vendredi 30 décembre 2011

Lulu - Lou Reed & Metallica (2011)

L'annonce ressemblait à un poisson d'avril... excepté que la saison des canulars printaniers n'étaient plus d'actualité. Lou Reed et Metallica collaborant à un album commun, de quoi attiser la curiosité du badaud? Du préposé, pas vraiment, tant le dernier The Raven de papy Reed avait refroidi l'enthousiasme suscité par l'excellent Ecstasy (2000). Intérêt d'autant plus relatif à l'écoute de la dernière livraison des four horsemen (comme on dit dans le milieu), Death Magnetic, qui tentait de revenir (en partie) vainement au thrash de leurs jeunes années. Bref, à part être attiré par une curiosité malsaine et morbide, la sortie de Lulu n'allait aucunement bouleversé le quotidien des amateurs de musique... c'était oublier un peu vite le goût pour la viande faisandée qui anime ce site.

Prétendu comme le chaînon manquant entre le lourdingue Berlin (1973) et le heavy Master of Puppets (1986), Lulu pouvait-il dans ce cas susciter un quelconque regain d'intérêt? Sur le papier, le doute restait de mise, mais en bon charognard, la chronique d'une catastrophe annoncée restant toujours une expérience à vivre pour l'amateur déviant, la date de sortie du délit méritait donc d'être noté quelque part... le 31 Octobre 2011.

Inspiré par deux pièces de théâtre écrites par l'Allemand Frank Wedekind, l'album du quintette (accompagné d'un ensemble à cordes) se décompose (1) en deux disques d'une quarantaine de minutes pour 10 chansons au total : faite le calcul, gare à l'indigestion...

Mais à qui s'adresse dès lors ce Lulu? Pas aux fans de Lou Reed, ce dernier dans un élan de morgue habituelle (et désormais vain) déclarant qu'il n'en avait plus depuis 1975 et la sortie de son entreprise de démolition prénommée Metal Machine Music. Aux fans de Metallica alors? Encore moins, l'album étant hors des zones de prédilection du metalheads de base, soit très éloigné du pré carré métallique moyen. Resterait alors les autres, une poignée de pervers adeptes d'expériences musicales masochistes de toute sorte? Pas sûr finalement.

Si le miracle (s'il on peut le nommer ainsi) avait eu lieu en 1973 avec un concept-album fait de bric et de broc (2), les récentes démos de Reed revues à la sauce métallique offrent une autre destinée, naviguant entre le mauvais, le passable, le pathétique et contre toute attente deux trois exceptions suffisamment pertinentes pour sortir l'auditeur du marasme sonore ambiant. A cela, on retiendra un premier disque digne des pires productions de cette chimère musicale, un vieux au bord de la sénilité à la voix chevrotante récitant son texte imbitable appuyé par 4 lourdauds sourds comme des pots. Le trait parait forcé? Ecoutez donc la triplette Mistress Dread, Iced Honey ou Cheat On Me (3)... Le premier extrait de l'album présenté fin Septembre The View avait reçu une volée de bois vert, ce dernier reste pourtant après coup la chanson la plus présentable de ce premier disque, étonnant, non?

En partant de si bas, pouvait-on, pouvaient-ils faire pire? Heureusement pour eux, heureusement pour nous, non. Et pourtant la moyenne des titres n'a rien d'engageant : Frustration et Little Dog 8 minutes, Dragon 11 minutes et enfin Junior Dad quasi 20 minutes, gloups... Premier point, le fait de ne plus entendre James Hetfield, relégué à sa guitare, ne joue plus en la défaveur du second disque. Or comme sous-entend la durée des chansons relevée précédemment, ces dernières aurait amplement mérité quelques coupes, mais après l'épreuve passée des 6 premières chansons, une certaine indulgence, née d'un syndrome de Stockholm après l'écoute douloureuse sus-mentionnée, rend ces 4 dernières chansons plus... agréables? Apparaît également l'interrogation suivante : Metallica était-il le meilleur Sparring-Partner pour l'atrabilaire Reed? A l'écoute de Dragon et des 3 autres, la réponse est plutôt affirmative, pour le reste d'autres groupes auraient sans doute été plus en mesure de coller avec l'écriture du géniteur du mal-embouché Street Hassle, qu'importe... (4).

