Carnet intime d'une thaïlandaise - Jean-Marie Pallardy (1980)

Il est toujours difficile d'entamer la première chronique d'un réalisateur dont vous suivez pas à pas la filmographie depuis seulement quelques mois. Un cinéaste sinon réhabilité (n'exagérons pas), dont une partie de l'œuvre 70's s'est vu tout du moins rééditée (par Le Chat qui Fume) offrant au public nostalgique un nouveau visage à Jean-Marie Pallardy. Très longtemps cantonné comme l'un des réalisateurs du mètre-étalon nanar, grâce ou à cause du célèbre White Fire (1984), l'ancien mannequin se lança rapidement au début de la décennie 70's dans la réalisation de films érotiques, laissant libre court à ses envies paillardes emboîtant le pas à une libéralisation sexuelle naissante... ou comment mêler l'utile à l'agréable.

Paul (Jean-Marie Pallardy) est photographe de mode. Un travail riche et exaltant, mais ces derniers temps la qualité de son travail est proche de la déliquescence. L'homme est ailleurs, prendre en photo les plus belles femmes du monde dans les rues de la plus belle ville du monde ne suffit plus à son bonheur.
"De la merde [...], tu te concentres pas sur ton boulot, reconnais le" ajoutera son patron (Bernard Musson) dans un élan de sincérité poignante quoiqu'un peu paternaliste. A sa décharge, Paul a découvert il y a peu que sa femme s'adonnait au plaisir de la partouze. Les repères de notre photographe über-class tendent dès lors à vaciller dangereusement, lui qui se livrait corps et âme à son beau métier, trouvant le réconfort et l'inspiration nécessaire dans les bras des jeunes top-models qui croisaient sa route... et son objectif.

Mais le patron de Paul n'est pas homme à abandonner sèchement l'un des ses meilleurs éléments, et décide de l'envoyer en Thaïlande avec deux mannequins pour un reportage. L'atmosphère moite et humide de Bangkok facilitera les échanges, les rapprochements et par conséquent ranimera sans aucun doute l'inspiration de Paul. Claudine (Brigitte Lahaie) n'est d'ailleurs pas en reste et souhaite réveiller au plus tôt le talent de notre photographe... mais Paul est un professionnel, le travail passe avant tout, quitte à laisser choir cette belle jeune femme sur son grand lit et la laisser s'amuser seule avec son combiné de téléphone... Or au cours d'une séance de shooting dans les célèbres canaux de la capitale thaï, Paul croise le regard d'une belle inconnue, entraînant instantanément la jalousie de Claudine...

...Mais Claudine tout comme le spectateur n'est pas à une surprise près, car lors de sa première rencontre avec monsieur Kao, Paul dévoile les véritables desseins de son entreprise. Notre sensuel photographe n'est autre qu'un agent secret et son supposé guide un espion des services thaïlandais. Le soir même après un dîner copieusement arrosé, nos deux super espions décident de retrouver la trace des deux collègues de Paul récemment disparus, l'après-midi ayant été consacré aux repérages en se faisant passer pour un photographe de mode... Néanmoins comme le rappelle judicieusement Paul, "le seul avantage de notre métier d'agent secret c'est le champagne et les jolies filles", nos deux amis décident dès lors de mener leur enquête en passant le reste de la nuit dans les night-clubs de Bangkok, tandis qu'Yvonne (France Lomay) et Claudine jettent leur dévolu sur un américain de passage (Mike Monty) plus attaché finalement à sa bouteille de Jack Daniels qu'aux charmes de nos deux voluptueuses compatriotes. Invité par son hôte local à clore paisiblement sa nuit dans un des nombreux salons de massages pour y découvrir les joies du body-body, et y rencontrer la plus belle collection d'espions, de voleurs et de putains, notre espion hédoniste tricolore croise de nouveau le regard de la belle inconnue, le numéro 75... la dénommée Clito (Sylvie Cointre).

Qu'adviendra-t'il alors des deux espions français retenus prisonniers à Bangkok, Paul réussira t-il à sauver des griffes de la mafia locale son âme sœur asiatique et Claudine/Brigitte assouvira t-elle enfin tous ses désirs?

