jeudi 30 décembre 2010

Funky Front Covers IV

Si la dinde aux marrons est encore de rigueur dans l'imagerie populaire, il en va de même des désormais Funky Front Covers, passage obligé en ce lieu dès que les fêtes de fin d'année s'approchent. Voici donc pour la quatrième saison, le meilleur du pire des pochettes les plus insolites ou sexuées des musiques funk, disco et consorts.


En guise d'amuse-bouche commençons léger avec la scintillante Dee D. Jackson alias Deirdre Elaine Cozier et son Cosmic Curves qui en 1978 soit deux ans avant le lumineux film disco-roller Xanadu interprété par Olivia Newton-John joue déjà avec les effets de lumière futuriste et autres poussières d'étoile pour le plus grand bonheur des charts du monde entier. Une superhéroïne qui aura tout de même du mal à tutoyer les mêmes sommets du bon goût que la créature Cher et son Take Me Home (1979). L'ex-femme de Sonny réussit même l'exploit d'être en avance sur son époque avec cette pochette dorée fleurant bon l'heroic-fantasy racoleur, de quoi nous faire patienter sagement sa délicieuse période Hard FM durant les 80's, et à faire passer le projet The Wonderland Disco Band du producteur Morrie Brown pour un symbole de sobriété... alors que la dite pochette pourrait très bien servir d'affiche pour un quelconque nanar philippin.


Comme à chaque fois, les lectrices ne sont pas oubliées en ces lieux avec la célèbre pochette du jazzman Herbie Mann et son Push Push, un Mann magnétique tenant fermement son engin tout en exposant son torse moite... un vieil éphèbe huileux qui aura dû mal à rivaliser avec la jeune garde des 90's et le méconnu Damian et son 199sex, on croyait Prince à la ramasse durant cette décennie, finalement pas tant que ça...


Avant de faire monter la température d'un cran, petite comparaison en passant, entre les funky Hot Chocolate et leur Every 1's a winner de 1978 et le Who's Foolin' Who (1982) de One Way, où l'on constate l'apport et l'influence du téléphone rose dans l'industrie musicale, tandis que le Out in Front (1975) des Olympic Runners annonce leur prochaine audace crémeuse de 1979, un t-shirt mouillé servant de transition idéale pour une suite dédiée à quelques attributs physiques tout sauf anodins...


Les années 77-78 furent en effet riches en émotion de toutes sortes pour le funkyman en herbe, bien loin des préoccupations épinglo-nourricières d'une bande de crétus trop occupés à bouffer du dinosaures rockeux rancis. Et si le fessier des demoiselles avec ou sans culotte blanche était de sortie pour le plus grand bonheur extra musical de notre apprenti en pleine poussée d'hormones, on notera non sans émoi la sincérité visuelle des formations en présence, entre l'éponyme Booty People (1977) qui joue la transparence de par son nom et un Sidney Barnes chantant Your Love Is So Good To Me sur Foot Stompin' Music (1978), véritable râle libidineux en accord avec la dite pochette (qui osera remettre en cause que l'amour de sa belle ne lui est pas profitable... à la vue de cet émoustillant talon aiguille fuchsia?) . Pour finir, si dans un premier temps le réflexe aura été de crier au plagiat après la découverte de la pochette originale de Got To Give It Up (1977) des Most Requested Rhythm Band, le Don't Stop My Love (1982) de Passion s'en inspirant très fortement, l'amateur appréciera néanmoins ce qu'on peut finalement apparenter à un hommage et une certaine forme de continuité... en plus moite et sans coton.