En conclusion, Lulu (comme pouvait le laisser supposer les réticences et doutes du préposé en préambule) ne restera pas dans les annales de la musique, mais évite tout de même de justesse le titre de catastrophe... Et puis, faut-il être fan de Metallica et retardé congénital pour avoir cru que les quatre de Los Angeles auraient eu le premier rôle, c'était mal connaitre la "démocratie" reedienne.

  
Disque 1
Disque 2
En écoute sur Grooveshark
   



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(1) Les mauvaises langues diront "se décompose" au sens propre comme au sens figuré...

(2) Rappelons nous que nombre de chansons de Berlin existaient déjà au format démo lorsque Reed et le Velvet Underground ne faisait qu'un, pour la continuité et le supposé concept de 73, on repassera...

(3) En vous laissant le libre choix de faire le jeu de mots facile approprié.

(4) Bien que Reed s'en défende, Metallica lui permettait également une plus grande couverture médiatique que s'il s'était attaché les services de Sunn 0))) ou Today Is The Day.

dimanche 25 décembre 2011

Funky front covers part V

En partenariat cette année avec les talentueux Mario Labs ®, ouvrons comme le veut la tradition la nouvelle saison des Funky front covers © pour une mise en ligne croisée en mondovision à la gloire des pochettes sexy, déviantes ou par mégarde ridicules que les décennies passées ont pu offrir à la plèbe amatrice de débordement visualo-musical.

Et pour fêter cette cinquième édition, toute l'équipe (bon ok, le préposé et l'agent comptable...) a décidé de s'éloigner momentanément du funk originel (bouuuuuh!!!) pour d'autres horizons plus exotiques (aaaah!!), en gardant à l'esprit bien évidemment l'essence même des funky covers : une ode aux corps moites et à la chair frémissante.

En préambule, afin de solder les comptes pour reprendre les termes poético-financier de notre agent préféré, et avant de s'enfoncer irrémédiablement vers le grotesque (oh, l'autre!), il est bon de se rappeler qu'une femme nue n'est pas forcément un argument facile de vendeurs de soupe (gniiii?)... tout du moins pas forcément comme le prouvent les trois exemples suivants.

         

Prenons le troisième album du soulman Terry Callier What Color is Love, considéré à juste titre comme l'un de ses meilleurs, une demoiselle dévêtue sur un fauteuil en toile, mais au visage renfrogné cachant qui plus est ses attributs... ajoutez y un titre d'ouverture flirtant bon les 9 minutes, Callier ou le cas typique de l'artiste qui avec de telles méthodes de vente devra finalement attendre l'apogée de l'acid-jazz britannique pour enfin obtenir une tardive reconnaissance. Quant à l'organiste de soul-jazz Jimmy McGriff, il nous avait déjà fait le coup en s'inspirant du Sugar de Stanley Turrentine en 1971 avec Soul Sugar, or la même année le fameux joueur d'orgue Hammond remet le couvert avec Groove Grease dont la pochette aux formes et à la photographie retentissante définit à elle seule ce que doit être une pochette funky! Un maître-étalon visuel (la musique proposée n'étant malheureusement pas du même niveau). Mais le genre popularisé par Sly Stone et James Brown n'a pas l'apanage de la pochette sexy, en 1962 le bluesman Josh White enregistre l'album Empty Bed Blues dont la cover a dû faire étouffer plus d'un conservateur de l'époque...

