samedi 29 mai 2010

Un partenariat c'est bien...

... mais doublé d'un défonçage de porte ouverte, c'est encore mieux. Parmi les questions qui taraudent l'amateur de musique paranoïaque, une revient souvent à son esprit en parallèle au retour en grâce du vinyle chez une nouvelle caste (1), l'avènement du compact-disc durant les 80's ne serait-il pas l'une des plus belles escroqueries que l'industrie musicale ait réussi à nous faire avaler? Souvenons nous, par exemple durant sa première décennie, le compact-disc était vendu comme LA révolution technologique (une lecture par laser !!!). Le but de la chronique suivante n'est pas fondamentalement de faire le procès de la galette en plastique de 12 cm de diamètre (encore que...), mais plutôt de pointer quelques travers ou fausses vérités à son sujet, tout en évoquant certaines raisons qui poussent quelques amateurs à préférer le vinyle.



Mise au point conjointement par Philips et Sony fin 70's, le CD a été créé et présenté rapidement comme le support sonore de demain, celui du nouveau millénaire, à grand renfort de publicité sublimant ce nouveau miracle de technologie. Philips, un des leaders mondiales en matière d'électronique détenait un des plus gros labels de musique classique, mais pas seulement ces derniers ayant en leur possession le catalogue Polygram, Vertigo et Mercury (depuis 1961) pour les plus connus (regroupé toutes au sein d'Universal de nos jours). Rien de bien exceptionnel qu'une société soit situées aux deux extrémités de la chaîne, Columbia la première maison de disque de l'histoire fut bien créée pour promouvoir les débuts du microsillon soit les premiers phonographes de Thomas Edison. Pour clore ce bref historique des protagonistes, de l'autre côté de l'Atlantique, en 1980, Sony s'associe à la vieille Columbia décidée à prendre le train en marche tant bien que mal (pour son plus grand "malheur", celle-ci sera absorbée par la société japonaise suite au crack boursier de 1987).

Escroquerie? Si on se remémore les mérites du compact-disc vantés par l'industrie, on est en droit sinon de le penser tout du moins de tempérer les affirmations gratuites qui permirent à ce support de supplanter le dépassé disque thermoplastique. Parmi les qualités véritables du CD, deux sont en effet rapidement vérifiables, la taille physique du disque permettant un encombrement moindre et la durée de ce dernier qui désormais pour un support audio peut atteindre les 80 minutes, le tout sans à retourner le dit disque pour lire ses deux faces... et puis c'est tout, l'accès direct aux différentes plages étant plus de l'ordre du gadget que de l'innovation révolutionnaire. Tandis que les marchands fabricants vous loueront son faible coût de fabrication, en omettant son prix d'achat prohibitif et le devoir impératif pour tout mélomane de se procurer, en plus des nouveautés enregistrées sous ce format futuriste, les rééditions de ses albums préférés désormais "obsolètes" sous peine de passer pour un ringard réactionnaire au bord de la surdité pour ne pas accepter ce nouvel ordre musical.

Première contre vérité: son rapport signal/bruit élevé qui indiquerait par conséquent une meilleure qualité sonore contrairement au vinyle. Sans rentrer dans les détails techniques (comme la fréquence d'échantillonnage), le disque compact ne contient que des informations au format numérique, donc binaire, et on voudrait nous faire croire que ce support se veut plus riche qu'un support analogique, étrangement cela va à l'encontre de ma formation scientifique, le binaire rimant TOUJOURS avec une perte d'information. Comparez donc une image numérique et une image analogique, pour un support sonore, c'est pareil. Dès lors, peut-on s'étonner que certains audiophiles critiquent la pauvreté du son du compact-disc (2), sa capacité à n'offrir qu'une gamme acceptable dans les mediums... soit l'idéal pour un amateur de variété, plus intéressé par les roucoulades mielleuses et l'aseptisation qui va de pair. Seconde contre vérité, le compact-disc serait inusable. Question candide en guise de pirouette, comment peut-on affirmer ce genre de qualité propre au produit quand celui-ci est récent (3) et donc n'a pas eu le temps de subir les désagréments du long terme? Par contre, le laser évite une usure à la lecture, contrairement au vinyle du fait de l'utilisation d'un diamant (synonyme de craquements). Quant à la conservation de l'objet... on est loin de l'inusable en fait...

Testons dès lors les qualités subjectives du support vinyle en remerciant son partenaire qui permit au musicophile d'obtenir enfin la réponse à la question posée en début de chronique. Pour se faire, le candidat collectera patiemment les disques de son choix, albums qu'il connait sur le bout des ongles au format binaire, lui autorisant une étude comparative des plus... exaltantes en tentant de brasser un large spectre musical. La platine vinyle n'a plus qu'à débuter ses exercices d'assouplissement, son préposé lui présente les divers disques, le test va débuter.

Les basses. A défaut d'avoir en 33 tours un LP de Public Enemy et s'amuser à faire vibrer les murs sous les assauts du DJ Terminator X, le test passé par Mwandishi d'Herbie Hancock permet déjà d'affirmer que celles-ci n'ont jamais aussi bien sonnées sur Wandering Spirit Song, corrélant l'impression de "chaleur" qui provient souvent à l'esprit des amateurs de vinyle pour dépeindre les qualités du support. Chaleur ramenant étrangement vers un disque qui ne l'ai pas ou n'a jamais été réputé pour la sienne: The Marble Index de Nico. A la grande surprise du préposé faisant office de jury, le deuxième disque de l'ex-égérie de Lou Reed et John Cale sonne moins glacial. Un défaut qui n'en ai pas un, la platine ayant d'autres atouts pour charmer son unique et omnipotent juge: les aigus. Que ce soit l'harmonium de Nico sur Ari's Song ou l'alto électrique de Cale sur Evening of Light, les tympans vrillent comme jamais... la platine CD ramasse encore ses billes, le match nul n'aura jamais été aussi proche. A raison, le compact-disc étant un enfant de la décennie 80 et quand bien même le disque suivant a été enregistré en analogique, Pornography de The Cure devrait normalement jouer en la faveur de la galette en plastique. Malheureusement, les effets malsains de la chanson éponyme, danse tribale hypnotique orchestrée par Robert Smith ne consent là non plus à être du côté du CD. Au même titre que les effets sonores créés par Gore et Wilder sur Black Celebration de Depeche Mode, au contraire ces effets prennent désormais une place significative alors que sur le support compact, ceux-ci paraissaient étouffés, la pop synthétique ne s'accorde pas non plus avec le CD. Dans ce cas, il nous reste la carte du binaire... Fun House des Stooges. Le préposé piaffait d'impatience, après la version basique en CD, puis celle remastérisée achetée avant son départ vers l'Asie, le troisième exemplaire en sa possession allait-il supplanter les deux autres? 1/ la batterie de Scott Asheton se révèle comme un élément centrale du disque dès le premier coup de fouet nommé Down On The Street, ce que le disque compact avait trop longtemps minoré 2/et l'apocalyptique L.A. Blues? Le soldat CD préfère rendre les armes avant le Blitzkrieg dénommé Ascension de John Coltrane.