Découvrez la playlist Funky Front Cover IV avec Herbie Mann

lundi 27 décembre 2010

Bilan de fin d'année d'un Doomster - Part Two

Dire que le messie doom Jus Osborn était attendu au tournant depuis le très passable Witchcult Today (2007) serait exagéré, tant le joyau sombre de son groupe Electric Wizard, Dopethrone, date déjà d'une décennie. Dix ans qui auront vu un solide album (We Live (2004)) coincé entre deux autres LP plus inconsistants (et inconstants), Let Us Pray (2002) et donc celui de 2007. Dès lors ce Black Masses allait-il sinon remettre en selle le dit sorcier, chantre des ambiances fumeuses et d'un psychédélisme noir où règne de main de maître la guitare hypnotique de son leader (amis de la formule ampoulée, bonsoir)? Electric Wizard, si on en croit les milieux informés, ceux là même champions dans l'art de sortir des expressions préconçues, serait l'un des, sinon, le groupe le plus heavy qui soit. Derrière ce superlatif stérile, véritable ligne de conduite à brasser de l'air propre aux metalheads de toute chevelure, se cache néanmoins une vérité. Le Wizard est doté d'un exceptionnel son épais, massif et ample, capable de remplir l'espace dès les premières notes, avec l'avantage certain de ne jamais verser dans la surproduction ou l’esbroufe sonore. Or Black Masses pourra en déconcerter plus d'un, tant le nouvel album se garde bien de creuser le sillon qui fit en partie la réputation de l'électrique sorcier. Osborn a regoûté à sa substantifique moelle, propose un son certes moins imposant, mais retourne à l'essentiel avec des compositions de nouveau inspirées, où les ambiances sales, nocturnes et incantatoires prévalent, l'album se clôturant comme il se doit par un instrumental menaçant, Crypt of Drugula.

Brûlez un cierge noir, le sorcier est de retour.

Le premier morceau de l'album, Black Mass, en écoute sur leur Myspace.


Coïncidence ou non, 2010 voit la sortie simultanée du précédent album avec celui de Ramesses, Take The Curse. Groupe formé par deux anciens musiciens de la formation de Jus Osborn, soit le bassiste Tim Bagshaw et le batteur Mark Greening (la paire ayant quitté Electric Wizard après la sortie de l'album de 2002) mais aussi d'un certain Adam Richardson, guitariste de Thy Grief Eternal et Lord of Putrefaction, premières moutures du leader du Wizard... bref, pour ceux qui s'intéressent un minimum à l'historique du trio, on reste en famille (recomposée) (1). Après un premier LP, Misanthropic Alchemy, remarqué des initiés et très porté sur le sludge, Take The Curse reprend quelques éléments qui ont fait le prestige de leur ex-taulier, à savoir cette capacité à écrire nombre de riffs entêtants (Terrasaw) accompagnés de samples horrifico-sexués de films crapoteux de série B/Z... mais pas seulement! Le trio anglais, s'il garde une assise profondément doom, sait aussi naviguer en eaux plus troubles, enfin plus remuantes, celui-ci incorporant tel leur voisin d'outre-Atlantique Bongripper, des accélérations propres au metal plus extrême, et dans le cas présent le black metal (Black Hash Mass ou l'introduction d'Hand of Glory)... évolution qui ne détonne guère en découvrant un peu le timbre de voix de Richardson, aussi à l'aise dans le chant déclamatoire étouffé, écorché, ou à la limite du death par moment, une palette vocale doomster qu'on retrouve sur l'excellente chanson qui porte le nom de ce deuxième album. Un album certes moins porté sur le sludge, à la fois plus extrême et plus classique dans l'approche du fait de la plus grande place offerte aux ambiances lugubres et doom 70's (Khali Mist). Du bon doom bien rugueux.

Album en écoute sur Grooveshark.


Terminons sur une note encore plus légère avec les helvètes de Rorcal et leur dénommé Heliogabalus, chanson titre (oui ça devient une habitude depuis le Dopesmoker de Sleep) d'une heure et dix minutes, ou l'illustration sonore de la décadence de l'empereur romain (2) du même nom (plus connu sous le nom d'Héliogabale dans sa version francisée). Une décadence revue et corrigée faut-il le souligner immédiatement par une formation qui ne dépareillerait pas aux côtés des joyeux drilles de Khanate (projet de Stephen O' Malley de Sunn O))) ). Formé en 2006, ce quintette en provenance de Genève officie dans un doom extrême reprenant à la fois les plans les plus tordues d'un EyeHateGod et ceux appartenant à la scène drone... musique somme toute "grand public", "guillerette"... on n'en attendait pas moins de la part de la Confédération qui a vu naitre les poètes d'Hellhammer (3). 70 minutes de musique anxiogène, où la souffrance, véritable leitmotiv d'Heliogabalus et clef de voute de l'album pourra créer chez l'auditeur selon divers paramètres un sentiment paradoxal de rejet... une heure dix sans pause, c'est déjà une épreuve, si on y ajoute un environnement sonore sombre et torturé (4), son écoute entière peut virer au cauchemar... soit un album idéal pour les doomsters les plus aguerris.