         

L'exotisme avait été annoncé, chose promise, chose due : en route pour le Japon! Avant d'ouvrir les portes du ludo-éducatif cher à Mario Cavallero Jr, débutons cette visite culturelle par l'album Bass Bass Bass (1971) qui comme son nom l'indique est l'oeuvre d'un bassiste (ouah!) au nom d'Isao Eto qui fit parti intégrante au début des années 70 du big band de Masabumi Kikuchi. Une année 1971 riche en émotion débordante (chère au préposé), la décennie portant au pinacle le Iroke Kayōkyoku, genre musical typiquement nippon, soit de la pop érotisante chantée par des demoiselles n'ayant froid ni aux yeux, ni aux oreilles, ces dernières poussant au besoin quelques gémissements gravés sur vinyle... Kuwabara yukiko, jeune cover girl de ces années, enregistre en 1971 l'album  Kuwabara yukiko to anata, musique passe-partout easy-listening agrémenté du chant parlé de la demoiselle avec longs soupirs quand le coeur lui en dit comme sur Weak Point. Mais le joyau du genre reste sans conteste l'incommensurable Kokotsu No Sekai d'Ike Reiko connue par la suite pour ses nombreux "pink films", mélange d'érotisme et d'action tel Female Yakuza Tale (Yasagure anego den: sôkatsu rinchi) (1). D'érotisme vocal, la jeune Ike n'hésitera pas à en redéfinir les limites tant l'album ressemble à un abécédaire des gémissements. Et la pochette me direz-vous? La back cover sur canapé bleu et petite culotte tout coton ne dépareille pas non plus...

           

Que les amateurs de funk se rassurent, nous ne les avons point oublié (quand bien même faut-il l'avouer, ils sont moyennement à la noce lors de cette cinquième saison), et comme à l'accoutumé trois pochettes où le postérieur des foxy ladies est à l'honneur en ces années 1976-1977. Un joli haut tricoté pure laine, un short orange échancré, voici donc la Little Funk Machine des Street Corner Symphony, honnête formation de funk dansante à l'écoute de l'extrait proposé (2Come On Baby (Dance With Me). Un fessier mis en valeur par un short bien taillé, une figure imposée de la pochette funky? Qui plus est lorsque celle-ci cache une cruelle baisse de régime comme le Trick Bag de The Meters et leur lucide mais cruellement fade Disco Is The Thing Today. Pour se consoler, suivons alors cette dame jusqu'à son 13th Floor pour un sympathique Steppin' Out (1977).

            

Mais les Funky front covers ©, ce sont aussi des pochettes où se croise un improbable goût vestimentaire, où la symbolique reste des plus abscons pour l'imprudent qui chercherait à comprendre une raison à ce déferlement de couleurs et d'audaces visuelles façon la gerbe. Un maillot deux pièces futuriste, le pied droit posé sur une tortue, un godmiché en guise d'arme d'hast, plus un anneau de feu jaillissant au loin de la montagne, vous avez une heure pour commenter ce qui est passé par la tête de Claudja Barry et son Tripping On The Moon (1984), cover catastrophique d'un morceau de Cerrone. Et si vous pensiez que le sens du rythme ne pouvait venir de l'Est, détrompez-vous! La Neoton Familia, groupe populaire en Hongrie et son tournesol Napraforgo (1979) nous propose le meilleur des effets made in Didier Marouani en version disco, avis aux amateurs de robe léopard et de femmes à lunettes... Et nous finissons ce tour d'horizon par le prix du meilleur costume qui est décerné cette année à... ou plutôt au... duo de sorcières prénommé Blanc de Blanc, on les félicite bien fort... par contre reste une question en suspens, Get Ready... prêt à quoi? A vomir à l'écoute d'un machin pareil?

             

Trop longtemps mis à l'écart en ces pages, la France eut elle aussi son heure de "gloire" picturale, dont son champion disco: Marc Cerrone. Si la pochette de son premier LP, Love In C Minor, annonçait un potentiel certain, il faudra attendre le deuxième, Cerrone's Paradise, pour que les vendeurs en électroménager trouvent enfin leur compte... tout comme ceux de Saint Maclou à propos du 45 tours du méconnu Serge Koolenn et de son  Les femmes des autres/J'ai rien vu, variété funky qui a au moins un avantage, en plus de la demoiselle en porte-jarretelles, celui de suffisamment s'éloigner des préoccupations synthétiques de l'année 1982 pour un "groove" sonnant plus 70's. Et puis Sterling Saint-Jacques! Tout de même autre chose que les deux moustachus franchouillards précédemment cités, un éphèbe huilé né à Los Angeles qui la même année sortira un Muscle Man à la pochette tout aussi crypto-gay... mais sans les baskets! RRrrrrhhhHHH