Cela dit, le compact-disc garde encore quelques atouts, telle sa fonctionnalité... mise à mal par une nouvelle révolution technologique, la dématérialisation avec son porte étendard: le MP3 (4) et les nouvelles habitudes sonores qui en découlent, soit le remplacement de la chaine-hifi par un ordinateur et "l'encombrant" baladeur laser pour un numérique. Au delà de l'hypocrisie qui tendrait à faire croire que le MP3 aurait apporté une paupérisation du média sonore, celle-ci étant déjà bien entamée par l'arrivée du CD (5), il faut plus y voir une évolution du comportement du public, celui étant plus attiré par une facilité et une meilleure fonctionnalité (sans compter le paramètre téléchargement). Alors, le compact-disc dans le rôle du has-been? On n'en est pas loin. Reste alors l'attachement à l'objet. Or Le digipack pour le CD n'est pas une généralité (6), le boitier cristal en plastique ayant encore de beau reste... et la préférence des labels, ces derniers préférant pour fidéliser le consommateur ressortir une nouvelle édition six mois après la sortie de l'album avec en prime divers bonus (d'un intérêt inversement proportionnel à l'avidité du label?). Dès lors, l'attachement à l'objet aura finalement la préférence au vinyle. Ajoutez à cela que désormais les platines vinyles peuvent encoder en MP3 (7) ou les lire via une clé USB, si l'avenir du CD n'est pas menacé par le disque thermoplastique, tous les nouveaux disques n'ayant pas droit à une sortie simultanée en vinyle (1/ il est désormais plus facile de lire un CD qu'un vinyle, 2/ qui est prêt à revenir à la platine vinyle?), on ne peut qu'apprécier et applaudir le regain de popularité du 33 tours... les mêmes labels ne s'étant pas trompés, les rééditions ayant de nouveau le vent en poupe dans les 2000s. Business is Business.

PS: Titre auquel vous avez échappé: "Le CD c'est de la merde, le MP3 est son digne rejeton"

L'objet par qui le scandale est arrivé.
__________________________________________________________________________________________________________________

(1) Hormis une sphère d'irréductibles ayant continué à clamer les qualités de ce support durant les décennies 1980s-1990s.

(2) Le dénommé et fiasco Super Audio CD tendrait à réduire ces défauts...

(3) Les recherches autour du CD ont débuté mi-1970s, sa première commercialisation date de 1982, et on nous affirme très rapidement l'inusabilité du support, c'est un peu juste comme recul pour de telles affirmations, non?

(4) Le CD-ROM gardant encore des adeptes pour ses qualités de stockage.

(5) L'argument courant étant d'orienter les griefs autour du MP3 vers sa piètre qualité sonore... de la part d'individus défendant le compact-disc, l'argument peut faire sourire. En sachant qu'un taux de compression élevé équivaut grosso modo aux performances d'un compact-disc sur une chaine-hifi moyenne...

(6) Quand celui-ci ne s'apparente pas à un piège à zozo, ou le fan prêt à débourser x fois le prix normal pour obtenir une version limitée.

(7) Comme encoder des albums qui n'ont jamais été réédités en CD.

jeudi 27 mai 2010

Eve - Ufomammut (2010)

Lors d'une chronique précédente, j'avais émis l'hypothèse qu'il ne fallait jamais se fier aux cris d'orfraie du rock-critic. Celui-ci en plus d'avoir un goût immodéré pour les boissons alcoolisées à base de malt (et les lunettes noires), a cependant d'autres points communs avec le joueur de poker qui cacherait dans l'une de ses manches un jeu de cartes supplémentaire, déjouant ainsi au besoin une déveine momentanée ou un art du bluff aux confins de la médiocrité. Car le rock-critic est toujours prompt à changer d'attitude au gré du vent et des marées, passé maître dans l'art du contre-argument péremptoire, lui valant ainsi le respect d'une plèbe rock à la mémoire courte... au détriment d'une certaine sagacité qui lui fera toujours défaut. Sortir comme carte maîtresse un poncif éculé n'est jamais handicapant pour lui, tout bon bluffeur sait qu'il s'agit avant tout de savoir manier la conviction, et lorsque cette dernière peut-être accompagnée de morgue et d'une certaine attitude (1), le rock-critic parviendra nul doute à son but: créer la confusion pour les plus audacieux ou suivre le mouvement pour les plus opportunistes. Dès lors, faut-il s'étonner de lire chez certains, le supposé manque d'innovation et d'inspiration chez les italiens d'Ufommamut, adeptes d'un doom psychédélique des plus intemporels?

Le trio italien formé en 1999, publiant dans la foulée un EP au nom délicieusement cliché, Satan, est devenu au cours de la dernière décennie une valeur montante du doom psychédélique pouvant aisément se faire une place entre Electric Wizard et Om. Après un Idolum sorti en 2008 ayant vu le trio passé un cran au-dessus, leur sludge vrombissait d'ambiances vintages, de basses magmatiques et d'atmosphères sombres dans la continuité d'un Snailking (2004), s'ouvrant encore un peu plus de nouveaux amateurs de riffs plombés.

A défaut d'avoir nommé son nouvel album Lilith, en hommage à celle qui préférait jouir des plaisirs de la vie au détriment d'offrir une descendance braillante au phallocrate Adam, le cinquième album du mammouth de l'espace porte le patronyme d'Eve, hommage à la première femme terrestre et à son acte rebelle envers son créateur en apportant le savoir à l'humanité, selon les propres mots du trio... de quoi rappeler les plus belles pages ampoulés du rock progressif des 70's, non? Autre point de discorde propre à une emphase lourdingue, l'album Eve se veut une unique chanson de 44 minutes (et 44 secondes soyons précis) divisée néanmoins en 5 parties distinctes, comme avait fait en son temps le groupe culte Sleep d'Al Cisneros (futur Om et Shrinebuilder) avec Dopesmoker (2003) (2), or toute la question était de savoir si le trio transalpin allait transformer l'essai et dissiper les quelques craintes...

Premier point, contrairement aux aspirations de base qui vont de pair avec une musique réputée pour son monolithisme, le cinquième album d'Ufomammut se différencie aussi bien sur le fond que sur la forme, contrairement aux précédents essais musicaux du trio, ou la fin d'un cycle initié par la triplette Godlike Snake/Snailking/Idolum (3)... delà à imaginer que les premiers reproches proviennent de ce changement. Autre point de division, la place plus importante, voire primordiale occupée par les ambiances, le trio semble en effet plus intéressé à tisser des atmosphères distordues qu'à assommer l'auditeur toutes les 3 minutes à coup de riffs cataclysmiques. Une évolution naturelle pour des italiens qui avaient pris l'habitude de clore leurs disques par une chanson fleuve oscillant vers la barre de la demi-heure, le choix d'une chanson-album prenant finalement tout son sens pour la suite de leurs aventures musicales.

