Cronico Ristretto: Wo!Man - Archie Shepp & Joachim Kühn (2011)

Jeune loup de la New Thing dans les années 60, le désormais patriarche Archie Shepp n'en demeure pas moins en 2011 un artiste dans l'air du temps: un éternel jeune homme au service de la great black music, à l'image de sa dernière oeuvre Wo! Man en duo avec le pianiste Joachim Kühn.

Après un précédent album remarqué, Phat Jam in Milano (2009), où le géniteur de Blasé reprenait d'une manière méconnaissable le classique de Led Zeppelin Kashmir en s'adjoignant les services du rappeur Napoleon Maddox, Shepp quitte deux ans plus tard le spoken word et l'univers urbain du rap pour d'autres horizons: celui du jazz minimaliste.

Quant à Joachim Kühn, ce dernier est connu pour être un grand pianiste de jazz outre-Rhin, mais à la lecture de son parcours, également un artiste aventureux, multipliant au cours de sa vie musicale les rencontres diverses, du free jazz de Don Cherry au jazz fusion d'un Jean-Luc Ponty, Billy Cobham en passant par des jouxtes au piano avec le radical Martial Solal ou le batteur Daniel Humair. 

Si de prime abord, leurs deux sensibilités apparaissent sur le papier sinon antagonistes, tout du moins différentes à l'écoute de l'ouverture Transmitting, composition de Kühn, et des deux suivantes (Nina, Drivin' Miss Daisy) de Shepp, on constate néanmoins très rapidement que les cartes se brouillent facilement, la complémentarité des deux musiciens devient évidente lorsque ceux-ci composent à quatre mains (Segue, Sketch/Monette), puis transfigure la paire en un duo bicéphale à la relecture des trois standards que contient Wo! Man : en guise d'amuse-bouche le Harlem Nocturne d'Earle Hagen et Dick Rogers (1), le désincarné et dramatique Lonely Woman d'Ornette Coleman et pour clore le disque le Sophisticated Lady d'Ellington (2).

Une musique introspective, un jazz aventureux, un disque symbiose, limpide, en un mot : évident.



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(1) Repris dans les années 80 entre autre comme thème principal pour la série Mike Hammer avec Stacy Keach.

(2) Qu'Archie Shepp avait déjà repris en 1969 sur son album Blasé.

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