Piranha II : les tueurs volants - James Cameron (1981)


Sur une île dans la mer des caraïbes, non loin de la Floride:

- Hum... Qu'est-ce que tu as mon chéri, je ne te plais pas?
- Si tu me plais énormément, mais comme ça, dans un bateau, ce n'est pas très commode.
- Alors le bateau n'est pas commode, la plage est pleine de sable, la chambre est trop airconditionnée (1).
- Je parie que c'est l'eau que j'ai bu à l'hôtel, elle ne devait pas être très très bonne.
- Mais non, tu es trop nerveux, voilà tout.
- Oui, oui, je crois que j'ai besoin de me détendre...
- Et bien on se détendra plus tard si tu veux bien. C'est idiot d'être venu jusqu'ici pour des prunes.
- Tu es sûre qu'il n'y a aucun danger.
- Ce sera merveilleux. Tu n'en reviendras pas...

Formidable préambule et transition idéale pour l'une des premières scènes de fesses subaquatiques que le 7ème art ait pu nous offrir, et mais nullement au goût du banc de poissons carnassiers qui a élu domicile dans l'épave du bateau militaire où notre couple décida de s'adonner aux joies des plaisirs lubriques (?!!) (et urticants...). Voici donc les premières minutes de Piranha II, sous-titré les tueurs volants pour la version française, un des films traînant l'une des pires réputations du cinéma, ou comment la séquelle d'une série B, qui permit de mettre en lumière le talent d'un Joe Dante débutant, se transforma en une des séries Z les plus nazebroques qui soient. Fallait-il s'en étonner de la part du futur producteur d'Ator (Iron Warrior) et autres American Ninja IV et V ?


Note: le piranha génétiquement modifié n'est pas sensible à l'érotisme subaquatique nanar... étonnant, non?

Ainsi le couple, précédemment présenté de manière si brillante et subtile, se fit boulotter crûment par les teigneux petits locataires de l'ancien navire appartenant à l'armée étasunienne, épave désormais échouée au fond de la mer des Caraïbes, et qui fut pendant un court (mais intense) instant lieu de rendez-vous érotique pour touristes en mal de sensations fortes... avant de devenir le théâtre d'un terrible carnage subaquatique. Le lendemain, Anne Kimbrough (Tricia O'Neil) employée à l'hôtel Elysium's et responsable des excursions sous-marines perd, lors d'une sortie près de la dite épave, un client un peu trop individualiste se détachant du reste du groupe, et qui paiera cher sa curiosité, ce dernier faisant les frais de l'appétit féroce de nos chers et tendres poissons carnivores transgéniques (2). Steve Kimbrough (Lance Henriksen), policier de son état et ex-mari d'Anne lui refusant le droit d'examiner le cadavre du cuistre touriste, celle-ci s'introduit la nuit tombée avec le dénommé Tyler Sherman dans la morgue pour en connaitre davantage sur ces blessures mortelles. Découverts par l'une des employés de l'institut, nos deux amoureux (vous en doutiez? (3)) fuient après avoir pris quelques photos. C'est alors qu'un nouveau drame survient... l'employée penchée sur le macchabée se fait surprendre par un piranha qui sort de l'abdomen du mort... la génétique ayant pourvu le piranha d'une paire d'ailes. La menace gronde, la poiscaille dentée a les crocs... la station balnéaire et les clients de l'hôtel vont morfler!

Toute ressemblance avec un futur film réalisé par James Cameron serait fortuite...
...et une fois son forfait commis notre "volatile" iodé passe par la fenêtre rejoindre la grande Bleue, c'est beau l'appel de la nature

Produit par Ovidio Assonitis (on y reviendra), cette séquelle n'en demeure pas moins un film d'épouvante à part, surtout pour l'imprudent qui tomberait sur les 30 premières minutes du métrage... car l'horreur visuelle et cinématographique n'aura pas la forme attendue et souhaitée. Cameron (fut-il influencé par la nationalité de ses techniciens?) propose en effet quelques saynètes qui ne déparierait pas d'une sexy-comédie italienne 70's... à ceci près que le cinéaste, responsable aussi du scénario (sous le pseudo H.A. Milton), aura effectué un écrémage particulier, privilégiant les gags les plus bas de gamme et autres réparties hyper-caloriques au détriment des effeuillages de rigueur. Faut-il y voir par ailleurs la présence envahissante du producteur exécutif, réduisant considérablement le rôle de Cameron, celui-ci ayant été embauché à l'origine comme seul responsable des effets spéciaux, toujours est-il qu'en attendant le naufrage horrifique de la seconde partie, Piranha II lorgne vers la comédie ringarde où se bouscule le meilleur du pire des clichetons du cinéma balnéaire de seconde zone (le point de non retour étant cela dit atteint par l'intervention du cuistot bègue et du numéro de charme de la morue chapardeuse (4)).