            

En bonus, comment ne pas conclure ce cru 2011 par un trio de stars... Amanda Lear et son Tam-Tam (1983) prouvant une fois de plus que Cher n'a pas le monopole du ridicule (où on regrettera juste l'absence d'os de poulet dans la cloison nasale...). Ah, j'entends déjà les voix interrogatives, mais qui est donc cette jolie brunette cachant le museau de ce guépard sur ce Woman is free! Les amateurs de Rollinades reconnaîtront sans doute Françoise Pascal, ancienne cover girl (3), qui joua dans La rose et le fer (1974) de sieur Rollin, et  les autres se rappelleront peut-être sa brève apparition dans le One+One de Godard sur les Rolling Stone. Ilona Staller... ça ne vous rappelle rien? Si, si, regardez bien ce que tient cette jeune blonde dans ses mains (j'ai dit les mains, merci!). Mais bon sang, mais c'est bien sûr! Une autre compatriote des tournesols magyars plus connu sous son pseudonyme transalpin : La Cicciolina! Ou on apprend que son fétichisme pelucheux date bien avant les bondissants Popples 80's... étonnant, non?

Et à l'année prochaine pour une nouvelle saison!
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(1) Ou on apprend que la mafia locale fait passer de la drogue dans des fioles dissimulées dans le vagin de passeuses...

(2) Pensez également à cliquer sur les images! Parce que vous je ne sais pas pour vous, mais le préposé a tout écouté... et ce ne fut pas une sinécure dans certains cas...

(3) Fou le nombre de cover girls qui sont passées par les Funky front covers ©...

mardi 20 décembre 2011

Super - James Gunn (2010)

A l'heure où le film de super-héros a toujours le vent en poupe de l'autre côté de l'Atlantique, entre un super-soldat yankee chargé en stéroïdes et bouffeur de nazis/canailles communistes (rayez la mention si besoin), et les futures nouvelles et dernières (1) aventures de l'homme chauve-souris, il est amusant de constater que cet engouement touche également le cinéma indépendant US de ces dernières années, à l'image du Defendor de Peter Stebbings ou de Super de James Gunn, mais proposant toutefois des « super »-héros et des histoires tout aussi décalées...

Frank D'Arbo (Rainn Wilson) a deux passions dans sa vie: le dessin aux crayons et sa femme Sarah (Liv Tyler). Mais un jour cette ancienne junkie renoue avec ses anciens démons tentée par le séduisant et charismatique Jacques (Kevin Bacon). Abandonnant le domicile conjugal pour ce dealer (et propriétaire d'un club de strip-tease), Frank perd rapidement le goût de la vie... lorsque celui-ci rencontre dieu (doublé par Rob Zombie)... tout du moins le doigt de ce dernier touchant son cerveau après le visionnage d'un des épisodes à but informativo-prosélyte du Vengeur Sacré (Holy Avenger) (Nathan Fillion). Par cette vision divine, Frank a la révélation, il doit devenir un super-héros. Armé d'une clef à molette et d'un costume rouge fait main, le désormais Éclair Cramoisi (Crimson Bolt) fait régner la terreur parmi les dealers de marijuana... et les resquilleurs de files d'attente, les coups de clefs à molette étant globalement assez persuasifs et offrant des souvenirs plutôt mitigés aux cloisons nasales des dits vilains. Mais Frank n'a qu'un but: sauver Sarah des griffes de Jacques, Frank trouvant comme tout bon super-héros qui se respecte son acolyte et sidekick, Libby (Ellen Page), la jeune employée de la boutique de comics où celui-ci était venu chercher l'inspiration... 

