Anges et démons: quand Robert joue avec le feu au Vatican

En attendant la prochaine adaptation de The Lost Symbol de Dan Brown, troisième volet des aventures capillaires du bon professeur Robert Langdon, les studios hollywoodiens ont eu la "riche" idée de défier la chronologie narrative et de sortir Anges et démons après Da Vinci Code (1).

Mais commençons en préambule en faisant amende honorable (2). Précisons qu'il ne s'agit que de la critique du film, et non du roman de Dan Brown. Le préposé à la chronique ne doute pas une seule seconde que le roman originel ne fait état d'aucune incohérence.

Le Vatican est en danger mes biens chers frères, mes chères sœurs. Et avant d'accuser les fondamentalistes de l'église évangéliste ou autres joyeux extrémistes que nous offrent gracieusement les trois grandes religions monothéistes, il convient de pointer tout suite cette infâme et rancunière société secrète, les Illuminati.
Certes, par le passé le Vatican a eu la main lourde, il n'était guère populaire de prôner les vertus de la Science face à la foi catholique. Ainsi les Illuminati, après avoir subi une répression sanglante, se sont jurés d'anéantir l'Église catholique un jour ou l'autre. Or la bête, c'est bien connu, tapis dans l'ombre, choisit toujours le moment propice pour arriver à ses fins. A la mort du souverain pontife, comme le veut la tradition, le conclave doit se dérouler pour élire le nouveau pape. Les Illuminati décident alors de kidnapper les quatre cardinaux favoris et menacent d'en tuer un par heure à partir de 20h... en attendant minuit où le Vatican périra par le feu. La société secrète a en effet l'intention d'utiliser l'antimatière qu'elle a subtilisée au CERN de Genève pour offrir à Rome une nuit enflammée mémorable. Dès lors, un émissaire du Vatican est envoyé prestement à Harvard pour demander l'aide du bon professeur Langdon...

Après le brouillon indigeste (et lucratif) Da Vinci Code sorti en 2006, on était en droit d'émettre quelques réserves quant à la préquelle Anges et démons, de nouveau réalisée et scénarisé par la paire Ron Howard et Akiva Goldsman (secondé cette fois-ci par David Koepp (3)). Certes, Ron Howard avait retrouvé quelques plumes après Frost/Nixon, néanmoins connaissant quelque peu le passif du réalisateur de Cocoon, bon nombre de mauvais esprits piaffaient d'impatience. Et autant l'avouer immédiatement, ces derniers risquent d'être légèrement déçus. A croire que le duo cités précédemment a eu l'amabilité d'alléger son propos, ceux-ci contrairement au précédent Da Vinci Code ont taillé un peu dans le gras.

Anges et démons nous convie donc de suivre un contre la montre "mené tambour battant" par le professeur spécialiste en symbole, et accompagné pour l'occasion par une physicienne du CERN. Premier point, le film est certes plus nerveux que son prédécesseur, mais reste tout de même mou du genou. Demander, à un universitaire de retrouver en 6 heures quatre cardinaux et une bombe, n'était sans doute pas la meilleure des solutions pour obtenir une action soutenue (à moins de demander à Indiana Jones...). Ajoutons au passage que le duo de spécialiste a la fâcheuse idée d'arriver toujours deux minutes avant l'heure du rendez-vous. Soit deux minutes pour trouver un cardinal sur le point de mourir, c'est assez délicat, même quand on professe à Harvard. Autre point fâcheux, et non des moindres, l'histoire, du moins son déroulement. Faut-il être totalement aveugle pour ne pas considérer tout ceci comme prévisible ? Deux personnages secondaires foncièrement antipathiques, d'un côté un vieil arriviste et de l'autre un chef de la sécurité à l'accent allemand (4) qui finalement cachent leur jeu et ne sont pas si méchants. Avec un peu de bon sens, on se doute que si les scénaristes/Dan Brown ont eu la malice de nous décrire deux faux méchants, c'est pour mieux nous cacher un faux gentil au Vatican. Quant aux qualités vantées de pistard de notre bon Robert, force est d'admettre que sa capacité à trouver des indices frise le ridicule.