Mrs Wilson dans ses oeuvres:
"Oh mais il est adorable ce petit short, il est trop serré à la ceinture, c'est dommage.
Vous savez à mon âge, y'a pas une minute à perdre. Dites moi, ça vous dirait de passer une soirée agréable sans complication.
Je connais quelques petits trucs intéressants qui feraient pâlir de jalousie toutes les jeunes nanas de l'hôtel..."

Après une première portion ratée (ou à côté de ses pompes pour les plus indulgents), l'horreur annoncée et promise se devait de relever le niveau, à ceci près que l'histoire narre l'épouvantable invasion de poissons volants anthropophages... Handicapé par un récit invraisemblable, le premier long-métrage de James Cameron accumule les fautes de goût avec une maestria jubilatoire, l'apparition des piranhas s'accompagnant par exemple d'un bruitage sonore digne des chauves-souris utilisées par Ed Wood Jr. Dès lors, suivre les aventures de Lance Henriksen (5) et de sa complice Tricia O' Neil (ou l'Adrienne Barbeau du pauvre) au gré des massacres de nos carnassiers ailés, ces petites bestioles prenant un malin plaisir à dévorer ce que l'espèce humaine a de plus stupide, n'engendre pas la monotonie à défaut d'effroi. (A voir ce que peut donner le montage original de Cameron, l'omnipotent Assonitis s'étant arrogé le droit de remonter entièrement le film).

Dialogues ciselés à la truelle, effets spéciaux bon marché, personnages secondaires caricaturaux, intrigue originale réduite à sa plus simple expression tant celle-ci pique sans vergogne celle des Dents de la mer, Piranha II mérite amplement les sarcasmes et son statut peu enviable. De quoi réjouir le cinéphile déviant en somme, ainsi que le mélomane amateur de bande-originale ultrabis (6).

Et pour achever notre fable, le duo intemporel interprété par la jeune roulure et le puceau:
"Tu tiens nos vies entre tes mains" dit la bougresse en se mordillant la lèvre inférieure...

Verdict du Nanarotron:




Piranha Part Two: The Spawning (Piranha II : les tueurs volants) | 1981 | 84 min
Réalisation : James Cameron, Ovidio G. Assonitis
Production : Ovidio G. Assonitis
Scénario : Ovidio G. Assonitis, James Cameron, Charles H. Eglee (les trois sous le pseudo H.A Milton)
Avec : Tricia O'Neil, Steve Marachuk, Lance Henriksen, Ricky Paull Goldin, Ted Richert, Leslie Graves, Carole Davis, Connie Lynn Hadden
Musique : Steve Powder (Stelvio Cipriani)
Directeur de la photographie : Roberto D'Ettorre Piazzoli
Montage : Roberto Silvi
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(1) Du verbe airconditionner qui nous donne au présent de l'indicatif: Je airconditionne, tu airconditionnes, il airconditionne, etc.

(2) Car avant d'aller plus loin, contrairement au saumon, le piranha classique supporte difficilement l'eau salée, lui préférant les eaux douces des rivières sud-américaines. C'était l'instant zoologie, nos amis les bêtes.

(3) Extrait de la parade amoureuse de nos deux tourtereaux le soir venu:
- Tyler, ça vous ennuierait de rester, j'ai besoin d'une présence. On n'est pas obligé de faire l'amour, ou quoi que ce soit.
- Faire l'amour? Anne, cette idée ne m'a même pas effleuré.
- Oooah...

(4) Véridique, je n'invente rien: "Lauretta adore les hommes, elle et moi on a le même goût. Paul, ça vous est déjà arrivé de faire l'amour avec deux filles?"

(5) Doublé par la voix de Claude Joseph, alias Rosco P. Coltrane de la série Shérif, fais moi peur!

(6) Musique de Steve Powder alias Stelvio Cipriani, un habitué des productions... décalées.

4 commentaires:

  1. Dahu Clipperton20/01/2011 23:07

    Ouh pinaise, tu sais appâter le chaland ! Ton texte est, comment dire, plutôt de l'ordre du jubilatoire (OK, avec de tels extraits de dialogues, c'est encore plus aisé ;D)

    (et ça faisait bien longtemps que j'avais pas vu employé le mot "roulure" ^^)

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  2. @ Dahu: Oui il est dommage de constater que Cameron n'ait pas creusé davantage son talent de dialoguiste :-D

    J'ai trouvé "roulure" en effet plus printanier et plus adapté (étant donné l'âge de la protagoniste) qu'un vulgaire "radasse" :-P

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  3. Idem pour celui, j'ai vraiment adorer Cameron réal de ce genre de film ça fait quand même bizarre ! j'aurais plus vue Joe Dante pour la suite mais bon ! c'est comme ça excellent sujet au passage.;)

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    1. Oui pour l'aspect comique, quand on connait la veine de Dante par la suite, cette séquelle aurait très bien pu être de nouveau mis en scène par Dante lui même. Mais il ne faut pas non plus oublier le détail qui tue : le crapoteux de l'affaire et le nom du producteur, qui a un lourd passé de margoulin ! D'autant plus que si humour il y a dans cette suite, il ne s'agit pas d'humour noir mais plutôt quelque chose qui a vocation à produire du rire gras.

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