Album en écoute et téléchargeable gratuitement sur leur site internet.


PS: Dans la catégorie "peut mieux faire", on retiendra le Ritual Abuse de Cough, le Matador de Zoroaster (lorgnant un peu trop vers l'uniformisation sludge soulignée lors du précédent post, et de tourner avec Kylesa, ceci ne devrait pas arranger les choses...). Au contraire, dans la catégorie groupe à suivre, si le Загадка de Gholas manque encore un peu de personnalité pour se démarquer du reste, celui-ci peut laisser présager un futur intéressant. A suivre donc.

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(1) On ajoutera juste pour alourdir encore un peu plus le propos à titre informatif que désormais Bagshaw et Richardson ont effectué un échange des instruments, ces derniers tenant respectivement la guitare et la basse, Richardson s'occupant aussi du chant.

(2) Après l'hommage à Eve d'Ufommamut... pourquoi pas...

(3) Groupe qui changera de patronyme pour Celtic Frost, soit l'un des pères du black metal ou plus généralement du metal extrême.

(4) A sa première écoute, les 12 premières minutes sont effectivement toutes sauf faciles...

vendredi 24 décembre 2010

Bilan de fin d'année d'un Doomster - Part One

A l'heure où les classements de toutes sortes commencent à fleurir sur la toile (1) et dans la presse, comme il fut convenu il y a quelque temps lors d'un échange avec Diane Cairn, voici la première partie de mon classement sans ordre (d'où le terme bilan) des albums doom et apparenté sortis en 2010 autres que le Eve des italiens d'Ufommamut (album metal de l'année), le Satan Worshipping Doom de Bongripper ou encore le dernier Monster Magnet. Une première partie consacrée à de jeunes formations où le psychédélisme aura le maître mot...


Death Demonic Judge: Sans conteste l'une des trois révélations de ce bilan avec ce premier album intitulé Kneel. Une recette éprouvée, soit un sludge bien gras (proche des débuts d'Ufomammut) qui a l'avantage de varier les ambiances aidé par quelques arrangements mélodiques et psychédéliques sous un déluge de riffs hypercaloriques, le tout ficelé par une voix gutturalement éraillée au bon souvenir d'un Eyehategod (en moins désespéré et nihiliste évidemment)... soit un délice vocal pour l'amateur de gorge se gargarisant aux fils barbelés. Une sortie qui ne révolutionne en rien le genre mais qui prouve néanmoins que l'uniformisation du duo son/composition que traverse ces derniers temps le style sludge/post hardcore (le dernier Isis avant leur split ou le dernier Kylesa pour rester dans les sorties psyché-sludge de cette année) n'est pas une fatalité, surtout lorsque celle-ci nous vient de Finlande et non pas de Savannah en Géorgie. Pour conclure, bien qu'anecdotique, on saluera la reprise "rafraichissante" du classique du III de Led Zeppelin, Immigrant Song, titre caché en toute fin d'album, prouvant une fois encore que les bonnes vieilles marmites d'antan restent en 2010 pertinentes, avec ou sans ripolin sludge.

Album en écoute sur leur page Myspace.


Bamboo Diet: Le genre de patronyme à vous faire craindre un groupe de hardcore végétalien tendance straight-edge... Pourtant se cache derrière ce régime à base de pousses, la seconde surprise de 2010 en matière de rock énervé, barré, etc. Bamboo Diet ou la synthèse de deux des groupes les plus cultes de la scène alternative des 90's, soit les enfants de Jesus Lizard qui auraient trop écouté les Melvins du père Buzzo avec les restes d'un psychédélisme tordu. Un autre premier album en provenance du Québec cette fois-ci (Montréal), DSM-VI est scindé en deux parties distinctes, dont une face A écorchée et expressive à l'image de son vocaliste et des rythmes concassés joués par la formation canadienne. Des chansons brutes, déstructurées, proche d'un Meshuggah sec et débarrassé de ses travers metal lourdingue. A l'opposé, la chanson A Lesson in Cold Condition occupant intégralement la face B permet au groupe de développer davantage sa musicalité (ô le vilain mot!). Si cette césure pourrait faire craindre à l'auditeur, en plus de le surprendre, une trop grande disparité entre les deux faces ou pire l'apparition d'une boursouflure hommage au pire du rock prog, il n'en est rien. L'épique A Lesson n'a d'autre ambition que de reprendre les caractéristiques précédentes à la différence près que celles-ci deviennent l'instrument d'une rage plus équilibrée et construite, tout en restant lourd, hargneux et rugueux. A découvrir.

