Black Swan - Darren Aronofsky (2010)

Le préposé était resté avec un sentiment très mitigé lors de sa dernière rencontre avec le cinéaste Darren Aronofsky, devait-il de nouveau se draper dans une méfiance légitime au regard de l'emballement médiatique et hors de propos (1) qui suivi la sortie du précédent The Wrestler?

Convenu, le cinéma du réalisateur de Requiem for a Dream l'est-il devenu? Si le terme parait volontairement fort, à dessein (2), ce cinéaste doué, à défaut d'être génial (on y reviendra), aura un temps fait naître nombres d'espoirs, raisonnés ou non après ses deux premiers longs métrages. Or, après s'être pris les pieds et les neurones dans un tapis mystico-miteux cul-cul la praline (stop n'en rajoutez plus), Aronofsky avait vu sa cote remontée en flèche après sa prévisible histoire de pugiliste à tête dur, apportant la preuve qu'il s'avère toujours payant de ressortir les vieilles recettes hollywoodiennes telles l'éternel conte du loser magnifique. Nouvelle étape, Black Swan saute le pas, et emmène son auteur et le spectateur vers un chemin plus scabreux, moins subtil. L'originalité devient ainsi une denrée rare, surtout lorsque le long métrage lorgne du côté du cinéma (ultra) référencé.

Nina (Nathalie Portman) à la différence du lointain passée de sa colocatrice de mère (Barbara Hershey), ex-ballerine de seconde zone, danse au sein du prestigieux New York City Ballet. Une passion exigeante, dévorante, où la recherche de la perfection est une quête de chaque instant. A l'image de ses consoeurs, Nina n'a qu'une ambition, tenir le premier rôle, qui plus est lorsqu'elle apprend que le chorégraphe et maître d'oeuvre du ballet, Thomas Leroy (Vincent Cassel), décide de mettre en scène une nouvelle version du Lac des cygnes. Obsédée depuis le plus jeune âge par le ballet de Tchaïkovski, Nina voit d'un mauvais oeil l'arrivée d'une nouvelle recrue, Lily (Mila Kunis), et désormais principale adversaire depuis la mise à l'écart de la danseuse étoile vieillissante (Winona Ryder). Or Nina, l'innocente cygne blanc, va au contact de l'émancipée Lily s'ouvrir de plus en plus à la sensualité et au charme vénéneux qui lui manque tant pour incarner le cygne noir du ballet. Une émulation doublée d'une émancipation qui ne sera pas sans danger pour la santé mentale (et physique?) de Nina...

En posant autrement la question en début de chronique, on pourrait s'interroger sur la manière dont Black Swan est-il symptomatique d'un certain cinéma actuel. Lequel? Celui qui cache sa stérilité scénaristique (et/ou formelle) en abusant de références à la pelle. En d'autres termes, à charge pour le réalisateur d'optimiser au mieux son temps et son savoir-faire supposé en servant à la plèbe des influences marquées et très appuyées, en évitant soigneusement, option 1: une assimilation de ces mêmes influences en vue de créer quelque chose de nouveau, option 2: un recul salvateur, des références pouvant être ainsi considérées avant tout comme des clins d'oeil ou hommages plus ou moins déguisés... or chez Black Swan, il n'en est rien, delà à dire qu'Aronofsky mise sur l'inculture (cinématographique) du public, il n'y a qu'un pas.

Le cinéma référencé, appelons le ainsi, servi par Aronofsky offre peu paradoxalement, si ce n'est qu'un patchwork mal digéré, pique-assiette du 7ème Art anxiogène n'hésitant pas à prendre le meilleur d'un Roman Polanski (Répulsion, Rosemary's Baby), d'un David Cronenberg ou d'un Brian De Palma (Sisters, Carrie). Reste une mise en scène au plus près des protagonistes féminins, en particulier son héroïne, une intimité qui n'est pas sans rappeler (par moment) le minimalisme de The Wrestler... mais gâché par des moments trop faciles, ceux là même évoquant le cinéma de Cronenberg et ses mutations chéries en version grossière, pataude, voire caricaturale, annihilant systématiquement la schizophrénie et autres hallucinations du personnage principal. Un climat claustrophobe au final limité, restreint, bridé... ou comment se tirer une balle dans le pied en oubliant les bienfaits de la suggestion. Reste le quatuor d'actrices et en particulier la paire Portman/Hershey à presque nous faire oublier les errements de la mise en scène... et la "prestation" de Cassel.

Au final, ce nouveau film de Darren Aronofsky est certes loin d'atteindre les purges cinématographiques du maître Vincenzo Natali, mais on était en droit d'espérer un film à plusieurs niveaux de lecture, conciliant à la fois le grand public et une frange du public plus cinéphiles, las...


La critique de Playlist Society.

La chronique de Blake.

L'avis de Spiroid.

Et enfin (?) la contribution du hopblog.
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(1) Tout du moins peu justifié, pointons du doigt en premier lieu le faux retour de Mickey Rourke qu'on a voulu nous vendre à toutes les sauces.

(2) Et pas seulement pour tenter en vain la réaction trollesque d'un fan atrabilaire... quoique.