Eve se distingue dès lors du passé purement sludge de la formation pour lorgner du coté du drone et en particulier d'un album qui fit date (du fait de sa construction pouvant difficilement passer pour une coïncidence), le sonique Feedbacker (2003) de Boris (4). A l'instar du disque des japonais, Eve se distingue par une lente progression occupant à elle seule les deux premières plages (5), où l'inspiration des transalpins puise sa source à la fois dans les transes hypnotiques de Conference of the Birds (I) et dans les meilleurs trips atmosphériques de Dopethrone (II), lorsqu'Electric Wizard s'approchait d'un peu trop près du néant. S'ensuit une progression quasiment tribale à l'orée de la face A ou l'appui nécessaire à une plage III à la gloire d'un stoner frondeur, les quelques vocaux aériens mutant en vocifération propre aux invocations allouées à un dieu vengeur. Une face B centrée sur une plage IV transitoire où le trio maintient une pesanteur saturée jouant sur la répétition du riff principal concluant l'album par une plage d'un quart d'heure, synthèse parfaite des quatre titres passés: lourd, intense, une longue marche vers un volcan bouillant avant un calme lancinant.

Un cinquième album qui contrairement aux autres volées de bois vert qu'il a reçu (6) n'a qu'un seul défaut, celui de ne pas suffisamment se différencier des influences citées plus haut. Ufomammut signe tout de même le chainon manquant entre Feedbacker et Dopesmoker.
Leur page Myspace

La chronique de Nyko.

__________________________________________________________________________________________________________________

(1) Attitude à définir selon le panel visé, il serait dommageable d'user de la même attitude si l'on parle à un public rock indie qu'à un public de chevelus true black metalleux...

(2) Album qui à l'origine ne contenait qu'une seule chanson d'une soixantaine de minutes dont Jim Jarmusch utilisa un extrait pour la bande originale de son Broken Flowers. Sorti en 2003 sous sa forme originel, l'album refusé par le label juste après son enregistrement mi-90's, refus qui fut à l'origine du split du trio, eut droit à une première sortie remaniée sous le nom Jerusalem, divisé en 6 parties, courant 98/99.

(3) Lucifer Songs (2005) étant plus proche du EP que du LP avec ses 5 chansons et sa durée de 25 minutes.

(4) Album contenant lui aussi une seule chanson divisée en 5 parties.

(5) Ce que le format vinyle soulignera davantage, ces deux plages occupant entièrement la face A, comme sur Feedbacker.

(6) Superficiel et ennuyeux étant les deux qualificatifs revenant souvent... ont-il déjà écouté Earth ou Boris, c'est la question qui me vient à l'esprit.

samedi 22 mai 2010

Defendor - Peter Stebbings (2009): Arthur Poppington VS. Captain Industry

A priori, tout du moins pour ceux de ma génération, le premier rôle de Woody Harrelson ayant marqué les esprits est celui de Mickey Knox dans Natural Born Killers, soit le fameux pamphlet provoc et nazebroque d'Oliver Stone envers les médias et la violence véhiculée par ces derniers. L'autre film provocateur, enfin chez certaines ligues de "vertu" (1), qui permit d'assoir encore un peu plus la popularité du texan fut le biopic autour du pornocrate Larry Flynt (The People VS. Larry Flynt) mise en scène par un spécialiste du genre, Milos Forman (2). Pourtant, si on doit garder une image du talent d'Harrelson dans un long métrage des 90's, ce n'est en aucun cas un des deux films cités précédemment, mais au contraire un film où celui-ci n'y joue qu'un rôle extrêmement secondaire, Des hommes d'influence (Wag The Dog). Une comédie de Barry Levinson satirico-visionnaire sortie juste un mois avant le crapoteux Monicagate qui secoua la présidence de Bill Clinton. Film où l'acteur interprète le sergent William Schumann, un soldat quelque peu déphasé mentalement et ex-futur otage martyr du conflit imaginaire étatsunio-albanais créé de toutes pièces par des conseillers du président américain empêtré dans un scandale sexuel. En cinq malheureuses petites minutes, l'acteur en montrait finalement plus que durant cent vingt minutes de métrage, voici l'image que je gardais de Woody Harrelson. Alors en apprenant que pour son dernier film, ce dernier allait interpréter de nouveau un benêt se prenant désormais pour un superhéros, ma curiosité fut aussitôt éveillée.

Arthur Poppington est atteint du syndrome d'alcoolisation fœtal. Arthur a une tendance à la mégalomanie et est incapable d'entrevoir les conséquences de ses actes, ce qui peut être préjudiciable lorsqu'on endosse le costume de Defendor. Ce justicier masqué (3) s'est juré de combattre le crime et en particulier la perte du dénommé Captain Industry, rendu coupable aux yeux du superhéros de la mort de sa propre mère. Soit les bases d'une mythologie basique pour un lecteur amateur de comics me direz-vous. Seulement, Arthur n'a aucun pouvoir surnaturel et est encore moins un superhéros, juste un déficient mental travaillant le jour dans les travaux publics sous les ordres de son ami Paul. Or un soir, sous son costume noir frappé du sigle D (fait à partir de ruban adhésif), Arthur entend sauver la jeune prostituée Kat (Kat Dennings) des griffes de Dooney qui pratiquait "simplement" une fellation à celui-ci. Un flic ripou, interprété par le toujours excellent Elias Koteas, molesté, où l'on constate que les coups de matraque sont plus efficaces que le lancer de billes de verre, gardant étonnamment un souvenir mitigé de cette première rencontre. Ses hommes de mains en profiteront dès lors pour corriger en retour notre superhéros lors du deuxième tête à tête, et c'est à cette occasion qu'Arthur fera de nouveau la connaissance de Kat. Cette dernière, l'aidant à retourner dans le local où il vit, y voit désormais un moyen facile de soutirer de l'argent à ce grand simplet en lui donnant moyennant rétributions pécuniaires des informations sur les crimes et délits des environs... comme l'adresse du dénommé Captain Industry par exemple.

