Piranha II : les tueurs volants - James Cameron (1981)


Sur une île dans la mer des caraïbes, non loin de la Floride:

- Hum... Qu'est-ce que tu as mon chéri, je ne te plais pas?
- Si tu me plais énormément, mais comme ça, dans un bateau, ce n'est pas très commode.
- Alors le bateau n'est pas commode, la plage est pleine de sable, la chambre est trop airconditionnée [1].
- Je parie que c'est l'eau que j'ai bu à l'hôtel, elle ne devait pas être très très bonne.
- Mais non, tu es trop nerveux, voilà tout.
- Oui, oui, je crois que j'ai besoin de me détendre...
- Et bien on se détendra plus tard si tu veux bien. C'est idiot d'être venu jusqu'ici pour des prunes.
- Tu es sûre qu'il n'y a aucun danger.
- Ce sera merveilleux. Tu n'en reviendras pas...

Quant au préposé, lui non plus, il n'en est pas encore revenu. Premier long-métrage de James Cameron, Piranha II, les tueurs volants traîne l'une des pires réputations du cinéma fantastique. Ou comment la séquelle d'une série B, qui permit de mettre en lumière le talent du génial Joe Dante, se transforma en une série Z qui risqua à jamais de mettre un terme à la carrière d'un ambitieux jeune cinéaste.

 
Du couple précédemment présenté, les teigneux petits locataires de l'ancien navire, et qui fut pendant un court (mais intense) instant lieu de rendez-vous érotique pour touristes en mal de sensations fortes avant de devenir le théâtre d'un terrible carnage subaquatique, n'en firent qu'une bouchée. Le lendemain, Anne Kimbrough (Tricia O'Neil) employée à l'hôtel Elysium's et responsable des excursions sous-marines perd, lors d'une sortie près de la dite épave, un client, qui paiera cher sa curiosité, ce dernier faisant les frais de l'appétit féroce de nos chers et tendres poissons carnivores transgéniques [2]. Face au refus de son ex-mari, le policier Steve Kimbrough (Lance Henriksen), d'examiner le cadavre du cuistre touriste, Anne s'introduit la nuit tombée avec le dénommé Tyler Sherman dans la morgue, pour en connaitre davantage sur ces blessures mortelles. Découverts par l'une des employés de l'institut, nos deux amoureux [3] fuient après avoir pris quelques photos. C'est alors qu'un nouveau drame survient, l'employée penchée sur ledit macchabée se fait surprendre par un piranha qui sort de l'abdomen du mort, la génétique ayant pourvu notre piranha d'une paire d'ailes. Bref, la menace gronde, la poiscaille dentée a les crocs, la station balnéaire et les clients de l'hôtel n'ont plus qu'à servir de garde-manger.

Toute ressemblance avec un futur film réalisé par James Cameron serait fortuite...
...et une fois son forfait commis notre "volatile" iodé passe par la fenêtre rejoindre la grande Bleue  répondant à l'appel de la nature

Produit par un spécialiste de l'opportunisme foutraque, Ovidio Assonitis, cette séquelle, on l'aura compris, est un film d'épouvante à part, sinon hybride. En d'autres termes, l'horreur visuelle et cinématographique n'est pas celle attendue. Piranha II propose ainsi quelques saynètes qui ne déparierait pas d'une sexy-comédie italienne 70's. Seule déception, le scénario privilégie davantage les gags les plus bas de gamme, et autres réparties hyper-caloriques, au détriment des effeuillages de rigueur. Sous l'influence envahissante de son producteur exécutif, James Cameron, embauché à l'origine comme seul responsable des effets spéciaux, ne peut dès lors qu'être spectateur de ce naufrage horrifique (le film fut monté entièrement par Assonitis), où se bouscule durant la première partie du film le meilleur du pire des clichés du cinéma balnéaire de seconde zone (le point de non retour étant cela dit atteint par l'intervention du cuistot bègue et du numéro de charme de la morue chapardeuse [4]).

Mrs Wilson dans ses œuvres:
"Oh mais il est adorable ce petit short, il est trop serré à la ceinture, c'est dommage.
Vous savez à mon âge, y'a pas une minute à perdre. Dites moi, ça vous dirait de passer une soirée agréable sans complication.
Je connais quelques petits trucs intéressants qui feraient pâlir de jalousie toutes les jeunes nanas de l'hôtel..."