Album en écoute ICI.


Black Bombaim: Il aurait été dommage de terminer ce tiercé dans le désordre en omettant un groupe chantre d'un stoner instrumental des plus hallucinogènes en provenance qui plus est d'un pays exotique... comprendre dont les sorties rock ne dépassent que très rarement ses propres frontières: le Portugal. Un groove imparable voici ce que propose ce trio avec ce premier album nommé Saturdays And Space Travels. Deux faces de vingt minutes où les lusitaniens réveillent et appellent avec conviction les fantômes d'un passé acid rock à base de fuzz et autres rythmes orgiaques pour le passionné de jam sessions torrides. Le power trio étant sans conteste la formation la plus exigeante musicalement, on ne peut qu'applaudir devant un tel résultat, les trois musiciens, en premier lieu le guitariste, véritable chef d'orchestre sous acide 70's, transcende un genre somme tout assez paradoxal, fait à la fois de lourdeurs telluriques et de volutes soniques. Un premier disque savamment réfléchi (2), une musique d'un autre temps reprenant les bases d'un Kyuss instrumental qui aurait un peu trop abusé de substances désinhibantes versant dès lors dans de longues jams sessions endiablées.

Album en écoute sur leur Myspace.

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(1) Tel le Top Album des Blogueurs auquel le préposé à la chronique ici présent participa... quand bien même aucun groupe de doom, stoner and co n'y figure, reste tout de même la seconde place non négligeable du dernier Swans.

(2) Sauf erreur le groupe existe depuis 2006.

mardi 21 décembre 2010

Fascination - Jean Rollin (1979)


Longtemps reporté pour cause de flemmingïte aigüe, voici donc désormais sous la forme d'hommage, la critique de Fascination du regretté Jean Rollin, récemment disparu le 15 décembre dernier (en attendant peut-être sur une autre plateforme celle des Raisins de la Mort par la dame).

Fascination s'il n'est pas un des films les plus connus de son auteur n'en reste pas moins un des plus accessibles et recommandables pour l'imprudent qui aimerait découvrir l'œuvre du sieur qui fut estampillé de manière triviale "pape du Z français". Accessible et par conséquent (?) légèrement à part dans la filmographie du réalisateur de la Vampire nue, le long métrage s'écarte quelque peu du thème central cher au cinéaste pour en proposer une version alternative car suggérée. Rollin quitte le fantastique tel qu'on l'entend de nos jours pour revenir aux racines du genre, à la croisée du surnaturel et de l'étrange dans le sillage d'un Edgar Allan Poe.



1905, pour combattre l'anémie des jeunes filles de la bonne société, une thérapeutique nouvelle leur est proscrite, boire du sang frais de boeuf. Voici en quelques mots, la scène introductive de Fascination, scène "anodine" qui aura néanmoins de graves répercussions par la suite tant sur le récit que sur ses divers protagonistes. Quelques temps plus tard, Marc (Jean-Marie Lemaire, mix improbable entre Plastic Bertrand et François Valéry, et ayant la particularité d'avoir un talent similaire à celui des deux chanteurs précités...) chef d'un groupe de malfrats, fuit ses anciens condisciples, ces derniers appréciant peu sa trahison et ses envies égoïstes légitimes de vouloir garder le magot, soit quelques pièces d'or pour lui seul. Il trouve refuge non loin de là dans un château gardé par deux jeunes femmes mystérieuses, Eva (Brigitte Lahaie) et Elisabeth (Franca Maï). Dans un premier temps, les deux jeunes domestiques restent soumises au bon vouloir du nouveau maître des lieux, mais celles-ci n'ont qu'un seul but, que Marc soit leur hôte et reste au château jusqu'à minuit. Le soir même, le jeune homme devient le pôle d'attraction des diverses invités féminines au cours d'une étrange cérémonie...


