mercredi 3 juin 2009

Anges et démons: quand Robert joue avec le feu au Vatican

En attendant la prochaine adaptation de The Lost Symbol de Dan Brown, troisième volet des aventures capillaires du bon professeur Robert Langdon, les studios hollywoodiens ont eu la "riche" idée de défier la chronologie narrative et de sortir Anges et démons après Da Vinci Code (1).

Avant de me lancer dans un délire pour snob poseur (2) qui se complait dans une suffisance certaine en chroniquant des films n'intéressant pas le grand public, juste bon à cacher son aigreur de sans emploi en se moquant d'un film mainstream, je tiens à faire amende honorable (3) en précisant qu'il ne s'agit que de la critique du film, et non du roman de Dan Brown, je ne doute pas une seconde que le roman ne fait état d'aucune incohérence ou défaut.

Le Vatican est en danger mes biens chers frères, mes chères sœurs. Et avant d'accuser les fondamentalistes de l'église évangéliste ou autres joyeux extrémistes que nous offrent gracieusement les trois grandes religions monothéistes, il convient de pointer tout suite cette infâme et rancunière société secrète, les Illuminati. Certes, par le passé le Vatican a eu la main lourde, il n'était guère populaire de prôner les vertus de la Science face à la foi catholique. Ainsi les Illuminati, après avoir subi une répression sanglante, se sont jurés d'anéantir l'Église catholique un jour ou l'autre. Or la bête, c'est bien connu, tapis dans l'ombre, choisit toujours le moment propice pour arriver à ses fins. A la mort du souverain pontife comme le veut la tradition, le conclave doit se dérouler pour élire le nouveau pape. Les Illuminati décident alors de kidnapper les quatre cardinaux favoris et menacent d'en tuer un par heure à partir de 20h... en attendant minuit où le Vatican périra par le feu. La société secrète a en effet l'intention d'utiliser l'antimatière qu'elle a subtilisée au CERN de Genève pour offrir à Rome une nuit enflammée mémorable. Dès lors, un émissaire du Vatican est envoyé prestement à Harvard pour demander l'aide du professeur Langdon...

Après le brouillon indigeste mais fort heureusement très lucratif Da Vinci Code sorti en 2006, on était en droit d'émettre quelques réserves quant à la préquelle Anges et démons... de nouveau réalisée par Ron Howard avec toujours au scénario Akiva Goldsman (secondé cette fois-ci par David Koepp (4)). Certes, Ron Howard avait retrouvé quelques plumes après Frost/Nixon mais connaissant quelque peu le passif d'Howard, bon nombre de mauvais esprits piaffaient d'impatience tels des épileptiques accrochés à leur siège. Et autant l'avouer immédiatement, ces derniers risquent d'être légèrement déçus... à croire que le duo cités précédemment a eu l'amabilité d'alléger son propos, et ainsi contrairement au Da Vinci Code de tailler un peu dans le gras.

Anges et démons nous convie donc de suivre un contre la montre "mené tambour battant" par le professeur spécialiste en symbole et accompagné pour l'occasion par une physicienne du CERN. Premier point, le film est certes plus nerveux que son prédécesseur mais reste tout de même mou du genou. Certes, demander à un universitaire de retrouver en 6 heures quatre cardinaux et une bombe, n'était sans doute pas la meilleure des solutions pour obtenir une action soutenue... d'autant plus qu'ils ont la fâcheuse idée de se pointer toujours deux minutes avant l'heure du rendez-vous... deux minutes pour trouver un cardinal sur le point de mourir, c'est peu... même quand on professe à Harvard. Autre point fâcheux, et non des moindres, l'histoire... tout du moins son déroulement. Faut-il être totalement aveugle pour ne pas considérer tout ceci comme hyper prévisible? Deux personnages secondaires foncièrement antipathiques, d'un côté un vieil arriviste et de l'autre un chef de la sécurité à l'accent allemand (5) qui finalement cachent leur jeu et ne sont pas si méchants... du coup, avec un peu de bon sens, on se doute que si les scénaristes/Dan Brown ont eu l'intelligence de nous décrire deux faux méchants, il se cache au moins un faux gentil au Vatican... On passera sur le fait que notre bon Robert vaut tous les meilleurs pistards du monde, sa capacité à trouver des indices frisant le ridicule par moment... pour s'intéresser au plan machiavélique des Illuminati.

