Cronico Ristretto: Cane di Schiena - Calomito (2011)


Oui mais quoi de plus obscure et opaque que le RIO? En voici une interrogation que le rock addict pourra aisément poser à ses pairs en guise d'amuse-bouche futile. Une question aware loin d'être innocente pour celui qui voudrait contre-alimenter une séance d'art-rock bashing (1). De toute façon, le Rock In Opposition n'intéresse plus aujourd'hui que les fétichiste de la chaussette 100% pure laine pourra nous rétorquer d'une boutade un troll de passage. Si le groupe Henry Cow grand initiateur du RIO, s'est en effet "remarquer" visuellement à ses débuts par ses pochettes particulières, leur musique comme pouvait le laissait suggérer leur étiquette avait tout pour plaire à un public restreint, impénétrable et imperméable au soubresaut de la musique pop-rock des années 70, soit la plaie des maisons de disques d'hier et d'aujourd'hui. Or Calomito, à l'instar de leurs aînés Stormy Six qui partagèrent la fameuse affiche du festival de 1978 (2) provient d'Italie.

Premier indice: le quintette se distingue par une ossature instrumentale inhabituelle, au-delà du trio classique basse, guitare, batterie s'y greffent un violoniste et un joueur de trombone. Second indice: hormis quelques vocalises secondaires, leur musique est instrumentale. Troisième indice: la qualité des compositions et les multiples références aux quelles ces dernières se rattachent. Conclusion: encore un grand album en provenance d'Italie... mais n'allons pas trop vite.

Second album des transalpins, Cane di Schiena, aura apparemment accumulé les difficultés:  enregistré entre l'été et l'automne 2009, mixé au printemps 2010... pour une sortie en février 2011. Un délai nullement préjudiciable tant la formation est maître de son art et leur musique indifférente aux modes. Après un premier album Inaudito (2005), le quintette revient avec un goût certain pour les aventures musicales extra-sensorielles: faire communier la fée électricité avec l'acoustique d'une formation folk et jazz, ou reprendre les bases de la scène de Canterbury avec une touche personnelle (Parliamon).

De cet album, on retiendra la palette des ambiances, le talent des musiciens et la qualité des mélodies rendant Cane di Schiena très "accessible" au regard des autres formations RIO. Passé l'ouverture King Crimsonienne de circonstance (Bella Lee), la chaleur et l'humour de Calomito apporte un contre point évident à une musique sérieusement maîtrisée (le très beau morceau éponyme). Ajoutons un violon Stéphano-Grappelien selon l'humeur, des fantaisies propres à Zappa et Patton (Fungo et ses incursions cartoonesques à la Suspended Animation), un lyrisme salvateur et un groove typiquement jazz, Calomito vient de signer un des albums instrumentaux de l'année.

Album en écoute sur Progstreaming.




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(1) L'un des plus chronophages loisirs de tout amateur de rock qui se respecte... ou pas.

(2) Si le genre existait déjà, il lui manquait un nom, le concert regroupant Henry Cow, Univers Zéro et consorts le 12 mars 1978 est considéré comme l'acte de naissance du RIO.

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