Seconde collaboration avec la jeune Brigitte Lahaie après (justement) les Raisins de la Mort (1), Fascination est comme il l'a été écrit plus haut un film "à part" chez ce cinéaste estampillé Z. Après plusieurs années de mise en scène alimentaire à partir de la moitié des années 70 sous les pseudonymes Robert Xavier et autre Michel Gentil où il tourna par exemple les "mémorables": Lèvres entrouvertes pour sexes chauds (1978) mais encore La romancière lubrique (1976), Rollin s'essaie de nouveau au cinéma fantastique. Fascination, éloigné du pur vampirisme cher à son auteur, n'en demeure pas moins marqué par le sceau made in Rollin. L'amateur de Rollinades saura retrouver les caractéristiques propres au production cheap du cinéaste: des dialogues faiblards, une interprétation hasardeuse, un érotisme lesbien plus ou moins éventé... à ceci près qu'étonnamment ses défauts qui provoquent les sarcasmes ou les sourires en général n'entachent en rien les autres qualités de ce présent film.


Si le budget du film reste sans conteste limité, Jean Rollin eut la chance de filmer néanmoins dans des décors remarquables tel ce château qui rehaussent incontestablement l'atmosphère étrange du métrage, devenant même un personnage à part entière de l'action. Une ambiance savamment orchestré par le réalisateur et le directeur de la photographie, quelques scènes mémorables telle l'attaque à la faux par Brigitte Lahaie (2), font de Fascination un film, certes non dénué de défauts eu égard à ses faibles moyens, mais aussi et surtout un des rares longs métrages qui tendrait à expliquer l'aura culte de Jean Rollin, au delà de ses autres productions passées et à venir, lorgnant les deux pieds joints dans le mauvais film sympathique.

La chronique hommage de Vincent.


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(1) Et en attendant l'année suivante L'année des traquées. Rollin étant le premier à lui proposer sinon une conversion possible, tout du moins des rôles plus consistants.

(2) Attaque certes un peu loupée du fait de l'interprétation des actrices mais qui reste cela dit dans les mémoires... en partie à cause de la tenue légère de mademoiselle Lahaie? Pas seulement.

samedi 18 décembre 2010

Les années 2000 à l'ombre des eighties

[Article précédemment paru sur Progressia]. 2010. Nous entamons depuis presque bientôt un an une nouvelle décennie et pourtant l'impression de vivre culturellement un éternel élan nostalgique n'en finit plus.

Si les années 90 avaient eu son lot de redites, celles-ci avaient au moins un mérite, l'envie de digérer voire de s'affranchir (modestement) des influences du passé pour en tirer un semblant de nouveautés, en particulier au niveau de la forme (trip-hop, grunge, big beat, etc.). Au contraire, la première décennie du nouveau millénaire n'a pas confirmé les faibles attentes qui restaient en matière d'émancipation musicale. Le changement radical qui devait ou aurait dû solder les comptes des dix années passées n'est jamais apparu. Et à défaut de coupure franche, tout juste avons nous eu droit à une évolution molle, ce que nos aimables politiques français nomment par le « changement dans la continuité »...

Pire, non content de devenir l’incarnation d'un centrisme musical, la seule alternative proposée par les 00s aura été de pousser le concept du passéisme à son paroxysme. Pour les gérontophiles et autres nostalgiques, les vieilles gloires d'antan étaient de retour attendant patiemment le moment pour fêter avec leur public le 20ème anniversaire de leur dernier succès, et pour les amateurs de travestissement transgénérationnel, une vague de revivals plus ou moins frais s'abattait avec comme pôle d'attraction majeur, la décennie qui tient le haut du pavé depuis une dizaine d'années, la décennie 80.

Une décennie accusée de tous les maux avec néanmoins un rare privilège, celui de fédérer un grand nombre de... détracteurs. Faut-il y voir la conséquence d'avoir été la période des derniers « iconoclastes », à vouloir se libérer de la tutelle d'un passé supposé encombrant, il n'est pas étonnant qu'on veuille en retour lui en faire payer le prix fort. Quitte à oublier un temps l'émergence des indépendants au cours de cette même époque, relégués il est vrai au statut de musique « underground ». Mais une décennie symbole d'un music business aux dents longues où l'uniformisation devient définitivement le maitre mot et la musique populaire le faire valoir du vidéo-clip. Rideau.

Oui très bien, on reste alors condamnés ad vitam æternam à subir les assauts nostalgiques d'une décennie que bon nombre n'aurait jamais voulu traverser/découvrir/subir (rayez la ou les mentions inutiles) tel le premier auditeur ne retenant que la production sonore aseptisée de ces années de plomb synthétique? Il est vrai que le doux souvenir du bontempi et du non moins délicieux son de la caisse claire a en a marqué plus d'un... Pourtant, sur ce point le grotesque sonore n'aura pas attendu les années 80, la décennie précédente ayant elle aussi son lot de casseroles.