Pour éviter tout malentendu en préambule, la sortie en DVD de Defendor coïncidant avec la sortie cinéma de Kick Ass, ces deux films ont pour seul point commun d'avoir un personnage principal n'ayant aucun pouvoir surnaturel, pour le reste, ce premier film de Peter Stebbings est plus proche de la comédie dramatique que du film de superhéros (encore qu'on pourra y noter par moment quelques réflexions annexes concernant ce genre, mais hormis ce détail, rien, passez votre chemin). De même, quitte à user de raccourcis douteux, Defendor n'est pas non plus un anti-Kick Ass, comme on pourrait s'attacher à le penser, ces deux longs métrages ne sont en aucun cas comparable, point. A la rigueur si on devait user d'un parallèle osé, Defendor est plus proche par certains aspects d'un Batman prolétaire plongé dans un monde où le fantastique n'a pas lieu d'exister.

L'un des points forts de ce film réalisé et écrit par Peter Stebbings (4) est d'avoir su créer une combinaison subtile, ne versant ni dans la farce anticonformiste (comme chez les Farrelly brothers) ni dans le mélodrame pathétique, le cinéaste étant parfaitement épaulé, il est vrai, par un Harrelson jonglant idéalement entre les pitreries involontaires et autres maladresses, et les maux dont souffrent Arthur. Et contrairement à ce que pourrait laisser croire la chronique, ne pas réduire non plus Defendor à une simple performance d'acteur, une grande humanité se dégage certes du personnage principal, le rôle d'Arthur Poppington étant bien plus profond qu'un benêt au grand cœur, mais le récit s'attache aussi à tisser une histoire d'amitié, celle naissante entre Arthur et la jeune droguée Kat et à renforcer celle existante, quasi-fraternelle entre Arthur et Paul.

La construction du récit se veut elle aussi relativement originale, la première partie du métrage située dans le bureau de la psychiatre (Sandra Oh) nous permet de découvrir ainsi les péripéties antérieures d'Arthur et les causes de son arrestation, tout comme les raisons qui l'on poussé à devenir un justicier. Un superhéros passé maître dans la capture des guêpes qui va devenir un symbole de la résistance civile contre la corruption et le crime.

Defendor n'est certes pas un film qui restera dans les annales parmi les amateurs de comics, son traitement à la fois centré sur un personnage principal très éloigné de la norme superhéroique et sa mélancolie latente devrait en refroidir plus d'un. Aux amateurs de films originaux d'offrir une chance à un petit film où sensibilité et interprétation inspirée ne sont pas vaines. Woody Harrelson dans un de ses meilleurs rôles, sinon le plus touchant.


__________________________________________________________________________________________________________________

(1) Souvenons-nous que quelques c(h)réti(e)ns cons(anguins) avaient réussi à faire interdire l'affiche originelle...

(2) En 1999, soit trois années après ce Larry Flynt, le cinéaste tchèque entreprit la mise en œuvre du biopic Man on the Moon avec Jim Carrey retraçant la vie du comique US Andy Kaufman.

(3) Ou plutôt maquillé, car à défaut de loup ou de masque, Arthur se grime le visage avec du maquillage noir.

(4) Peter Stebbings ayant parallèlement une carrière d'acteur de second plan.

mercredi 19 mai 2010

Anthropophagous - Joe D'Amato (1980)

De deux choses l'une, soit vous connaissez Joe D'Amato et vous devinez a priori les risques que vous encourrez en lisant cette chronique, soit vous n'avez aucune idée de qui il s'agit et vous avez encore le temps de rebrousser chemin avant de succomber au charme vénéneux des productions de cet italien surnommé par les anglophones: The Evil Ed Wood. Mais à quoi reconnait-on à ce propos ces ex-candides, victimes de cinéphiles sadiques, tortionnaires dans l'âme, rongés désormais par un mal trop longtemps caché par les autorités qui se repaissent à présent de ces films d'exploitation toxiques tel un cannibale affamé en quête de chair fraîche? Pour se faire, prenons un panel lambda de la population boulimique de pellicules, et demandons-leur si le cinéma de Joe D'Amato leur évoque un souvenir. Si le sujet a toutes les difficultés à réfréner un tic nerveux, un sourire complice ou un regard fuyant pour les plus honteux du lot, sachez que ce symptôme n'est autre que le résultat à une exposition, aussi brève soit elle, à un film du dénommé Massaccesi, prénom Aristide, plus connu sous son plus célèbre pseudonyme: Joe D'Amato (1).

Parmi les nombreuses caractéristiques concernant Joe D'Amato, qui font de lui un cinéaste à part, celle d'avoir le privilège d'être finalement plus célèbre que ses films confirment son statut culte en dépit d'une filmographie des plus crapoteuses. Une particularité savoureuse de la part du cinéaste d'Emanuelle et les derniers cannibales (1977) ou de Rocco et les 'sex' mercenaires (1998)... symbole génial d'un cinéma d'exploitation transalpin des années 70-80 où se croiseront un peu moins de deux cent films en trente années de carrière. En tentant de résumer brièvement l'œuvre du réalisateur d'Anthropophagous, on pourra y distinguer 3 cycles durant ses deux premières décennies (2), celui des débuts où ce dernier se disperse dans divers films de genre: western spaghetti, film de cape et d'épée, giallo, etc. Puis vint le cinéma érotique où comme d'autres collègues celui-ci profite de la déferlante Emmanuelle pour reprendre à son compte la franchise détournée par son collègue Bitto Albertini, Black Emanuelle... en y apportant sa touche personnelle, à savoir un goût prononcé pour les excès en tout genre, soit une touche de zoophilie et quelques pincées de viols collectifs... Un extrémisme guidé par les lois du marché où toute publicité est bonne à prendre poussant dans ses derniers retranchements le cinéma d'exploitation. L'opportunisme de D'Amato ayant peu de limite, les aventures libidineuses trash de la deuxième moitié des 70's cèdent dès lors leur place au genre horrifique après le renouveau du slasher par John Carpenter (Halloween) lui permettant ainsi d'être en phase avec les prochaines sorties US de l'année 1980: Vendredi 13 ou Maniac de William Lustig. Une production cinématographique 80's, principalement axée autour du cinéma fantastique, ce dernier ayant le vent en poupe de l'autre côté de l'Atlantique, qui voit le compatriote de Bruno Mattei tourner de l'heroic-fantasy (Ator The Invincible) ou du post-apocalyptique (2020 Texas Gladiators) avec toujours la même constante faisant ainsi le régal des cinéphiles déviants: un budget anémique balançant immanquablement ces productions vers le nanar.

Cela dit, avouons le, même si Anthropophagous dans la grande tradition des films du cinéaste apporte son lot de provocations laissant présager du pire (on y reviendra, vous pensez bien), ce long métrage de 1980, à l'image de Beyond the Darkness/Buio Omega sorti l'année précédente, confère à D'Amato l'étiquette de bon artisan, signant ainsi malgré un manque de moyen évident deux classiques du film de genre. Et pour l'amateur de gore, ce jeune spectateur venu voir et apprécier son quota de bidoches et d'hémoglobine, que l'histoire de cet anthropophage hellénique ne brille guère par son originalité est nullement rédhibitoire, le contraire aurait été au passage très surprenant. Au contraire, un bon film d'exploitation ne se verra que très rarement handicapé par une originalité scénaristique aux abonnés absents, jusqu'à affirmer non sans exagération que la trame est globalement empreinte d'un certain classicisme, soit un groupe de jeunes en vacances sur une île grecque venus se faire massacrer ou plutôt boulotter par le dernier cannibale du coin (George Eastman)...

