulier un studio en évitant le piège du théâtre filmé. On soulignera de ce fait la création de ce studio factice, laboratoire et lieu propice à la maestria des mouvements de caméra, quasiment aucune steadycam n'ayant été utilisée, aux techniques optiques ainsi qu'à la photographie de Robert Richardson (3).

Au delà de la performance d'Eric Bogosian, qui lui valut un Ours d'Argent au festival de Berlin en 1989, les  seconds rôles de Talk Radio ont autant une place importante : Ellen Greene, Alec Baldwin, John C. McGinley (le fameux dr Perry Cox de Scrubs), Michael Wincott (qui reprend son rôle de Kent qu'il interprétait déjà pour la pièce de théâtre de Bogosian) et bien évidemment les innombrables voix off qui donnent le change au monstre Champlain.

 

Talk Radio ou un film à petit budget légèrement inégal (4), tourné en 5 semaines (5), sans tête d'affiche pour un budget d'environ 4 millions de dollars qui tend à prouver que Stone n'est que meilleur quand il ne s'embourbe pas dans une mise en scène aussi lourdingue que ses sujets.  
Film culte (6) à (re)découvrir.


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(1) Le film est sorti en avril 1989 en France sous le titre : Conversations nocturnes.

(2) Trait tiré de la biographie d'Alan Berg comme le signale Oliver Stone dans les bonus du DVD : Filmer la colère où il revient sur le tournage de son film avec de très intéressantes anecdotes et précisions.

(3) Directeur de la photo pour pratiquement tous les films de Stone mais aussi les récents Scorsese ou les derniers Tarantino.

(4) La forme provocatrice du personnage principal et de ses auditeurs prennent un peu trop le dessus sur un fond qui aurait mérité à gagner en épaisseur. Quant à la fin, si celle-ci n'était pas inspirée de celle d'Alan Berg, on serait en droit de la trouver péniblement lourde et prévisible.

(5) Pour la petit histoire, Talk Radio fut tourné pendant la préparation de Né un 4 juillet en attendant la disponibilité de Tom Cruise (celui-ci bien qu'ayant donné son accord à Oliver Stone, devait tourner en premier lieu le film de Barry Levinson, Rain Man).

(6) On ne s'étonnera pas non plus d'apprendre que les Revolting Cocks d'Al Jourgensen & co ont samplé Barry Champlain sur leur chanson culte Beers, Steers, and Queers.

samedi 11 février 2012

Cronico Ristretto : Burzum - From the Depths of Darkness / Wiht - The Harrowing of the North

Non content d'avoir enregistré l'un des albums métalliquement noir de 2011, à savoir Fallen, l'antipathique Varg Vikernes a remis le couvert fin de la même année avec cette fois-ci une compilation fraîchement nommée From the Depths of Darkness, disque qui regroupe divers titres ré-enregistrés des débuts de Burzum. Or le procédé est connu depuis longtemps par tous les margoulins du disque et leurs victimes consentantes, procédé cachant avant tout un cruel manque d'inspiration et aussi (et surtout?) quelques aspirations mercantiles savamment camouflées par des élans faussement altruistes (1). Vikernes serait en plus un escroc?

Gardons néanmoins le bénéfice du doute à propos de cette compilation et de son auteur. Premièrement le dossier à charge contre Varg est suffisamment volumineux que nous n'avons nul besoin de l'alourdir davantage, et deuxièmement ce From the Depths of Darkness est (contre toute attente) tout sauf superflu et au contraire synonyme d'une créativité débordante de la part du belliqueux norvégien. Balayons en effet d'un revers de main la supposée inspiration en berne du sombre multi-instrumentiste, car si son passage à l'ombre carcérale n'aura nullement changé sa sinistre personne, il en est tout autre de sa productivité : Belus certes en demie-teinte en 2010, mais un excellent Fallen en 2011 et en mai prochain le nouveau Burzum Umskiptar. Et cette compilation alors? Celle-ci produit par le fidèle Pytten (2) reprend donc plusieurs chansons des débuts à savoir cinq titres du premier album éponyme Burzum (1992), l'épique A Lost Forgotten Sad Spirit sorti sur l'EP Aske (1993) et enfin deux titres du deuxième album Det som engang var (1993), bref ce qui a pu se faire de mieux en matière de black metal.

Et le son de ce disque ajouterons les quelques amateurs et connaisseurs des débuts "burzumiens"? Que les fans intégristes me pardonnent, mais la production du premier album aura toujours été le talon d'Achille de ce disque fondateur du mouvement noir. Si la présence de Key to the Gate et de Turn the Sign of the Microcosm ne changent pas forcément la donne, l'album de 1993 subissant moins les outrages d'une production médiocre, on ne peut qu'opiner du chef devant le travail effectué par Vikernes sur cette compilation : véritable unité sonore avec l'apport de plusieurs introductions supplémentaires en guise de liant, production tranchante (évidemment proche du précédent Fallen), en un mot une compilation proche du sans faute qui pourrait s'apparenter à un véritable nouvel album. 