Je veux bien admettre beaucoup de choses mais ce plan ne tient pas une seconde... enfin disons qu'il ne tient que sur UNE hypothèse, que Robert Langdon déjoue la totalité des pièges tendus, tout du moins la partie émergée. Bref, le méchant qui semble gentil a une telle confiance en lui (6) qu'il ne pense pas une seconde à un plan B, au cas où notre bon Robert se plante magistralement... Certes, Robert est le gentil, notre méchant ne joue pas trop avec la malchance, mais tout de même. Pour rappel, si Robert ne trouve pas la planque de la bombe, le méchant saute avec... Notez que tout se tient en un sens, puisqu'il n'est jamais question d'ultimatum... on trucide quatre cardinaux, on veut mettre le Vatican en feu mais on ne demande rien en échange... je dis ça, je dis rien, mais à moins de vouloir faire mumuse avec Robert, les Illuminati n'avaient qu'à faire tout cramer et basta... Bref, pour les retardataires, le méchant est très très tordu et en plus il se fait passer pour un gentil.

Du coup, une action très linéaire, un scénario ciblant avant tout les spectateurs les moins exigeants (7), que reste-t'il? Et bien, sachez déjà que Tom Hanks a changé de coiffeur. Enfin disons que chronologiquement par rapport à Da Vinci Code, on dira plutôt que Robert Langdon n'en a pas encore changé. Hormis ce détail capillaire, il faut avouer aussi que la partenaire féminine de Bob n'atteint pas non plus des sommets. Certes, après la "performance" d'Audrey Tautou, notre italienne parait moins tarte, plus aurait été difficile... mais le directeur de casting a tout de même réussi le challenge de trouver une brune d'une très grande fadeur. Et comble du désastre, dans toute bonne production nanar qui se respecte l'utilisation du sacrosaint plan nichon permet toujours en partie de relever la fadeur d'une interprète féminine... sauf que là, Robert n'a pas le temps pour une quelconque amourette, alors la demoiselle pour un plan nichon vous pensez. Dommage car dans mon souvenir, une chasse à l'homme par exemple n'empêche nullement une partie de jambe en l'air, alors un compte à rebours ne devrait pas non plus être un frein. Après reste le problème géographique, le Vatican n'est sans doute pas le lieu approprié... pourtant à l'époque des Borgia...

Finalement, en mettant de côté l'aspect capillaire (8), le véritable point fort d'Anges et démons est d'avoir réussi à créer un Vatican factice. L'œuvre de Dan Brown n'étant pas dans les petits papiers de l'église catholique, la plupart des plans ont été réalisés en studio, excepté quelques prises de vue filmées à Rome, pour un résultat plutôt bluffant... Bref, vivement 2010 et la sortie de The Lost Symbol sur les écrans.



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(1) Finalement ça ressemble un peu à ce qu'a fait l'éditeur Jean-Claude Lattès pour la France, publier le premier chapitre de la trilogie de Brown après le succès du numéro 2. Au passage, les studios nous avaient déjà fait le coup avec Dragon rouge donc bon...

(2) Sérieusement, passer de Capitaine Orgazmo à Funny Games pour ensuite se tailler une bonne tranche en critiquant Anges et démons, pour la crédibilité vous repasserez. En même temps, quand on est snob et poseur...

(3) C'est pas tant l'envie de vouloir me réfugier derrière une fausse modestie, mais de la sorte, je réduis mes chances de me faire foudroyer par les fans de Dan Brown... mouais bon, de toute façon, ils ne risquent pas de se pointer ici...

(4) Pour donner une idée d'un côté, nous avons le poids lourd Goldsman, scénariste des mémorables Batman & Robin, Le droit de tuer ou Je suis une légende, de l'autre Koepp scénariste de Bad Influence, Carlito's Way ou Spider-Man.

(5) Oui bon en fait c'est surtout un accent alémanique mais si j'écris allemand et antipathique ça sonne mieux.

(6) Ceci dit, c'est la nature même du très très méchant: un égo démesuré et une confiance en soi qui ne l'est pas moins.

(7) David Koepp ne peut pas faire non plus des miracles finalement... surtout quand on vous donne un tel matériau de base...

(8) Je sais j'insiste un peu trop mais si c'est un détail pour vous, sachez que chez moi ça veut dire beaucoup.