On en vient dès lors à se demander si ce rejet des divers revivals ne viendrait-il pas simplement d'une persistance acoustique qui ne retiendrait que les plus bas instincts 80's en omettant le reste... encore que la véritable raison est sans doute le résultat d'une saturation, un ras le bol général car si les dix années de revivals 80's pèsent sur la balance, le sentiment de bientôt devoir se fader une prochaine et probable avalanche de revivals 90's est lui aussi loin d'être des plus réjouissants...

mardi 14 décembre 2010

Twilight, chapitre III : Hésitation - David Slade (2010)

Ils sont revenus, ils sont tous là: Bella, la jeune constipée émotionnelle rêvant d'amour aux dents longues (1), le niaiseux bodybuildé Jacob et bien sûr le croisement réussi (?!) entre un topinambour et un vampire, Edward. Après un deuxième épisode qu'on qualifiera poliment de long métrage en demie-teinte (2), si le troisième n'était pas attendu au tournant par les cuistres railleurs, celui-ci devait tout du moins sur le papier répondre ENFIN aux attentes et autres frustrations du spectateur... tout du moins celles de son héroïne. Las, une fois encore, ce chapitre III pourra dans le meilleur des cas être considéré comme un film générationnel mou, raté, chantre d'une mièvrerie congénitale, à réserver en premier lieu aux pré-pubères (3) tant son traitement ne ressemble à rien, ou plutôt si, à une vaste mascarade orchestrée par un réalisateur tâcheron, aussi peu inspiré que Stephenie Meyer a pu l'être en écrivant cette relecture fantastico-foireuse du trio sentimental. Contrat rempli finalement, non?

Résumé des épisodes précédents, après deux (télé)films à espérer pouvoir enfin goûter aux lèvres de sa tubercule scintillante préférée, Bella la bougresse ne désire plus qu'une seule chose, appartenir au peuple de la nuit et tirer un trait définitif sur cette morne existence humaine sans saveur... pour vivre pleinement son amour et briller désormais de milles feux en plein soleil. Mais dans sa grande sagesse (ou archaïsme, notre presque centenaire faisant plus preuve au gré des chapitres d'une rigidité psychologique que d'une véritable maturité), Edward, toujours réticent à transformer de la sorte son aimée, avait posé comme condition sine qua non en fin du précédent film celle du mariage, et plus si affinités...

Ce schéma quasi-idyllique se voit néanmoins contrarié par deux phénomènes scénaristiques inattendus: Jacob, en plus d'en pincer pour Bella, n'est autre qu'un loup-garou, ennemi héréditaire des vampires. Dès lors, de voir sa copine de moto donner son cœur et bientôt son âme à un fade et froid topinambour, s'en est trop pour notre amérindien à poil long. Seconde épine dans le pied, le retour de la vile rousse Victoria, décidée à venger la mort de son ancien compagnon supprimé par Edward lors du premier chapitre. La rouquine ayant de la suite dans les idées, décide pour se faire de lever une armée pour semer la terreur... armée se résumant à une dizaine de vampires.

En synthèse, le film, ou ce qui s'y apparente, propose un trio amoureux qui n'a d'amoureux que de nom, un concours de poses et de regards inhabités entre deux mâles au charisme atrophié, qui atteindra son climax paroxystique lors de la scène dite "de la tente" où la tension sexuelle mormone accumulée au fil du temps laissera sans conteste sur le carreau les spectateurs les plus sensibles. Au passage, on applaudira les responsables de la version française, le sous-titre Hésitation étant l'une des plus belles arnaques du cinéma pré-pubère, car d'hésitation il n'y en a pas trace. Quant à l'utilisation de la formule "trio amoureux du pauvre", on pourra difficilement l'appliquer tant le personnage de Jacob est inconsistant et n'apparait à aucun moment comme un potentiel amoureux aux yeux de notre constipée sentimentale.