Et le plan machiavélique des Illuminati ? Parlons en ! Il ne tient que sur UNE hypothèse : Robert Langdon doit déjouer la totalité des pièges tendus (enfin la partie émergée) pour que ceux-ci réalise leur but, détruire le Vatican. Le méchant (qui semble gentil) a une telle confiance en lui (5) qu'il n'envisage aucun plan B, au cas où notre bon Robert se planterait magistralement. Certes, Robert est le gentil héros, mais tout de même. Sans compter que le gentil, qui est en fait méchant, mise également sur le fait que Robert trouve la planque de la bombe, auquel cas le méchant saute avec. C'était assez confus ? Sans doute parce que le méchant est très très tordu (ou l'on apprend un effet secondaire méconnu de la fausse gentillesse). Il aurait été plus simple de mettre le feu au Vatican sachant que les Illuminati ne demande finalement rien en échange de tous ces meurtres de cardinaux. En conclusion, ces derniers, en plus d'être tordus, sont donc très joueurs.

Action très linéaire, scénario ciblant avant tout les spectateurs les moins exigeants (6), que reste-t'il ? Sachez déjà que Tom Hanks a changé de coiffeur. Corrigeons. Chronologiquement par rapport à Da Vinci Code, Robert Langdon n'en a pas encore en fait changé. Hormis ce détail capillaire, il faut avouer que sa partenaire féminine n'atteint pas non plus des sommets. Certes, après la "performance" d'Audrey Tautou, notre italienne parait moins tarte, mais le préposé au casting a tout de même réussi le challenge de trouver une brune d'une très grande fadeur. Et comble du désastre, l'utilisation du sacro-saint "plan nichon" qui aurait pu permettre d'épicer le tout est aux abonnés absents. Robert n'aurait donc pas le temps pour une quelconque amourette ?

Finalement, en mettant de côté l'aspect capillaire (7), le véritable point fort d'Anges et démons est d'avoir réussi à créer un Vatican factice. L'œuvre de Dan Brown n'étant pas dans les petits papiers de l'église catholique, la plupart des plans ont été réalisés en studio, excepté quelques prises de vue filmées à Rome, pour un résultat plutôt bluffant.

En attendant la sortie un jour de The Lost Symbol sur les écrans.



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(1) Finalement ça ressemble un peu à ce qu'a fait l'éditeur Jean-Claude Lattès pour la France, publier le premier chapitre de la trilogie de Brown après le succès du numéro 2. Au passage, les studios nous avaient déjà fait le coup avec Dragon rouge en rayant de la carte l'estimable Sixième sens de Michael Mann.

(2) Ce n'est pas tant l'envie de vouloir se réfugier derrière une fausse modestie, mais de la sorte, je réduis mes chances de me faire foudroyer par les fans de Dan Brown... mouais bon, de toute façon, ils ne risquent pas de se pointer ici...

(3) Pour donner une idée d'un côté, nous avons le poids lourd Goldsman, scénariste des mémorables Batman & Robin, Le droit de tuer ou Je suis une légende, de l'autre Koepp scénariste de Bad Influence, Carlito's Way ou Spider-Man.

(4) Oui bon en fait c'est surtout un accent alémanique mais si j'écris allemand et antipathique ça sonne mieux.

(5) Ceci dit, c'est la nature même du très très méchant : un égo démesuré et une confiance en soi qui ne l'est pas moins.

(6) David Koepp ne peut pas faire non plus des miracles finalement, surtout quand on vous donne un tel matériau de base.

(7) Je sais j'insiste un peu trop mais si c'est un détail pour vous, sachez que chez moi ça veut dire beaucoup.