Voici donc cette bande de jeunes européens bronzés et insouciants embarquant sur leur beau bateau direction l'île qui ne porte pas de nom, où doit débarquer leur nouvelle amie, la sémillante Julie, venue s'occuper des enfants d'un couple français... cette même île où deux touristes furent tués dans des conditions atroces, sous les yeux impuissants de leur épagneul breton. Des étudiants offrant toutefois un panel réjouissant avec dans le rôle du fils caché de Patrick Bauchau, Daniel, les boulets de service en la personne du couple Arnold et Maggie et enfin notre triangle amoureux, Alan ou le futur médecin faussement beau gosse, Carol ou la voyante tireuse de cartes et donc Julie, la blonde par qui le malheur arrive. A charge dès lors à notre anthropophage (amphibie) de tuer un par un ces jeunes intrus venu perturber la quiétude de cette île paradisiaque, enfin désolée.

Contrairement à ce que laisse supposer ce jovial synopsis, l'ambiance d'Anthropophagous n'invite pas à la rigolade. Les deux scénaristes en chef, D'Amato et son compagnon de route George Eastman (3) réussissent un exploit: écrire des dialogues d'une platitude extrême, des situations convenues, des personnages auxquels on peut difficilement s'identifier (et auxquels on ne voudrait pas s'identifier)... et pourtant, le film fonctionne. On aurait "voulu" le classer parmi les nombreux nanars que compte la florissante filmographie de D'Amato, mais force est de constater que son film arrive à déjouer les nombreux pièges (ou attentes) qui aurait fait de lui un mauvais film sympathique, mais voilà pas une once de sexe (4) par exemple ou de morale réactionnaire sanguinolente en réponse à cette acte de lubricité que la morale réprouve hors mariage, quant aux célèbres plans nichon, c'est le désert. Le long métrage joue la carte avérée du premier degré quand bien même celui-ci se voit enrichi d'une bande-son (le fidèle Marcello Giombini) des plus grotesques (un mélange improbable entre Jean-Jacques Perrey et un Giorgio Moroder baroque)...

Néanmoins, compte tenu du contexte historique, D'Amato réalise là un film rentrant parfaitement dans le cahier des charges du cinéma gore des années 80, et si défauts il y a, ces derniers sont finalement plus à imputer au genre qu'au réalisateur de Erotic Nights of the Living Dead... étonnant, non? Anthropophagous ou le ragout craspec de tonton D'Amato, célèbre pour son avortement cannibale et sa scène finale d'auto-cannibalisme, mais pas seulement.

PS: En rassurant le public d'Aristide Massaccesi, les années 80 ne se résument pas seulement à ses productions fantastiques, la même année viendront des films aussi légers qu'Orgasmo Nero ou Porno Exotic Love, et en attendant l'année suivante Porno Holocaust...


Anthropophagous | 1980 | 90 min
Réalisation :Joe D'Amato
Scénario : Aristide Massaccesi (Joe D'Amato), Louis Montefiori (George Eastman)
Avec : Tisa Farrow, Saverio Vallone, Serena Grandi, Margaret Mazzantini, Mark Bodin, Bob Larson, Simone Baker, Mark Logan, George Eastman
Musique : Marcello Giombini
Directeur de la photographie : Enrico Biribicchi
Montage : Ornella Micheli
__________________________________________________________________________________________________________________

(1) Massaccesi ayant à son actif pas plus d'une trentaine de pseudonymes.

(2) Les années 90 comme pouvait le laissait présager le Rocco cité précédemment se résume à la réalisation de pornos... presque une centaine en dix ans, la mort du cinéaste en janvier 1999 signant l'arrêt de cette prolifique filmographie.

(3) Car avant de connaitre les honneurs d'une carrière nanar de première ordre (Les nouveaux Barbares, 2019 après la chute de New York, Les Guerriers du Bronx, etc.), Luigi Montefiori collabora souvent avec D'Amato, en tant que scénariste/producteur et finalement acteur dans les années 70 et début 80.

(4) Tout du moins la copie que j'ai pu voir...

samedi 15 mai 2010

Based on a True Story - Sick of It All (2010)

Ne jamais se fier à un rock-critic, sa mauvaise foi n'aura d'égale que sa capacité de nuisance, toujours prompt à relativiser, dans ses moments de faiblesse, voire à railler quand le cœur lui en dit, l'enthousiasme de ses petits camarades encore tout émoustillés par le dernier disque de ______ (1). Le rock-critic ne serait-il pas qu'un con comme le martèle depuis quelques années Guic'? A sa décharge, le rock-critic est par nature un éternel insatisfait. Quand son groupe évolue, change de production ou inclut de nouvelles influences, cette langue de vipère joue les vierges effarouchées criant au scandale, à la trahison, appelle au lynchage... et fera de même si l'artiste en question fait du surplace, enregistrant toujours le même album. Ne pas s'étonner dès lors de cet hâtif jugement du lecteur de passage découvrant les tourments qui régissent la vie de notre critique en rock'n'roll: "... s'il n'est pas un con (définitif), c'est en tout cas une vraie girouette" et pour les plus radicaux "... voire carrément une vraie planche pourrie". Néanmoins, au delà de ces joyeux poncifs, admettons ou tentons d'admettre qu'il existe encore des genres où le statu quo musical a sinon encore un sens, reste tout du moins rattacher à une notion d'authenticité, tel le hardcore made in New-York avec l'une de ses dernières grandes figures: Sick Of It All.

Formé par les frères Lou et Peter Koller (chant et guitare) au milieu des années 80, Sick Of It All reste sans conteste, parmi les trois formations cultes du hardcore en provenance de la Big Apple encore en activité, Agnostic Front et Madball, celle qui conserve encore une fraîcheur intacte. Le groupe de Roger Miret est certes revenu fin 90's pour asséner la décennie suivante plusieurs albums, mais les auteurs des cultissimes Victim in Pain et Cause for Alarm ont perdu de leur superbe, Miret jonglant autant avec son autre groupe the Disasters qu'Agnostic, pour un résultat (très) mitigé dans les deux cas. Quant à Madball, ces derniers continuent toujours de tourner, mais depuis 2007 et leur album Infiltrate The System, c'est le calme plat au niveau sortie...