Deux heures de récit éventé et lénifiant, d'amourette pasteurisée certifiée sans rugosité et où ce troisième volet, encore plus que les deux précédents, vous fait interroger une fois de plus sur le véritable budget alloué à cette chose filmique. Pas loin de 70 millions de dollars aurait été dépensé, c'est certes peu comparé aux recettes (700 millions), mais beaucoup quand à l'écran vous avez sous vos yeux un téléfilm cheap où les quelques rares scènes d'action qui devraient représenter une part relativement importante du dit budget sont bâclées/ridicules/minables... reste dès lors les dialogues creux joués par un trio de jeunes acteurs transparents. Une interprétation dès lors au diapason, Robert Patinson confond jouer les êtres ténébreux et faire une gueule de six pieds sous terre, quant au duo Kirsten Stewart et Taylor Lautner, il ravira leurs fans, ces derniers étant toujours aussi habités par leur rôle dès qu'il s'agit d'être inspiré (aspiré?) par le vide.

Un film mortellement ennuyeux, pire que le précédent (ce qui s'apparentait à une gageure...), en attendant le chapitre IV qui devrait normalement conclure cette saga comico-niaise (4).

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(1) Enfin dents longues, c'est plutôt une image, la progéniture du prince des Carpates revue et corrigé par la mormone ne montrent que très rarement leurs crocs, des lentilles oculaires rouges et un léger scintillement au soleil suffisent à leur condition... et à nos ricanements.

(2) Comprendre que l'ennui prenait le pas sur le ridicule contrairement au premier volet.

(3) Passé 13 ans, l'émoi suscité par la dramaturgie mormone pourra en laisser plus d'un dans le doute ou sur le carreau...

(4) A vous faire passer n'importe quel épisode de True Blood pour un porno hyperviolent.

vendredi 10 décembre 2010

Maniac - William Lustig (1980)


Le rôle d'une vie, voilà bien de quoi il s'agit, une fois regardé de plus près la filmographie de l'acteur américain Joe Spinell. Passé ses interprétations respectives et secondaires de Willi Cicci et de Tony Gazzo dans les deux premiers Parrain et Rocky, puis sa grotesque apparition en terrrrrible Count Zarth Arn dans le nanar SF transalpin Starcrash, difficile pour le cinéphile amateur de sensation forte de ne pas être ébahi et marqué pendant encore longtemps par le personnage joué par Spinell dans le film qui nous intéresse. Produit, écrit et interprété par lui-même, Maniac réalisé par William Lustig reste trente ans après son exploitation dans les salles obscures un monument du cinéma de genre, une œuvre influente dépassant allégrement la trainée de soufre qu'il laissa lors de sa sortie (film interdit au moins de 18 ans voire censuré dans de nombreux pays).

Franck Zito vit seul avec pour seule compagnie quelques mannequins de vitrine étrangement travestis. Hanté par des images du passé et par la présence imaginaire d'une femme dont la photo trône sur un autel de fortune, Zito tue, mutile, scalpe à l'envie ses victimes féminines. En un mot, il sème la panique à New-York, les journaux faisant échos de la terreur qui s'abat dans les rues de la Big Apple. Mais un jour, Frank fait la rencontre d'Anna D'Antoni (Caroline Munro), une photographe de mode, une rencontre qui les marquera chacun de manière indélébile.

Souvent par le passé, ici même, Maniac fut classé rapidement dans la même famille que les autres slashers de la même époque, au niveau d'un Halloween ou d'un Vendredi 13. A tort. Tout du moins sur la forme, tant le film de Lustig se distingue fortement de ses deux pairs sur le fond. Si les deux précédents s'inscrivent clairement dans le cinéma d'horreur de divertissement pour adolescents, Maniac s'en éloigne. Le récit écrit par Spinell est ainsi contre toute attente plus proche des aspirations hitchcockiennes que de celles d'un simple tueur en série martyrisant un groupe de jeunes adultes fornicateurs (1).

Ainsi en plus de la prestation habitée de Spinell, le long métrage laisse une place importante voire primordiale à la psychologie chaotique de Zito, et contrairement aux autres films du genre, le tueur n’apparaît nullement comme une créature muette omnipotente, un père fouettard sanguinaire chantre d'une morale réactionnaire. Frank Zito souffre, tue, mutile pour répondre à un besoin, à une blessure passée, un être abominable dont le pathétique rend sa condition de monstre encore plus difficile. Spinell fait corps au sens propre comme au sens figuré avec son personnage, montre crûment ses faiblesses, donne de sa personne, quitte à s'enlaidir encore un peu plus (2).