Deuxième production Pallardienne de l'américain Dick Randall (1), celui-ci étant aussi responsable la même année d'un Emmanuelle à Cannes avec toujours JM Pallardy aux manettes, ce Carnet intime d'une thaïlandaise (Emanuele 3 pour l'international) comme bons nombres de film de sexploitation de l'époque eut droit à sa sortie à deux versions, une intégrale d'une durée d'environ 90 minutes (classée X sous Giscard) et une autre édulcorée portant le nom de Journal érotique d'une thaïlandaise réduite d'une vingtaine de minutes où les éléments les plus hard furent simplement coupés au montage (2). Long-métrage auxquels les aficionados de l'auteur de L'amour chez les poids lourds auront plus de difficultés à retrouver leurs petits tant ce Carnet intime ressemble davantage à une commande qu'à une œuvre estampillée Pallardy's erotic touch. Le titre de ce nouveau film tend même à méprendre les amateurs car si la référence aux précédents Dossier érotique d'un notaire (1972) et Le journal érotique d'un bûcheron (1974) est évidente, le résultat final est d'autant plus décevant après visionnage. L'humour potache et grivois, voire même la "légèreté" qui caractérisaient les films précédents se voient ainsi réduits à peau de chagrin, et l'apparition du jovial et fidèle Georges Guéret le temps d'une brève apparition n'y changera rien. Mais restent heureusement d'autres éléments qui satisferont les cinéphiles déviants...

A l'image d'Une femme spéciale sortie l'année précédente, Jean-Marie Pallardy convie le spectateur à admirer ses nouvelles vacances. En 1979 nous découvrions son voyage en Grèce, cette fois-ci à charge pour Jean-Marie de filmer avec ses pieds ses souvenirs de Thaïlande faisant office de guide pour touristes occidentaux, en quête d'exotisme libidineux ou non (entre les clubs sulfureux, le chimpanzé qui fume et la ferme des crocodiles, faites votre choix). Les récits pallardiens n'ayant jamais été réputés pour leur richesse et leur cohérence, ce Carnet intime réussit même l'exploit d'être encore plus raté et bancal de ce à quoi il nous avait habitué par le passé. L'ajout d'une piste espionnage n'apporte évidemment rien au film et tombe comme un cheveu sur la soupe, et la crédibilité du personnage principal en tant qu'agent secret au charme ravageur (3) n'arrange rien... Reste alors la jubilation des oreilles.

Premier plaisir coupable sonore : la bande-son signée Marcello Giombini à qui l'on doit les mémorables musiques synthético-cheapos d'Anthropophagous (le genre de mélopée passe-partout et kitsch dont se délectent les véritables amateurs d'ambiance décomplexée). L'autre avantage audio de ce Carnet intime provient de sa post-synchronisation, car si le doublage des voix françaises passent encore, celui des autochtones (mention pour le taxi et l'employé du bordel/salon de massage) évoquera aux plus raffinés les meilleurs imitations asiatiques de Michel Leeb.

Ajoutez une direction d'acteurs proche du néant et une Brigitte Lahaie servant de faire-valoir, Carnet intime d'une thaïlandaise mérite amplement le statut de nanar érotique de référence de Jean-Marie Pallardy.


M. Giombini: musique maestro ! (scène de la douche avec Brigitte Lahaie)


Carnet intime d'une thaïlandaise | 1980 | 101 min
Réalisation : Jean-Marie Pallardy
Production : Dick Randall, Giorgio Terzi
Scénario : Jean-Marie Pallardy
Avec : Sylvie Cointre, Jean-Marie Pallardy, France Lomay, Brigitte Lahaie, Mike Monty, Bernard Musson
Musique : Marcello Giombini
Directeur de la photographie : Christian Dubus
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   (1) A qui on doit par exemple le fameux For Your Height Only avec le célèbre acteur lilliputien Weng-Weng.

(2) Coupes qui ne furent pas très difficiles à mener, la plupart des scènes hard faisant presque office de prétexte, enlevez les vingts dernières minutes du métrage et vous obtenez la version softcore.

(3) Encore que la rugosité pallardienne aurait ses inconditionnelles...

5 commentaires:

  1. Effectivement ça me rappelle une certaine b.o. que je te fis écouter jadis, merci jeune padawan, nous pourrons bientôt rediger le guide du mélomane nanar.

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  2. Ah le rugueux Jean-Marie ! Que dis-je le paillard Pallardy. Je suis devenue fan depuis : "le Dossier érotique d'un notaire".
    Merci Docteur Furter de réhabiliter le Maître. Le Maître de quoi d'ailleurs ?

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  3. @ Diane: Encore que je dois admettre être plus amateur d'images nanar que de BO nanar. Après les chansons de m****, c'est un autre débat, ajoute l'inconditionnel de Xavier Cagna

    @ Ma Dame: Maître de l'érotisme franchouillard rugueux? :-D

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  4. Bon ben je vais me lancer dans le chronicage de Brigitte Lahaie à ce tarif

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  5. @ Diane: Mais faites mon ami! Je vous avoue qu'il y a en attente (enfin de prévu) une chronique d'un film concernant le duo Jean Rollin/Brigitte Lahaie pour la fin de l'année.

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