Quatre longues années (soit une éternité chez eux) après Death to Tyrants, Sick Of It All nous revient donc en 2010 toujours aussi hargneux et en verve avec un neuvième album Based on a True Story qui après une première écoute distraite tend déjà à prouver que le temps n'a pas encore de prise sur eux... 26 ans et pas un poil de graisse pour 14 uppercuts de deux minutes trente en moyenne, soit trente-trois minutes montre en main pour ensuite vous laisser ramasser les quelques dents qui vous restent.

A ce titre, on reste assez estomaqué par la rage et la puissance de la chanson d'ouverture Death or Jail, on croyait les connaitre et pourtant jamais le groupe n'a été aussi véloce et agressif, le tout appuyé par la production carrée du danois Tue Madsen (à qui l'on devait déjà celle du précédent LP) évoquant plus le massif State of the World Address de Biohazard en plus moderne que le punk Built to last (1997) des "débuts". Une production rouleau compresseur où la basse de Craig Setari fait toujours autant de merveilles, ronronnant à loisir (The Divide) sous les coups de massue d'Armand Majidi (2) et où on imagine aisément les chœurs appuyés du combo remporter facilement l'adhésion du mosh pit sur la doublette Dominated/A Month of Sundays ou Long as She's Standing. Une machine d'une efficacité redoutable menée par le chanteur Lou Koller qui ne module certes pas trop sa voix (et pourquoi donc?) mais a le mérite de ne pas saouler son auditoire en criant à tout va, son grain légèrement éraillé évoquant le croisement réussi entre un pitbull et Lemmy Killmister.

En dépit d'un Good Cop très punk dans l'esprit, Based on a True Story est sans conteste l'album le plus métallique des Sick of It All de par sa production mais en gardant une authenticité hardcore old school forçant l'admiration connaissant l'âge vénérable du quatuor (3). Parmi les griefs notables, on pointera un Waiting for the Day très moyen et un album qui s'essouffle vers la fin, le groupe ayant eu la bonne ou mauvaise idée de placer leurs meilleures cartouches en début de disque (4).

Reste un album efficace qui ravira les anciens fans et en amènera sans aucun doute de nouveaux dans la grande confrérie du HxC new-yorkais.

Album en écoute sur Musicme.


__________________________________________________________________________________________________________________

(1) A vous de choisir si le cœur vous en dit votre tête de turc favorite du moment.

(2) Ce dernier ou Tue Madsen ayant la bonne idée de ne pas faire sonner ses futs comme des casseroles...

(3) Pas de soli intempestifs, de pseudo-plans alambiqués ou de double grosse caisse stérile...

(4) Quant au gros son compact de la galette, à voir si ce genre de prod' passera bien l'usure du temps...

mercredi 12 mai 2010

Belus - Burzum (2010)

Peu de choses en général suffisent à bouleverser le landerneau métallique, une déclaration creuse ou faussement provocante suffit à rabrouer la plèbe... alors pensez, le nouvel album de Burzum, s'il ne tirera pas de larmes aux nostalgiques de l'age d'or du black metal (1), permettra sinon de vendre du papier, tout du moins de faire parler de lui parmi les jeunes trentenaires... ce billet en étant la preuve. Belus, le septième album de l'homme orchestre Kristian "Varg" Vikernes est ainsi celui du retour après une pause de quatorze ans (2), soit après la sortie de son dernier album foncièrement black metal, le dénommé Filosofem. L'innocent amateur de ritournelles pourra dès lors s'étonner d'une telle absence. Pourtant, celui qui se baptisa (3) Count Grishnackh peut en effet s'enorgueillir (sic) d'aller bien plus loin que l'image d'Epinal collant la plupart du temps aux metalfreaks, petits cousins des grand-guignolesques et parodiques Spinal Tap. car... Vikernes, l'homme, est véritablement quelqu'un de détestable, non content d'être raciste (avant de se clamer néo-nazi), il fut accusé du meurtre de Øystein Aarseth (Euronymous pour les intimes), leader d'une autre formation phare du metal noir, Mayhem, et ainsi condamné à 21 années d'emprisonnement. Néanmoins, l'artiste, à l'instar d'autres groupes norvégiens (Enslaved ou Immortal) issus de la même période, soit la deuxième vague du black metal, a toujours été avant tout inspiré par les légendes nordiques, l'univers de Tolkien (4) ou le paganisme, ne faisant jamais échos de ses relents nauséabonds ou propagande fasciste sur ses productions musicales. A chacun de faire la distinction par la suite entre l'homme et son œuvre...

Si Vikernes n'était pas attendu au tournant après son passage à l'ombre bien mérité, la curiosité restait tout de même de mise, eu égard à l'influence musicale qu'avait pu avoir l'homme orchestre durant ses jeunes années. Adepte d'un son cru à l'instar de ses compatriotes Darkthrone (pour lequel Varg écrit quelques paroles sur le bucolique Transilvanian Hunger), le dernier véritable album en date Filosofem (5), quoiqu'imparfait car pollué par des futurs relents dark ambient boiteux (6) pouvait laisser penser à un retour dans la continuité. Après une si longue pause, rares sont les artistes se permettant un changement de cap, une nouvelle approche et encore moins un révolution. Dès lors, Belus n'avait aucunement vocation à devenir le coup de marteau (de Thor) qui réveillerait une scène black ayant perdu de sa superbe depuis déjà belle lurette, l'outrance de cette pseudo violence musicale, quelques oripeaux folkloriques et autres lancers de Rattus norvegicus faisandés (Watain ©) n'ayant pas été suffisant pour relancer la machine infernale.

Faisons taire déjà les bruits de couloir lu ici ou là, ce septième album n'a rien d'un chef d'œuvre de noirceur. Belus n'est certes pas une ode à la gaudriole, mais l'univers burzumien est encore loin d'arriver à la cheville d'Univers Zéro. De même, mesure-t-on la qualité d'un album de black metal à sa noirceur, à sa capacité à prôner la déchéance humaine? Pourtant, le nouvel album a de quoi déconcerter, et pas seulement à cause de cette introduction maladroitement comique évoquant plus une relecture de la valse des canettes, ces dernières remplacées pour l'occasion par des bouteilles de bière. Le premier véritable point de discorde provient de sa production terne, à l'image des vocaux de Varg. Il est loin le temps où notre meurtrier se gargarisait avec du fil de barbelé... et malheureusement, la guitare raw d'un Jesus' Tod fait elle aussi partie du passé. Si à cela on ajoute que la première chanson Belu's Dead n'est autre qu'une relecture de Daudi Baldrs, morceau éponyme du premier album dark ambient cheapos de Varg, on en viendrait à maudire les vertus thérapeutiques du milieu carcéral norvégien. Sauf que, même en matière de métal noir, tout n'est pas aussi simple...