... en attendant désormais mai 2012 et déjà le prochain album de Varg : Umskiptar.

En écoute sur Grooveshark.


Sorti en septembre 2011, ce premier album des anglais de Wiht en provenance de Leeds intitulé The Harrowing of the North a deux particularités : celle d'être un album purement instrumental inspiré par... Guillaume le Conquérant et sa conquête macabre du nord de l'Angleterre, et d'être paradoxalement leur premier et dernier album, le groupe s'étant dissout en janvier dernier après seulement trois années d'existence.

Composé deux long titres, l'éponyme avoisinant les vingt minutes et  Orderic Vitalis pointant les douze minutes au compteur (tout de même), l'album à charge contre l'envahisseur normand reprend les bases de leur EP éponyme sorti deux années plus tôt en élargissant cependant le spectre de leur influence, au risque de passer pour une énième formation de post-metal?

Si le trio anglais tend à suivre cette trajectoire, celui évite globalement les pièges et les défauts des derniers albums de Pelican par exemple, leur début purement stoner/doom jouant sans conteste le rôle de garde-fou face à ce genre de dérive stérile. La thématique moyenâgeuse de The Harrowing of the North pouvait également faire craindre quelques divagations et autres ornements des plus ridicules (vous avez dit metal-prog?), or Wiht a le bon goût de contourner soigneusement ce piège pour se concentrer sur l'essentiel : de longues montées en puissance soutenues par des riffs alternant le chaud et le froid, le stoner et une violence sonique des plus efficaces (3).

Un disque instrumental qui a le mérite de ne pas être démonstratif, et de se bonifier au fil des écoutes, what else?

En écoute sur Bandcamp

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(1) Et le fameux couplet "nous avons enregistré nos premières chansons car nos fans méritent une meilleure production"... Alors qu'il suffisait pour réduire les coûts de sortir un album live à grand renfort de sticker fluo (façon la gerbe): "L'intégralité de leur premier album en live pour la première fois!!!".

(2) Producteur de nombres productions black metal culte (Mayhem, Emperor, Enslaved ou Immortal) et de tous les albums de Burzum excepté ceux enregistrés au Bontempi par Vikernes en prison.

(3) Certes le titre éponyme aurait gagné à être écourté de 5 minutes...

samedi 4 février 2012

Vlad Tepes - Doru Nastase (1979)

Le cinéma utilisé à des fins de propagande, les régimes communistes eurent à loisir le temps d'expérimenter et de perfectionner cet art délicat de l'endoctrinement. A l'image du grand frère soviétique, la Roumanie ne faisait aucunement exception à la règle, et se devait elle aussi de promouvoir les grandes figures historiques: Etienne Le Grand, Alexandre 1er le Bon ou dans le cas qui nous intéresse l'inévitable Vlad Tepes. Tous occupaient ainsi une place de choix dans la politique (faussement?) identitaire du Danube de la pensée, dit le génie des Carpates ou plus simplement le Conducator, bref le tristement célèbre Nicolae Ceausescu... Commander des films historiques à la gloire du dirigeant communiste afin de promouvoir la fierté nationale roumaine, en voilà une bonne idée... qui plus est lorsque cette demande s'inscrit dans une période où le régime commence à connaitre diverses crises, en particulier économique. Les politiques d'austérité ayant de tout temps inspiré peu d'enthousiasme de la part du vil peuple, il convenait de rappeler à la plèbe individualiste le courage de ses dirigeants, et par voie de fait la légitimité du pouvoir de l'autoproclamé Conducator. Que penser dès lors du film Vlad Tepes de Doru Nastase? Film historique à but propagandiste? Pas seulement...

L'histoire est connue, tout du moins la libre adaptation qu'a pu en faire Bram Stoker et son célèbre Dracula. Du reste, faut-il être mormon et amateur de bluette fantastique pour croire une seule seconde que Vlad III, fils de Vlad Dracul, était le monstre sanguinaire originel des récits vampiriques, du roman gothique jusqu'à nos jours? Car c'est là, l'un des points les plus appréciables du film de Nastase, décrire les six brèves années de règne (1) du voïvode roumain, mais également l'origine des horreurs fantasmatiques qui firent la sinistre et involontaire (?) renommée de Vlad l’Empaleur à travers toute l'Europe et ceci dès le XVème.