15 commentaires:

  1. Cas d'école sur le "Le cinéma référencé".

    (J'ai également rajouté le lien vers ta critique).

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  2. @ Benjamin: ça m'évoque aussi le film sorti l'année dernière Repo Men, un film qui ne va jamais au delà de ses références...

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  3. Mouais, j'attends de voir ça, mais ça me branche pas des masses, en fait...

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  4. @ Syst: De toute façon, tu loupes rien tu sais :-P

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  5. Décidément, consensus autour d'un triptyque de références De Pal Pol Cro !

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  6. @ Benjamin: C'est si flagrant aussi... 8-)

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  7. Bon ben je l'ai vu hier soir, finalement...

    C'est fou comme la schizophrénie interpelle les réalisateurs. Malheureusement la maladie est le plus souvent moins "sexy" et télégénique que l'on veut nous le faire croire.

    Néanmoins, de ce point de vue, BLACK SWAN est plus réaliste que la plupart des autres films qui traitent de cette pathologie (FIGHT CLUB, UN HOMME D'EXCEPTION), notamment dans le côté auto-mutilation, les idées paranoïaques et le sentiment de dépersonnalisation, de même que les hallucinations notamment auditives.

    Passée cette description DSM-IV du trouble psychotique, que reste-t-il de ce film? Ben pas grand chose en fait. Une histoire plate, une symbolique très grossière (aïe, le cygne noir et le blanc), ce steady-cam comme dans THE WRESTLER. Sauf que Rourke était encore attachant, tandis que l'on se contrefout des errances de Natalie Portman, même si elle interprète bien son rôle soit dit en passant. Et Cassel, toujours aussi piteux en anglais ;-)

    Bref, déçu par Aronofsky sur ce coup...

    SysT

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  8. Et par ailleurs, le terme "masturbatoire" convient assez bien à BLACK SWAN... au figuré, mais aussi au propre...

    SysT

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  9. @ Syst: Et sinon en parlant nouveauté à (futurs?) oscars, des volontaires pour le prochain Danny Boyle (oui je deviens grossier :-P)

    En matière de schizo et apparenté et formellement influencé (et non référencé comme le dernier Aronofsky donc), on lui préférera Sisters de De Palma, film hitchcockien mais qui va justement au-delà de cette référence.

    Et c'est vrai que le personnage de Portman, on s'en fout :-D

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  10. Ta critique très argumentée me semble plus adaptée que la mienne un peu conciliante envers les gros défauts de ce film-bulldozer sans finesse (un comble quand on parle de danse et de ballet!).
    Mais finalement, Aronofsky n'a jamais été bien subtil (Requiem For A Dream, déjà très démonstratif sans évoquer le plantage de The Fountain).
    C'est son total premier degré (pas d'humour à l'inverse de Polanski ou Cronenberg) et cet aspect "super coffre-à-références" qui m'a plutôt désarmé. Mais sur un thème comme celui-là, pas le grand film attendu en effet...

    Et merci pour le lien cher docteur ;-)

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  11. @ Blake: c'est vrai qu'il est tout sauf subtil ce film :-D

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  12. Ce n’est pas la Mort du Cygne, mais celle d’Aronofsky que l’on retient de ce « Black Swan ». Il gave tellement son cygne de références cinématographiques évidentes qu’il ne réussit qu’à réaliser un film inutile. Les moins de vingt ans s’offusqueront… grand bien leur fasse. Seule la prestation électrique de la fragile Nathalie Portman sauve le film.
    Vous m’évoquâtes il y a peu, cher dr Furter, l’absence d’une Bande Originale significative, pourtant si présente dans les autres films d’Aronofsky. J’imagine que le réalisateur n’a pas « osé » alourdir les séquences de ballet : pas évident de s’aligner avec Tchaïkovski ! On ne peut que saluer ce choix.
    « Patchwork» , « film scolaire », ces termes reviennent souvent dans les critiques. Il ya tellement de films et de réalisateurs référencés dans « Black Swan » ! On pense, en plus des thèmes chers à Cronenberg, à « Répulsion » de Polanski et à « Sisters » de Brian De palma, mais aussi à certains films de Terry Gilliam (Las Vegas Parano), et (plus subrepticement) au personnage de la mère dans « The Entity » joué aussi par Barbara Hershey ! La boucle est bouclée, mais quelle lourdeur tout de même.
    Je pars vite enfiler mes fantasmagoriques « Chaussons Rouges » ! Je doute que Darren Aronosfky ait (re)vu ce film tourné il y a plus de 63 ans !

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  13. @ La dame: Il gave tellement son cygne
    Oui le fois gras de cygne est finalement assez peu répandu, et je commence à comprendre pourquoi :-D

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  14. moi j'insiste surtout sur le côté didactique du film et de la mise en scène où tout est expliqué et surligné comme si on n'était pas capable de comprendre tous les symboles du flm. De la part d'un réalisateur comme aronofski ça commence à devenir lourd
    http://hop.over-blog.com/article-black-swan-de-darren-aronofski-68411951.html

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  15. @ Benoit: merci, j'ajoute ta contribution en lien :-)
    ... et oui, il devient lourd et gras le Darren :-D

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