En faisant abstraction de cette insipide et décevante production, Belus est néanmoins une agréable surprise dans la mesure où il s'agit d'un premier coup de marteau pour reprendre l'image précédente. S'il n'est pas parfait ce nouveau disque (et il ne l'est pas), Vikernes réassène quelques idées intéressantes à défaut d'être fondamentalement efficaces ou originales. Premier point, Burzum se fait toujours le chantre d'une musique lancinante et torturée et contrairement à ce que pouvait laisser craindre la référence précédente, Belu's Dead est à ce titre l'un des titres marquants de Belus, l'ajout de quelques vocaux clairs étant dans la continuité d'un Dunkelheit, leur mélancolie et les synthés en moins. En bon artisan de sonorité désolée, le norvégien demeure maître en musique hypnotique et à ce titre Varg offre une copie quasi parfaite avec les deux titres clôturant cet album du retour: Morgenrøde et Belus' tilbakekomst (Konklusjon). Cela dit, à force de trop vouloir en faire, une chanson comme Glemselens elv du haut de ses douze minutes s'éternise abusivement selon l'humeur du moment, l'envie de décrocher pourrait bien tenter l'auditeur débutant, au même titre que le bancal Kaimadalthas' nedstigning, la faute à un refrain maladroit et claudiquant.

Passé les anecdotiques et stériles Sverddans et Keliohesten évoquant les débuts furibards du groupe, l'âme noire en moins, Belus dépeint un Varg Vikernes en gardant encore sous le pied, augurant pour les plus optimistes un futur dessein musical ou pour les autres, une page qui aurait dû être fermée depuis plus de quinze ans. Offrons lui le bénéfice du doute à l'écoute de Morgenrød/Belus' tilbakekomst (Konklusjon).

L'avis toujours plus nuancé de Benjamin F.

__________________________________________________________________________________________________________________

(1) Le true black métalleux ne pleure pas, jamais, ça lui fait un point commun avec Alain Delon.

(2) Les deux albums de dark ambient pouet pouet sortis en 1997 et 1999 pouvant être mis facilement à l'index...

(3) Suis je taquin, choisir le verbe baptiser pour quelqu'un d'aussi anti-chrétien que ce cher Vikernes.

(4) Le nom Burzum provenant justement de l'univers du Seigneur des anneaux: ce dernier signifiant "ténèbres" dans le Noir Parler.

(5) Filosofem comme le précédent Hvis Lyset Tar Oss eut le privilège de sortir officiellement après l'incarcération du malfaisant, les enregistrements de ces deux albums datant d'avant la mise à l'ombre de son auteur.

(6) A vous faire passer Sephiroth ou Raison d'être pour Pierre Schaeffer...

samedi 8 mai 2010

Croix de fer (Cross of Iron) - Sam Peckinpah (1977)

A de très rares exceptions, le film de guerre durant les 50's-60's se cantonna très souvent au registre héroïque exaltant le courage de ses hommes menant à bien des opérations spectaculaires ne remettant que très rarement en cause l'absurdité de la dite guerre. Ces longs métrages se focalisaient ainsi en très grande majorité sur la Seconde guerre mondiale. Dès lors, la question n’avait pas lieu d’être, la monstruosité et les horreurs du régime Nazi faisaient passer cette remise en cause légitime pour de l’obscénité ou plus simplement pour un hors sujet. Combien de Dr Folamour (Dr Strangelove) face à une pelleté de films (patriotiques) au budget conséquent où se pressaient toutes les stars du moment? Prenez un sujet de film lambda, une opération suicide couronnée de succès comme Hollywood pouvait s’en repaitre par exemple, agrémenté le d’une louche de grand spectacle et saupoudré le tout de jolies têtes de gondole, voilà à quoi ressemblait finalement le film de guerre dans les grandes lignes… avant la fracture post-Vietnam (1). La mémoire collective aurait tendance à ne retenir que les chefs d’œuvre de Coppola et Cimino, Apocalypse Now et Voyage au bout de l’enfer (The Deer Hunter), et dans une moindre mesure celui de Dalton Trumbo, Johnny s’en va t’en guerre (Johnny Got His Gun). Pourtant durant cette décennie 70’s, un autre réalisateur américain de renom quoiqu’un peu borderline et en dehors du système (ceci expliquant sans doute cela) réalisa lui aussi un film de guerre "divergeant" : Sam Peckinpah et son méconnu Croix de fer (2).

Deux années après son raté Tueur d’élite et une overdose à la cocaïne, Peckinpah revient au cinéma avec une nouveauté le concernant, s’atteler à la réalisation d’un film de guerre, adapté du roman de Willi Heinrich, La peau des hommes, ou un épisode de l’effroyable front de l’Est du point de vue allemand. 1943, lors de la retraite de la péninsule de Kouban vers la Crimée, un officier aristocrate allemand (Maximilian Schell) se targuant d’être issu d’une grande famille prussienne rentre en conflit avec l’un de ses sous-officiers (James Coburn). Une lutte des classes opposant le nouveau venu provenant de France, le capitaine Stransky, et le sergent Steiner. Un officier prusse, qui du fait de sa supposée illustre extraction, convoite l’une des distinctions militaires suprêmes, la croix de fer... et quel qu'en soit le prix à payer pour ses subalternes.

Le générique de Croix de fer s'inscrit immédiatement comme un des films les plus cyniques de son auteur, à l'instar de son personnage principal le sergent Steiner. Faire cohabiter, le temps des crédits habituels, l'hymne officiel des SA, le Horst-Wessel-Lied, avec la comptine Hänschen klein en support à des images du troisième Reich annonçait déjà la couleur... en attendait-on moins du réalisateur d' Apportez-moi la tête d'Alfredo Garcia?

Cela dit, réduire ce douzième film de Peckinpah à un festival de cynisme serait en premier lieu réducteur et finalement ridicule, tant le monde dépeint par le cinéaste évoque avant toute chose le thème des futurs soldats perdus, considérés certes comme de la "chair à canon" par leurs généraux, mais avant tout engagés dans une guerre perdue d'avance (3). Une situation résumée avec lucidité par le colonel Brandt (James Mason): "le soldat allemand n'a plus aucun idéal, il ne combat plus pour la culture occidentale, ni pour une forme de gouvernement de ses rêves, ni pour ce parti de merde... juste pour sa vie". A ce titre, Croix de fer peut être scindée en deux parties distinctes, avec en guise de séparation, les scènes situées à l'hôpital des blessés où se repose un temps le sergent Steiner. S'il n'en ressort pas transformé, il en découle une fatalité dramatique révélatrice, tant par ses visions hallucinatoires que par ses propos: "Il faut que je parte, que j'y retourne [...] il y a longtemps que je n'ai plus de maison [...] ". Ainsi ce qui se dégage du film avant le caractère désabusé de son antihéros, c'est bien la mélancolie des personnages, symbolisée par le capitaine Kiesel (David Warner). L'acteur habitué à jouer les traitres et autres vils personnages (Tron, C'était demain...(Time After Time), Twin Peaks) se voit offert par Peckinpah l'un de ses meilleurs rôles, sinon le plus touchant, un troublant contre emploi, un homme à l'image de son aspect négligé, fatigué de cette guerre, en lambeaux tel le soldat allemand durant cette déroute sur le front de l'Est.