Handicapé par un récit invraisemblable, le premier long-métrage de James Cameron accumule les fautes de goût avec une maestria jubilatoire, l'apparition des piranhas s'accompagnant par exemple d'un bruitage sonore digne des chauves-souris utilisées par Ed Wood Jr. Dès lors, suivre les aventures de Lance Henriksen [5] et de sa complice Tricia O' Neil (ou l'Adrienne Barbeau du pauvre) au gré des massacres de nos carnassiers ailés, ces petites bestioles prenant un malin plaisir à dévorer ce que l'espèce humaine a de plus stupide, n'engendre pas la monotonie à défaut d'effroi. 

Dialogues ciselés à la truelle, effets spéciaux bon marché, personnages secondaires caricaturaux, intrigue originale réduite à sa plus simple expression tant celle-ci pique sans vergogne celle des Dents de la mer, Piranha II mérite amplement les sarcasmes et son statut peu enviable. De quoi réjouir le cinéphile déviant et le mélomane amateur de bande-originale ultrabis [6].

Et pour achever notre fable, le duo intemporel interprété par la jeune roulure et le puceau :
"Tu tiens nos vies entre tes mains" dit la bougresse en se mordillant la lèvre inférieure...


Verdict du Nanarotron:


Piranha Part Two: The Spawning (Piranha II : les tueurs volants) | 1981 | 84 min
Réalisation : James Cameron, Ovidio G. Assonitis
Production : Ovidio G. Assonitis
Scénario : Ovidio G. Assonitis, James Cameron, Charles H. Eglee (les trois sous le pseudo H.A Milton)
Avec : Tricia O'Neil, Steve Marachuk, Lance Henriksen, Ricky Paull Goldin, Ted Richert, Leslie Graves, Carole Davis, Connie Lynn Hadden
Musique : Steve Powder (Stelvio Cipriani)
Directeur de la photographie : Roberto D'Ettorre Piazzoli
Montage : Roberto Silvi
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[1] Du verbe airconditionner qui nous donne au présent de l'indicatif: Je airconditionne, tu airconditionnes, il airconditionne, etc.

[2] Car avant d'aller plus loin, contrairement au saumon, le piranha classique supporte difficilement l'eau salée, lui préférant les eaux douces des rivières sud-américaines. Fin de l'aparté zoologique.

[3] Extrait de la parade amoureuse de nos deux tourtereaux le soir venu :
- Tyler, ça vous ennuierait de rester, j'ai besoin d'une présence. On n'est pas obligé de faire l'amour, ou quoi que ce soit.
- Faire l'amour ? Anne, cette idée ne m'a même pas effleuré.
- Oooah...

[4] Véridique, je n'invente rien : "Lauretta adore les hommes, elle et moi on a le même goût. Paul, ça vous est déjà arrivé de faire l'amour avec deux filles?"

[5] Doublé en français par la voix de Claude Joseph, alias Rosco P. Coltrane de la série Shérif, fais moi peur !

[6] Musique de Steve Powder alias Stelvio Cipriani, un habitué des productions... décalées.

4 commentaires:

  1. Dahu Clipperton20/01/2011 23:07

    Ouh pinaise, tu sais appâter le chaland ! Ton texte est, comment dire, plutôt de l'ordre du jubilatoire (OK, avec de tels extraits de dialogues, c'est encore plus aisé ;D)

    (et ça faisait bien longtemps que j'avais pas vu employé le mot "roulure" ^^)

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  2. @ Dahu: Oui il est dommage de constater que Cameron n'ait pas creusé davantage son talent de dialoguiste :-D

    J'ai trouvé "roulure" en effet plus printanier et plus adapté (étant donné l'âge de la protagoniste) qu'un vulgaire "radasse" :-P

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  3. Idem pour celui, j'ai vraiment adorer Cameron réal de ce genre de film ça fait quand même bizarre ! j'aurais plus vue Joe Dante pour la suite mais bon ! c'est comme ça excellent sujet au passage.;)

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    1. Oui pour l'aspect comique, quand on connait la veine de Dante par la suite, cette séquelle aurait très bien pu être de nouveau mis en scène par Dante lui même. Mais il ne faut pas non plus oublier le détail qui tue : le crapoteux de l'affaire et le nom du producteur, qui a un lourd passé de margoulin ! D'autant plus que si humour il y a dans cette suite, il ne s'agit pas d'humour noir mais plutôt quelque chose qui a vocation à produire du rire gras.

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