12 commentaires:

  1. Ca fait plaisir, cette chro... enfin, moi je dis ça, mais je n'ai ni lu les bouquins, ni vu les films... mais je dis ça pour la "beauté du geste", enfin de la chro... Tu nous balances quelques "vérités" que je n'ai pas retrouvé chez d'autres chroniqueurs qui se sont contentés la plupart du temps d'affirmer qu'il n'est pas pire que le précédent, qu'il se laisse regarder... et ces "détails" scénaristiques sont totalement passés à l'as... Du coup, et c'est là ton grand mérite, j'ai presque envie de voir ANGES & DEMONS juste pour ça... :-)

    A+ Doc

    SysT

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  2. nan et puis, l'autre qualité d'"Anges et démons" je le précise, enfin si on le compare au précédent (ou au suivant, bref... XD), il est quand même moins ridicule que "Da Vinci Code"... ce qui parait pas très compliqué? Certes...

    Nan pis aussi, j'ai été TRES déçu de ne pas retrouver le Vatican secret qu'on voit dans "Hudson Hawk, gentleman et cambrioleur" avec Bruce Willis LOL

    Bref ce n'est pas une bouse innommable si l'on accepte le postulat fantaisiste de départ avec cette caution culturelle qui vous donne un sale arrière-goût dans la bouche au passage (ouais ça aussi tiens j'aurais pu en parler), mais y'a pas de quoi non plus hein bon...

    On va dire que cette chro avait un but avant tout récréatif... comme le film d'ailleurs.

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  3. Dahu Clipperton03/06/2009 20:26

    Ah ben ce coup-ci, mon commentaire sera hachement moins long que pour "Funny games" LOOOOL
    C'est simple : Dan Brown, Dave in sick ode et tout ça j'm'en tamponne graaaave ;-)

    En fait, le grand mérite de ta chronique... c'est de m'avoir fait découvrir qu'il y avait un scénariste pour "Batman & Robin" ^^

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  4. ouais Akiva Goldsman a un sacré CV entre les scénar pour Joel Schumacher et Ron Howard... ^^

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  5. La suite est meilleure que le premier ? Merde j'y crois pas... Pourtant, Jean Réno joue trop bien dans l'autre film^^

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  6. Roh mais tu suis pas! "anges et démons" n'est pas la suite! C'est le premier numéro! sauf qu'il sort après le deuxième chapitre... :P ;-)

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  7. je ne doute pas une seconde que le roman ne fait état d'aucune incohérence ou défaut.

    Soit la preuve que tu ne l'as pas lu, donc.

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  8. rah mais zut Guic'!!! Tu peux pas te taire deux minutes!!
    Je peux pas jouer les faux derches!!! Pffff, 'tain l'ironie usitée est aussi énorme que la porte de Brandebourg mais non, faut que monsieur vienne avec ses gros sabots!!! LOL
    Je me doute que même en ne le lisant pas, le roman ne doit pas être glorieux. M'enfin, vu qu'il s'agit d'une critique du film...

    pfff, rah ais quel empêcheur de tourner en rond ce Guic'!
    Comme l'impression, que tout ceci est en réaction a mon dernier commentaire concernant Elliot Smith et les Beatles, non? XD

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  9. Ah non, pas du tout en fait.
    C'est juste que Dan Brown est un des rares auteurs à reussir à me débecter sur le plan littéraire tout en ofusquant l'esprit cartésien qui me caractérise... Mon mépris à son égard est donc assez complet pour que je n'aie de cesse de le rappeler :-)

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  10. bon on fera pas le procès de Brown ici, mais en effet ça vaut pas tripette... et finalement, Brown et en particulier son attitude est bien plus méprisable que son "œuvre".

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  11. Je profite d'avoir vu ces "Anges et Démons" par un dimanche bien gris, pour y aller de mon petit comm' : C'est "Terminator au Vatican" ou j'ai dormi pendant une bonne partie du film ? Seule la reconstitution du Vatican en studio semble en effet réussie.
    Quant à Audrey Tautou, elle nous manque c'est certain : Ah ! quand elle apprend qu'elle est la
    descendante du Christ tout en s'asseyant sur un tonneau de vin ! J'en verserais bien encore une 'tite larme d'émotion (de rire ?).

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  12. @ Dame Eolia: Ah ! quand elle apprend qu'elle est la
    descendante du Christ tout en s'asseyant sur un tonneau de vin !

    Un tonneau de vin? Vous êtes sûre? Vous n'avez pas bu que du jus d'orange durant votre goûter :-P

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