Au final, le style de Peckinpah reste égal à lui-même: nerveux, radical, violent... avec un soin apporté au réalisme des batailles filmées caméra à l'épaule mais aussi à celui du matériel comme l'utilisation de véritables chars soviétiques par exemple. Un long-métrage nihiliste dont le rire final de James Coburn marque longtemps les esprits, tout comme le diaporama en guise de générique de fin et ses images provenant de la Shoah et de la guerre du Vietnam au son de Hänschen klein.

Cross of Iron, le film de guerre de 1977 (4), en attendant ceux des deux années suivantes.




Cross of Iron (Croix de fer) | 1977 | 132 min
Réalisation : Sam Peckinpah
Scénario : Julius J. Epstein, Walter Kelley, James Hamilton
Avec : James Coburn, Maximilian Schell, James Mason, David Warner, Klaus Löwitsch, Vadim Glowna, Roger Fritz
Musique : Ernest Gold
Directeur de la photographie : John Coquillon
_____________________________________________________________________________________________________________________________________

(1) En écartant la grande majorité des films français traitant du même sujet au cours de cette même période… dans le cas présent, vaut-il mieux se restreindre aux comédies franchouillardes… c’est dire…

(2) Film qui eut un succès relatif en Europe, mais passa totalement inaperçu aux USA... ce qui n'empêcha pas Hollywood de produire une séquelle inutile avec Richard Burton et Rod Steiger en 1979.

(3) Ce trait concerne plus les soldats des prochaines guerres coloniales françaises, néanmoins la position du simple soldat allemand perdu en plein front de l'Est n'est guère dissemblable ou enviable, à mon avis.

(4) La même année, l’anglais Richard Attenborough réalisa la superproduction Un pont trop loin qui aura au moins le mérite de mettre en lumière l’un des plus sinistres échecs de l’armée alliée... avec dans le rôle d’un officier allemand de nouveau Maximilian Schell.

jeudi 6 mai 2010

Mondo Cane - Mike Patton (2010)

Sorti le 4 mai dernier sous le titre Mondo Cane, le nouvel album du prolifique Mike Patton est tout sauf une véritable surprise pour l'habitué. Album prévu depuis deux ans, longtemps reporté, ce nouveau disque compile les performances live du frontman de Faith No More lors de sa première tournée transalpine lorsque ce dernier accompagné de 65 musiciens reprenait à son compte quelques chansons pop du répertoire italien des années 50-60. Une non surprise tant le chanteur par le passé a toujours su jongler entre les styles au sein de Faith No More mais aussi et surtout au sein du groupe qu'il forma avec Trey Spruance et Trevor Dunn durant ses années lycée, Mr Bungle. Mike Patton, doté d'un des plus beaux organes que le rock ait connu, sans conteste l'un, sinon le chanteur de rock des 90's, aussi à l'aise en costard dans le rôle du crooner que dans celui du brailleur hurleur amateur de projets barrés, pouvait-il donc surprendre son auditoire en reprenant de la pop italienne surannée (1), qui plus est en connaissant son goût pour la langue de Dante et ses accointances avec le grand Morricone (2)?

Par ordre de sortie, après ses deux bandes originales, celle du court-métrage A Perfect Place (2008) et celle plus dispensable de Crank: High Voltage (2009), Mike Patton remet le couvert et propose donc sa nouvelle production annuelle... en attendant peut-être l'année prochaine le premier disque de son nouveau projet avec le producteur Dan The Automator, Crudo. L'amateur éclairé et objectif admettra que hormis la reformation de Faith No More sur scène l'année dernière, l'actualité autour du chanteur semblait plutôt morne. Si l'artiste protéiforme n'avait pas totalement perdu de son éclat, difficile de prétendre le contraire, les dernières productions pattonienne semblaient quelques peu fades comparées à celle de la décennie précédente et de la première moitié des années 2000, nous restait évidemment ses collaborations zorniennes ou celle avec le groupe italien Zu par exemple... toujours est-il que celui qui fut bercé aux sons des douces mélopées prénommées My Ass Is on Fire ou Desert Search for Techno Allah rongeait son frein, et l'incartade pop mitigé Peeping Tom pouvait laisser craindre le pire quant au résultat de ce Mondo Cane...

... car pour rappel, cet album comme annoncé en préambule est issu des performances live de Patton entouré d'un orchestre, d'une chorale et enfin de 15 autres musiciens, bref de quoi rivaliser avec ce qui se fait de pire en matière de prestation ampoulée et grotesque, si on en croit le regain de popularité de ces dernières années du digeste mélange des genres à savoir musique pop et orchestre symphonique et chorale en bonus pour les morts de faim restants. Sauf que Mike Patton n'est pas le premier chanteur de variété venu, bombant le torse et les gonades, braillant du Caruso pour la ménagère en mal de sensations gluantes.

L'auditeur avait déjà pu se faire idée du résultat à partir du concert retransmis au Paradiso d'Amsterdam donné le 12 juin 2008. Or autant j'avais eu quelques réserves à l'époque du fait en grande partie à cause de la longueur du set, autant sur un disque d'une trentaine de minutes, le leader de Fantômas s'il ne frise pas le tour de force, fait taire les derniers sceptiques. Connaissant le passif de cet italophile, on pouvait craindre (?) que Mondo Cane rime avec parodie, certes classieuse, et donc avec projet anecdotique dans le pire des cas. Et si les chansons originales lorgnent vers le kitsch, force est d'admettre que la conviction de Patton ne fait jamais défaut. L'homme parlant couramment italien bluffe par sa diction, étonne et ravit par ses relectures, le style et la versatilité du chanteur allant de pair avec celle des chansons, du hargneux Urlo Negro aux ballades Quello Che Conta ou Scalinatella en passant par le swing 20 Km Al Giorno.

L'album pop (suranné) de Mike Patton qu'on attendait enfin.

Album en écoute sur Musicme

La chronique de Nathan et de Systool.

__________________________________________________________________________________________________________________

(1) On aura bien compris que le thème du premier paragraphe est celui de la non surprise...

(2) Patton ayant dans un premier temps produit une excellente compilation regroupant des compositions de Morricone nommée Crime and Dissonance sortie sur son label Ipecac Recordings, et dans un second temps repris sur le dit album le morceau Deep Down issu de la bande originale de Danger Diabolik (1968).