De manière académique, les films historiques n'ayant jamais été réputés pour leurs audaces formelle et narrative (2), Vlad Tepes est scindé en deux parties distinctes, l'une consacrée à l'ascension de Vlad III en 1456, la seconde à l'affrontement et la résistance contre l'empire ottoman mené par le Conquérant Mehmet II. Une première heure où nous est donc décrit la prise de pouvoir du prince au dépend de Vladislav II, la mort de ce dernier permettant de rétablir sur le trône les Draculea, descendants de Vlad II chevalier de l'ordre du Dragon (Dracul). Un assassinat qui met en lumière l'un des traits de caractère de Vlad, véritable ligne de conduite inflexible voire jusque boutiste (psychorigide?) de son futur règne où le moindre écart moral peut être puni de mort : lors de l'attaque Vladislav II fut en fait assassiné par un traître, un homme qui lui avait juré fidélité, dès lors ce "régicide" mérite la mort du fait de sa traîtrise selon le nouveau prince de Valachie. 


Le portrait du prince valaque en corrélation avec la droiture du personnage et sa stature d'icône nationale est par conséquent irréprochable: un homme dur mais juste. Un portait à mettre en parallèle avec les griefs qui lui vaudront de nombreuses représailles et par extension la perte de son trône en 1462. Vlad III comme nombres de monarques, par exemple Philippe-Auguste ou Louis IX pour la France en leur temps ou Louis XI à cette même époque, veut renforcer et centraliser le pouvoir et son autorité au détriment de la noblesse (certains boyards furent à l'origine de la mort de son père et d'autres comploteront en demandant l'aide des turcs) usant de tous les moyens de terreur, dont le célèbre supplice du pal.

Or pour avoir réprimé les marchands saxons de Transylvanie (3), ces derniers appréciant modérément l'augmentation des droits de douane et tenté de le renverser au profit du frère de Vladislav II, l'image du prince va considérablement se ternir en dehors de la Valachie grâce aux soutiens des boyards rebelles et du nouveau roi de Hongrie, Matthias Corvin. Une politique de désinformation efficace qui fera passer Vlad pour un sanguinaire empaleur fou... et un vampire. 

Sans pitié et craint par les nobles (le pal étant étrangement dissuasif), et au contraire soutenu par la population paysanne, le prince est confronté à la fois aux dangers de l'ennemi intérieur, mais également à ses puissants voisins, tiraillé entre la Hongrie dont la Valachie reste toujours le vassal (et ce malgré les réticences libertaires de Vlad), et l'orgre turc dont l'appétit va grandissant depuis la chute de Constantinople en 1453. Car Vlad III est principalement connu pour sa guerre menée contre les turcs et son désir d'indépendance vis à vis de l'empire ottoman, bien décidé à n'être ni un nouveau vassal, ni un allié passif, dernière position qui aurait la fâcheuse conséquence à faire passer son pays à "une île dans une mer ottomane" si les turcs envahissait la Hongrie.

  
Vlad, Mehmet II... et quelques centaines d'empalés turcs au centre

Si le film de Doru Nastase pour des raisons évidentes de moyens est loin d'être aussi spectaculaire (4) que les films hollywoodien d'antan (Les Vikings (1958) de Richard Fleischer au hasard), il peut malgré tout s'appuyer sur la solide interprétation (quoique renfrognée) de Stefan Sileanu et une reconstitution des plus fidèles. En dépit des craintes énoncées en préambule, les motivations politiques en matière de récupération étant évidentes, le film évite néanmoins les caricatures faciles (envers les turcs par exemple), et n’apparaît nullement comme une hagiographie simpliste du prince valaque. On s'amusera cela dit à faire quelques comparaisons audacieuses mais évidentes connaissant le caractère propagandiste du régime roumain : Vlad/Ceausescu, la Hongrie/l'URSS (5). 




Bien qu'ayant vu la version longue de 2h14, il est possible de voir en ligne
une version amputée de 30 minutes avec des sous-titres en anglais

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(1) Dans les faits, il s'agit du deuxième règne du prince de Vlad III, celui-ci régnant également sur la Valachie quelques mois en 1448 et en 1476 avant sa mort.

(2) Au contraire Des diables (The Devils) du désormais regretté Ken Russell.

(3) Il existe en effet depuis le XIIème une forte communauté germanophone en Transylvanie.

(4) Ajoutons que pour un film de la fin des années 70, la pellicule ressemble étrangement à un film des années 60...

(5) Aux yeux de l'occident, pendant très longtemps, Ceausescu est passé pour une sorte d'électron libre, un des rares dirigeants de l'Est a s'ouvrir à l'Ouest... à la différence que ses supposés désirs d'autonomie ne l'ont jamais poussé à suivre les traces d'un Tito. Le régime roumain était bien trop dépend du grand frère soviétique.