La réalisation de Lustig, dont c'est le premier film, reste encore alerte malgré l'outrage du temps, les effets spéciaux de Tom Savini (dont la fameuse scène où Zito à bout portant explose la tête de sa victime, jouée par Savini lui-même) et les quelques références à Psychose ainsi qu'aux morts-vivants chers à Romero (3) apportent aussi une richesse insoupçonnée. Finalement, les seules réserves notables proviennent à la fois de la bande-son (très datée) et de l'interprétation (toujours en roue libre) de Caroline Munro (4). Pour le reste, Maniac mérite amplement ses galons de film culte horrifique, offrant ainsi une relecture pertinente et gore au thème du serial-killer avec en ligne de mire une filiation directe quoique craspec à un certain Norman Bates.

Maniac... en attendant Henry, portrait d'un serial killer de John McNaughton.


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(1) Les victimes de Zito n'étant que des adultes ou des couples d'âge "mûr".

(2) Après le costume cintré de Starcrash, on peut difficilement pire cela dit...

(3) Tom Savini s'étant au passage occupé des maquillages sur le deuxième volet de Romero, Zombie (alias Dawn of the Dead).

(4) "Partenaire" de Spinell dans Starcrash (on n'en sort pas...), Munro jouant l'héroïne Stella Star de ce space opera nanar.

vendredi 3 décembre 2010

Cronico Ristretto: Mastermind - Monster Magnet (2010)

Dans la série des raccourcis rapides, après les idées reçues, laissons la place à une autre plaie du chroniqueur musical, les conséquences malheureuses que pourraient provoquer l'écoute distraite d'un album. En d'autre terme, s’il ne faut jamais (totalement) se fier aux idées préconçues, il en va de même pour la première écoute d’un album et du sentiment mitigé qu’elle peut engendrer, qui plus est lorsque vous gardez en mémoire les premiers méfaits de la formation sans tenir compte de l’évolution du dit groupe, évolution que vous n’avez de toute façon pas suivi depuis belle lurette.

Si à une époque bénite (1), le groupe de Dave Wyndorf avait réussi à conjuguer les plages space rock d'un Hawkind avec la pesanteur d'un Black Sabbath sur l'excellent Tab (1991) ou encore proposer l'un des meilleurs albums de heavy rock des 90's (Spine of God) , la trajectoire de la formation après les derniers tours de vis marquants prénommés Dopes to Infinity (1995) et Powertrip (1998) s'était quelque peu brouillée, tout du moins diluée au cours du temps, pour ne proposer "que" de bons albums anonymes... à l'image du side-project du même Wyndorf, The Atomic Bitchwax. Des années 2000 où les plus sévères auront à cœur de ne retenir que les rééditions des deux premiers albums précités, la flamboyance du Monster Magnet des débuts comme d'autres pairs s'étant au fur et à mesure dissipée.

Or faut-il le souligner de nouveau en attendant le nouvel an, 2010 reste l'année (par défaut) des musiques intemporelles. Soit le moment propice et idéal pour un nouvel album d'un des derniers dinosaures du stoner rock en activité (2), Mastermind des Monster Magnet.

Pour reprendre les propos tenus en préambule, la première écoute de ce huitième album de la bande à Wyndorf laissa comme un goût d'inachevé... étrangement avec le recul, tant les écoutes suivantes vont infirmer cette impression, Mastermind est sinon un album gorgé à ras bord de tubes, tout du moins un disque d'une rare efficacité à l'image des deux premiers titres d'ouverture, le massif Hallucination Bomb et l'énergique Bored with Sorcery.

Le groupe du New-Jersey propose ainsi douze titres (3) relativement variés avec néanmoins une constante, la place accordée à la basse ronronnante de Jim Baglino. L'album garde une ossature basée sur des mid-tempos avec quelques écarts intéressants, Wyndorf ayant pris l'habitude de varier les plaisirs du stoner, tel l'intimiste Time Machine ou le mélodique Ghost Story... mais que les bikers se rassurent, Monster Magnet ne les a pas oublié sur 100 Million Miles.

Mastermind, un album moins psychédélique que par le passé, plus heavy, mais qui n'en reste pas moins l'album stoner de l'année.

Album en écoute sur leur Myspace.

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(1) Comprendre "celle des débuts" cf les propos du préposé conservateur.

(2) Monster Magnet fut formé en 1989.

(3) Plus deux si on compte les bonus: Watch Me Fade et Fuzz Pig.