 

Comme annoncé en introduction et à la lecture du synopsis, Super n'a rien du blockbuster hyper-protéiné qui apparaît lorsque l'été et les vacances scolaires surviennent (2). Ce film à budget modeste tourné en 47 jours se veut déstructuré, alternatif d'après les mots de son réalisateur auteur. En gestation depuis 2002, le film retrace l'histoire d'un homme banal, quoique benêt, amoureux, quoiqu'un peu sociopathe, croyant, quoique surtout illuminé, sans pouvoir extraordinaire, quoique maniant la clef à molette comme arme par destination avec détermination.

En grand amateur de comics, James Gunn a ainsi écrit une histoire reprenant divers "lieux communs" attachés aux super-héros pour mieux proposer une autre version : les motivations de Frank D'Arbo sont avant tout personnelles, d'une intelligence très moyenne, le personnage apparaît comme un justicier à la petite semaine, à côté de ses pompes et plongé dans un monde réel très éloigné des préoccupations socialo-vengeresses d'un Batman par exemple. Ajoutez une jeune partenaire encore plus déphasée et violente, qui ira jusqu'à "violer" son compagnon d'armes dans un bel accès de fétichisme, et un bad guy hypercool, on n'en attendait pas moins de la part d'un ancien de Troma (Lloyd Kaufman faisant au passage une courte apparition). 

Super rate néanmoins en partie sa cible ou aurait mérité à être plus efficace. Ce mélange des genres entre la comédie noire, la romance et le film de super-héros manque de souffle et de rythme, avec plus de folie le résultat n'en aurait été que meilleur. Reste un casting hallucinant d'acteurs pour un petit film indie : Rainn Wilson (le fameux Arthur de Six Feet Under, The Office), Liv Tyler, Ellen Page (Juno), Kevin Bacon, Greg Henry (Body Double), Michael Rooker (Henry, portrait d'un serial killer) ou Andre Royo (The Wire).



Mot du partenaire :
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SUPER :
Date de sortie : 1er décembre
Prix de vente : 14.99 € TTC le DVD
Existe également en Blu-Ray et en Combo (DVD + Blu-Ray)
Disponible sur www.bacboutique.com
Editeur Initiative Cinéma One

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(1) Toutes les bonnes choses ont une fin, The Dark Knight Rises sera le dernier du fade Bale.

(2) Et vous n'avez pas encore vu le générique de début...

mercredi 14 décembre 2011

Cronico Ristretto: Médéric Collignon "Hommage à King Crimson" New Morning 07/12/2011

Quatre décennies après les premiers soubresauts, si les divers croisements entre le jazz et le rock ne font plus débat et encore moins polémique, la production discographique jazz-rock-fusion des années 70 ayant à elle seule démontré et réglé les tentations de cette chimère musicale, la curiosité restait de mise en apprenant la nouvelle: un hommage jazz au groupe de rock mythique King Crimson. Fallait-il néanmoins s'étonner d'une telle initiative, le Robert Fripp band étant l'une des rares formations de rock progressiste à avoir su éviter les nombreux pièges et travers de la scène dite art-rock. Robert Fripp guitariste aux multiples facettes, Médéric Collignon électron libre du jazz français, la rencontre ne manquait pas de piquant.

Accompagné d'un double quatuor à cordes et de son habituel quartette Jus de Bocse (Philippe Gleizes à la batterie, Frank Woeste au Fender Rhodes et Frédéric Chiffoleau à la contrebasse) avec qui Médéric Collignon rendit un précédent hommage à Miles Davis (les albums Porgy and Bess et Shangri-Tunkashi-La sortis en 2006 et 2010), Collignon revisite à sa façon l'univers du Roi pourpre, avec une préférence prononcée pour son répertoire "récent" lors de ce troisième concert au New Morning cette fois-ci (1). S'ouvrant par le classique éponyme morceau de 1974, Red, le cornettiste dès cette introduction rassure l'habitué des sonorités "frippiennes", l'esprit est bien là, à charge pour le souffleur d'imposer son style par la suite. S'enchaîne Vrooom et Vrooom Vrooom issus de Thrak (1995) où le groove du quartet assoit durablement l'empreinte que laissera le souvenir de ce concert : une musique maîtrisée de bout en bout, à la fois fidèle et libre dans son interprétation, Crimson revisité par une formation apparentée jazz-funk, qui l'eut cru?

