Cronico Ristretto: 127 Hours - Danny Boyle (2010)

Avec un peu de retard, le préposé va de ses impressions à propos d'un récent films étatsunien qui fut, comme le palmipède hypercalorique d’Aronofsky, en lice pour les Oscars de cette année (1).

Si on ne s’appuiera pas sur un avis critique qui englobe la filmographie de Danny Boyle, son évolution voire son intérêt, il n’en reste pas moins que sa dernière livraison 127 Hours donne matière à quelques divagations…

127 heures ou la durée du calvaire du dénommé Aron Ralston, ingénieur et alpiniste amateur, l’avant-bras droit coincé sous un rocher après une chute dans le Blue John Canyon dans le Parc national de Canyonlands en Utah. En résumé, six jours et cinq nuits avant de s’amputer avec un canif made in China le bras récalcitrant.

Au crédit du cinéaste anglais, soulignons et signalons la création d’un nouveau sous-genre (à ma connaissance), celui du survival statique… dont la nature même aura tendance cependant à être minimisé, la cause à de nombreux soubresauts épileptiques et autres effets visuels vains (à vous faire passer Tony Scott pour Luchino Visconti…). Si l’utilisation de caméras numériques en vue de plonger le spectateur au plus près de l’action et du drame semble à propos par soucis de réalité, la copie technique est loin d'être aussi idéale. La technique dite du split-screen, quant à elle, ne dépasse en effet jamais sa fonction de gadget, d’autant plus vrai que Boyle ne l’utilise pas à bon escient (2).

Concernant l’aparté survival, les hallucinations ne sont pas non plus l’aspect le plus réussi du long-métrage. Boyle propose un genre finalement boiteux, la partie documentaire se voit systématiquement mis à mal par les effets de caméra clipés du réal (3), et les souvenirs tripants ne sont ni émouvants, ni réellement judicieux, ces derniers n’apportant pas grand-chose. Un homme seul face à une telle adversité, en voilà un sujet propice à la contemplation, tel le Gerry de Gus Van Sant… mais ici très peu exploité, dans de trop rares occasions, un rayon de soleil dans le canyon, un corbeau qui passe, circulez y’a plus rien à voir.

Parmi les points positifs de cette adaptation du livre de Ralston, on notera la présence brève de Bill Withers pour la bande son, et celle de l’acteur ringard Trent Williams dans le rôle du père de notre amputé casse-cou. C’est peu mais il faut par moment se satisfaire de bribes face à ce genre d’objet biographique chantre de l'hémiplégie hallucinatoire… Quant à la performance de James Franco, si son interprétation ne souffre d’aucun défaut notable, la notion de louer le talent d'un imitateur laisse dubitatif le préposé, quand bien même dans le cas présent le vrai Aron Ralston n'est pas un personnage célèbre (4).


La critique de Playlist Society.


____________________________________________________________________________________________________

(1) Quant au triomphe du roi bègue, j’ajouterai simplement (quitte à me répéter) : « Colin Firth qui gagne un oscar... Si Darry Cowl avait été anglais et ce film tourné il y a 30 ans, il aurait pu aussi l'avoir, cette statuette! »

(2) Autant Aronofsky a trop regardé les films de De Palma, et paradoxalement, on saurait gré à Boyle de le faire…

(3) Sans conteste, le plus gros défaut de 127 Hours, ou du grain à moudre pour relativiser les qualités du cinéaste ?

(4) On peut d’ailleurs s’interroger pourquoi tant d’acteurs reçoivent un prix d'interprétation lorsqu’ils jouent un personnage réel, doit-on forcément se ravir de ses qualités de perroquet ou de mimes ? Bof…

9 commentaires:

  1. "survival statique" <- c'est bon ça : )

    Très bonne critique au Masque & la plume dimanche. Si t'as l'occasion il y a de bons reportages sur le vrai bonhomme, bien plus "intéressant" que cette daube sans nom qu'est 127 hours qui ressemble à une bonne pub pour dekatlon (qui se termine mal évidement)...

    RépondreSupprimer
  2. @ Dom: Oui bien vu la pub pour Décathlon :-D
    ... de toute façon, quand on le voit faire le con avec son vélo, on ne souhaite qu'une seule chose, qu'il se fasse très mal :-P

    RépondreSupprimer
  3. Oh oui !! La grosse gamelle que tu vois tout dedans après : )

    RépondreSupprimer
  4. Question aware : le film "Buried" est-il un film à classer dans ta catégorie Survival statique ?
    Définition de ce nouveau sous-genre bien trouvée au passage.

    RépondreSupprimer
  5. @ la Dame: c'est une bonne question. J'étais tenté de répondre par la négative, mais finalement, si Buried ne fait pas partie totalement de ce genre selon moi, on s'en rapproche beaucoup (le personnage principal subit plus qu'il ne se bat... c'est vrai quoi, miss Kiddo est sortie d'un cercueil, quel empoté ce mec! :-P)

    RépondreSupprimer
  6. "survival statique" excellent :)

    RépondreSupprimer
  7. Bien vu la modif du "bras gauche"

    RépondreSupprimer
  8. chantre de l'hémiplégie... c'est mythique, ça! (même si incorrect, on s'en fout)

    Ca me botte pas du tout de voir ce film, alors ce n'est pas ton avis qui changera la donne, c'est sûr

    SysT

    RépondreSupprimer
  9. @ Romain: je ne vois pas du tout de quoi tu veux parler :-P

    @ Syst: oui en fait je cherchais un synonyme apparenté de paralysie, et hémiplégie sonnait bien :-D

    RépondreSupprimer