12 commentaires:

  1. Ca fait plaisir, cette chro... enfin, moi je dis ça, mais je n'ai ni lu les bouquins, ni vu les films... mais je dis ça pour la "beauté du geste", enfin de la chro... Tu nous balances quelques "vérités" que je n'ai pas retrouvé chez d'autres chroniqueurs qui se sont contentés la plupart du temps d'affirmer qu'il n'est pas pire que le précédent, qu'il se laisse regarder... et ces "détails" scénaristiques sont totalement passés à l'as... Du coup, et c'est là ton grand mérite, j'ai presque envie de voir ANGES & DEMONS juste pour ça... :-)

    A+ Doc

    SysT

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  2. nan et puis, l'autre qualité d'"Anges et démons" je le précise, enfin si on le compare au précédent (ou au suivant, bref... XD), il est quand même moins ridicule que "Da Vinci Code"... ce qui parait pas très compliqué? Certes...

    Nan pis aussi, j'ai été TRES déçu de ne pas retrouver le Vatican secret qu'on voit dans "Hudson Hawk, gentleman et cambrioleur" avec Bruce Willis LOL

    Bref ce n'est pas une bouse innommable si l'on accepte le postulat fantaisiste de départ avec cette caution culturelle qui vous donne un sale arrière-goût dans la bouche au passage (ouais ça aussi tiens j'aurais pu en parler), mais y'a pas de quoi non plus hein bon...

    On va dire que cette chro avait un but avant tout récréatif... comme le film d'ailleurs.

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  3. Dahu Clipperton03/06/09 20:26

    Ah ben ce coup-ci, mon commentaire sera hachement moins long que pour "Funny games" LOOOOL
    C'est simple : Dan Brown, Dave in sick ode et tout ça j'm'en tamponne graaaave ;-)

    En fait, le grand mérite de ta chronique... c'est de m'avoir fait découvrir qu'il y avait un scénariste pour "Batman & Robin" ^^

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  4. ouais Akiva Goldsman a un sacré CV entre les scénar pour Joel Schumacher et Ron Howard... ^^

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  5. La suite est meilleure que le premier ? Merde j'y crois pas... Pourtant, Jean Réno joue trop bien dans l'autre film^^

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  6. Roh mais tu suis pas! "anges et démons" n'est pas la suite! C'est le premier numéro! sauf qu'il sort après le deuxième chapitre... :P ;-)

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  7. je ne doute pas une seconde que le roman ne fait état d'aucune incohérence ou défaut.

    Soit la preuve que tu ne l'as pas lu, donc.

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  8. rah mais zut Guic'!!! Tu peux pas te taire deux minutes!!
    Je peux pas jouer les faux derches!!! Pffff, 'tain l'ironie usitée est aussi énorme que la porte de Brandebourg mais non, faut que monsieur vienne avec ses gros sabots!!! LOL
    Je me doute que même en ne le lisant pas, le roman ne doit pas être glorieux. M'enfin, vu qu'il s'agit d'une critique du film...

    pfff, rah ais quel empêcheur de tourner en rond ce Guic'!
    Comme l'impression, que tout ceci est en réaction a mon dernier commentaire concernant Elliot Smith et les Beatles, non? XD

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  9. Ah non, pas du tout en fait.
    C'est juste que Dan Brown est un des rares auteurs à reussir à me débecter sur le plan littéraire tout en ofusquant l'esprit cartésien qui me caractérise... Mon mépris à son égard est donc assez complet pour que je n'aie de cesse de le rappeler :-)

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  10. bon on fera pas le procès de Brown ici, mais en effet ça vaut pas tripette... et finalement, Brown et en particulier son attitude est bien plus méprisable que son "œuvre".

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  11. Dame Eolia10/05/10 17:02

    Je profite d'avoir vu ces "Anges et Démons" par un dimanche bien gris, pour y aller de mon petit comm' : C'est "Terminator au Vatican" ou j'ai dormi pendant une bonne partie du film ? Seule la reconstitution du Vatican en studio semble en effet réussie.
    Quant à Audrey Tautou, elle nous manque c'est certain : Ah ! quand elle apprend qu'elle est la
    descendante du Christ tout en s'asseyant sur un tonneau de vin ! J'en verserais bien encore une 'tite larme d'émotion (de rire ?).

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  12. @ Dame Eolia: Ah ! quand elle apprend qu'elle est la
    descendante du Christ tout en s'asseyant sur un tonneau de vin !

    Un tonneau de vin? Vous êtes sûre? Vous n'avez pas bu que du jus d'orange durant votre goûter :-P

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