 
Le français jongle ainsi avec bonheur entre les diverses époques de la renaissance "new wave" portée par Frame by Frame et Discipline aux ténébreux Larks' Tongues in Aspic Part 1 & 2 et méconnu Dangerous Curves des années 70. Un voyage musical revisité par ce véritable chef d'orchestre à l'humour communicatif où sa vision dénote une volonté certaine d'aller au-delà du simple tribute ; Collignon expérimente, ajoute ses touches personnelles, improvise avec son téléphone portable, lorgne vers le scat et l'instant d'après déforme sa voix en lieu et place d'une guitare électrique. Entouré par des musiciens faisant corps avec sa vision, le concert ne connait aucun temps mort, deux heures de musique intense et personnelle.

A suivre.

Extrait du concert donné au Triton en juin 2011
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(1) Les 17 et 18 juin de cette année, la même formation avait joué King Crimson au Triton.

lundi 5 décembre 2011

Cronico ristretto: L'arbre et la forêt - Jacques Martineau, Olivier Ducastel (2010)

Le préposé n'a jamais caché son admiration pour Guy Marchand, comment pourrait-il en être autrement? Allant même jusqu'à chroniquer son dernier album lors de sa sortie en mai 2008 (A Guy in Blue) ou à porter parfois quelques couvre-chefs pour se rapprocher un tant soit peu du maître. Et s'il aura fallu plus d'un an pour voir le dernier long-métrage de notre hidalgo septuagénaire, L'arbre et la forêt, le souvenir d'avoir vu l'un des plus beaux rôles de Guy Marchand marquera plus les esprits que ce délai d'attente malheureux.

1999, un homme âgé marche dans une forêt sans but apparent, contemple les arbres, la forêt, sa forêt. Soudain un molosse à l'allure impressionnante mais nullement menaçante s'approche, le vieil homme qui était l'instant d'avant calme, serein devient tétanisé, la seule vue de ce rottweiler éveillant en lui un passé enterré, synonyme de honte et de terreur. Cet homme, Frédérick Muller (Guy Marchand) n'a pas été convié à l'enterrement de son fils aîné, ce dernier interdisant sa présence. Or nul de la famille n'est au courant de ce bannissement post-mortem, une absence sous couvert d’excentricité, le patriarche forestier étant connu des siens comme un original. Mais ce manquement aux règles n'est pas sans créer des remouds dans la famille, le fils cadet et la petite-fille de Frédérick ne comprenant pas cette attitude apparemment désinvolte... car Frédérick cache un lourd secret, sa stature de prisonnier politique durant l'occupation n'est qu'un leurre, celui-ci fut déporté pour d'autres raisons, ce que son fils aîné découvrit et ne lui pardonna pas.


Un secret, un passé refoulé et douloureux (1), une famille ébranlée par une révélation, la paire Ducastel et Martineau (Coquil­lages et crustacés) avait habitué le spectateur à des schémas plus légers. Sixième film du duo, L'arbre et la forêt est d'une gravité solennelle, à l'image de l'arbre du titre, et porté par l'interprétation sans faille du duo complice Guy Marchand / Françoise Fabian et de la délicieusement ironique Catherine Mouchet.

Sous un schéma relativement balisé, celui du film de famille au bord de la crise (2), l'histoire de Frédérick Muller se résume à un silence, un mutisme dont les conséquences aura des répercussions sur les trois générations qui composent sa famille, sa femme, ses fils et sa petite-fille. Un film tendu où l'image de l'arbre planté prend toute sa force, un passé enfoui enraciné, protégeant à sa façon la famille avant la tempête menaçante.

... et un Guy Marchand magistral.


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(1) Contrairement à d'autres critiques que le préposé a pu lire, on évitera de citer ce que cache le personnage principal. L'histoire inspirée par la vie de Pierre Seel perd de sa force si dès le synopsis est dévoilé cet élément central du récit.

(2) Rassurons les moins endurants, on est loin du Bergman de Sonate d'automne ou de Sarabande.